‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 12 sur 111 · I'{-^ NKPTL'XE ET CÉRÈS · texte numérisé non relu

I'{-^ NKPTL'XE ET CÉRÈS

« 0 Ix'llo Galutt'c ! |)oiir(|iioi nie luis-lu? Oti.uid tu mo regardes, lu es plus blanche que le lait, [)lus douce que l'agneau, plus légère que lu génisse; mais quand tu détournes de moi tes beaux yeux, oh! alors, lu deviens

plus aigre que le raisin encore vert

« Tu viens sur cette plage ([iiand le sommeil clôt mes paupières; mais aussitôt que mon umI s'ouvre à la lumière du jour, tu fuis comme la

brebis fuit le loup sanguinaire

« Je commençai a taimer, j(uine nymphe, h; jour oii, pour la première fois, lu vins a\ec ma mère cueillir des hyacinthes sur la montagne; moi, je montrais le chemin.

(c Dès lors i)lus de repos [)0ur moi ; je ne puis plus vivre loin de ta présence, et cependant, Jupiter en est témoin, tu n'as nul souci de ma peine. « Je sais, ô la plus belle des nymphes ! oui, je sais pourquoi tu me fuis ; c'est qu'un épais sourcil, ombrageant mon front, se prolonge de l'une à l'antre oreille; c'est que je n'ai qu'un œil, et mon nez élargi descend

jiis(pie sur mes lèvres

« Pourtant, tel ([ue je suis, je pais mille brebis, je presse leurs mamelles, et je bois leur lait délicieux ; l'été, l'automne ou l'hiver, toujours

j'ai d'excellents fromages

« Nul cyclope ne m'égale dans lart de jouer du hautbois, et souvent, loi que j'adore, toi qui es plus douce que la pomme vermeille, souvent

je te célèbre dans mes chants, pendant la nuit obscure

« Pour toi je nourris onze faons que décore un beau collier et ([uatre petits ours; viens auprès de moi, et tout ce que je possède t'appartiendra.

« Mais si ta mw. est blessée des longs }toils dont m;i peau se hérisse, j'ai du bois de chêne et un feu ([ui ne s'éteint jamais sous la cendre; viens, et je suis prêt à tout souffrir, je te livre mon existence entière et mon œil unique, cet œil qui m'est plus précieux que la vie.

« Hélas! pourquoi la nature m'a-t-elle re-fusé des nageoires? J'irais à toi à travers les ondes, je baiserais ta main si tu me défendais de cueillir un baiser sur tes lèvres.

« Jeune nymphe, si un étranger aborde à ce rivage, je veux qu'il m'enseigne à plonger au fond des mers; j'irai voir quel charme j)uissant vous retient sous les ondes, toi et tes com])agnes.

« Ma mère seule a causé tous mes maux ; c'est elh; seule que j'accuse ; jamais elle ne t'a i)arlé de mon amour, elle qui chaque jour me voyait dépérir; mais à mon tour aussi, pour la touiinenter, je lui dirai : c Je « soutTre. oui. je soutire beaucoup. » (Théocrite.)

Acis et Galatée. — Le cyclope avait beau chanter, Galatée ne l'aimait ]»as : elle lui préférait le jeune berger Acis, qui était tils d'un faune habitant la Sicile. Les montagnes et les mers retentissaient des

POLYPHÈME ET fi ALATÉE. 133

chants du cyclope : « 0 Galatée, tu es plus blanche qu'un beau lis, plus fraîche que l'aune^ plus brillante que le cristal, plus agréable que les rayons du soleil en hiver, et que l'ombre en été, plus trompeuse que Tonde, plus légère que l'aile de Zéphyr... Viens, ô Galatée, lève ta belle tète au-dessus des flots d'azur... » Tout à coup il aperçoit Galatée auprès d'Acis : «Je vous vois, s'écrie-t-il, ce sont là vos dernières caresses... » L'Etna répète ce cri terrible, et Galatée se précipite éperdue dans les flots. Acis fuyait : c A mon secours, Galatée ! criait-il. Mon père, ma mère, à mon secours! Cachez-moi dans vos ondes, ou bien je vais périr. » Polyphème le poursuit : il arrache le sommet d'une montagne et le lance... Sous le roc qui avait écrasé Acis, le sang coulait en flots de pourpre. D'abord sa couleur commence à s'effacer; puis, c'est comme l'eau d'un tleuve troublé par l'orage. Enfin c'est une source pure et limpide. Alors la pierre s'entr'ouvre, de ses flancs surgit la tige vigoureuse de verts roseaux, le flot s'échappe en bondissant du creux du rocher... : c'était Acis changé en fleuve, et le fleuve a conservé son nom. » (Ovide.) — C'est une petite rivière qui part des flancs de l'Etna et va se jeter dans la mer.

Dans les peintures d'Annibal Carrache, au palais Farnèse, trois tableaux sont consacrés à l'histoire de Galatée. Dans l'un, la nymphe s'approche du rivage oii est le cyclope assis sur un rocher ; dans l'autre, le cyclope accourt furieux et lance le rocher sur son rival, le berger Acis ; dans le troisième, Galatée est ramenée triomphante dans le royaume • de son père, au milieu des dauphins, des Tritons et des Néréides. Carie Maratte a fait un triomphe de Galatée sur les eaux, composition gracieuse et bien ordonnée : on aperçoit au fond le cyclope Polyphème endormi au bord de la mer.

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