‹ La mythologie comparéeChapitre 25 sur 33 · LE FÉTICHISME CHE2 LES CAFRES · texte numérisé non relu

LE FÉTICHISME CHE2 LES CAFRES

Une femme, Moëne Monenga^ se présenta un soir au village d*un chef nommé Mosogo ; bien qu'il fût absent, Fépouse de celui-ci accueillit charitablement Tétrangèreetlui donna de quoi se rassasier. Celle-ci se dirigea ensuite vers un autre village, où on la reçut fort mal, où on ne lui donna rien, et où on répondit en riant à ses reproches : « Que feras-tu pour nous punir ? » Alors Monenga se mit à chanter lentement un air étrange, et au moment où elle prolongeait la dernière syllabe de son chant, le village avec tous ses habitants s'engloutit dans la terre, et fut remplacé par le lac Dilolo actuel. Ce conte de fétichistes, de même nature que le joli mythe grec de Philémon et Baucis, que les nombreuses légendes d'Allemagne, de France, de toute l'Europe enfin, sur le voyage de Jésus- Christ déguisé en mendiant et éprouvant la charité des hommes, nous démontre que cet ordre de récits, malgré les couleurs qui changent avec le temps, appartient incontestablement à une phase antique de l'histoire de la civilisation.

Les tribus du Zambèze, les Batokas entre autres, ont les mêmes croyances que leurs congénères; toujours le culte des mânes ou Barimos constitue le fond de leur système théologique. Les grandes et admirables chutes Victoria sont le séjour par excellence de ces esprits, et les îles qui se trouvent dans le lit du Zambèze, juste sur le bord de la formidable cascade, sont comme des sanctuaires sacro-saints. Les colonnes de vapeurs immenses qui s'élèvent jusqu'aux nues, et où les rayons du soleil se jouent et créent sans cesse de nouvelles et plus admirables irisations, sont pour les indigènes comme les tabernacles où siègent les Barimos, L'arc-en-ciel , du reste, est pour les Babantous en général le pilon des esprits {Motse ou Barimo). Rien, du reste, de moins étonnant que cette association des génies de la nature avec ce phéno-

mène surprenant ; le contraire eût été vraiment singulier.

Les Zambéziens partagent, avec leurs compatriotes de Gafrerie et du bassin du lac Ngami, la croyance que les âmes des morts devenues Barimos restent en rapport avec les vivants, partagent leur nourriture, s'occupent de leurs affaires, mais n'ont qu'un désir, c'est d'arracher le plus de monde possible à l'existence.

La mort n'est que le fait des Bartmo$ ou bien des sorciers ; aussi se garde-t-on par des invocations, des sortilèges et des amulettes ; on a vu même une secte atroce, pour plaire à ces esprits et obtenir d'eux une-.prolongation de vie, leur offrir des cœurs humains arrachés à des victimes palpitantes sacrifiées ainsi à la terreur des vivants.

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