III. — MYTHES DIVERS
Pour ne pas embarrasser l'exposition qui précède, nous avons dû laisser de côté un certain nombre de rapprochements qui ont cependant leur importance. Nous allons maintenant reprendre le plus brièvement possible les parties de la mythologie grecque et latine qui nous paraissent avoir le plus besoin d'explication, en suivant l'ordre même qu'a choisi M. Ménard.
Le Ciel fécondela Terre par les pluies et la chaleur. C'est le premier couple divin. Tout naît de cette union, non-seulement les plantes et les arbres, mais les nuages et les astres, confondus sous le nom de Titans. Cronos — que l'on identifia plus tard avec le Temps et Saturne — n'est autre que le Soleil, considéré comme fils de la Terre, d'oii il semble sortir le matin et dans ,1e sein de laquelle il rentre le soir. C'est le dieu créateur, le Krànan des Yédas, de la racine har, faire, créer, d'où vient le grec xp-Kivstv.
La révolte des Titans contre le Ciel marque une première évolution dans les conceptions religieuses. Cette évolution eut pour effet d'élabhr une distinction profonde entre les divinités lumineuses, localisées dans le ciel, et les divinités purement terrestres ou chthoniennes ; les premières furent la Lumière, le Soleil, la Lune, l'Aurore, etc. ; les autres, la Nuit, les Orages, les Nuages, etc. La Lumière devint le dieu suprême sous les noms à' Indra, Zens, Jupiter, et une lutte de tous les jours éclata entre ces dieux et ^es enfants de la terre.
Il importe cependant de faire à ce sujet une observation sans laquelle il serait difficile de comprendre la mythologie antique. La lumière etla chaleur ne sont pas toujours bienfaisantes pour l'homme, non plus que l'obscurité, l'orage ne lui sont toujours malfaisants. Aussi celte distinction générale entre les divinités bonnes et les puissances funestes se mêle-t-elle d'une foule de restrictions et même de contradictions Au milieu des malédictions qui poursuivent le nuage, voleur des eaux — les Aryens disent : des vaches, parce que la vache est pour eux l'emblème de la fécondité — on trouve de nombreuses invocations au nuage, qui apporte la pluie et rafraîchit la terre desséchée. De là des mythes qui semblent en opposition avec la conception générale et qui embarrassent les explication-^. Mais il suffit de signaler cette difficulté pour qu'elle disparaisse.
Hkpiiaistos CV^ulcain). — *Dans la mythologie grecque, le feu est personnifié par Vulcain, qui rappelle surtout Tivachtri, le dieu forgeron et charpentier
Plataniuc \Quœst. rom., § 112), dans les premiers temps de la Grèce, les principaux sacerdoces constituaient de véritables royautés, auxquelles on n'appelait que les membres des familles les plus importantes. Mais cela ne dura pas, et d'ailleurs ne suffit pas h constituer une théocratie dans le sens complet du mot.
du Rùj- Véda. 11 est lils de Hèfà, ratmosphère nocturne, parce quVjn rallume le matin, et de Zeus, le feu céleste. Mais sa mère le hait, parce qu'il est la lumière et qu'elle est l'obscurité. Il est boiteux, parce que la flamme est tortueuse ; aussi est-elle souvent représentée par un serpent. Il est lancé du ciel dans la mer, c'est-à-dire dans les nuages remplis d'eau, mais il est ramené au ciel par Dionysos, le feu du sacrifice qui rend la lumière à l'univers. Il est l'époux de Aphrodite ou Vmus, la personnification de la libation sacrée, qui aspire à s'unir au feu du foyer, exactement comme Indra est l'époux de Saraswali. La même conception se reproduit sous mille formes différentes. ^rès, autre personnification du feu destructeur, qui combat l'obscurité de la nuit ou des nuées, est également uni à Vénus, d'où résulte sa rivalité avec Vulcain. De là des fables étranges, quand les rapports primitifs de ces conceptions sont oubliés et que la personnalité de chaque divinité, en se précisant, leur attribue une fonction et un caractère spécial.
Aphrodite (Vénus). — La naissance si étrange d'ApimoDiTÈ exprime simplement l'affinité qui existe entre la libation et le feu du sacrifice.La mer où tombe le sang d'Ow«/?os n'est autre que le Samoudra, la mer d'airain, où l'on amasse le beurre clarifié ou le soma. La coquille d'où sort Aphrodite est celle qui sert de cuiller pour verser la libation sur le foyer. L'eau féconde qui découle de ses cheveux tordus, les plis mouillés de sa robe symbolisent également la libation sacrée qui donne naissance à la lumière et au monde. Pitho, qui l'accompagne, n'est autre que l'hymne du sacrifice; son sein découvert' explique son caractère de nourrice, et l'enfant qui la suit et qui est son fils, que Jupiter la force à cacher dans les bois, où il tette le lait des bêtes féroces ;Eros, l'amour maître du monde, c'est encore A(jni, qui vient de naître de VArani, qui se nourrit du suc des plante^ sauvages et qui déjà commande aux dieux! V Aphrodite grecque est la Saràswati aryenne, avant la modification qui en fit la personnification de la parole sacrée.
Atiiknè (Minerve) est, comme Aphrodite, une personnification de la libation sacrée, des eaux du sacrifice (1). Elle répond exactement à la Saràswati aryenne. Mais peu à peu la conception d'où elle est née se complique, et nous retrouvons en elle presque toute la série des révolutions que nous avons remarquées dans le culte des Aryas. Nous avons vu que le feu du sacrifice finit par être considéré comme la source où les dieux puisent leur force. Or, c'est la libation de beurre clarifié ou de soma qui entretient ce feu ; c'est elle qui met aux mains de Zens et d'Indra la foudre dont il perce les Ahis. Par .suite, Athènè finit par personnifier l'éclair ; mais en même temps elle est le feu plastique et devient la mère des arts. Ce n'est pas tout. Dans la poésie
(I) Elle porte le surnom de TpiroycVïi:, qui veut dire 7iée des eaux. C'est la Tvita ('ii>tija des Védas, qui a le môme sens. Le dieu védique Trita ou Traivana, et le héros Tlirdetaona des légendes zendes, qui tuent le serpent aux trois tètes, rappellent la même origine. On retrouve la même racine dans Amphitrite, du radical sanscrit Tri. — On sait du reste que les libations étaient de natures différentes. On pourrait peut-être trouver dans ces différences l'explication fies diverses personnifications qui en sont restées. Les Grùces ou Citantes étaient aussi des Hgures des libations, et elles étaient trois, soit -i cause des trois foyers du sacrifice, soit à cause des trois sacrifices quotidiens. Les neuf .\Iuses représentaient sans doute l'ensemble de^ trois libations faites à chacun de ces trois sacrifices.
»Hi . APPENDICE.
aryenne, Tliymni', la parole, expression de la pensée, el qui pour les anciens est la pensée, rinlellitience mt'me, s'idenlilie avec Sa)risira/i, la déesse des libations, et maniue le commencement de la révolution qui se terminera par la suprématie de Bra/ii/i/i. La même idenlilicatioii se priuluit dans Alhènô. Elle personnifie à la fois la libation, l'éclair, le l'eu, l'intelli^^ence. Pendant (jue Apliroditb représente le désir qui unit la libation à la llamme sacrée, et par là reproduit un côté de la conception d'où est née Sai^aswati, Athènè représente les autres. C'est peut-être la création la plus complexe de la mythologie grecque.
Les Muses sont nées d'une conception analogue. Ce sont primitivement des personnifications, non des fontaines et des sources, comme nous le trouvons dans la mythologie classique, mais des eaux sacrées, des libations du sacrifice, et c'est en cette qualité qu'elles sont associées à Apollon et à l'hymne (l). La conception grecque de V Apollon Mnsagèfe intervertit complètement les rôles véritables. En réalité, il ne descend pas de son char pour conduire le chœur des Muses ; au contraire, les HJnses — libations — le t'ont monter surson char et l'élèvent dans le ciel. Le Parnasse grec est un souvenir de l'éminence où se faisait le sacrifice, et la victoire des Muses sur les Sirènes — les femmes-oiseaux qui symbolisent les nuées — rappelle le triomphe du sacrifice sur les ténèbres et les orages. Plus tard, quand Soma remplace dans la royauté du ciel Indra et les divinités qui lui font cortège, Dionysos, l'incarnation grecque de Sonia, remplace tout naturellement Apollon dans ses rapports avec les Muses.
Ces personnifiationsde la libation sacrée ont pris dans la poésie grecque les lormes les plus variées. Les Bacchantes, les Ménacles dérivent de la même conception. La nymphe Salmacis est encore la libation et Hermaphrodile est le feu aux formes changeantes. C'est ainsi que Bioni/sas est aussi représenté parfois avec des vêtements de femme.
Une autre conception qui se rapporte au même objet, mais qui paraît d'abord bien étrange, est celle des Silènes, des Satyres, des Faunes, des Curetés. Ce sont encore, comme les Nijinphes, des personnifications nées du sacrifice, considéré sous une forme et à un moment différents. Dans le Vcda, l'àne et la vache sont associés à la naissance à.' A g ni- S orna: la vache, parce qu'elle représente le principe de la fécondité et par là symbolise le sacrifice lui-même : l'âne, parce que c'est lui qui rapporte de la montagne les bottes à'asclepias acida, qui, broyées et fermentées, produisent la liqueur sacrée. La plante môme qui la contient, se trouve divinisée par cela même, et naturellement fait partie du cortège du dieu qu'elle sert à nourrir. Les Nymphes, les Muses, qui avaient dès le principe personnifié la libation de beurre clarifié
(I) Un certain nombre de sources étaient consacrées aux Muses, entre autres VHippocrène — la Source du Cheval. — Persée, qui représente le feu du sacrifice, comme Belléropho?i, comme Dionysos, comme Héraclès, délivre la terre du monstre qui veut l'engloutir — la nuit ou la nuée. Il monte sur le cheval ailé Pégase — rs-r^yri, source — qui, en s'élanrant, d'un coup de son sabot fait jaillir r//););joc;T«e. Dans les Védas, le sacrifice est sans cesse représenté sous cette forme du ciieval qui monte dans les airs. La source du cheval, ce sont les libations. Hésiode nous montre Ptîyfwe apportent ti Zeui\dt. foudre et l'éclair. C'est la même conception védique d'après laquelle les dieux puisent dans le sacrifice la force qui leur donne la victoire sur les divinités de la nuit ou de l'orage.
avant l'invention dn soma, ont gardé leur caractère primitif et n'ont rien de la jovialité, de la lubricité qui sont le caractère distinctif des Silènes, des Faunes et des Safi/res, enivrés de la liqueur alcoolique qu'ils portent en euxmêmes. Cette distinction a son importance. Elle sépare nettement en deux catégories qu'il est impossible de confondre, les deux séries de personnifications qui se rapportent aux libations du sacrifice : d'un côté, Athènê, Aphrodite, \esMuses, de l'autre les Bacchantes, les Silènes, les Satyres. Quant aux Nymphes, elles rentrent le plus souvent dans la seconde catégorie. Elles vivent avec les Satyres; elles sont présentées comme étant les nourrices de Dionysos et participent au caractère orgiastique de son culte. Elles personnifient souvent l'inspiration prophétique et la surexcitation religieuse. Les mots vuucpiao), vu[jl'^oXyi7:toç, lymphatus, se rapportent à ce point de vue.
Nous ne nous arrêterons pas sur l'histoire de Poséidon ou Nei'tune, dont la légende a moins d'importance au point de vue de l'art. Nous rappellerons seulement que Poséidon a été primitivement le soleil, considéré comme le souverain de l'océan atmosphérique. C'est en cette qualité que le cheval était attaché à son culte et qu'il possédait la foudre, qui devint le trident, quand les migrations aryennes se trouvèrent mises en communication avec la mer, qui leur était d'abord inconnue, et qu'elles firent de Poséidon une divinité purement maritime.
Ares ou Mars figure au contraire sur un grand nombre de monuments, mais sa légende estfort obscure. G'estévidemmentune divinité très-ancienne. Son nom seul suffit cà marquer une origine aryenne. En sanscrit ara signifie rapide, an, maître, arya, noble, magnanime, d'où vient le nom du soleil, wyanian, le puissant, le vainqueur. Ariadne dérive de la même racine. En grec, nous la retrouvons dans àpidro;, le meilleur, le plus brave.
Malgré cela, nous ne trouvons dans le Véda aucun dieu auquel nous puissions le rattacher d'une manière certaine. Celui dont il se rapproche le plus serait Roudra, le dieu des combats de l'air.
Hermès ou Mercure est dans le môme cas que Ares. Aucune divinité grecque u'a été plus souvent représentée par les arts grecs, aucune n'a une origine et une histoire plus obscures. On a imaginé des hypothèses pour expliquer ses attributions et son caractère. Une des plus ingénieuses consiste à faire de ce dieu une personnification du crépuscule ; l'idée de transition, de changement qui se trouve impliquée dans celle du crépuscule expliquerait en effet quelquesunes des attributions uiylhologiquesde Hermès. Elle estmême trop ingénieuse pour une divinité aussi ancienne. Les Grecs ont poussé très-loin ce système d'interprétation, mais surtout dans les derniers temps. Dans le principe, les fonctions attribuées aux divinités ont presque toujours été restreintes aux effets directs et aux résultats réels de leur intervention. Aussi ne trouvonsnous rien dans la légende védique des Aswins qui nous permette de les identifier avec Hermès, et dans la mythologie grecque Castor et Polliix, qui sont les Asicins grecs, ne rappellent nullement les attributions les plus significatives A' Hermès.
La personnification védique qui paraît se rapprocher le plus complètement du dieu grec, c'est Sarama, dont le nom même présente avec Hermès une analogie étymologique manifeste. En sanscrit la racine sar forme une foule
de mots dont les significations diverses se rapportent aux rôles multiples de YHei'mès grec : Sarami, marcher, couler, sarùnan, le vent, sarpa, serpent. Le substantif srtrfl nous donne un curieux exemple de l'accumulation des signilications successives dans un même mot. Sa?-a veut dire primitivement marche, chemin. Mais comme il s'applique également à la murr/ie de l'eau, et que dans le sacrifice l'écoulement des libations est, par les conséquences qu'on y rattache, un fait capital, ce même mot arrive à désigner le beurre clarifié et le soma, qu'on versait dans le foyer et en général les eaux sacrées. Mais ces libations rendent aux Aryas la lumière, et le sens de ciel, air s'ajoute aux autres. Ce n'est pas tout. Sarasiva/i, la mer, — le samoudra, — la personnification de la libation, finit par signifier l'éloquence, la parole, parce que l'offrande des libations est accompagnée de la parole sacrée, l'hymne. On entrevoit déjà comment va se former la légende.
Mais ce n'est pas tout. Dasarami, marcher, s'est formé sat-ameya, chien. Or le sacrifice lui-même est souvent, dans le liig-Véda, représenté sous la forme deSarama, la chienne divine, qui accompagne les chasseurs célestes à la poursuite de leurs ennemis. C'est Saraiim qu'on envoie à la découverte et qui découvre le repaire de Vritm et des Panis, voleurs des rayons lumineux et des eau.x, ou qui délivre la vache gardée par le Sa/iasrâkc/ia, l'Argus aux mille yeux.
« Deux chiens aux quatre yeux, au poil fauve, qui surveillent le sacrifice et enfants de Sarama, sont à Varna. Ces deux messagers d' Varna ont de larges narines, une respiration forte, une grande vigueur. Ils s'élancent à travers le monde. Qu'ils nous donnent aujourd'hui la vue du soleil et des vents heureux. » {/iig-Véda, s. VII, 1. 6, h. 9, v. 10, 11, 12.)
Ces deux chiens sont les deux pièces de l'arani, attachée par quatre clous. Ils symbolisent la flamme qui va consumer le bûcher. Mais ils appartiennent à Varna, le dieu souterrain, soit parce que l'arani est en bois produit par la terre et qu'elle se consume elle-même, soit parce que l'extinction quotidienne du bûcher rappelle l'idée de la mort (1).
Tout cela est d'une transparence suffisante. Sarama, symbole du sacrifice, explique tout le mythe d^Hermès. Il est le dieu du commerce, parce que le sacrifice offert aux dieux est le prix dont l'homme achète leur protection, et du gain, parce que ce marché est avantageux pour les hommes. 11 est le dieu des trouvailles, parce que c'est lui qui découvre les objets cachés ; il est le messager divin, car c'est lui qui porte delà terre au ciel les vœux des hommes et du ciel à la terre la réponse des dieux. Son culte est uni à celui des Nymphes, parce que les Nymphes représentent les libations ; il préside à l'éloquence, en souvenir de l'hymne qui accompagne le sacrifice, et aux combats des athlètes, parce que c'est lui qui donne aux dieux la force de lutter contre leurs ennemis. Son caractère de dieu pastoral s'explique de même, puisque c'est lui qui
{\) Sarama, avant de personnifier la prière, a représenté le vent qui hurle dans la tempête. Il a deux fils, qui sont : Çahala, le tacheté, et Çarvara, le sombre. Çarvara, le Kfpêspo; des Grecs, personnifie l'obscurité. C'est pour cela que Héraclès l'enchaîne. Dans le Yaçna (IX, 24), héros Kereçàçpa frappe de sa massue le serpent Çravura, qui est évidemment dans la légende le Çarvara védique.
retrouve et ramène les vaches égarées ou volées. 11 ouvre les portes du ciel, en donnant aux dieux lumineux le signal du retour, mais en même temps il conduit les âmes aux enfers, car c'est lui qui guide aux enfers l'/l.^;*/ souterrain qui devient Varna, quand le bûcher en s'cteignant semble condamner le dieu du sacrifice à une mort temporaire (1). 11 ne serait peut-être pas impossible de trouver dans cette dernière fonction (ÏHei-mès et dans la transformation àWfini en Yaina une allusion au sacrifice du soir, qui marque le moment où le soleil disparaît à l'occident, comme s'il s'engloutissait sous la terre.
L'hymne homérique nous présente Hermès comme le dieu du larcin et de la musique. Le second de ces caractères s'explique facilement par les chants qui accompagnaient le sacrifice; le premier est plus étrange. Hermès vole les bœufs é^ Apollon, qui le force à les lui rendre. Est-ce une figure d'une lutte entre les deux cultes? ou bien faut- il attribuer à l'oubli des fonctions antiques de Sarama l'interversion de rôle qui transforme en protecteur du vol le dieu qui daqs le Véda le poursuit et le découvre? Faut-il y voir une intention de satire contre les habitudes des commerçants, placés sous la protection d'Hermès? 3e n'ai rien trouvé qui permît de trancher nettement cette question.
A côté de ces divinités principales, il y en a eu une foule d'autres qui reproduisaient les mêmes conceptions, mais qui, pour des raisons qu'il ne serait pas toujours facile d'expliquer, n'ont pu s'élever au même rang. Tels sont Cadmus, une forme antérieure de Dionysos, Thésée, V Héraclès ionien, Persée, Méléagre, Bellérophon, Achille, toute la série des mythes qui se rapportent à Laïus, Œdipe et ses fils. 6'flny/«è<;/e personnifie la libation qui moule au ciel. " Celui ^(Jr[)liée, plus obscur parce qu'il n'a pas atteint en Grèce le fuême développement que dans l'Inde, est d'abord la personnification de l'hymne sacré qui dompte les Rakcliasas, puis se confond avec le soleil qu'il fait naître. C'est à cette seconde forme que se rapporte la légende d'Eurydice, la lune ou l'aurore, qui disparaissent quand le soleil les regarde. Protée représente le nuage aux formes changeantes. V/liade, VOdyssée mêlent à des faits qui ont peutêtre une réalité historique, un nombre incalculable de mythes, qui se rapportent évidemment à la grande lutte du jour et de la nuit, de la lumière et de l'orage (2). Nous n'essayerons pas même d'indiquer sommairement quelles peuvent être dans ces grandes épopées la part de l'histoire et celle de la mythologie. Si dans les pages qui précèdent nous avons réussi à expliquer clairement notre pensée, il nous semble qu'en appliquant les mômes principes, il sera assez facile à chacun de faire lui-même ce départ.
(1) Le caducée de Mercure, le trident de Neptune et la foudre de Jupiter représentent tous h^s trois la flamme. On sait que dans les repr(''sentations les plus antifiues, le caducée est ouvert à l'extrémité de manière h présenter deux pointes. Le trident et la foudre représentent surtout le feu de l'éclair; le caducée, celui du foyer sacré. Les serpents qui s'enroulent autour du bâton de Hermès, ne sont autre chose que la flamme du sacriflce s'emparant du bois du bûcher.
(2) C'est le mémo niytln' qui fait le fond de l'épopée germanitiue des Sibehavjcn et des chants Scandinaves de VEitda. Jl n'y a plus aucun doute possible à cet égard. L'étyniologic des noms et le rapprochement des détails de tous ces vieux récits démontrent d'une manière invincible la persistance à travers les temps de l'antique légende de Vnira et à' Indra.