‹ La mythologie comparéeChapitre 16 sur 33 · CULTE PÉTICHIQUE DU PEU · texte numérisé non relu

CULTE PÉTICHIQUE DU PEU

tentivement à la conservation d'un élément, d une puissance surnaturelle qui ne s'était manifestée que dans une circonstance extraordinaire. Les sauvages Damaras, de TAfrique centrale, donnent aux filles de leurs chefs et sorciers la charge de ne point laisser s'éteindre le feu de la nation, et quand une tribu émigré, elle a bien soin d'emporter* avec elle un tison enflammé et de conserver ainsi une émanation du foyer national ; on dit que quelques peuplades australiennes font de lointains voyages pour aller chercher de quoi rallumer leur feu lorsque celui-ci est éteint, soit qu'elles ne sachent le faire, soit qu'elles tiennent à ne se servir que du feu entretenu depuis des siècles dans leur race. Chacun songera aux vestales romaines, prétresses d'un culte du foyer national, puisque la prospérité de la patrie était liée à la perpétuité du feu sacré. Nous rencontrons les mêmes particularités mythiques sur presque toute la surface de TAmérique : les Indiens des Pueblos du Nouveau-Mexique, bien que chrétiens de nom, entretiennent dans des souterrains un feu sacré qui, s'il continue à brûler sans interruption, leur parait un gage du retour de Montezuma. L'ancien Mexique nous fournirait encore des exemples du culte du feu; mais ceux-ci ont une physionomie polythéiste trop caractérisée pour que nous en parlions davantage dans ce chapitre. Le culte fétichique du feu est bien plus évident chez d'autres peuples moins civilisés, comme les premiers habitants de la Louisiane, qui entretenaient dans les temples des feux éternels ; comme les Ghippeways., qui ne laissaient point éteindre le feu sacré dans le principal village de leur nation.

Il faut bien distinguer surtout entre le culte fétichique du feu, considéré comme un être animé et vivant, et le culte polythéiste d'un dieu du feu. A cette première conception appartient évidemment l'idée que les Egyptiens se faisaient du feu, qui, suivant Hérodote, était considéré

par eux comme un animal. Ignis animal^ dit plus tard Cicéron dans son traité De la nature des dieux, « le feu est uii être vivant ; » n'y a-t-il pas là une conception fétichique très-clairement formulée, et dont nous devons nous servir pour confirmer nos aperçus? En faisant du feu une bête, les Egyptiens ne pensaient point l'abaisser : le fétichiste, nous l'avons vu, ne croit pas que l'animal soit quelque chose d'inférieur, bien au contraire, et en se représentant le feu comme tel, l'antique habitant des bords du Nil avait été frappé de son avidité dévorante, semblable à celle des fauves et des carnassiers les plus redoutables. Or, si le feu est un être vivant, il possède une âme, un esprit que les hommes primitifs, les Peaux-Rouges ne séparent guère de son apparence visible sous forme de flamme et de charbon ardent. Les Ghinouks et les Indiens de Colombie considèrent cet esprit du feu comme plus nuisible que bon, et c'est pourquoi ils lui font des offrandes. C'est pour lui plaire que les peuples de l'Altaï, Tongouses, Mongols et Tatars, jettent dans le feu un morceau du mets qu'ils vont manger, que les Kamtchadales font brûler le bout du museau des animaux qu'ils tuent à la chasse. Le feu est aussi le fétiche principal des Aïnos.

C'est également à la partie fétichique du culte du feu qu'appartient la coutume de placer, au Dahomey, un vase rempli de charbons incandescents au milieu d'une case, de lui adresser des prières pour que Zo, ou le feu-fétiche, reste dans le pot et ne détruise pas la maison. Qui sait si le culte du phallus, répandu dans ce pays, n'est pas en rapport avec celui du feu? Les premiers habitants du Pérou, dont nous avons maintes fois signalé le fétichisme antérieur à la religion des Incas, ne manquèrent pas d'adorer le feu pour lui-même, puisque la légende rapporte que les sorciers lui demandèrent, lors de la venue de Manco Capac, s'ils devaient adopter la nouvelle religion ; le culte du feu

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