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LE FÉTICHISME CHEZ LES GAFRES

que des cérémonies analogues à celles que M. Gasalis considère comme purificatoires ayant lieu à Fintention de la récolle nouvelle, ou de Térection d'une nouvelle ville, il y a plutôt là dedans la pensée de chasser toute mauvaise influence. Cette manière de voir nous semble plus conforme à l'ensemble des conceptions fétichistes. Ce sont plutôt des « enchantements » que Ton fait là chez les Bechuanas.

Que ces peuples n'attachent pas une idée religieuse, dans l'acception que nous donnons vulgairement à ce mot, à une quantité de pratiques de sorcellerie, cela est trèspossible. Mais ces enchantements n*en impliquent pas moins la croyance à des moyens surnaturels pour dominer les forces de la nature, et les faire tourner au profit de ceux qui exécutent ces jongleries, comme on serait trop légèrement tenté de les qualifier.

Le lUo/èmo, pour les Bechuanas, est une amulette.» un fétiche, qui joue dans leur existence un rôle aussi considé- . rable, plus même que le culte des esprits. Cette amulette . est généralement formée de substances extraordinaires ou difficiles à se procurer, il y a même chez les Bakouains des. sorciers^ Baloï, qui exploitent certaines parties des cadavres pour faire des maléfices ; ce qui amène des enterrements parfois trop précipités. Un des principaux emplois de ces talismans consiste en la guérison des maladies, et surtout en la préservation contre les empoisonnements ; cependant ces indigènes connaissent bien les contre-poisons et en font souvent usage.

Ce sont les chefs qui possèdent les plus puissants Molemo$, Seckeléj chef des Bechuanas visités par Livingstone, en possédait un d'une efficacité singulière pour faire pleuvoir ; mais un autre chef, Sekhomé^ en possédait un redoutable pour ses ennemis, aussi n'était-il attaqué par aucun de ses rivaux^ qui, s'ils ne le craignaient ni lui ni son armée, avaient grand'peur de son Moletno,

âOO MYTHOLOGIE COMPARÉE.

Le même culte des ombres des ancêtres se retrouve chez les Ouaherreros, peuple parent des Gafres et des Bechuanas, sous le même aspect que chez ceux-ci. Ces esprits, Ouakuru (pl.)> sont gouvernés par un esprit suprême, Mkuru (sing.), absolument analogue aux Grands-Esprits des peuples congénères. Anderson assure que chaque village a son Mo-Kuru propre ; à cela, rien de surprenant, l'esprit du noir fétichiste concevant avec peine quelque généralité, et bornant, au contraire, son horizon intellectuel aux concepts les plus terre à terre et les plus étroits. Gela est si vrai que, si chaque village possède un Mkuru, un Herrero est incapable de distinguer^ en quoi que ce soit, celui de son vUlage de celui du voisia. Mais, ce qu'il sait bien, c'est que le Mkuru et ses Ouakuru peuvent le servir ou lui nuire, et que pour cette raison il leur faut faire de nombreuses offrandes. Dans ces occasions, le père de famille ou le chef de la tribu plante autant de petits bâtons que de mânes auxquels il croit s'adresser, et c'est à eux qu'il s'adresse. M. Fritsch assure^ très-correctement, que ce ne sont point là des idoles, bien que ces petits bâtons soient empruntés à un arbre sacré, Eyenda; mais que ce sont autant de mémentos pour fixer l'esprit obtus du nègre Herero, incapable d'une conception générale et abstraite.

L'arbre joue un grand rôle dans la vie religieuse des Herreros ; chaque tribu a son arbre sacré ; c'est d'un arbre que l'homme, c'est-à-dire le Herrero, est sorti ; ce qui est bien le même mythe que nous avons vu plus haut chez les Zulus, où les hommes, aussi bien que le Grand- Esprit, provenaient d'un tronc primitif ou d'une forêt de roseaux. G'est enfin sur un buisson que les Herreros placent leurs offrandes aux mânes des morts. Gertains animaux domestiques, bœufs et moutons, d'une certaine couleur, marqués de certaines taches, aux cornes d'une forme

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particulière, sont l'objet d'attentions spéciales, et le sujet de chansons en leur honneur. Le feu et le foyer sont aussi chez ces peuples revêtus de caractères religieux. Au reste, Anderson rapporte la légende suivante : lorsque les hommes et les quadrupèdes furent nés de Tarbre primitif (les oiseaux, les poissons et les insectes naquirent de la pluie), la nature était plongée dans d'épaisses ténèbres ; un Herrero fit du feu, la lueur effraya le zèbre, la girafe, le gnou et les autres bêtes sauvages, mais attira au contraire les animaux domestiques, tels que le bœuf, le mouton, le chien, qui se groupèrent autour de lui et par conséquent autour de Thomme.

Le grand soin que les Herreros mettent à ne laisser éteindre le feu en aucune occasion, tant il est pénible d'en produire à l'aide du frottement de deux morceaux de bois, a comme jeté la base d'un culte du feu et du foyer ; culte non encore développé, vu l'état actuel des Cafres, mais possédant en germe tous les caractères que nous retrouverons plus tard chez les polythéistes. Le centre du village, le lieu consacré pour la tribu est le foyer sans cesse incandescent qui est placé devant la hutte du chef, sous la garde des filles de sa famille, ébauches cafres de ves^ taies. Quand pour un motif quelconque le village doit se déplacer, on a bien soin d'emporter le feu. Si celui-ci vient à s'éteindre, c'est le présage des plus grands malheurs, et on ne le rallume qu'avec des cérémonies de toute espèce. Enfin, dans chaque famille, le foyer particulier est l'objet des mêmes soins, les filles sont chargées de sa garde et de son entretien ; quand un fils se marie, quand il va fonder une nouvelle famille, le père lui donne pour créer son nouveau foyer un brandon, enlevé au sien.

Outre ces croyances et ces pratiques religieuses générales, les Herreros ont, comme leurs congénères^ une grande foi en la sorcellerie. Ils croient aux revenants, aux

fantômes en forme d'animaux réels ou fantastiques ; ils croient surtout aux amulettes et aux sortilèges. Ils possèdent parmi eux des magiciens dont les procédés ne. diffèrent pas sensiblement de- ceux des sorciers bechuanas ou cafres. Les maladies n^ont pas non plus pour enxde causes naturelles ; elles proviennent des enchantements d'ennemis et d'envieux ; les accidents n'ont également pas d'autre origine ; si vous voulez faire dévorer quelqu'un par les lions, prenez un peu de poussière dans la trace d'un d'eux et versez-la sur les vestiges des pas de votre ennemi ; si vous revenez de la chasse, avec un butin abondant, emplissez votre bouche d'eau, crachez trois fois sur vos pieds et trois fois dans le foyer : de la sorte, votre bonne chance vous restera fidèle ; mais surtout ayez soin de posséder de bons talismans fabriqués par d'habiles sorciers, cela vaut mieux encore que la protection spéciale du Mkuru ; tels seraient les conseils qu'on vous donnerait si vous étiez Herrero.

Ces mêmes peuples consultent le sort au moyen de petites pierres qu'ils jettent en Tair, et tirent des consé^ quences dé la manière dont ces pierres sont retombées en des positions ou des points donnés. Ils croient également à la divination de l'avenir par l'explication des songes.

Citerons-nousia légende qui raconte que le ciel, en pur uition des péchés des hommes, s'écroula sur la terre, et que seuls, dés gens qui sacrifiaient un mouton noir furent sauvés? Depuis ce temps, on ne pourrait plus, comme avant, monter au ciel, lequel est habité par des géants qui n'ont qu'un œil, qu'une oreille, qu'une jambe et qu'un bras. C'est le missionnaire Hahn qui rapporte cette légende. Mais cet auteur, très-préoccupé de sa mission, a, selon M. Fritsch, fréquemment mal interprété la pensée des Herreros auquel il a attribué des spéculations étrangères à la nature de leur esprit. Cette tradition ne se re-

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