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CHAPITRE PREMIER

Type et attributs de Neptune. — Les monstres marins. — La mort d'Hippoljto. — Les chevaux de Neptune. — Les dauphins. — Arion sur le dauphin. — Neptune dans la guerre des Géants. — Amphitrite. — Neptune et Amymone. — Les Néréides. — Les Tritons. — Protée.

Type et attributs de Neptune. — De même que le Ciel, le Soleil ou la Lune, l'Eau a été personnifiée dans la Mythologie. Outre l'Océan père des fleuves, dont nous parlerons plus tard, et sa femme Téthys (qu'il ne faut pas confondre avec Thétis, mère d'Achille), il y a des divinités qui président aux eaux salées etd'autres qui personnifient les eaux fluviales. Neptune (Poséidon), fils de Saturne et frère de Jupiter, est un dieu des populations primitives de la Grèce et la divinité nationale des Ioniens. Il a reçu en partage la mer, et pour les habitants des côtes il est le grand dieu qu'on invoque avant tous les autres. Il inspirait une terreur profonde, parce qu'on lui attribuait les commotions du sol, et quand il survenait un tremblement de terre, on cherchait à apaiser le courroux du dieu : un coup de son trident suffisait pour agiter toute la terre et la faire s'entr'ouvrir. Son père Saturne avait voulu l'avaler comme ses autres enfants, mais sa mère avait glissé un poulain à sa place, et le vieux Saturne ne s'était pas aperçu de la supercherie.

Neptune était invoqué par les navigateurs et les commerçants qui lui demandaient non-seulement de leur donner une bonne traversée, mais encore de favoriser leur trafic. C'est ce que nous voyons dans un hymne orphique: « Écoute-moi, Neptune à la chevelure mouillée par les ondes salées de la mer, Neptune traîné par de rapides coursiers et tenant dans la main ton trident acéré, toi qui habites toujours les immenses profon

(leurs de la mer, roi des ondes, toi qui presses la terre de tes eau\ tuniultuciises. toi qui lances au loin l'écume et qui conduis à travers les Ilots ton rapide quadrige ; dien azuré, à qui le sort assura l'empire des mers, toi qui aimes le troupeau armé d'écaillés et les eaux salées de l'Océan, arrête-toi sur les bords de la terre, donne un bon souffle aux navires et ajoutes-y pour nous la paix, le salut et les dons dorés des richesses. (Orphée.)

Le dieu des mers se distingue du roi do lOlympe par une expression moins calme, des cheveux plus en désordre, un caractère plus sauvage

Fig. 11".?. — .Neptune d'après une ni(^'daille anti(|ue).

en rapport avec la violence do la mer. Le trident, qui n'était dans l'origine qu'un engin destiné à la pêche du thon, est devenu l'attribut ordinaire de Neptune ; souvent aussi on voit un dauphin près de lui. Neptune n'a pas par lui-même une très-grande importance dans l'art antique et peu de statues le représentent isolé. Une figure en style hiératique, sculptée sur le pied d'un candélabre du Vatican, montre Neptune marchant d'un pas rapide sur la surface calme des eaux. Sa chevelure se roule autour de sa tête et retombe en tresses sur son cou. Il est vêtu d'un ample ]ieplus et tient dans la main droite un long trident et dans la gauche. un dauphin.

Sur plusieurs bas-reliefs, le dieu dos mers apparaît au milieu dos monstres marins qui forment son cortège habituel. L'art moderne a fréquemment employé Neptune et sa cour comme élément décoratif, et les sculpteurs français du xvn^ siècle l'ont souvent placé sur dos fontaines.

Raphaël a représenté Neptune sur son char, dans une composition étrange, où les chevaux marins qui lui servent d'attelage lèvent la tête en hennissant. En général, même dans l'art moderne, Neptune apparaît rarement toutsoul. et on le voit presque toujours accompagné d'Aniphitrite ou de son cortège. Cependant une pierre gravée antique le représente seul sur son char traîné par des hippocampes ou chevaux marins.

Les monstres marins. — Au fond des mers habitent des mons-

1res étranges, qui obéissent à Neptune et surgissent du sein des tlots lorsqu'il leur en donne Tordre. C'est ainsi qu'à la prière de Thésée, Neptune a envoyé un monstre qui a causé la mort d'Hippolyte. Ce jeune homme était fils de Thésée, qui l'avait eu d'un premier mariage avec la reine des Amazones. D'une humeur farouche, il n'aimait que lâchasse

Fig. 113. — Neptune marchant sur les eaux figure sculptée sur un candélabre antique, Vatican).

et les bois, et affichait hautement son horreur pour le beau sexe. 11 méprisait ouvertement Vénus et, réservant toute sa dévotion pour la chaste et sévère Diane, patronne des chasseurs, il passait dédaigneusement devant les autels consacrés à la déesse de l'amour. Vénus irritée résolut de se venger, et, ne pouvant rien obtenir de ce cœur indomptable et rebelle, elle inspira à Phèdre, la nouvelle femme de Thésée, une passion incestueuse pour le fils de l'Amazone. Trompé sur le compte de son fils qu'il croyait coupable, Thésée appela sur lui la vengeance de Neptune, qui fit sortir de la mer un monstre pour faire périr le jeune homme. Ce sujet a fourni à Racine le sujet d'un des morceaux les plus connus de la poésie française.

La mort d'Hippolyte. — Le récit primitif de la mort d'Hippolyte se trouve dans Euiipide : « Nous suivions Ilippolytp sur la route di-

rc'ctc d'Argos et d'Epidaure. Mais à peine étions-nous entrés dans la partie déserte, hors des limites de ce pays, s'offre à nous un rivage, à l'i'ntrée même du golfe de Saronique : là tout à coup un bruit comme un tonnerre souterrain de Jupiter éclate avec un fracas terrible, et a taire frisonner; les chevaux dressent la tète et les oreilles; une vive frayeur nous saisit, ignorant d'oii venait ce bruit; mais en regardant vers le rivage de la mer retentissante, nous voyons s'élever jusqu'au ciel une vague iiuniense, qui dérobe à nos yeux la vue des plages de Sciron ; elle cache l'isthme elle rocher d'Esculape ; puis elle se gonfle, et lance alentour avec fracas des flots d'écume poussés par le souffle de la mer ; elle s'abat sur le rivage où était le char d'Hippolyte, et crevant comme un orage, elle vomit un taureau, monstre sauvage dont les affreux mugissements font retentirions les lieux d'alentour ; spectacle dont les yeux ne pouvaient supporter l'horreur. Soudain un effroi terrible s'empare des coursiers; leur maître, si exercé à les conduire, saisit les rênes, les tire à hii en se penchant en arrière, comme un matelot qui meut la rame, et les entrelace à son propre corps ; mais les chevaux effrayés mordent leur frein, s'emportent, et ne connaissent plus ni la main de leur conducteur, ni les rênes, ni le char. Si, les guides en main, il s'efforçait de diriger leur course dans les chemins unis, le monstre apparaissait au-devant d'eux, pour les faire reculer, en jetant l'épouvante au milieu de lattelage ; s'élançaient-ils furieux à travers les rochers, il se glissaille long du char, et suivait les chevaux en silence, jusqu'à ce qu'enfin il fit écbouer le char et le bouleversa sens dessus dessous, en brisant contre un rocher le cercle de la roue. Tout est dans la confusion; les rayons des roues et les chevilles des essieux volent en éclats. Cependant l'infortuné, embarrassé dans les rênes, sans pouvoir se dégager de ces liens inextricables, est traîné à travers les rochers, qui brisent sa tête chérie, et déchirent son corps. «Arrêtez, criait-il d'une voix lamentable, coursiersque j'ai nourris <( avec tant de soin! épargnez votre maître. 0 terribles imprécations! « Mon père, qui viendra délivrer un innocent du supplice ? » Nous voulions voler à son secours, mais nous restions en arrière. Enfin, dégagé je ne sais comment des rênes qui l'enchaînaient, il tombe, près de rendre le dernier soupir; à l'instant, les chevaux et le monstre ont disparu, je ne sais où, derrière une hauteur. »

Le sculpteur Lemoyne a fait, pour sa réception à l'Académie de peinture et sculpture, une figure d'Hippolyte renversé de son char qu'on peut voir au musée des sculptures modernes au Louvre. Carie Vernet, le peintre de chevaux, a vu là une occasion de faire une scène équestre pleine d'impétuosité et de mouvement.

Les chevaux de Neptune. — C'est dans les profondeurs de la mer Egée que Neptune a sa résidence habituelle ; là, il tient sous le joug ses

coursiers impétueux. Veut-il quitter son humide séjour, « alors, dit Homère, se couvrant de son armure d'or, il prend un fouet industrieusement formé et, montant sur son char, il rase la plaine liquide. Les monstres sortis du fond des abîmes, sautent autour de lui et reconnaissent leur roi. L'Océan triomphe, ouvre çà et là devant lui ses ondes: le char vole avec légèreté, sans que l'essieu d'airain soit mouillé par les flots. » Le char de Neptune est habituellement traîné par des hippocampes, sorte de chevaux marins à queue de poisson et dont le corps est couvert d'écaillés.

Le cheval, qui depuis des temps immémoriaux se trouvait uni aux sources par un rapport symbolique difficile à expliquer, est l'animal consacré à Neptune, qui passe même pour l'avoir créé.

Ayant un jour poursuivi Cérès, cette déesse, pour échapper au dieu de la mer, se changea en cavale ; mais Neptune prit alors la forme d'un cheval et de leur union est sorti le cheval Arion, que le dieu donna ensuite à Hercule et qui dans la guerre de Thèbes sauva la vie à Adraste.

Les dauphins. — « Le dauphin, dit Creuzer, autre animal consacré à Neptune, appartenait également aux vieilles religions pélasgiques. Emblème de la mer Méditerranée, ce merveilleux poisson dont les anciens se sont plu à décrire l'histoire physique, jouait des rôles divers dans les traditions relatives à Baccchus.... Ce qu'était sur terre le cheval, le dauphin l'était sur mer. Unis l'un à l'autre par une alliance symbolique, ils exprimaient l'empire de la mer et celui de la terre dans leur association, et si l'on veut, la Jutte, puis la réconciliation de Neptune et de Cérès suivant un mythe pélasgique. »

Oppien, dans son poëme Sur la pèche, nous donne la raison de la supériorité attribuée au dauphin sur les autres poissons. « Les dauphins se plaisent sur les rives résonnantes et dans le sein de la profonde mer ; aucune n'en est dépourvue ; ils sont chers à Neptune depuis le jour qu'ils lui révélèrent le lieu caché du palais de l'Océan dans lequel la fille de Nérée^labelleetjeuneAmphitrite,se tenait cachée, rebelle à son amour, pour se dérober à sa poursuite et à son hymen. Le dieu aux beaux cheveux noirs ravit aussitôt la déesse et triompha de sa résistance ; elle devint son épouse et la souveraine des ondes. Ce bon office des fidèles dauphins leurvalut la bienveillance de leur maître et l'honneur insigne qui est, pour ainsi dire, imprimé à leur race... La pêche des dauphins est réprouvée des dieux : les sacrifices de celui qui oserait la faire ne seraient point agréables ; il n'approcherait de leurs autels qu'une main profane.

« L'homme qui se porte volontairement à leur faire la guerre entache de son crime tous ceux de sa maison. Les Immortels sont également irrités du meurtre des humains et de celui de ce prince des mers. Un même génie est le j)artage des hommes et de ces ministres de Neptune; de là

le principe comme naliiirl de leurs affections, le nuMul (jui les lie à l'homme d'une manière si particulière : aussi les dau[)hins prctent-ils leur assistance aux pécheurs, cpiels que soient les poissons ([u'ils ambitionnent de prendre. )) (Oppien.)

Les dau|diiiis, (pii ^ivaient autrefois dans les villes avec les hommes, ont changé leur élément pour celui des mers, en vevétant la forme de poissons. Ils ont conservé dans leurs mœurs une douce urbanité, dont toutes leurs actions portent l'empreinte. On ne pèche pas les daujihins, parce qu'il sont amis des hommes et chers aux Immortels ; mais souvent ils prêtent leur assistance au\ pêcheurs pour prendre d'autres poissons.

Les dauphins figurent sur une multitude de monuments figurés, dans l'art ancien et dans l'art moderne. On les voit toujours dans le cortège <i"Amphitrite, dans celui de Vénus ou dans le triomphe de Galatée. Raphaël a représenté Galatée montée sur son dauphin et voguant sur les eaux en compagnie de l'Amour qui a la même monture.

Arion. — Les dauphins sont passionnés pour la nuisique, comme le prouve rhistoire d'Arion. Etant allé en Italie, Arion avait acquis de grandes richesses et se mit en route pour retourner à Corinthe, sa patrie. Mais une fois en pleine mer, les matelots conçurent le dessein de le jeter dans les flots pour s'emparer de ses trésors. Il devina leurs complots, les supplia, leur promit tout ce qu'il possédait et leur demanda la vie. Il ne put les fléchir, et ils lui ordonnèrent de sauter sur-le-champ dans la mer. Arion les conjura de le laisser chanter encore une fois avant de mourir, et sa voix était si belle que les dauphins accouraient autourdu vaisseau pour écouter ses accents. Quand il eut fini, il sauta dans la mer, ainsi qu'ill'avait juré, mais un dauphin l'emmena sur son dos jusqu'à Corinthe. Périandre, le roi du pays, ayant entendu ce récit, ordonna à Arion de se cacher et en même temps il fit surveiller l'arrivée des matelots, et dès qu'il les sut dans le port, il les appela pour apprendre d'eux s'ils n'avaient rien à dire d'Arion ; ils répondirent qu'il était en Italie, et qu'ils l'avaient laissé à Tarente oii il faisait fortune. Alors il fit paraître Arion, et frappés <le surprise, les matelots furent forcés d'avouer leur crime.

Neptune et les Géants. — Neptune, dans la guerre contre les Géants, a puissamment contribué à la victoire de Jupiter, Il a écrasé Polybotès sous l'île de Cos qu'il avait jetée sur lui, et c'est par un procédé analogue qu'il est venu à bout d'Ephialtes.

Une peinture de vase nous montre le géant Ephialtes succombant sous les coups de Neptune (Poséidon). Le dieu des mers, entièrement vêtu, écrase son ennemi sous un énorme rocher en même temps qu'il le frappe de son trident. Le géant Ephialtes. en costume complet d'hoplite, est déjà terrassé. Sur le rocher que tient Neptune on voit figurer

des animaux et des plantes, qui expriment les productions de ce rocher. Car c'est probablement une montagne entière ou une île arrachée du sein des eaux, et il était difficile aux artistes de, traduire autrement les récits fabuleux qui se rattachent à la guerre des Géants. Les exagéra-

Fig. 114. — Neptune tuant Éphialtes (d'après un vase peint).

tions des poètes et des artistes ne sont pas déplacées, car c'est sous cette forme qu'apparaissent dans les mythologies primitives, les terreurs que causent aux anciens peuples les tremblements de terre et les éruptions volcaniques.

Neptune et Amphitrite. — Neptune étant devenu épris d'Amphitrite, fille de Néréc, cette nymphe, qui s'était vouée à la virginité, se réfugia auprès de son père, pour éviter les poursuites du dieu de la mer. Elle y resta longtemps cachée; mais, un dauphin l'ayant découvert, les divinités marines qui font l'escorte habituelle de Neptune, la ramenèrent vers son divin époux. Le retour triomphal d'Amphitrite, devenue reine des mers, a formé le sujet d'une infinité de bas-reliefs pleins de mouvement et de grâce. On voit les Néréides, montées sur les monstres marins, parcourir la surface des flots; Tune pressant les flancs d'une tigresse, l'autre voguant sur un bélier. Celle-ci, sur le dos d'une lionne docile, effleure seulement les vagues ; celle-là se tient avec ses bras aux cornes d'un taureau marin. Le taureau d'Amphitrite se termine en queue de poisson, et c'est ce qui le distingue du taureau d'Europe. C'est ainsi que sur le fameux camée de Glycon, nous voyons la déesse montée sur un taureau marin et escortée par les amours qui la conduisent à son divin époux.

Jules Romain a placé, dans un tableau célèbre, l'Amour tenant son

NEPTUNE ET CEKES.

arc, entre Neptune et Amphitrite. Titien, Luca Giordano, Rubens, Lemoyne ont présenté la même idée, mais avec une disposition toute diflërente. Le groupe principal du bassin de Neptune à Versailles, qui

FJg. 115. — Amphitrite (d'après un camée antique),

représente les deux époux divins, est certainement une des plus belles productions de la sculpture décorative en France : il a été exécuté par Adam, statuaire mort vers 1759,

Natoire, ce peintre aimable qui eut tant de vogue au siècle dernier, et qui est si oublié aujourd'hui, a fait aussi son Trio)np h e (V Amjihitrite : « Le mot joli, dit M, Ch. Blanc, semble fait exprès pour l'appréciation de ces peintures ; l'Amphitrite de Natoire est une Parisienne qui a ôté ses mouches, ses falbalas et ses paniers pour se montrer sur la conque de Neptune. Vous diriez que la scène se passe à TOpéra. Les Tritons et les Naïades qui font cortège à la fille (le l'Océan, sont les habitants familiers du fleuve le plus prochain. La mythologie est transportée par Natoire, sur les bords de la Seine, sous un ciel tempéré, qui n'éclaire que des minauderies aimables; des gestes de salon, des carnations ouatées, comme il s'en voit ou comme il s'en verrait aux bains de la Samaritaine. Toute cette peinture est coquette, chiffonnée, mince, leste et fardée ; mais en somme cela ravissait l'œil d'un vieux Français, cela mettait l'Olympe à sa portée, cela décorait à merveille le boudoir d'une femme a la mode ou le cabinet d'un curieux. »

Neptune et Amymone. — Neptune est aussi quelquefois associé à Amymone, personnification des sources de l'Argolide. Un jour qu'elle était allée chercher de l'eau, elle fut poursuivie par un satyre et implora la protection de Neptune. Ce dieu lança contre le satyre son trident qui entra avec force dans le rocher, et lorsqu'elle l'en retira, il jaillit trois sources appelées par la suite sources d'Amymonc ou de

NEPTUNE Eï SON CORTEGE.

Lerne. Sur une peinture de vase, on voit Neptune causant avec Amyinonequi est assise et accoudée sur son urne. Les deux autres figures sont Mercure coiffé du pétasc et une suivante d'Amymone.

Fig. IIG. — Neptune et Amymone (d'après une peinture de vase).

Les Néréides, — Nérée, personnification de la mer Egée, est le père des Néréides qu'on voit figurer dans le cortège de Neptune et qui possèdent comme lui le don de prédire l'avenir. Leur mission spéciale est de conduire les âmes dans les îles Fortunées, et c'est pour cette raison qu'on les voit très-souvent représentées sur les bas-reliefs qui décorent les sarcophages. Il y en a un très-beau au musée du Louvre : on voit les Néréides assises sur la croupe des tritons et des chevaux marins. Elles accompagnent les âmes figurées par de petits génies voltigeant dans les airs ou jouant sur les dauphins. Couronnées de lierre, et vivant au milieu des flots, les Néréides sont accompagnées des attributs qui caractérisent certaines divinités, la lyre, la cyste mystique, l'ancre, le griffon, le bouc, etc. Une peinture d'Herculanum nous montre une Néréide donnant à boire à un lion marin, sur lequel elle est montée.

Les Tritons. — L'union de Neptune et d'Amphitrite a donné le jour aux Tritons et aux Tritonides, divinités qui participent de l'homme et du poisson et glissent sur les eaux à l'aide de leur queue fourchue. Ces monstres aux formes fantastiques s nt souvent représentés soufflant dans leurs conques marines.

Les chevaux des tritons sont bleus et armés de serres d'écrevisse. Le dieu du fleuve Triton est une divinité spéciale qui paraît avoir été dans l'origine associée à Minerve Libyenne plutôt qu'à Neptune.

Les artistes modernes ont souvent confondu les Tritonides avec les Sirènes. Mythologiquement, il y a une très-grande différence : les Sirènes sont des femmes à corps d'oiseau, les Tritonides des femmes à corps de poisson.

Glaucus. — Glaucus, divinité mari ne qui apparaît quelquefois dans la

iiiylliulojrie, a>;iit cral)ord été un pécheur. Etant sur les cotes de Béotie, il posa sur riierbc des poissons qu'il avait pris et s'aperçut qu'ils se donnaient de grands mouvements pour aller ensuite se jeter dans la mer. Pensant que cette herbe avait une vertu particulière, il en goûta et fut aussitôt changé en triton.

Protée. — Protée est le berger des troupeaux de Neptune, qui consistent en i)hoques et autres bêtes marines. Personnification du mouvement incessant des flots et de la couleur changeante des poissons, il est surtout fameux par ses nombreuses et rapides transformations. Il sait l'avenir; mais il ne le divulgue pas volontiers, il faut l'y forcer.

Homère nous donne dans Y Odyssée quelques détails sur les habitudes de ce vieux berger marin. *< Quand le soleil est parvenu jusqu'au milieu du ciel, l'infaillible Protée s'élève au souffle de Zéphyr, du fond de l'Océan, et il est voilé par la noire surface de la mer frémissante ; il sort et va se reposer dans les grottes profondes. Tous les phoques sont rassemblés et dorment autour de lui; sortis des vagues blanchissantes, ils répandent au loin l'odeur amère des vastes abîmes. D'abord il visite ses phoques; lorsqu'il les a visités et comptés par cinq, il se couche au milieu d'eux, comme le pasteur au milieu d'un troupeau de brebis. » Dans un tableau qui a figuré au salon il y a peu d'années, Penguilly avait représenté Protée au bord de la mer, entouré de ses nombreux troupeaux de phoques.

CHAPirm:

POLVPIIÈME ET (JALATËE

Le Irioiiiphe de Galatée. — Polyphème cl son troupeau. — Les plaintes de Polyphonie. — Acis et Galatée.

Le triomphe de Galatée. — Galatée est la plus belle des Néréides.

fi\£jitn. ei::x

Fig. 1 18. — Le triomi)lic du GalalOo (^d'après uiiu Iresquf de UaphaL-lj.

Quand elle vogue sur les flots, les tritons et les amours lui font cortège : c'est ce qu'on appelle le Triomphe de Galatée. Raphaël a fait sur ce sujet

POLYPHEME Eï GALATEE.

une admirable composition : la déesse, debout sur une large coquille attelée de deux dauphins que l'Amour dirige, semble effleurer à peine la surface des eaux paisibles.

Polypliéme et son troupeau. — Galatée inspira une passion violente au cyclope Polyphème, fils de Neptune. Mais la belle Néréide fuyait sans cesse le malheureux cyclope qui ne cessait de penser à elle. Une peinture d'Herculanum nous montre un amour monté sur un dau-

Fig. 119. — Polyphème (d'après un tableau de l'Albane).

phin, qui apporte une missive à Polyphème, et cette missive contient assurément un refus; carie pauvre cyclope était toujours repoussé. Alors, ne songeant plus à son troupeau qu'il laissait paître dans les campagnes voisines, Polyphème montait sur le rocher le plus élevé, et, quittant sa houlette dont le manche était un pin grand comme un mat de vaisseau, il prenait sa flûte et se mettait à en jouer. Dans un petit paysage décoratif, découvert à Pompéi, on voit Polyphème debout, appuyé sur l'arbre qui lui servait de bâton, tandis que ses troupeaux paissent paisiblement autour de lui : sur la mer, Galatée assise sur un dauphin est précédée d'un triton qui souffle dans une conque marine. L'amour qui vole sur sa tête la préserve des ardeurs du soleil. Le Poussin a fait sur Polyphème jouant de la flûte un tableau très-célèbre, où on voit le cyclope assis au haut d'une montagne, et dont la figure colossale, baignée de lumière dans sa partie supérieure, produit l'effet d'un mirage immense. L'Albane a représenté les Néréides et les tritons s'abattant sur les flots, en écoutant la musique harmonieuse du cyclope.

Les plaintes de Polyphème. — Les plaintes du cyclope Polyphème ont inspiré ime charmante idylle de Théocrite : « Assis sur un rocher élevé, l'œil fixé sur la mer, pour adoucir ses peines, il chantait :

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