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DES ROCHERS ET DES MONTAGNES

Tout, dans la nature, est fétiche pour l'homme primitif; ainsi que le déclarait un Peau-Rouge Dakota : « il n'y a rien qu'on ne doive révérer comme une divinité » ; à ses yeux le surnaturel seul existe, et rien ne s^ fait naturellement. Les nègres, qui nous représentent l'état fétichique dans son développement le plus complet et dans son état le plus topique, les nègres font des fétiches de toute la nature, et en dehors d'eux-mêmes ne voient partout que fétiches hiérarchisés comme leur société rudimentaire. Ceux de la côte d'Or, par exemple, adorent leurs Wongs dans tout ce qui frappe leurs yeux. La mer et tout ce qu'elle contient sont des Wongs; les rivières, les lagunes, les fontaines, sont des Wongs ; les tertres élevés par les termites, les tumuli érigés après les sacrifices, les pointes de terre au détaur des cours d'eau, les caps, les montagnes, en résumé tous les accidents de terrain un peu accentués sont des Wongs; certains arbres, certains animaux comme les serpents, les crocodiles et les singes, sont des Wongs ; leè grossières figurines taillées et sculptées par les féticheurs ou sorciers sont des Wongs, ainsi que les amulettes ou gri-gri faits avec de petits os, des cheveux, des cordons, des morceaux d'étoffe ou d'écorce, etc.

La nature entière est animée pour les fétichistes ; les

pierres, les rochers le sont aussi, et Regnard, dans son Voyage en Laponie, nous raconte que les Lapons établissent des liens de famille entre eux comme ceux de père, de mère et d'enfant, s'imaginant que la nuit ils se fréquentent et voyagent à Tinstar des cloches qui dans la semaine sainte font, comme on sait, le voyage de Rome.

Le culte des pierres est répandu sur toute la terre et remonte aux temps primitifs de l'humanité . Nous le constatons dans toutes les parties du nouveau continent, chez les Onéidas, chez les Iroquois, chez les Dakotas qui prenaient une pierre ronde, la peignaient, et la plaçant à terre après en avoir arraché le gazon, lui faisaient des offrandes et la priaient d'écarter d'eux tout danger. Aux Antilles, on adorait trois pierres dont l'une avait pour mission de faire réussir les récoltes, la seconde d'aider à l'accouchement des femmes, et la troisième de donner de la pluie ou du soleil suivant qu'on en avait besoin.

Le Pérou, malgré sa civilisation relative sous les Incas, possédait aussi le culte des pierres d'une façon très-caractérisée ; les anciens écrivains espagnols, Garcilasso de la Vega, Babboa, Acosta, UUoa, Montésimos, etc., en font foi. Les pénates ou patrons des villages y étaient des pierres et des rochers ; certains temples contenaient également des monolithes sacrés, soit que les Incas les aient pris pour des symboles, soit qu'ils les aient rattachés à leur nouvelle religion afin de complaire aux superstitions des peuples conquis et convertis; c'est ainsi que la légende des quatre frères et des quatre sœurs de la grotte de Pacari-Tambo, à l'est de Guzco, indique l'existence d'une antique litholâtrie. L'aîné de ces frères, à la sortie de la caverne, gravit une montagne d'où il prit possession du pays en laissant des pierres aux quatre points cardinaux. Gela éveilla la jalousie de ses frères. Le plus jeune, Ayar Uchu Topa, le plus rusé de tous, se mit en mesure de se

débarrasser de tous ses frères afin de conserver pour lui la souveraineté sur ce monde. Il amena Taîné à pénétrer dans une profonde caverne, pour y prier le grand Illatici Bmracocha, et il Ty enferma en élevant un mur de grosses pierres à l'entrée. Grâce à sa piété, le frère aîné fut changé en rocher de forme humaine, objet d'une grande vénération. Le deuxième frère fut précipité dans un abîme par Ayar Uchu Topa, alors qu'il était à la recherche de son frère; et l'assassin prétendit qu'il avait été changé en pierre; ce fut son sort véritable, selon d'autres versions, ainsi que celui du troisième frère, Ayar Uchu Topa s'étant ligué avec un enchanteur. Toutes ces pierres étaient très-vénérées dans le pays. Quant au dernier frère, il épousa ses quatre sœurs, soumit les populations environnantes, fonda Guzco ^t une foule d'autres villes, mais à son tour termina sa vie en étant aussi transformé en rocher. Cette tradition indique bien, à notre avis, qu'un ancien culte fétichique des pierres isolées avait existé dans le Pérou, culte modifié dans son ensemble par l'évolution théologique qui se fit dans ce pays, où, après avoir passé par le fétichisme astrolâtrique, les Incas amenèrent leurs peuples au seuil du polythéisme.

L'histoire de l'Inca Roca, également attribuée à Manco- Gapac, qui renversa une pierre sacrée dans un village d'idolâtres, prouve bien l'existence d'un culte fétichique chez les Péruviens antérieurement à la religion solaire; mais ce qui prouve aussi l'obstination du fétichisme dans l'esprit des populations, c'est la fin de la légende : au moment oii la pierre sacrée fut brisée, il s'en échappa un perroquet qui gagna une autre pierre où il disparut et qui devint à son tour l'objet de la vénération générale.

Aussi bien trouve-t-on comme substraction de l'ancienne religion péruvienne le culte des Guacas, Huacas ou Villcas. Le sens de ces mots a donné lieu à différentes interprè-

talions qui toutes se résument dans cette signification : quelque, chose de surnaturel, de divin. Le grand prêtre du Soleil à Guzco avait même conservé le nom de Htmcapvillao, « celui qui parle avec les ffuacas ') ; les Guacas étaient donc Tobjet du culte des habitants du Pérou avant les Incas, et de fétiches qu'ils étaient alors, ils devinrent dans la religion incatique des dieux secondaires. Leur forme était assez variée : tantôt morceaux de bois, tantôt pièces d!6 métal, mais le plus souvent pierres et rochers, notamment météorites et pierres précieuses. Ainsi les Mantas adoraient, disent Meiners et Baumgartem, une émeraude de la grosseur d'un œuf d'autruche. Lacroix rapporte qu'on vénérait au sommet d'une montagne troisrochers que l'on disait être la mère et ses deux fils. Dans les villages, dans les familles existaient de ces pierres fétiches, de ces guacas, véritables dieux pénates. Les uns, placés dans les temples, étaient les protecteurs de la vallée, de la tribu, de la nationalité ou du chef; à cette catégorie appartenaient les neuf guacas bleus des habitants de Guamachuco au temps des Incas et auxquels ceux-ci avaient attribué ou plutôt conservé la possession de nombreux troupeaux et d'autres richesses. Au milieu de chaque village s'élevait une pierre appelée Guachecoal^ qui était le patron de la commune et que l'on choisissait pour sa beauté, sa couleur ou sa forme extraordinaire. Les guacas des familles, des maisons portaient plus particulièrement le nom de Conapas, Dans les champ$, on trouvait aussi des pierres- fétiches, dieux-termes américains, qui protégeaient les récoltes. Un fétiche plus particulièrement chargé du soin des troupeaux, était une pierre appelée Caullam,

Toutes ces pierres avaient en outre des propriétés magiques ; les guacas formés de météorites étaient employés (laÀs.les affaires d'amour. Les roches isolées des champs

deviennent, dans certaines légendes, d'indomptables guerriers qui combattent victorieusement pour la tribu qu'elles protègent, et reprennent leur forme primitive après la bataille. Les habitants du Pérou, que les Incas ne purent arracher au culte des guacas, le conservèrent au moins jusqu'au seizième siècle, et il n'est pas démontré que certains d'entre eux ne le pratiquent encore aujourd'hui dans des localités écartées, et en secret ; on faisait des offrandes à ces guacas, et ceux qu'on pouvait remuer étaieitt transportés processionnellement au milieu des chants, des danses et des libations.

Nous retrouvons ce culte des pierres dans l'Amérique centrale : Votan y était adoré sous la forme d'une grosse émeraude, et de semblables pierres vertes, qu'on désignait sous le nom de ChalchiuiteSy étaient en maintes localités l'objet de l'adoration des Mayas, des Mixtèques, des Ghiapanèques et des Guatémaltèques. Les mêmes faits mythologiques se remarquent au Mexique dans le culte de Quetzalcoatl.

Dans ce même pays, à Gholula, Humboldt signale une grande pierre sacrée qui pourrait bien être la représentation de la pierre Citlatonax ; celle-ci, suivant la légende de l'Anahuac, étant tombée des Sept-Gavernes, Chicomoztotl, se brisa en seize cents fragments qui se changèrent aussitôt en autant de guerriers. Le mythe de Quetzalcoatl absorba lui aussi plusieurs particularités d'un ancien culte des pierres. Les habitants de ce même Gholula adoraient cette divinité tantôt sous la forme d'un bloc de pierre noire, tantôt sous celle d'une foule de petites pierres vertes qui étaient tombées du ciel. Dans la légende de Quauhtitlan, on voit Quetzalcoatl lancer des pierres dans le tronc d'un arbre, où elles restent fichées et offertes à l'adoration des mortels. A Tlalnepautla , une pierre consacrée avait survécu pour les fidèles à l'extinction officielle du fétichisme des races primitives, parce que l'on

racontait que Quetzalcoatl y avait un jour enfoncé sa main.

Enfin, dans TAmérique du Nord, les anciens missionnaires signalent Texisteiice de l'adoration fétichique ou, comme ils le disent, diabolique et démoniaque, des rochers qui formant les rapides des rivières et qui rendent la navigation périlleuse ; les Hurons plaçaient du tabac dans le creux d'un de ces rochers et l'imploraient pour qu'il leur épargnât le naufrage, leur rendit la navigation facile et protégeât leur voyage et leur commerce. Les Monitarris faisaient des sacrifices à une pierre sacrée avant d'entreprendre une expédition, et les Natchez de la Louisiane adoraient une pierre conique.

Bien qu'en Océanie la grande race polynésienne soit arrivée à un polythéisme parfaitement caractérisé, elle n'en a pas moins gardé quelques restes d'un fétichisme primitif. Ainsi à Tahiti on adorait un dieu secondaire sous la forme d'une pierre, Tepapa ; on revêtait certains blocs madréporiques de vêtements et on leur rendait une foule d'honneurs; les idoles de l'île de Pâques pourraient passer pour des traces imposantes du culte des pierres, si elles n'étaient pas déjà sculptées grossièrement en forme humaine, ce qui est déjà une transition entre le fétichisme vrai et l'anthropomorphisme polythéiste; mais dans l'archipel des Fidji, où la- race polynésienne se mêle avec la race mélanésienne, nous constatons l'existence positive du culte des pierres : ainsi à Yuna on offrait des aliments à de grosses pierres brutes ; de même sur un récif près de Naloa ; dans la grande île de Viti-Levou, il en est une appelée Lovekaveka, que l'on considère comme du sexe féminin, qui ressemble à une meule noire, qui est légèrement penchée et que ses adorateurs ont ornée d'une ceinture. Ailleurs, une g;rande pierre sacrée est l'ennemie des moustiques qu'elle chasse

loin d'elle ; celle-ci est mâle et a pour femmes deux autres grosses pierres voisines. Enfin, sur ta côte sud de Fîle de Vanoua-Levou, on voit une grosse pierre qui est tombée sur une petite; ce sont les fétiches nationaux de deux villages ennemis qui ne cessent de se combattre depuis de longues années. Aux Nouvelles-Hébrides, on rend hommage à certains cailloux roulés par la mer.

A Fougna, près de Gouam (îles Mariannes), on montre encore un rocher qui passait pour avoir donné naissance à rhumanité au moyen de ses éclats, reste incontestable d'un ancien culte des pierres.

Dans toute la Malaisie, nous retrouvons les traces du même culte pour les pierres et les rochers ; aux Moluques, on adore de grandes pierres plantées en terre comme nos menhirs ; à Timor, aux Gélèbes, à Sumatra, à Java, à Madagascar, où les Hovas sont de race malaise, les mêmes faits ont été constatés. A l'île d'Aur, sur la côte de la péninsule de Malakka, certains rochers épars dans la mer sont l'objet d'une grande vénération. Enfin, dans la baie de Djohore, certains galets bleus et ronds épars dans le sable sont sacrés ; malheur aux marins qui se permettraient d'en enlever quelques-uns, leurs embarcations seraient bien vite châtiées de ce sacrilège par un naufrage prompt et irrémissible.

Les Australiens, placés à peu près au dernier rang de l'humanité, n'échappent pas non plus à cette adoration fétichique universelle des pierres. Dans les régions orien-' taies, on a constaté l'existence de cercles de pierres saintes au sommet des montagnes, près du lac Macquarie, et la légende veut qu'elles y aient été apportées par le fauconaigle, oiseau très-révéré des indigènes. Dans le district Paterson, il y en a d'autres ; les pierres ne s'élèvent guère à plus d'un pied au-dessus du sol, et forment un cercle au centre duquel se dresse une autre pierre d'une hauteur

cette fois de 3 pieds ; les Australiens tiennent beaucoup à ces cercles, ils ne veulent pas qu'on y touche et sont trèsréservés à Fendroit du sens qu'ils leur attribuent.

Ed Afrique, Bruce signalait des Abyssins encore payens comme adorateurs d une pierre ; peut-être le célèbre voyageur écossais voulait-il désigner par là les Gallas et les Sômalis qui prêtent serment au nom de pierres sacrées, et de saintes roches. Partout, dans ce grand continent fétichiste, on retrouve ce culte ; Gaillié vit, dans un village N^pâl^ une pierre fétiche auquel chacun offrait un fil de son pagne, et qui, disait-on, faisait trois fois le tour du village lorsque celui-ci était menacé de quelque péril. Dans le pays des Véi, sur la côte occidentale,

• il y a au milieu de la rivière Mafa un écueil redoutable devant lequel on ne passe jamais sans lui offrir une feuille de tabac, une poignée de riz, ou une libation de rhum.

Les peuples du nord de TAsie, selon Gastrén, ont conservé, eux aussi, le culte fétichique de tous les corps de la nature, notamment des- pierres et des rochers, soit que ceux-ci aient des formes bizarres qui les frappent, soit même qu'ils en soient dépourvus ; c'est surtout dans la Sibérie septentrionale qu'on rencontre des individus et des tribus entières qui adorent la nature dans son aspect matériel et n'en demandent pas plus long ; quelques peuplades ont la coutume d'emporter de petites pierres, qu'ils vénèrent beaucoup et auxquelles ils attribuent un grand pouvoir. Les Finnois, moins barbares, avaient cependant une crainte religieuse de certaines pierres, que leur polythéisme ultérieur avait transformées en habitations ou

V sièges préférés des dieux et des géants. Les Lapons ont également une vénération particulière pour les pierresseida, qui sont de formation naturelle, mais remarquables pour l'étrange té de leur aspect. Nous avons vu plus haut qu'ils animaient en quelque sorte les rochers. Quant aux

peuples coYigénères, nous trouvons chez les Samoyèdes deux fétiches, Tun, idole à tête de pierre, Tautre, simple pierre noire, tous deux couverts de robes vertes avec des ornements rouges, et ointes du sang des victimes de& sacrifices ; chez les Tatars, se rencontre encore le culte des pierres, et les Kirghises, malgré leur islamisme officiel, ont conservé «ne dévotion spéciale et une pieuse terreur à l'égard de certains rochers de l'Altaï, qui, naturellement ou non, rappellent nos pierres levées ou de gigantesques mais grossiers obélisques.

Mais cette adoration des menhirs, tantôt isolés, tantôt en cercle, se manifeste avec une intensité remarquable, encore de nos jours, parmi des populations anaryennes de l'Inde. Dans le Dekkan, par exemple, nous trouvons que . les Asagas du Maïsour adorent une pierre grossière qu'ils appellent Bhuma Devant ^ c'est-à-dire dieu de la terre, que deux castes esclaves du Tulava, les Bakadaras et les Betadaras, ont dans chaque maison une pierre-fétiche Buta, que les Ghamars du Tinevelly font des sacrifices à deux pierres informes, placées sous un hangar, les jours de fête religieuse ; enfin par toute l'Inde méridionale , on remarque, dans presque tous les champs, quatre ou cinq pierres rangées suivant un ordre déterminé, peintes en rouge, et considérées comme les gardiens de la/propriété ; l'éducation brahmanique leur a fait donner le nom des cinq Pandous,

Lubbock décrit ainsi, d'après le colonel Forbes Leslie, un groupe de pierres sacrées découvert dans le Dekkan^ près de Delgaum : « Les trois plus grandes sont en avant, au centre de deux rangées droites composées chacune de . treize pierres. Ces lignes sont tout près l'une de l'autre, et les coins sont aussi rapprochés qu'on a pu le faire avec des pierres qui, bien que certainement choisies, n'ont jamais été taillées. La pierre qui se trouve au centre de cha-

que rangée est presque aussi haute que la plus grande des trois placées en avant ; les autres diminuent graduellement en hauteur jusqu'à ce que celles qui forment les extrémités dépassent le sol, où elles sont fixées, de i pied à peine. Trois pierres non fixées se trouvent devant le centre du groupe ; elles occupent la même position et étaient sans doute destinées au même objet que celles formant le sanctuaire circulaire que nous venons de décrire. Toutes ces pierres sont anguleuses et ont quelque peu la forme d'un obélisque. Le groupe central et les deux rangées regardent l'orient, et de ce côté elles sont peintes en blanc. Sur cette peinture blanche, près du sommet de la pierre, sans y toucher cependant pas plus qu'aux côtés, est une large tache rouge, dont le centre est à son tour recouvert de noir, <îe qui ne laisse qu'un cercle rouge. Gela fait l'effet d'une large tache de sang, et c'est là, je crois, ce qu'on a voulu repr,ésenter. »

De son côté, M. Hislop estime que le culte des pierres «st répandu depuis le Berar jusqu'à l'extrémité orientale <ie Bustor, non-seulement dans les tribus des races inférieures, où l'on adore une pierre brute barbouillée de vermillon, mais encore parmi les Hindous de castes plus élevées ; souvent dans ces pierres sont incarnées les âmes des morts. Dans chaque village khond, une pierre placée sous «n grand cotonnier est Nadzou-Pennou, le patron, le fétiche de l'endroit.

Les Hindous brahmanistes ont adopté ou retenu quel- <iues-unes des pratiques du culte fétichique des pierres : ■ainsi les femmes ont une dévotion particulière pour une <livinité inférieure, protectrice des enfants, qu'elles adorent sous la forme d'un caillou gros comme une tête <l'homme, peinte en rouge, et placée sous l'ombrage sacré 4e l'arbre vata. Ce sont là des pratiques empruntées aux populations aborigènes, tout comme le culte de Çiva,

qui, comme nous' Texposerons plus loin, a recueilli les attributions d'anciens di^ux des autochthones, et auxquels on fait des sacrifices, parfois sanglants, sous un arbre et sous Tapparence d'une grosse pierre taillée en ibrme de phallus. Chez les Siah-pouch de race vraisemblablement aryenne, on a signalé Tofi'rande de pierres aux dignités.

Sans quitter le continent asiatique, si nous passons chez les Sémites, nous nous trouvons encore en face d'un iincien culte des pierres parfaitement caractérisé ; certes, il a revêtu une apparence polythéiste, le développement religieux de ces peuples le voulait ainsi ; mais dans le substratum fétichique que l'on trouve au fond de toutes les mythologies, il n'en subsiste pas moins d'importantes traces d'une adoration très-évidente pour les pierres et les rochers animés et divinisés, aussi bien chez les Hébreux que parmi les Arabes, les Ghananéens et les anciens Chaldéens.

En ce qui concerne les Israélites, la pierre dont Jacob fit un chevet la nuit où il eut le songe de l'échelle, fut une véritable pierre sacrée, du même ordre que celle que nous avons déjà vue dans d*autres régions, car Jacob la prit « et la dressa pour monument, et versa de l'huile sur son sommet, et il appela le nom de ce lieu-là, Bethel, » c'està-dire « demeure de Dieu » (Genèse, xxviii, 18, i9). Or, ce qui démontre que cet endroit et cette pierre avaient un caractère très-sacré pour les Juifs, c'est qu'après la séparation des dix tribus d'Israël de celles de Juda et de Benjamin, les rois d'Israël firent de Bethel un lieu saint par antagonisme pour Jérusalem, et y. élevèrent un sanctuaire qui rivalisa dans l'esprit du peuple avec celui de Sion, ce qui ne fut pas arrivé si la pierre de Jacob n'eût pas été pour les masses un véritable bethel^ une demeure de la divinité. Enfin un passage d'Isaïe est concluant sur la question, et nous nous contenterons de le citer : <

Ghap. LVil, 4... « N'êtes-vous pas des enfants prévaricateurs et une fausse race,

5. Qui vous échauffez après les chênes et sous tout arbre verdoyant, et qui égorgez les enfants dans les vallées, soMS les quartiersde rochers ?

6. Une portion est dans les pierres polies des torrents : ce sont elles, ce sont elles qui sont ton lot ; tu leur a aussi fait des libations, tu leur a offert des offrandes d'aliment,.. »

Tout commentaire est inutile, ce nous semble. Il n'y a du reste rien de surprenant à retrouver chez les Hébreux les mêmes croyances que chez leurs voisins arabes et chananéens. Les auteurs grecs mentionnent fréquemment le culte des pierres sacrées qu'ils appellent ^ai%\oq ou &ai^Xcov, bétyles {Beith'Il , Beth-el, « demeures de la divinité») dans une grande partie de TAsie sémitique ou soumise à Tinfluence des Sémites. Ces pierres divines se présentent à Texamcn du mythologue sous trois aspects divers ou mieux avec trois divisions bien distinctes. Les bétyles, dont Pline parle aussi, étaient dans l'imagination populaire des aérolithes, des pierres tombées du ciel ou d'origine mystérieuse. Ces bétyles étaient généralement noirs; telles étaient les sept pierres noires du temple d'Ourouk ou Erech en Ghaldée, qui, sous une inQuence astrolâtrique , étaient devenues les représentants des sept planètes. La chute de certains aérolithes avait été observée, et par cela seul, ceux-ci avaient été aussitôt consacrés, comme celui du temple de Zeus Kasios de Séleucie. Ce Zeus Kasios, du reste, paraît être un véritable fétiche devenu Dieu à une date postérieure, et son surnom de Kasios se retrouve sous sa vraie forme sémitique dans diverses parties de l'Asie du sud-ouest. C'est ainsi que M. de Yogûé l'a remarqué dans des inscriptions sénaitiques du Hauran, dans la Syrie orientale, qu'on en

24 MYTHOLOOIË COMPARÉE.

constate la présence dans des textes nabatéens, que Josèphe le cite parmi les dieux de lldumée en l'appelant Kozè (Ko^Y) ou KooY]), nom qui se présente dans une dénomination géographique du prisme assyrien d'Assourbani-pal (la ville de Khira ta- Casai, au pays d'Edom ou Udume) et dans le nom d'un Iduméen, Kosbarakos, qui le grava sur une paroi du temple d'Apollon à Gyrène ; par une évolution naturelle des mythes, ce météorite, ce fétiche tombé du ciel, devenu dieu, est passé ensuite chez les Arabes musulmans à la condition d'un personnage surnaturel, tantôt ange, tantôt démon, arméd'un arc (l'arc-en-ciel) qui lui sert à décocher des flèches sur la terre. A Tyr, on adorait dans le temple de Melkarth, suivant Hérodote, une colonne d'émeraude que l'on disait être un astre tombé du ciel et ramassé par Astarté, et qui était probablement un chefd'oeuvre de la verrerie égyptienne. Mais Taérolithe le plus important est sans contredit la pierre noire de la Kaabah, dont le culte, bien que modifié en apparence par l'islamisme, est au fond resté le même qu'aux époques reculées où elle était le palladium religieux des Benou-Koreïch. Le célèbre voyageur Richard Burtbn, qui, grâce à sa parfaite connaissance de la langue et des mœurs arabes, a pu pénétrer à la Mecque en qualité de pèlerin, la décrit comme il suit :

« Les musulmans racontent qu'elle était blanche à l'origine, et qu'elle devint noire par suite des péchés des hommes. Elle me parut être un aérolithe ordinaire, couvert d'un enduis épais et inégal, luisant et couleur de poix, usé et poli. Le docteur Wilson (de Bombay) me montra un spécimen d'aréolithe qui extérieurement paraissait une scorie noire, avec l'intérieur d'un blanc-grisâtre brillant et métallique, résultat d'un mélange de nickel avec le fer. Ce fait pourrait, comme le suggéra alors ce savant orientaliste, expliquer les mythes du changement de couleur,

de son apparition sur la terre après un orage, et de son origine céleste ; on croit en effet qu'elle a été une partie matérielle des cieux. Kutb-ed-Din déclare expressément . que lorsque les Karamites la restituèrent au bout de vingtdeux ans aux Mecquois, on la baisa, on la frotta du front, et on remarqua que la noirceur n'était que superficielle, mais que l'intérieur était blanc. »

Les inégalités remarquées par M. Burton ont donné lieu à diverses imaginations pendant l'époque païenne ; on y a vu tantôt la marque du sexe féminin de la pierre, tantôt les traits d'un visage. Aussi quand les Arabes furent dans la phase astrolàtrique où ils se trouvaient encore presque complètement lors de l'apostolat de Mahomet, firent-ils de la pierre noire de la Kaabah une représentation d'une déesse sidérale, soit de la Lune, soit de la planète Vénus. Mais il est incontestable qu'auparavant l'aérolithe fut adoré fétichiquement pour lui-même, comme il l'est encore en réalité par la plupart des pèlerins ignorants de l'islam actuel, bien que le prophète l'ait présenté comme le marchepied apporté à Abraham pendant qu'il élevait au Dieu unique le temple de la Mecque. C'est ainsi que l'antique objet du culte des Arabes fétichistes est encore de nos jours vénéré par des masses immenses qui risquent leur santé et leur vie pour venir y poser leurs lèvres.

Il n'y avait pas que cette pierre qui, dans les temps antérieurs à l'islam, fut adorée dans le sanctuaire de la Mecque qui était devenu le panthéon de l'Arabie ; un autre bloc de pierre noirâtre, Menak, y recevait des hommages, ainsi qu'un rocher El-Sât, qui était le fétiche particulier aux fienou-Thekif.

Ceci nous ramène à l'autre classe de pierres sacrées. Celle-ci se compose de véritables menhirs, comme on en trouve encore en Syrie, et de rochers aux formes particulières, et assez semblables aux pierres debout. Dans cette

dernière catégorie, citons celui qu'adoraient les Benou- Malakân aux environs de Djeddah, celui de la ville de Kodaïd, entre Medine et la Mecque, particulier aux tribus^ d'Aus et de Khazerdj, et le rocher du mont Adja dans le Nedjd, où il était Tobjetde la vénération des Benou-Tay.

Au sixième siècle, les Sarrasins de TArabie Pétrée avaient sur le mont Horeb une pierre sacrée de marbre blanc qui, disait-on, devenait noire comme de la poix pendant les fêtes qui coïncidaient avec les phases de la luné. C'était évidemment alors un culte astrolâtrique, mais probablement issu d'un culte plus ancien pour la pierre, qui, fait utile à constater, subissait momentanément le changement de couleurque les Arabes attribuent à la pierre de laMecque. Au reste dans les temps antéislamiques, l'adoration de pierres levées, ordinairement en forme de cippes rectangulaires noirs ou blancs, était générale à toute l'Arabie. Les auteurs anciens le signalent et les écrivains musulmans confirment le fait. Sur ces pierres, on égorgeait des victimes, on les arrosait de leur sang, et par ce sang, et par ces pierres on prêtait serment. Porphyre accuse même les Arabes de Douma de faire chaque année à leur pierrefétiche le sacrifice d'un enfant qu'ils enterraient au pied, comme le faisaient les Hébreux, ainsi qu'on Ta vu plus haut dans un passage d'Isaïe. Plus tard ces cippes devinrent les simulacres de divinités : ainsi, dans le Hedjaz, la grande déesse Allilât, et à Salkhât, dans la Syrie orientale, la forme syrienne Alath de cette divinité, étaient représentées de cette façon. A Petra, chez les Nabatéens, une pierre noire équarrie, de quatre pieds de haut et de deux de large, était devenue le dieu solaire Dusarès, qu'on retrouve sous le même aspect en Syrie.

Les antiques pierres-fétiches transformées on représentations de divinités du polythéisme sémitique abondaient dans les régions septentrionales, plutôt sous une forme

conique qui correspondait avec certains mythes obscènes de la mythologie de cette race.

Des médailles d'un roi d'Edesse, Fa/, contemporain des Antonins, portent au revers un temple dans lequel une pierre repose sur un autel ; à Palmyre, la divinité du grand temple du soleil était représentée par une pierre ; TAstarté chypriote, la Tanith carthaginoise avaient le même aspect sacré; à plus forte raison, les météorites qui avaient, cette forme devaient-ils être vénérés; telles étaient, les pierres noires divines de Laodicée de Syrie, et la fameuse pierre conique d'Ëmèse» Elagabalus; mais celle-ci, par son nom, se rattache au culte des montagnes sur lequel nous ne tarderons pas à revenir.

Les peuples de la Grèce et de Tltalie n'échappèrent pas non plus au culte des pierres : les populations que les Hellènes trouvèrent installées dans ce qui devint THellade et qu'ils désignèrent sous le nom vague de Pélasges, le transmirent à la mythologie aryenne, qui le transforma à la façon de toutes les religions polythéistes, des fétiches faisant des images de dieux. Les trente pierres de Pharse, blocs grossiers mal équarris, que Pausanias vit rangés autour d'un Hermès, et qu'il dit être les anciens simulacres des dieux, composaient un véritable cromlech des aborigènes fétichistes de la Grèce. En Arcadie, où les vieilles croyances avaient mieux résisté qu'ailleurs à l'invasion religieuse hellénique, le Zeus Teleios de Tégée, cippe tétragone suivant Pausanias, était une sorte de menhirfétiche d'autrefois. En Béotie, Héraclès avait pris la place de la pierre sacrée d'Hyette, ou mieux s'était incarné dans celle-ci, comme Eros chez les Thespiens. Les colonnes qui avaient la prétention de représenter Zeus Meilichios à Sicyone et Apollon Agyieus à Ambracie, avaient été originairement des pierres levées adorées par la population âutochthone. Nous n'insisterons pas sur la

2» MYTHOLOOIE COMPARÉE.

pierre qui représentait l'Artémis d'Ephèse, dont le culte n'était pas sans rapport avec celui de la déesse de Syrie; mais nous ferons remarquer que la vénération générale pour ces Hermès, que le sacrilège Alcibiade mutila, était bien le vestige le plus frappant de la litholâtrie demeurée vivante au fond du cœur des masses populaires ; le superstitieux de Théophraste qui s'agenouille devant les pierres des carrefours, et qui a soin de les oindre d'huile, nous en donne le spectacle concluant.

Cette vieille superstition fétichique se prolongea. durant de longs siècles; car un des premiers docteurs chrétiens, Arnobe, raconte que lorsqu'il était païen et qu'il rencontrait une de ces pierres ointes d'huile, il lui parlait d'une voix recueillie, et lui demandait quelque faveur.

En Gaule, et notamment en Bretagne, le culte des pierres se prolongea fort avant dans le temps. Le concile de Tours (567) ordonne aux prêtres de refuser l'entrée des églises à ceux qui adorent encore les pierres levées ; en Angleterre, au septième siècle, Théodoric, archevêque de Gantorbéry, condamne cette impiété; le concile de Nantes (895) ordonne d'arracher les pierres diaboliques qui, dans les forêts et dans les ruines, sont l'objet d'une criminelle vénération. Les conciles d'Arles, de Leptine, font les mêmes prohibitions. Déjà saint Eloi avait prêché contre la litholâtrie encore existante de son temps ; Gharlemagne, dans ses Gapitulaires, au huitième siècle, le roi Edgar, d'Angleterre, au dixième, le roi danois Ganut, au onzième, font défense de se livrer à ces actes de paganisme.

Au cinquième siècle, saint Patrick, apôtre d'Irlande, renversa un pilier appelé Grom-Gruach qu'adorait le roi Laoghaire; à la même époque, les Irlandais avaient un culte pour une autre pierre située à Glogher, qu'ils nommaient Kermand-Kelstach.

A des époques encore plus récentes^ et presque de nos

jours, on signale dans l'Europe occidentale des cas fréquents de litholâtrie. Dans le Jura, on parle d'une pierre sacrée autour de laquelle on fait des rondes. Au village de Saint-Ours, dans la vallée de TUbayette (Basses-Alpes)^ il existe une ancienne roche sacrée sur la pente de laquelle les filles se laissent glisser pour trouver un mari et pour être fécondes. Les paysans du Quercy, de l'Auvergne, du Berry et de plusieurs autres provinces de France ont encore une grande vénération pour les menhirs, qu'ils adorent comme de véritables fétiches. Le culte des pierres sacrées subsiste encore dans les Pyrénées : MM. Piette et Lacaze y ont recueilli des superstitions locales fort curieuses à ce sujet ; des pierres levées, « pierres fîtes », passent pour jouir de pouvoirs surnaturels particulièrement à l'endroit de la génération et de la récolte. Toutefois, il y en a qui sont regardées comme l'habitation de quelque génie ; mais nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons du culte fétichique [du phallus, répandu d'ailleurs sur toute la surface de la terre. Dans les Hébrides, on croit qu'une grosse pierre noire rend des oracles, et notamment dans l'île de Skye, chaque district possède une espèce de menhir, consacré à un dieu solaire Gruagach, sur lequel les habitants font des libations de lait. Tylor signale les habitants d'Inniskea, île située sur la côte occidentale d'Irlande, comme vénérant encore, en 1851 , une pierre soigneusement enveloppée de flanelle; on la sort et on lui rend hommage à certaines époques, et quand une tempête s'élève, on la supplie de faire se briser un navire sur les rochers d'Inniskea, afin de s'emparer des épaves. C'est là un fait de culte fétichique absolument caractérisé, aussi clair que peut l'être n'importe quel trait emprunté aux nègres ou aux Peaux-Rouges . Du reste, les habitants d'Inniskea se font remarquer par d'autres particularités ethnographiques non moins curieuses.*

Enfin, en Norwége, M. Nillson a constaté l'existence de superstitions féti chiques invétérées à la fin du siècle dernier. Les paysans de certains districts gardaient précieusement des pierres rondes, qu'ils lavaient soigneusement tous les jeudis soir, qu'ils enduisaient de beurre devant le feu, qu'ils mettaient à la place d'honneur sur de la paille fraîche, et qu'ils plongeaient dans de la bière à certains moments de l'année, convaincus que ces pierres porteraient bonheur et santé à la maison et à ses habitants. Malgré le rapport qu'on peut tirer entre cette cérémonie du jeudi et le dieu Scandinave du tonnerre, Thor, ■auquel ce jour est consacré, cette superstition n'en est pas moins de nature franchement fétichique et ne laisse pas plus d'hésitation sur l'état intellectuel de ceux qui en étaient imbus que sur celui des gens d'Inniskea ou sur celui des Dakotas de l'Amérique du Nord.

Intimement liée au culte des rochers et des pierres est incontestablement l'adoration des montagnes; non pas parce que celles-ci sont considérées comme les demeures des dieux ou des esprits des morts, mais pour ellesmêmes. La montagne est pleine de mystères, des voix étranges s'échappent de son sein, elle s'enveloppe tantôt de nuées, tantôt de rayons, elle projette l'avalanche meurtrière, le torrent destructeur aussi bien qu'elle donne naissance à la source fraîche et à la pluie bienfaisante. L'homme primitif, dans sa conception fétichique de l'univers, ne pouvait pas moins animer les montagnes que les rochers bizarres ou les cailloux du bord de la mer. Aussi rencontrons-nous à peu près partout le culte de la montagne : au Pérou, en Afrique, chez les peuples sibériens, comme les Yakoutes, les Bouriates et les Mongols.

Les insulaires de la Malaisic nous présentent la même particularité, bien que la plupart du temps ce culte se 'soit déjà modifié sous l'influence du culte des esprits ha-

bitant les hauteurs. Dans Tlnde, les vieux aborigènes tels que les Khonds, vénèrent les montagnes ; enfin au Thibet, dans cette région où se dressent les pics les plus élevés du globe, les montagnes sont Tobjet d'un culte spécial.

Mais il n'y a pas besoin de courir au loin le monde pour retrouver des traces de cette antique conception fétichique ; la terre sacrée de Palestine nous en offre plusieurs exemples absolument indiscutables. Une inscription récemment découverte nous a révélé Texistence d'un dieu Liban, et non point d'un dieu du Liban, comme on serait tenté de le croire. Les premiers écrivains ecclésiastiques nous ont •appris que les Amorrhéens avaient pour divinité Baal- Hermon, le grand Hermon, dont la masse gigantesque •dominait leur pays. Le sommet, recouvert presque toute l'année de neiges étincelantes au soleil, porte encore aujourd'hui les restes d'un temple dé^ié à cette montagne, d'où sort le Jourdain. Tout alentour on trouve une véritable ceinture de sanctuaires tous orientés dans la direction du mont sacré. Le Tabor, le Morriah, le Sartaba, -en Judée, furent les objets d'un culte qui persista jusqu'en plein polythéisme sémitique, et qui forme un di^ne pendant à l'adoration des pierres qui, comme nous l'avons vu, poursuit son cours même à notre époque, en plein islamisme, et est à peine défigurée sous la forme de la vénération des musulmans pour la pierre noire de la Kaabah.

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