‹ La mythologie comparéeChapitre 17 sur 33 · CULTE FÉTICHIOUE DU FEU · texte numérisé non relu

CULTE FÉTICHIOUE DU FEU

demeura lié, du reste, avec celui du soleil, avec lequel il a eu, ailleurs qu'au Pérou, de fréquentes et nombreuses analogies. Nous pourrions constater les mêmes faits chez les Muyscas et chez.les Aztèques ; les Natchez entretenaient un feu perpétuel dans leurs temples du soleil ; mais, où nous retrouvons de nouveau le culte du feu, c'est dans les diverses races de Peaux-Rouges, chez les Indiens de la Virginie, chez les Gomanches, chez les Algonquins et les Abenaquis, où il rendait des oracles ; chez les Leni-Lenape, chez les Mingos, dont une peuplade, les Ghippeways, donna naissance à une véritable secte religieuse , celle des Wawbeno, dont les pratiques et les doctrines furent toutes basées sur Tadoration et la .croyance aux propriétés surnaturelles du feu. Nous suivrons dans une autre partie de cet ouvrage le développement du fétichisme au polythéisme dans des mythologies appartenant à des races supérieures, chez les Aryas, par exemple, où le dieu Agni (lat. ignis) a conservé dans les- hymnes védiques une physionomie encore profondément imprégnée d'éléments fétichiques. Nous verrons tout à Theure les relations que le feu-fétiche peut avoir avec les phallus-fétiches. Si le culte du feu a des rapports incontestables avec celui du soleil, il en a de non moins évidents avec les sentiments religieux nés de la crainte de la foudre et de Torage. La terreur produite par ce phénomène météorologique joue un grand rôle dans l'histoire primitive des religions, et il est tout à fait naturel que le sauvage ait divinisé ce déchaînement épouvantable des forces de la nature, devant lequel il demeure faible et tremblant^ désarmé et impuissant. Nulle race, si intrépide qu'elle soit, n'est restée insensible à l'impression produite par l'orage ; et si la crainte religieuse s'est transformée plus tard en un sentiment de pieuse vénération chez certains peuples, il n'est pas permis de douter qu'à l'origine ce ne fût la peur qui inspira la déification de la foudre et

^la tempête» Les Caraïbes, race turbulente et guerrière, par exemple, n'en redoutaient pas moins grandement les orages ; quand les nuées sombres s'élevaient au-dessus de rhorizon, quand elles s'amoncelaient menaçantes au zénith, quand les premiers grondements du tonnerre se faisaient sourdement entendre, ils rentraient précipitamment dans leurs cabanies, poussant des cris lamentables, pleurant et se cachant le visage dans les mains, donnant enfin le spectacle de la consternation la plus profonde et de la désolation la plus grande, jusqu'à ce que l'orage fût passé. Il est vrai de dire, à la décharge des Caraïbes, que les orages, dans les climats tropicaux qu'ils habitent, sont véritablement épouvantables et présentent un caractère de violence capable de remplir d'effroi le cœur d'hommes plus cultivés que ces Indiens presque sauvages.

Mais, la plupart du temps, les phénomènes de l'orage ne furent pas adorés d'abord pour eux-mêmes ; en effet, la foudre semble plutôt la manifestation d'un être quelconque ; c'est généralement l'arme d'un génie incarné dans la nuée d'où elle sort, et le véritable fétiche de l'orage est le nuage, qui, nous l'avons vu, est fréquemment pris pour un oiseau gigantesque et surnaturel, dont la voix est le roulement et le fracas du tonnerre, et dont les ailes produisent par leurs battements le grand vent qui s'élève pendant l'orage. Parfois aussi, les éclairs, ainsi que nous l'avons dit, sont considérés comme des serpents de feu. Mais la plupart des mythes relatifs au tonnerre doivent être rapportés au culte du ciel, que nous étudierons bientôt.

Le culte de la pluie, très-souvent rattaché à celui de l'eau, en dépend également dans bien des cas, et quant à l'adoration du vent, on ne peut raisonnablement pas la distinguer de celle du ciel. Toutefois, chez les nègres du Congo, le souffle de la tempête, le vent de l'orage est considéré comme un être vivant, la monture de Boungie. Cette

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personnalité du vent est également acceptée par quelques peuples de l'Amérique du Sud, comme les Payaguas, qui, lorsque la tempête renverse leurs huttes,, se jettent au-devant d'elle en brandissant des tisons enflammés ou en donnant de grands coups de poing en l'air ; les Fiuno- Ougriens, dans les tribus demeurées à peu près fétichistes* rendent un culte aux tempêtes et aux vents, que les Peaux-Rouges se représentent souvent comme des oiseaux, et dont les Grecs et les Romains acceptaient la réalité objective, Tindividualité. Mais nous devons recon^ naître que, par une tendance très-répandue qui a conduit au polythéisme, le vent, la pluie et le tonnerre paraissent être de simples manifestations, des actes du ciel envisagé comme un personnage divin. Toutefois, nous pouvons découvrir, dans certains cas, des traces d'une conception exclusivement fétichique dans quelques mythes de religions relativement plus avancées.

Nous en avons un exemple dans la légende préincasique de Catequïlj le Jupiter du Pérou. Ce dieu du Panthéon péruvien appartient plutôt à la mythologie fétichique des populations sauvages qui reçurent plus tard la civilisation des In cas, et se trouve en relation immédiate avec le vieux culte des grosses pierres, car des trois rochers sur la montagne, dont il a déjà été fait mention, un d'eux était en quelque sorte sa représentation, son fétiche. Il portait en même temps trois noms : Chuquilla, le tonnerre ; Catuilkt, l'éclair ; et Intiallapa, le coup de foudre ; ainsi que la dénomination générale à'Illapo, la foudre. Sous cette forme, il était redouté à ce point, que surpris par l'orage, dans les défilés des Andes, où les roulements du tonnerre se répercutant dans les rochers acquièrent une intensité extraordinaire , des Indiens se laissèrent, dit-on, souvent mourir d'épouvante. Plus tard, Gatequil, dont le nom nous parait composé, suivant les procédés de l'agglu-

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tination polysynthétique, de Catuilla, éclair, et de Chttqutlla, tonnerre, devint un dieu que l'on plaça non loin du grand dieu solaire, dont Manco Gapac passa pour le prophète.

Chez les Araucans, Pillan est un dieu- foudre qui fut vraisemblablement la foudre elle-même aux temps primitifs de cette race énergique de TAmérique du Sud. Aussi bien, la confusion entre Tobjet ou le phénomène et Tagent qui y préside se perpétue-t-elle à travers les âges, et en ce qui concerne le tonnerre, le mythe aryen de Parjanya, que nous exposerons en son lieu, nous démontrera comment une ancienne conception fétichique élevée avec le temps au rang de dieu personnel, peut avoir conservé dans le langage et les croyances populaires une foule de traits qui marquent son ancien caractère persistant à travers les âges, malgré le développement et la transformation des idées.

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