‹ La mythologie comparéeChapitre 24 sur 33 · LE FÉTICHISME CHEZ LES CAFRES · texte numérisé non relu

LE FÉTICHISME CHEZ LES CAFRES

trouve pas, à notre connaissance, parmi les autres Cafres, et elle nous semble d'origine étrangère; l'analogie entre le sacrifice du mouton sauveur et le dogme chrétien de Tagneau, Agnits Det qui toilit peccata mundt\ lui donnerait une physionomie toute occidentale, et ferait remonter son origine aux récentes prédications, si le reste du mythe ne portait pas non plus une apparence étrange qui le rattacherait aux imaginations des Arabes qui ont fréquenté depuis de longs siècles la côte cafre, et peut-être des Ghaldéens, dont les flottes au temps de la puissance babylonienne ont très-vraisemblablement été chercher au sud de l'Afrique orientale de Tivoire, des esclaves et de Tor. Mais tout cela est bien problématique, et le plus sûr est de constater la différence de cette légende avec l'ensemble des conceptions religieuses et fétichiques des peuples de la race bantou. . .

Au nombre des peuples qui ont de nombreux liens d'affinité avec cette race, on compte les Balondas et les Ba-rotêes ; ils ont la même croyance dans les Barimos, qui se recrutent parmi les âmes des trépassés et qui restent en communication a,vec les vivants ; ils ont la même foi dans les amulettes et dans les sortilèges ; ils marquent, par exemple, d'un amulette l'arbre où ils ont trouvé du miel, le verger dont les fruits sont bons à cueillir, et presque toujours la protection est efficace par crainte d'être frappé de maux, épouvantables si Ton venait à y toucher ; cependant, il y a parfois des vols, et alors les magiciens déclarent gravement que le voleur devait avoir un amulette plus puissant. La manière de préparer ces talismans ou ces charmes n'est point toujours très-innocente ; il faut parfois se procurer pour cela quelques parties du corps humain, et les chefs ne regardent point alors à tuer un de leurs sujets. Pacfois aussi, les enchanteurs déterrent les morts pour accomplir quelque acte de sorcellerie, comme font les Ba^.

loi chez les Bakouains. Mais ce qui les distingue des autres Babantous et les rapproche des nègres de la côte occidentale, c'est leur culte pour les idoles ; dans chaque village, on en trouve qui ont la prétention de représenter tantôt un homme, tantôt un lion, tantôt un crocodile, ou tout autre animal ; elles sont soit en bois, soit en argile ; et les Balondas battent le tambour toute la nuit pour les invoquer, quand ils ont des malades ; on les interroge sur tout ce qui peut intéresser leurs adorateurs, au moyen de certaines pratiques qui amènent forcément une espèce de réponse. Mais ce n'est pas seulement dans les villages qu'on en trouve. « Plus la forêt est profonde et ténébreuse, dit Livingstone, plus les idoles se multiplient; des visages humains sont gravés sur les arbres ; ils ont en général une étroite ressemblance avec les figures que Ton voit sur les monuments égyptiens, et des offrandes nombreuses, épis de maïs ou racines de manioc, sont appendues aux branches de ces arbres qui bordent les sentiers. On trouve de distance en distance des monceaux de petits bâtons formés, ainsi que les cairns des anciens peuples du Nord, par la bûchette que les passants ne manquent jamais d'ajouter à cette espèce de tumulus ; ailleurs, ce sont quelques baguettes placées en travers du sentier, dont chacun se détourne avec respect ; il semble que leur esprit effrayé cherche sans cesse à désarmer la colère des êtres invisibles qu'ils supposent habiter ces forêts pleines de ténèbres. »

Dans tout ce tableau, je ne puis voir que des traits accentués de fétichisme commençant à se transformer par l'anthropomorphisme en un nouvel état religieux. Mais cet état n'est point incompatible avec un certain sens moral ; et la légende de la naissance du lac Diloh appartient à ce cycle si répandu dans le monde entier de la punition de l'avarice et de la dureté de cœur.

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