CHAPITRE XVIIT
MYTHOLOGIE s DE l' AMÉRIQUE CENTRALE ET DU MEXIQUE*.
Tandis que le Pérou, malgré la pluralité des éléments leth niques et sociaux qui constituèrent sa population et sa civilisation, nous présente un système théologique relativement assez régulier, les mythologies de TAmérique centrale et du Mexique s*offrent à nos études dans un état de tîonfusion, d'incohérence ou tout au moins de complexité excessivement pénible à débrouiller. Les renseignements ne nous manquent pourtant pas, mais c'est précisément la cause île la difficulté. Ces documents proviennent en majeure parlie d'observateurs imbus de préjugés, ignorants, contempteurs des civilisations de l'Amérique centrale, qui nous parlent des idées religieuses des Indiens sans méthode, sans critique. D'autres documents, trop rares ceux-là, sont l'œuvre des anciens indigènes, Quiches, Mayas, ou Nahuas ; rien n'est plus précieux pour la connaissance des idées religieuses de ces peuples avant la conquête espagnole, mais le fil qui pourrait nous guider dans le labyrinthe de leurs arcanes et le sens véritable de mythes obscurs nous font le plus •souvent défaut, ce qui ajoute à la difficulté de notre tâche. Il est enfin une autre cause d'embarras : c'est l'enchevêtrement de mythes variés, appartenant à des races différentes, à des civilisations diverses, qui semblent s'être donné
(1) Aux ouvrages signalés dans la note qui accompagne le titre du chapitre xvi, il convient d'ajouter, pour les chapitres xviii» xix et XX, celui de M. Hubert Bancroft : The Native Races of the Pacific States, t. III. .
rendez-vous sur le sol de T Amérique centrale. Sans vouloir faire ici Tethnographie de cette région, en laissant de côté un grand nombre de peuples plus ou moins autochthones, nous ferons remarquer que deux grandes races civilisées ont occupé cette partie du continent américain, que leurs civilisations et tout ce qui en fait partie, notamment les conceptions religieuses, s'y sont succédé en se greffant les unes sur les autres. Et pourtant ces races sont bien distinctes, car, à défaut de leurs caractères physiques que nous connaissons mal, leurs caraclères linguistiques les séparent profondément. Les Quiches du Guatemala avec les Mayas du Yucatan d'une part et les Nahuas du plateau d'Anahuac de Tautre, parlant des idiomes absolument étrangers les uns aux autres, formaient donc deux groupes ethniques que nous devons considérer comme n'ayant aucun rapport originel entre eux. Et cependant, il serait impossible d'étudier leurs mythologies indépendamment les unes des autres^ de faire avec rigueur le départ en quelque sorte de ce qui appartient à chacune. Encore faut-il tenir compte de la couche .épaisse de croyances fétichistes sur laquelle les polythéismes quiches, mayas et nahuas se sont constitués , des mythologies locales de petits peuples indigènes qui n'ont pas été entièrement absorbés par les races prépondérantes , et enfin des influences étrangères tellse que celle des anciens habitants des Antilles, dont nous retrouvons les cemis au Yucatan et le grand dieu Hurakan au Guatemala, chez les Quiches, ou celle des tribus guerrières et barbares du Nord qui, sous le nom de Ghichimèques, sont venues apporter un élément tout particulier à la société nahua-toltèque qui leur a pourtant imposé sa civilisation supérieure, non sans se laisser cependant modifier un peu par l'esprit des envahisseurs. J.-G. Mûller voit même deux courants généraux dans l'ensemble des mythes centreaméricains, Tun venant du nord tout imprégné du culte
des esprits, Tautre d'origine méridionale, fout plein au contraire du culte des forces de la nature. Nous ne voulons pas nous prononcer encore sur ce point, qui nous paraît obscur et d'une nature trop complexe ; mais ce que nous pouvons afOrmer, c'est que les mythes de T Amérique centrale et du Mexique, tels qu'ils nous apparaissent à Tépoque de l'arrivée des Espagnols et tels que la tradition nous les montre bien longtemps auparavant, sont des mythes essentiellement polythéistes. Pour en être convainiîu, il suffira, au cours de cette étude, de remarquer le rôle important qu'y joue Tanthropomorphisme.
Mettant de côté les cas excessivement nombreux de fétichisme que nous pouvons remarquer chez ces différents peuples, nous constatons au premier abord que la grande dyade, qui est comme le point culminant de cette phase théologique, se retrouve dans la mythologie mexicaine ou nahua sous la forme polythéiste qu'elle revêt avec tant de facilité dans tout l'univers. Un mythe mexicain de l'origine dn monde nous apprend en effet qu'un couple divin donna naissance aux dieux et aux hommes. Ge couple se composait d'un dieu, Citlatonac, qui réside au ciel, et d'une déesse, Citlalicue^ qui est la mère universelle. Ces divinités portaient aussi les noms à' OmetecuctU et d*Omecihuatl, ce qui signifie « deux seigneurs » et « deux femmes », autrement dit « doublement seigneur » et « doublement femme». On les retrouve aussi sous les noms d'Oxomoco et de Cipactonal. Au Yucatan, au sommet de la hiérarchie divine, nous rencontrons aussi un couple de divins générateurs, Hunabku et Ixazalhuoh ; et la mythologie quichée nous offre le couple de dieux sorciers, Xpiyacoc et Xmucane, grand-père et grand-mère du soleil et de la lune ; le premier porte aussi le nom d'Iînos. Or, comme ces ancêtres des dieux et des hommes sont bien antérieurs à la naissance du soleil et de la lune, quoique le ciel et la terre existas-
sent sans qu'on leur connût un commencement, il n*y a pas lieu de les prendre pour des personnifications de Fastre du jour et de celui de la nuit, mais plutôt pour les deux grands fétiches céleste et terrestre devenus dieux personnels et anthropomorphes dans une société polythéiste.
Le culte de la terre était d'ailleurs répandu au plus haut degré dans toute TAmérique centrale, sous forme de culte de déesses deTagriculture, de la fertilité, de la génération. Nous pouvons constater ce fait surtout dans Tadoration à peu près générale pour Centeotl ou mieux Tzinteotl^ « la déesse des origines », qui portait aussi, d'après Glavigero, les surnoms bien significatifs de Tonantzin^ « notre mère », et de Tonacajohua, « celle qui nous soutient ». Elle était à coup sûr intimement rattachée aux divinités féminines qui s'appelaient Teteionan, « la mère des dieux » , Cihuatcoailj « la femme serpent », et Tazi, Toci ou Tocitzin, «notre grand'mère ». Le chthonisme représenté par les déessesmères jouait donc un rôle considérable dans la mythologie du Mexique et de TAmérique centrale, où nous retrouvons celles-ci sous les noms d'Ixazaluoh chez les Mayas et de Xmucane chez les Quiches. Tzinteotl était à la fois la divinité qui présidait à la bonne croissance du maïs, c'està-dire à l'agriculture, et celle qui exerçait une influence décisive sur la génération. Tantôt elle était figurée sous les traits d'une femme chargée d'épis de maïs, tantôt sous ceux d'une femme portant un enfant dans les bras. C'était la déesse principale des Totonaques, qui l'aimaient beaucoup, lui offraient des fleurs et des fruits et ne lui sacrifiaient que des pigeons, des cailles et des lapins, mais non des hommes. Toutefois, les Aztèques, qui la révéraient fort, n'hésitaient pas à immoler dans les cérémonies faites en son honneur de nombreuses victimes humaines, et cela avec des raffinements barbares qui soulèvent le cœur. Dans ces occasions, une
DE l' AMÉRIQUE CENTRALE ET DU MEXIQUE. 293
jeune fille était habillée, peinte et ornée absolument comme la déesse dont elle devenait la vivante image , puis elle était mise à mort et son corps tout pantelant était dépouillé de sa peau, dont se revêtait un jeune prêtre, qui se livrait alors à une série de pratiques de dévotion dans les divers temples consacrés à Tzinteotl et aux autres déesses chthoniennes , telles que Xilone^ divinité des jeunes pousses de maïs {Xilotl)^ du printemps et en même temps de la guerre. Il y a d'ailleurs dans l'humanité primitive, une corrélation constante entre Tidée de printemps et l'idée de guerre ; c'est à cette saison de Tannée en effet que recommençaient les expéditions belliqueuses, qu'il était plus facile de joindre aux champs l'ennemi renfermé tout l'hiver dans ses villages fortifiés et de surprendre ceux-ci dégarnis d'une partie de leurs défenseurs.
A côté de Tzinteotl, l'antique déesse, la divinité du commencement du monde, se place naturellement, comme une autre forme de la conception religieuse qui lui a donné naissance, Toci, la mère des dieux , la grand'mère des hommes, suivant la définition de Sahagun, et, ce qui est plus significatif, le cœur, l'âme de la terre. Nous sommes là en face, et d'une façon non douteuse, d'une divinité chthonienne parfaitement caractérisée. Toci était plus particulièrement adorée par les médecins et les magiciens, devins et autres personnages de même acabit. C'est qu'en qualité de déesse de la terre elle présidait à la végétation et par conséquent à la croissance des herbes, des plantes médicinales, des simples en un mot, et en qualité de déesse-mère elle avait tout pouvoir sur la vie et la santé des hommes. Par extension, elle devint la patronne des bains de vapeur, très-usités dans toute l'Amérique, et fut surnommée TVmozco/^oc^*, « la grand'mère des bains».
Une autre déesse qui occupait chez les Aztèques un rôle tout à fait prépondérant et qui était une autre incar-
nation polythéiste de Tantique fétiche terrestre, c'était Cihuatcoatl^ «la femme- serpent» appelée également « notre mère», Tonantzin, Nous retrouverons cette divinité plus loin dans le mythe de Huitzilopochtli, mais nous devons dire dès à présent que le caractère ophidien de son nom la rattache à la fois aux mythes chthoniens et aux mythes de l'orage. Tous les reptiles qui semblent fils de la terre d'où ils sortent et oîi ils se cachent sont généralement les symboles d'un culte de l'élément terrestre. D'autres fois cependant les serpents représentent la foudre ; mais les autres reptiles sont des génies de la terre dans la plupart des cas. C'est pourquoi à Tzinteotl était consacrée la grenouille, dont la figure se retrouvait dans ses temples et dans ses fêtes religieuses. Or, comme cette divinité était d'origine centreaméricaine et comme plus d'un exemple nous est connu de rapports entre l'Amérique centrale et les Antilles, nous trouvons là une explication de la présence si souvent constatée de figures de grenouilles parmi les antiquités recueillies dans les îles du golfe du Mexique. Mais revenons à Gihuatcoatl. Le caractère maternel et chthonien de cette déesse est encore démontré par le patronage qu'elle exerçait sur les femmes en couches et la protection qu'elle accordait à celles qui mouraient en mal d enfant. Les sages-femmes encourageaient les jeunes mères en leur donnant l'exemple de Gihuatcoatl, « qui la première mit des enfants au monde »; elles invoquaient cette déesse avant les autres pour hâter la délivrance. On racontait aussi que Gihuatcoatl, vêtue de blanc, et les cheveux bouclés sur le front, apparaissait parfois sur les places de marché portant un berceau sur l'épaule, qu'elle abandonnait bientôt près d'autres femmes et où celles-ci, au lieu d'un enfant, trouvaient un de ces couteaux de pierre dont les prêtres se servaient pour sacrifier leurs victimes. Gar, il faut le dire, Gihuatcoatl avait aussi un aspect farouche et malfaisant ; elle était souvent
DE l' AMÉRIQUE CENTRALE ET DU MEXIQUE. 295
la cause de la pauvreté et du malheur, elle inspirait la lâcheté aux hommes. Habillée comme une grande dame du palais, elle se montrait comme une messagère de mauvais augure. La nuit on l'entendait parfois voler dans Tair en criant et même en rugissant. C'est aussi que la terre, si elle est source de tout bien et de toute vie, est également, quand elle tient son sein fermé, quand elle reste stérile, la cause de la misère, de la faim et de la mort. Les divinités chthoniennes qui nous paraissent si bonnes et si maternelles ont ainsi un côté mauvais et terrible qui les fait redouter autant qu'on les aime pour leurs bontés.
Une autre déesse aztèque^ Chicomecoatl, appartient sans conteste à cette série de divinités. C'était la Gérés mexicaine proprement dite. Elle était représentée la couronne en tête, vêtue de rouge, un vase dans la main droite et au bras gauche un bouclier sur lequel était peint une grande fleur. Déesse de Fabondance, elle exerçait son autorité sur tout ce qui se mange et sur tout ce qui se boit. Sa fête tombant au printemps, à la fin d'avril, où l'on banquetait dans son temple , elle présidait aussi à la reproduction de tous les êtres. C'était à son sanctuaire que Ton portait en procession les grains réservés pour les semailles ; des jeunes filles étaient chargées de cet office sous la surveillance de matrones qui injuriaient les jeunes gens assez osés pour élever la voix sur leur passage : ces vieilles reprochaient à ces jeunes hommes de n'être que des lâches qui n'avaient point encore fait preuve de virilité et de courage ; les garçons répondaient sur le même ton tout en promettant cependant de se montrer hommes à la première occasion. Après que les grains avaient été sanctifiés au temple de Chicomecoatl, on les rapportait dans lés greniers. On voit dans cette cérémonie, à côté du sens prédominant qu'elle a et qui est agricole, des indices qui révèlent que les Aztèques attribuaient aussi un caractère
296 MYTHOLOOIE COMPARÉE.
amoureux et procréateur ainsi qu'un caractère belliqueux à leur déesse de Tabondance, dont ce fait prouve bien la nature chthonienne.
Disons encore qu à Mexico, Tzinteotl revêtait parfois l'aspect d'un dieu mâle ; c'était alors le dieu du maïs proprement dit, mais il avait pour mère la déesse-lerre par excellence, 1.1 vénérable Toci ou Tocitzin.
Le culte du ciel n'était pas moins répandu que celui delà terre dans toute TAmérique centrale. Gomme ce dernier,, il se manifestait par Tadoration de nombreuses divinités, masculines pour la plupart, et qui agissaient sur l'univers an moyen des phénomènes météorologiques. C'étaient des dieux de l'air, du vent, de la pluie, de l'orage. Les Quiches du Guatemala considéraient comme « l'âme du ciel » le terrible dieu des tempêtes dans les Antilles, le formidable Hurakan^ et lui faisaient jouer un rôle important dans leur cosmogonie. Mais Hurakan, tout en étant le « cœur du ciel » dans le récit cosmogonique du Popol-Vuh^ ne paraît pas pouvoir être tenu pour le véritable dieu de l'orage au Guatemala. Le dieu national des Quiches, Thiol^ qui leur donne le feu , qui est représenté tantôt sous la forme d'un couteau de silex, tantôt sous celle d'une pierre météorite, est bien plutôt cette divinité autochthone. C'est lui qui conduit les premiers Quiches au pays des sept cavernes, à Tulan-Zuiva. Son nom a pour signification celle de <( grondeur », ce qui est une épithète bien appliquée au tonnerre ou à son dieu. Il est d'ailleurs tou> jours accompagné de deux autres dieux : Avïiùv, al'éclair », et HacavitZy ida foudre». Au Nicaragua, pour avoir de la pluie, on sacrifiait de jeunes garçons à Quiateotl, dieu de l'orage.
Enfin, au Mexique comme dans le reste de l'Amérique centrale, le premier représentant de la divinité du ciel y. conçue à la façon polythéiste, était Tlaloc, Des régions
élevées de Tatmosphère où il habitait dans une sorte d'Eden mexicain, il régentait les nuées et les montagnes qui se confondent aux yeux, la pluie qui féconde la terre, le vent qui berce ou brise les grands arbres^ réclair qui éblouit , la foudre qui gronde et tue. Sous ses ordres agissait un escadron de dieux inférieurs qui lui avaient emprunté leur nom générique de Tlalocs. Ge nom était aussi celui d'une région mythique située au sommet des montagnes et en même temps au firmament; toutefois la forme exacte de ce nom était plutôt Tlalocan^ et de là le dieu do la pluie et de l'orage qui y régnait prenait le titre de Tlalocatecutli, « seigneur du Tlalocan ». J.-G. MûUer, tout en constatant que ce dieu était hautement vénéré par les Toltèques, les Ghichimèques et les Aztèques, ne l'en considère pas moins comme une divinité presque autochthone, et en tout cas propre aux Olmèques. Sa plus ancienne image était taillée dans une pierre blanche légère; il y était représenté sous l'aspect d'un homme assis, et la statue était peinte en vert et en bleu, les couleurs de Teau. dont Tlaloc était spécialement le régent; mais, comme dieu de l'orage, il tenait à la main un javelot ou sceptre pointu en or. Une légende populaire rapporte qu'un roi des Golhuas voulut remplacer cette idole vénérable par une autre mieux faite et sculptée dans le granit^ mais que le dieu irrité frappa celle-ci de la foudre ; ses adorateurs terrifiés s'empressèrent de reporter leurs hommages à l'antique image, chère à Tlaloc.
A Mexico, les Aztèques lui avaient consacré une chapelle, epeoatlf voisine de celle de leur, grand dieu national Huitzilipochtli . Là, on voyait une autre statue de Tlaloc, dont la description nous est faite par Gama et Glavigero. Le dieu était debout, le corps et la face de couleur grise ; il était vêtu d'une tunique azurée toute quadrillée de bandes d'argent ; dans les carrés ainsi formés, on voyait
un cercle d'argent au centre, et des fleura en perles de couleurs avec des feuilles jaunes aux angles ; il portait des brodequins garnis de grelots d'or, et sa coiffure consistait en un diadème de plumes blanches et vertes, d'où pendaient sur les épaules d'autres plumes rouges et vertes. Il avait des bracelets et un collier d'or et de pierres précieuses ; ses pendants d'oreille étaient rouges avec un bouton d'or ; au bras gauche était passé un bouclier orné de plumes jaunes, vertes, roses et bleues, formant des cercles concentriques tout alentour, et dont le centre était de couleur bleue et quadrillé d'argent comme la tunique ; à la main droite, il tenait tantôt un faisceau de feuilles d'or, tantôt un serpent d'or représentant la foudre. Le caractère tout particulier de Tlaloc se remarquait sur son visage ; le dieu n'avait qu'un œil, tout blanc, traversé par une ligne horizontale noire, au-dessous de laquelle on trouvait un demi-cercle noir; le tout était entouré d'un anneau double bleu ; un anneau semblable ornait la bouche, qui ne contenait que trois dents, celle de devant étant teinte de .rouge.
Le culte de Tlaloc, tel que nous le trouvons décrit chez les auteurs espagnols, n'était pas moins cruel et farouche dans l'Anahuac que celui des autres divinités. Si des chiens d'une certaine espèce glabre, dont les Mexicains confectionnaient un plat recherché, étaient ordinairement sacrifiés au dieu de la pluie pour faire finir la sécheresse, des victimes humaines périssaient également en son honneur. Tlaloc avait deux grandes fêtes dans Tannée, à l'issue desquelles on lui immolait des hommes suivant le rite mexicain. En outre, quand la chaleur était intense, quand on manquait d'eau, quand les récoltes s'en trouvaient menacées, on offrait au dieu et à ses génies des nuées et des montagnes d'horribles sacrifices : on achetait, par exemple, quatre enfants de cinq à six ans, et on les enfermait dans une ca-
DE l'âMÉRIQUE centrale ET DU MEXIQUE. 299
verne où on les laissait mourir de faim. D'autres fois, on plaçait des enfants sur un canot que Ton conduisait en pompe au tourbillon de Pantitlan, dans le lac de Mexico, où Tembarcation et son équipage étaient engloutis. Ce sacrifice avait également lieu tous les ans, au commencement de Tannée, lors de la grande fête des Tlaloca, auxquels on offrait d'autres jeunes victimes au sommet des montagnes environnantes.
L'emblème du dieu de la pluie dans l'Amérique centrale, particulièrement chez les Mayas, où il portait le nom à^Ahulneb, était la croix. Les Espagnols en trouvèrent une dans l'île de Gozumel qui était l'objet de la vénération des habitants du Yucatan ; ceux-ci se rendaient en pèlerinage auprès d'elle et, dans une contrée où les sources et les rivières sont rares, où l'on conservait précieusement l'eau de pluie dans d'admirables réservoirs, l'imploraient et lui faisaient mille offrandes précieuses pour en obtenir la cessation de la sécheresse. On a fait bien des commentaires sur la présence du culte et du symbole de la croix en Amérique, avant la découverte. Nous nous sommes expliqué plus haut sur ce point, à propos de la mythologie des Muyscas; la croix n'est pas un emblème exclusivement réservé au christianisme, elle retnonte au contraire à une grande antiquité, et sa forme appartient à une foule de races étrangères les unes aux autres. Quant à la croix de l'Amérique centrale, quoi d'étonnant à ce que ce signe des quatre points cardinaux, d'où soufflent les quatre vents, représentés au Yucatan par les quatre Bacabs figure dans le culte d'une divinité de l'atmosphère, de Tlaloc, dieu de l'orage et de la pluie? Aussi bien le nombre 4 se rencontret-il fréquemment dans tout ce qui a rapport à Tlaloc.
Nous avons dit que le dieu de la pluie avait sous ses ordres un grand nombre de dieux secondaires qui portaient son nom. Dans la prière pour avoir de la pluie, qui nous a
été conservée par Sahagun, après s'être adressé à Tlaloc, les pieux Mexicains invoquaient les Tlalocs. Il semble que ceux-ci sont les personnifications polythéistes, les génies des éclairs, des nuages et des montagnes. Les uns, en effet, étaient figurés, lors de la fêle du treizième mois (24 octobre), sous la forme de serpents de bois : or, rien ne représente mieux la foudre sillonnant la nue qu'un serpent de feu ; les autres petites poupées de bois avaient l'aspect d'êtres humains, c'étaient les montagnes anthropomorphisées. Le caractère polythéiste de ces idoles, appelées Ehecatotontin, est encore indiqué par la distinction que l'on faisait entre elles et la représentation matérielle des montagnes. A l'occasion de la cérémonie mentionnée plus haut, on recouvrait ces serpents et ces statuettes de bois, placés dos à dos, d'une pâte mêlée de graines d'amaranthe sauvage et façonnée à l'image d'une montagne, d'où sortaient les têtes de ces figurines ; autour du sommet on plaçait des boudins de pâte, pour simuler les nuages qui couronnent les hautes cimes. Quatre hommes et une femme étaient égorgés à cette fête, leurs cœurs offerts à Tlaloc, et leur chair dépecée paraissait sur la table des prêtres. En même temps les montagnes de pâte étaient brisées et l'on en mangeait les morceaux.
A la fin de décembre, au Mexique, le tonnerre commence à gronder dans les montagnes couronnées de nuages et les premières pluies se mettent à tomber. Le peuple s'écriait autrefois à cette époque : « Voici venir les Tlalocs ! » Et chacun de faire le vœu de fabriquer quelques images de montagne. Cette fois, celles-ci, dont les prêtres étaient les auteurs, avaient entièrement l'apparence de figurer humaines ; elles étaient en pâte de graines d'amaranthe et recouvertes de papier ; il y en avait cinq, dix ou quinze au gré des familles, et elles représentaient les hauts sommets du Mexique. On plaçait devant ces
idoles de petits plats chargés de nourriture, de petites jattes pleines de boisson, qu'on renouvelait quatre fois dans la nuit. Au matin, les prêtres armés du couteau de tisserand de la maison, égorgeaient ces figurines comme de véritables victimes humaines, et leur arrachaient le cœur, qu'ils remettaient au père de famille.
Ces petits dieux des nuées et des montagnes élevées étaient aussi des génies de Tair. Dans leur nom à' Ehecatotontin, nous trouvons en composition le mot ehecatl, qui signifie « Tair » en ancien mexicain. Au Nicaragua, nous rencontrons les traces d'un ancien culte du dieu de Tair, distinct de celui de la pluie et de Torage ; on y adorait un dieu ffecatj appelé aussi Chiquinau. Oviedo mentionne aussi un Ecalchotl, qui joue son rôle dans la cosmogonie de ce pays ; mais il y a lieu de croire que ses Hecat et Ecalchotl ne sont au fond que de mauvaises prononciations ou transcriptions d'Ehecatl, Tair ou lèvent. Le dieu fils du couple divin Thamagastad et Gippatonal aida ses parents à créer de nouveau l'univers détruit par un déluge ; il portait le noni de ffuekue, « le vieux », et pourtant onle représentait sous Taspect d'un jeune homme ; le vent et l'air sont toujours jeunes, quoiqu'ils existent depuis le commencement du monde.
Au nombre des Tlalocs, les Mexicains comptaient certains dieux secondaires, tels quOpoc/Uh\ « le gaucher », qui était le patron des pêcheurs et l'inventeur des filets, harpons, hameçons, etc. Ailleurs, au lac Ghalco, par exemple, on l'appelait AmimitL Gomme Tlaloc, on le représentait sous la forme d'un homme au teint gris, couronné de papiers de diverses couleurs et de plumes vertes ; il portait croisé sur la poitrine un vêtement vert semblable à l'étole des prêtres catholiques ; il était armé d'un sceptre singulier et d'un bouclier rouge, orné au centre d'une fleur blanche et de quatre feuilles en croix.
Un autre dieu Tlaloc, c'était Napatecutlij dieu des fabricants de nattes et de tous les ouyriers en vannerie, c'est-à-dire de ceux qui travaillent les plantes aquatiques, le jonc, les roseaux. Outre son nom qui signifie « quatre fois seigneur », il était connu sous les épithètes de a purificateur », de « généreux», de «reconnaissant», etc. Il était figuré sous les traits d'un homme noir, au visage moucheté de blanc, coiffé d'un bonnet à panache de trois plumes vertes, et vêtu d'un jupon blanc et noir orné de petites coquilles marines ; il portait au bras gauche un bouclier, dont la forme rappelait celle du nénuphar, et de la main droite il brandissait un sceptre qui avait l'air d'une branche fleurie, à cause de ses ornements de papier; sur sa poitrine passait une écharpe blanche à fleurs noires.
Il n'est peut-être pas hors de propos de mentionner, à côté de cette divinité de la végétation aquatique, le dieu des fleurs, MacuilxochilL On le représentait à peu près nu, peint en vermillon, sauf à la bouche et au menton, qui étaient tatoués de blanc, de noir et d'azur ; sa coiffure était de plumes vertes comme celle de Tlaloc ; il n'avait pour vêtement qu'une draperie rouge ornée de coquilles autour de la taille ; son bouclier était blanc et son sceptre garni de plumes vertes et jaunes.
Sahagun parle d'une autre divinité des fleurs, d'une déesse cette fois, qu'il appelle Coatlyace et Coatlantona; il semble qu'il ait voulu désigner ainsi une déesse célèbre dans le mythe de Huitzilopochtli, puisqu'elle fut la mère du granddieu des Aztèques, Coatlicue^ « la femme au jupon de serpent». Mais qu'est-ce que Coatlicue? Est-ce une divinité chthonienne ou bien une déesse de l'air et des eaux? La chose est malaisée à déterminer, vu la pénurie de renseignements où nous sommes à son endroit. Associée à un dieu de l'orage et du vent, son fils, elle peut être aussi bien son dédoublement féminin, ou, comme Tzinteotl, une des
parties de la grande dyade céleste et tellurique de la fin du fétichisme. Soit qu'elle fût déesse de l'eau et des nuées, soit qu'elle fût une des formes polythéistes de la terre divine, elle pouvait à la fois donner naissance au vent redoutable de la tempête et protéger la végétation, grâce à Teau dont en ce cas elle aurait été dispensatrice.
La véritable déesse des ondes était Fépouse de Tlaloc, Chaichihuit licite, « au jupon semé d'émeraudes », la dame à la robe verte, la Matlalcue des TIascaltèques, aux yeux desquels elle passait pour la reine des magiciennes, et qui Tadoraient au plus haut sommet de leurs montagnes, cime qui sert de berceau aux orages de la région et qui portait le même nom que la divinité. On l'appelait aussi Xochiquetzal et Macuilxochiquetzal, « la déesse à Téventail des cinq fleurs ». Les Mexicains lui donnaient encore une foule de noms tirés des divers aspects de Teau, mais sa dénomination la plus usitée était sans contredit celle de Chalckihuitlicue. Sahagun prétend qu'elle était la sœur de Tlaloc, et Torquemada veut qu'elle ait été la compagne et non l'épouse de ce dieu. Tout cela importe peu ; ce ne sont que des raffinements mystiques qui n'empêchent point que Chalchihuitlicue n'ait été une divinité de là pluie intimement liée aux mythes de l'orage et des phénomènes atmosphériques. Elle avait le pouvoir de soulever des tempêtes, de creuser des tourbillons dans les lacs et dans les cours d'eau, et de causer des inondations ; tous ceux qui périssaient noyés, tous les bateaux engloutis servaient de témoins à sa puissance. Elle était naturellement la patronne de tous les métiers qui avaient des rapports avec l'élément humide. Sur ses statues, elle avait les traits féminins, le visage peint en jaune, à l'exception du front qui était bleu ; elle portait sur la tête une couronne de papier azuré ornée de plumes vertes, au cou un colHer d'émeraudes auquel pendait une médaille d'or, aux
oreilles des pendants de turquoise ; elle était vêtue d'une tunique et de jupes d'un bleu clair, garnies de franges et de coquilles ; à son bras gauche était attaché un bouclier, dont le blason était une fleur blanche de hs d'eau, et elle tenait à la main droite un objet en forme de croix.
Ghalchihuitlicue présidait à la purification des hommes ou plutôt des enfants, espèce de baptême mexicain ; cette cérémonie avait lieu au moins deux fois, et la première aussitôt après la naissance, dès que la sage -femme avait tranché le cordon ombilical; celle-ci, tout en lavant le nouveau-né, le consacrait à la déesse des eaux et de la pureté; au cours de la seconde lustration, qui se faisait généralement cinq jours plus tard, on donnait l'eau à goûter pour la première fois à l'enfant. Ge caractère tout particulier de la compagne de Tlaloc en avait fait également la protectrice des unions légitimes, du mariage, des amours honnêtes. Les dames de bonne naissance l'invoquaient et lui faisaient des offrandes lors de leurs noces. Ghalchihuitlicue se trouvait donc être une sorte de Junon centre-américaine, gardienne vigilante de la sainteté du lien conjugal.
Il paraîtra peut-être singulier que nous placions la Vénus mexicaine, la déesse des plaisirs obscènes, la lubrique Tlazolteolty à côté de la chaste Ghalchihuitlicue. Toutes deux cependant sont des déesses de Teau, épouses de Tlaloc. Tandis que la seconde représentait le caractère purificateur de cet élément, la première procédait au contraire de son caractère générateur, mais leur origine mythique n'en était pas moins la même. Les deux divinités se partageaient le nom de Xochiquetzal, et dans la légende tlascaltèque, où Tlaloc, après s'être vu enlever sa femme par Tezcatlipoca, épouse l'enchanteresse Mallalcue, on ne sait trop si la première est la déesse des amours honnêtes ou celle de la passion charnelle ; il faut considérer pourtant qu'il y a lieu de croire que c'est celle-ci dont il
DE l'âMÉRIQUE centrale ET DU MEXIQUE. 305
s'agit, puisque la tradition était propre à Tlascala, où Ton avait uti culte tout particulier pour la voluptueuse Tlazolteotl. D'après Sahagun, cette divinité portait deux autres noms : Ixcuina et Tlalequani ; la seconde de ces dénominations signifie « la mangeuse d'ordure », et marque bien la nature luxurieuse de Tlazolteotl ; aussi bien ce dernier mot lui-même n'a d'autre 'sens que celui de « déesse de Tordure, de la luxure». Toutefois, on a vu dans répitbète de « mangeuse d'ordure » une allusion à une pratique propre au culte de la déesse, et relative à la confession et à la rémission des péchés. De même qu'elle avait poussé les hommes à commettre des fautes, Tlazolteotl avait, paraît-il, le pouvoir d'effacer celles-ci pourvu qu'on les confessât à ses prêtres, qui étaient en même temps diseurs de bonne aventure et sorciers. Quant au terme d'/rcwma, il veutdire « les quatre sœurs », et s'interprète par ce fait que les anciens Mexicains divisaient parfois la divinité de la volupté en quatre déesses : Tiacapan^ Teicu, Tlaco et Xucotsi. D'autres fois, Ixcuina, envisagée comme une seule personne, était représentée par un chien ; cet animal lui était d'ailleurs consacré. On l'associait aussi avec Jxtacoiiuhqui, divinité des ivrognes et des débauchés.
Pour en revenir à la Tlazolteotl tlascaltèque, nous rapporterons une légende tout à fait topique sur son compte : Cette déesse avait pour habitation un jardin délicieux situé au plus haut de l'atmosphère, au neuvième ciel, arrosé par d'innombrables fontaines, rempli de fleurs merveilleuses et surnaturelles ; là aucun homme, aucun dieu mâle ne pouvait pénétrer. Xochiquetzal ou Tlazolteotl y passait son temps à filer et à tisser des étoffes inconnues, entourée de bouffons, de nains et de ' bossus qui l'amusaient et lui servaient de messagers en allant faire respirer aux humains quelqu'une des fleurs T. 1. 20
du jardin céleste, dont le parfum inspirait une passion aussi brûlante qu'obstinée. Or^ il arriva qu'un homnoie appelé Yappan, ayant abandonné sa femme et sa fa* mille, s'étant fait ermite au désert, résistant à toutes les tentations, fut sur le point de passer de la nature humaine à la divinité. Cela faisait le désespoir d'un certain Yaotl son ennemi, qui TaV^it épié sans relâche pour le saisir en faute. Alors Tlazolteotl, dans sa malice, résolut de séduire l'anachorète et de lui faire perdre le fruit de ses austérités ; elle descendît sur la terre et vint trouver Yappan sous les traits d'une femme admirablement belle ; s'étant nommée, elle lui dit qu*en récompense de sa piété, les dieux renvoyaient à lui pour le soutenir dans sa pénitence ; elle lui demanda seulement de Taider à gravir le rocher sur lequel il se tenait. Yappan, sans défiance, prît la main de la dangereuse et perfide déesse : aussitôt une passion ardente s'empara de tout son être, lui fit oublier tous ses devoirs, et lui enleva en un instant d'ivresse goûtée avec Tlazolteotl tout le mérite de sa continence passée, de sa possession de lui-même. Ayant succombé au péché, Yappan devint la victime de Yaotl , qui Tégorgea. Les dieux, émus de pitié, transformèrent Yappan en scorpion, et pour punir Yaotl de sa haine le changèrent à son tour en sauterelle.
Ces déesses des eaux et des nuées ne sont pas sans quelques rapports avec les divinités chthoniennes, dont nous avons parlé au début de ce chapitre. Mais elles ne sont|>as non plus sans affinité avec les mythes lunaires ; on sait du reste que le culte de l'élément humide tient par bien des points à celui de l'astre des nuits. Mais pour l'instant occupons-nous encore des divinités de Pair.
« Afixcoatl, le nuage-serpent, ou Izlac-Mixcoatl^ le blanc ou le brillant nuage-serpent, dit M. Brinton, que l'on prétend avoir été la seule divinité desanciensGhichimèques,
DE l'AMÉRIQUE centrale ET DU MEXIQUE. 307
qui était tenu en grand honneur par les Nahuas, les Nicaraguens et les Otomis^ identifié avec Taras, dieu suprême des Tarasques, et avec Camaxtli^ dieu des Téo-Chichimèques, est une autre personnification de Torage. Aujourd'hui encore c'est le nom familier de la trombe tropicale en langue mexicaine. On le représentait, comme Jupiter, un faisceau de flèches à la main, la foudre. Les Nahuas et les Tarasques racontaient des légendes où il figurait comme le père du genre humain. Ainsi que d'autres dieux de Téclair, on adorait en lui le dispensateur des richesses et le patron du commerce ; au Nicaragua on décrivait son image sous Taspect de pierres gravées que Ton considérait probablement comme des produits du tonnerre. » (Myths of the New Worldy 2® édit., p. 171.)
Sous ce nom de Mùccoatly il est évident que Ton avait réuni les divinités atmosphériques de plusieurs races. Le mot de (( mixcoati » est purement aztèque ; or, quand on retrouve ce dieu chez les Otomis, dont le langage est absolument isolé, chez les Tarasques aborigènes de TAnahuac, au Nicaragua, dont les habitants était de race bien différente de celles du Mexique, quoiqu'ils aient subi dans une assçz large mesure l'influence de la culture mexicaine, on ne peut douter qu'il ne cache sous son extérieur aztèque un fond très-ancien et peut-être autochthone. Mixcoati fut le père des hommes, nous dit la tradition chichimèque, et son épouse Ghalchihuitlicue fut leur mère. Voilà un nouveau point de contact avec les autres dieux de l'air et de l^orage, avec Tlaloc notamment. A Mexico, c'était à Huitzilipochtli qu'il était associé, et pour épouse il avait Goatlicue ; on leur sacrifiait des victimes humaines, hommes et femmes.
Ce dieu présidait surtout à la chasse. Le quatorzième mois de l'année mexicaine lui était consacré : on le fêtait au commencement. Vers le milieu de ce même
mois, tous les hommes valides se ceignaient les reins, pre naient leurs arcs et leurs flèches et se dirigeaient vers les montagnes. Dans une localité nommée autrefois Zapatepec, et plus tard Tacubaya, la foule des chasseurs se rassemblait ; une immense battue avait lieu alors, et tous les animaux qu'on faisait lever tombaient percés de flèches. Les plus adroits tireurs recevaient des manteaux en guise de récompense ; chacun rapportait chez soi la tète du gibier qu'il avait tué, et dont le corps demeurait consacré à Mixcoatl. Il y a lieu de croire que cette fête avait été empruntée aux Otomis, qui étaient des chasseurs et des sauvages relativement aux peuples civilisés de TAnalmac. Toutefois, comme les Chichi mèques passaient également pour être adonnés presque exclusivement à la chasse, leur grand dieu Mixcoatl devait naturellement être honoré par une fête semblable à celle dont nous venons de parler.