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Cérès Borghèse d'après une slatiio antiqiicj.
tant au gré des vents, sur un char rarement attelé de chevaux, mais plus ordinairement de dragons. Il ne faut pas confondre avec cet enlèvement, ouvrage de la violence, la descente annuelle de Proserpine aux enfers et sa séparation d'avec sa mère. L'ascension de Proserpine dans les cieux et son introduction au milieu des divinités de l'Olympe, souvent en compagnie des Heures et du Printemps, forment une opposition pi- ([uante avec les scènes précédentes. »
11 est quelquefois très-difficile de distinguer Cérès de sa fille Proserpine. par la i-aison qu'on leur donne les mêmes attributs : c'estdonc uni-
NEPTUNE Eï GERES.
qiiciiifiit ;'i son nirde joiinossc ([u'on reconnaît Proserpinc. Si les statues autliontiiiiies de ces deux di\ iiiitéssont rares, leur image apparaît sur un assez grand nombre de médailles de la Grande-Grèce et de la Sicile. Plusieurs de ces médailles, et notamment celles de Syracuse, sont clas-
Fig. Ki't. — Cérès (d'après une médaille Fig. 1G5. — Proserpine (d'après une médaille sicilienne). de Syracuse).
sées parmi les chefs-d'œuvre de l'art antique. On remarquera que les médailles de Proserpine sont souvent accompagnées de trois dauphins.
Fig. IfiO. — ('.érè^ (d'après une médaille Fig. IG7. — Proserpine (d'après une de Scyros). médaille de Syracuse).
Les épis forment le principal attribut de Gérés, mais on lui donne aussi le pavot. Ovide raconte que la déesse s'était servie du pavot pour guérir les insomnies du fils de Celeus, chez qui elle avait reçu l'hospitalité, mais certains philosophes donnent une tout autre cause à cet attribut de Gérés. Suivant eux, la rondeur de la tête du pavot représente le monde, ses inégalités les montagnes et les vallons; la multitude de ses graines est rembléme de la fertilité.
Le porc apparaît quelquefois à côté de la déesse. Sur une médaille d'Eleusis. Gérés est assise dans son char traîné par deux serpents ailés et fieut des épis dans sa main droite ; au revers on voit luie truie pleine ((iii ]>araît éti'e ici un symbole de fécondité. Gependant on donne quelquefois de cet emblème une raison mythologique. Ovide raconte que des porcs ayant détruit les traces de l'enlèvement de Proserpine par
LA MOISSON. 185
Pliiton, avaient de la sorte mis ol)staclc auv reciierelies de Céiès. Virgile dit aussi que ces animaux ayant ravagé les moissons de Triptolème, celui-ci les saisit et les sacrifia à la déesse. C'est pour cette raison qu'aux fêtes d'Eleusis on sacrifiait des porcs à Cérès.
Fig. 1G8. — Ct'-rès (cVaprès iiiif moiinaii^ d'Eleusis).
Honneurs rendus à Gérés. — « Cérès a la première labouré la terre avec la charrue ; c'est à elle qu'est due la production des fruits, du blé et de tout ce qui sert de nourriture aux hommes. Elle est la première qui leur ait donné des lois, et tous les biens que nous possédons sont des présents de cette déesse. C'est Cérès qui força les taureaux cà plier leur col sous le joug et à sillonner la surface rebelle du sol. C'est pour cela que les ministres de son culte éloignent du bœuf le couteau meurtrier, et immolent au contraire la truie paresseuse. »
(Ovide.) « La déesse veut que l'homme travaille et bie n des peines sont attachées à la culture des champs. La rouille funeste ronge les épis ; le chardon inutile hérisse les guérets ; les moissons périssent sous une foret dherbes pernicieuses ; et au milieu des plus belles campagnes, domine souvent l'odieuse ivraie. Si le râteau infatigable ne tourmente sans cesse la terre, si un bruit continuel n'en écarte l'oiseau, si tes vœux n'appellent pas des pluies salutaires, vainement tu contempleras les richesses d'un voisin ; il te faudra, pour apaiser ta faim, secouer le chêne des forets. .. (Virgile.)
Ln bas-relief antique nous montre une famille de paysans ap[)ortant une offrande à Cérè'^. Le père et la mère, précédés d'un enfant qui tient une corbeille de fruits, amènent devant les déesses de l'agriculture une truie qui va leur être immolée. Cérès, coiffée du modius, symbole de fécondité, et tenant une patère, est debout près de sa fille PrOserpine qui porte un flambeau et des épis.
Les pauvres gens qui ne pouvaient offrir aux dieux des victimes en nature, leur en apportaient au moins les simulacres. C'est ce qu'on voit dans les épigrammes votives de Y Anthologie : « Mes bœufs, car je leur dois le pain qui me nourrit, pardonne, ô Cérès, je te les offre en pâte.
NEPTUNE ET CKMIIS.
non en nature. Donne à mes vrais l)œiifs de nIn re. cl remplis mes cliamits (l(> javelles, m'aeeordant ainsi en cchanji-e tes pins abondants bienfaits; car je suis bien Ion laboiiiciir. Aussi \(tis-je biirc l;i (|uatrième année
Fig. 100. — OllVaiidc à Cùri'-^ cr;ii)n''s un has-n'licf aMti(|ue).
en sus de cpiatre-viu^ls autres, et si je n'ai jamais l'ait de récoltes corinlliicunes, je n'ai jauiais non |dus connu la duic pauxreté sans é|)is et sans j)ain. »
" Ce soc d'airain ([ui ouvre les sillons et brise les ^tilébes, cette besace ri\ peau de bœuf, un aiguillon pour piquer l'attelage, un manche de eliarrue avec sa cheville, ce sont les offrandes que consacre à Cérès le laboureur Callimène, après avoir retourné le sol fertilisé d'un champ en friche. 0 déesse, si tu m'accordes une abondante moisson, je t'apporlcrai aussi une faux. »
Enlèvement de Proserpine. — L''rulcrcmcnt de Proscrpinc, qui est assez fréquemment représenté sur les bas-ridicfs des sarcophages, est
Fii!,'. 170. — Ivilèvonient di' Proserpine (d'après un bas-relief antique)
p(Mil-ètrc l'événement le plus important de la mythologie. Cupidini avail un jour, à l'instigation de Vénus, décoclu' une flcclu^ à Plufon, au moniciit où le Dieu des enfers, ([uiltant son l'oyaume souterrain, parcourait la Sicile. |u)ur voir s'il n'ya\ail ri(>n d(> dérangé dans les fondements i\u nionl h^tna, sous le(|uel l(> géant Txplion s'agitait singulièrement.
LA MOISSON
II aperçut Piosorpiiie (jui s'amusait a cueillii- des lleurs jjour eu emplir sa corbeille. La lille de Cérès prenait un plaisir singulier à faire des bouquets qu'elle portait sur son sein et à disputer avec ses compagnes à qui cueilleiait les plus belles fleurs. Pluton la voit, et l'emporte sur son char. Proserpine épouvantée appelle à son secours sa mère et ses compagnes, mais Pluton presse ses chevaux et d'un coup de son trident s'ouvre à travers la terre un chemin qui conduisait à son empire.
Pourtant la nymphe Cyane a vu le ravisseur et veut l'arrêter en chemin; mais le Dieu, pour éviter les rapports que pourrait faire ce témoin indiscret, la transforma en fontaine. Cérès, accablée de douleur t^n ne i-etrouvant pas sn fille, la chercha par toute la terre. Après qu'elle
Kig. 171. — Cérès (d'après une pierre gr;ivée antique, prime d'émeraude!.
iiil couiu depuis le lever de l'aurore jusqu'à la fin du jour, elle prit <leu\ llambeaux qu'elle alluma sur le mont Etna, et continua ainsi de la chercher. Le lendemain, lorsque l'astre du jour eut fait (lis|>araître les étoiles, elle parcourut encore la terre, depuis les lieuv oi'i le s(»l(>il se IcAe. jusqu'à ceux oîi il se couche. (Ovide.)
Désespoir de Cérès. — Cérès cherchait sa fille par toute ia terre ; accablée de faim et de lassitude, elle entra dans une pauvre cabane, et mangea avec avidité les aliments grossiers que lui présenta la vieille femme chez qui elle était. Voyant cela, un jeune garçon, nommé Stelliti. se niit à éclater de rire et à railler la déesse .sur sa gloutonnerie. Indignée d'une ])areille inconvenance, Cérès jeta au visage de Stellio, une partie des aliments quelle mangeait. Aussitôt le visage de ce jeunegarçon l'iit niarcpié de petites taches, ses bras furent changés en cuisses,
f8R NEPTUNE ET GÉRÉS.
cl une Inii^iio qucuo lui sortit du corps. En mcnie temps il était (k■^t'llu (>\tiviueuK'nt petit et si petit (ju il alla se cacher dans un trou de la miiiaille. H était transformé en lézard.. Cette étrange aventure a fourni a Prudhon le sujet d'un dessin, où on voit Cérés, lançant un regard coun-oucé sui- le jeune garçon, dont les membres affectent déjà la forme
Fig. n2. — Attributs de Cérès avec médaille de Tralles, etc. (composition du G. de Saint- Aubin).
écrasée d'un reptile. Le peintre allemand Elzlieimer a vu dans cette scène, une occasion de peindre ces effets de lumière qu'il aimait tant. L'intérêt de son tableau consiste surtout dans le contraste qui résulte de la lumière artificielle produite par la torche que tient la vieille femme, avec la pâle clarté de la lune qui argenté le paysage. Cet ouvrage, un des meilleurs de l'artiste, fait paitie du nuisée de Madrid.
Cérès, cherchant toujours inutilement sa tille, résolut de s'adresser à la n\ nqtjie Cyane qui était la compagne de l*roserpine ; mais la nymphe, devenue fontaine, avait peidu la faculté de parler. Elle s'e\j)liqua pourtant par ([uelques signes, et lit voira cette mère aflligée la ceinture de sa tille (pii flottait encore sur l'eau.
La déesse, avertie par le Soleil, finit ])ar découvrir ({ue ce n'était pas
LA MOISSON. 189
sur la terre quelle devait chercher sa fille, et, ue pouvaut plus icteiiir sa rage et sa douleur, elle se présenta à Jupiter, le visage baigné de larmes, et déclara que, si Proserpine ne lui était pas rendue, la terre, désormais inféconde, ne produirait plus ni fruits ni moissons.
Craignant les maux qu'une pareille menace attirerait aux hommes, Jupiter consent à ce que Proserpine revoie la lumière : « Elle reviendra dans rOlympe, dit-il, pourvu toutefois qu'elle n'ait rien mangé depuis qu'elle est dans les enfers; car c''est ainsi que les Parques l'ont réglé. » Malheureusement Proserpine n'avait pas gardé une rigoureuse abstinence depuis qu'elle était devenue reine des enfers, et elle avait cueilli une grenade dans le jardin de Pluton.
Or le jeune Ascalaphe, fils de TAchéron, l'avait aperçue et alla conter la chose à Pluton, ce qui mit obstacle à son départ. Indignée contre cet indiscret, la déesse jeta sur lui de l'eau du Phlégéthon, et le changea en une espèce de monstre, qui n'a que le bec, des plumes et de gros yeux. Pour avoir vu ce qu'il ne devait pas voir, Ascalaphe était devenu un 1nboii, l'oiseau qui voit clair la nuit.
Le différend qui s'éleva a ce sujet entre Cérès et Pluton finit pourtant par s'arranger, et il fut convenu que Proserpine resterait chaque année six mois avec sa mère, et six mois dans l'intérieur de la terre auprès de son époux. C'est pour cela que la terre qui pendant la moitié de Tannée produit des fruits et des moissons, demeure stérile pendant les six autres mois.
Proserpine aux enfers. — Proserpine, la fille de Cérès, que Pluton a ravie, est la reine des enfers. Elle ne passe que la moitié de
Fig. 173. — Proserpine et Pluton.
l'année dans son royaume, et sur les monuments, nous voyons Mei'cure qui vient la chercher pour ramener la végétation sur la terre. La figure du Printemps personnifié, qui tient des fleurs dans le pan de sa robe, est placé derrière Mercure, pour indiquer la mission du messager des dieux.
Cette histoire figure souvent sur les sareophages, parce que Proserpine londue à la lumière, après avoir été dans le séjour des morts, présentait une allusion naturelle à la \ie Itilure. Un vase célèbre du musée de Berlin montre une Cérès assise avec un sceptre, tandis que Proserpine. <ielton( près d'elle, tient deux (lambeaux, l'un élevé et l'aulre baissé.
Fig. 17 4. — L'enlèvement de Proserpine (d'après un groupe de (iirardon. parc de Versailles)
pour indiquer que la déesse' passe alternativement de l'ombre souterraine à la lumière. L'enlèvement de Proserpine et son retour aux enfers, ont fourni à Praxitèle le sujet de deux groupes en bronze, ([ui furent très-célèbres dans l'antiquité.
L'art moderne a aussi fourni son contingent à cette fable dont Rubens a fait le sujet d'un tableau capital. Dans la fameuse décoration du château du T, près de Mantoue, Jules Romain a peint avec son énergie habituelle le rapt de la jeune déesse, que Pluton emporte sur son char.
LA MOISSON. 191
L'Albane a conipiis la scène tout autrement. La figure de Pluton ne pouvait plaire que médiocrement à l'artiste qu'on a appelé l'Anacréon dv la peinture. Aussi a-t-il relégué la scène d'eulèvement au second plan, et l'ait de Vénus l'héroïne de son tableau. Cette déesse avait fait des l'eproches à son fils Cupidon, de la tranquillité dont il laissait jouir Proserpine, et c'est pour ne i)lus encourir un reproche de ce genre, que ce petit dieu avait percé Pluton de sa flèche. On voit donc dans le ciel Cu{tidon, trèi-fier de son succès, qui accourt embrasser sa mère en hii montrant ce qui se passe, tandis que sur le devant les amours joyeux e\écutent des rondes autour des arbres. C'est ce qui fait que ce tableau, ([ui est au musée de Milan, est connu sous le nom de Danse des amours, bien qu'il ait trait a l'enlèvement de Proserpine. Dans l'École française, nous signalerons le groupe en marbre e\écuté par Girardon, sur un dessin de le Brun ; il est placé dans le bosquet de la Colonnade au milieu du |>arc de Versailles.
Le châtiment d'Érésichthon. — Il faut honorer Cérès, car elle a pour les impies des châtiments terribles. Un bois lui était consacré, bois planté d'arbres toulTus impén étrablesau jour. Le fils de Triopas, Krésichthon, conçut le funeste projet de l'abattre et s'y rendit avec vingt esclaves armés de haches et de cognées. Cérès, voyant tomber ses arbres chéris, vint sous lestraits de sa prêtresse prévenir Érésichthon que le bois était consacré. Mais l'impjc la menace de sa hache, si elle ne se retirait pas, et ajouta qu'avec les arbres de la déesse, il se bcàtirait un palais pour y vivre dans les festins. La déesse alors se montre à lui dans toute sa grandeur, et chacun prend la fuite. Erésichthon est pris bientôt d'une faim cruelle, insatiable, que rien ne peut apaiser. Plus il mange, plus il veut manger; vingt esclaves sont occupés à lui préparer des mets, douze autres à lui verser à boire, car l'injure de Cérès est l'injure de Bacchus, et toujours Bacchus partage le courroux de
Cérès.
Retiré au fond de son palais, Érésichthon, passant tout le jour à table, y dévore mille mets. Plus il mange, plus s'irritent ses entrailles. Tous les aliments y sont engloutis sans effet comme au fond d'un abîme. Telle on voit la neige fondre aux rayons du soleil, tel et plus promptement encore, on le vit dépérir. Bientôt les fibres et les os seuls lui restèrent. Sa mère et ses sœurs en pleurèrent, le sein qui l'avait allaité en soupira, et ses esclaves en gémirent. Son vieux père Triopas arrachait ses cheveux blancs. « Ah ! disait-il, que n'est-il tombé plutôt sous les traits d'Apollon! Que ne l'ai-je enseveli de mes mains! Faut-il que je le voie dévoré par la faim ! Pour moi j'ai tout épuisé. Mes bergeries sont vides, mes étables sans trou[ieaux, et mes esclaves ne suffisent plus à le servir. Il a tout consumé, jus([u'aux cavales ([ui traînaient son char, jusqu'aux
192 NEPTUNE ET CKIÎKS.
coursiers qui lui avaient valu tant de gloire dans les jeux et dans les combats, jusqu^au taureau que sa mère engraissait pour Vesta ! »
Tant qu'il resta quelque ressource à ce malheureux père, son foyer fut seul témoin de sa peine. Mais quand Erésiclithon eut absorbé tout son bien, on vit le fils d'un roi, tristement assis dans les places publiques, mendier les alimeîits les jilus Ails. ((^allim.vqi e.)
11 ne lui restait jxuir toute ressource (|u'une tille uiiiijiic : il la vendit. Mélia. c'était son nom. se voyant dans resclavage, invoqua ÎNejttune qui, touché de compassion, lui accorda ];i lacullé de se métamorphoser comme elle voudrait. Tandis que son maître était letourné, Métra se transforma en jument et courut retrouver son père qui la revendit aussitôt ; la jeune fille se changeant sans cesse en chien, en oiseau, prenant mille formes diverses, et revenant toujours quand elle avait été vendue, devint Tunique ressource de ce malheureux père. Mais cette ressource même devint insuffisante, et Erésichthon, ne pouvant rassasier la cruelle faim qui le dévorait, finit par se manger lui-même. (Ovide.)
Les fêtes d'Eleusis. — Les fêtes d'Eleusis, en l'honneur de Cérès, étaient célèbres dans l'antiquité. Le chef du collège des prêtres, appelé hiérophante, avait pour mission de diriger la sainte cérémonie et d'initier aux mystères de la déesse.
Les initiés portaient de longues robes de lin, et leurs cheveux étaient relevés et liés avec des cigales d'or. Ce costume spécial était celui des âges primitifs et rappelait ainsi l'époque où les mystères furent institués ; cette tradition était d'autant jdus vénérée-, que les déesses elle-mêmes avaient autrefois participé aux luystères de leur culte. Tout le cérémonial des mystères était inscrit sur des tablettes apposées dans les sanctuaires, et figuré dans des peintures myslicpies.
Les fêtes durent plusieurs jours, et nuMiie plusieurs nuits, car les initiés sont tirés de leur sommeil pour aller aux processions nocturnes, où ils marchent deux à deux en silence et en tenant des flambeaux. Tout à coup la marche se précipite, et, se souvenant des courses de Cérès à travers le monde, ils se livrent h des évolutions rapides en secouant leurs flambeaux qu'ils se transmettent fréquemment l'un à l'autre : symbole de la lumière divine qui purifie les Ames et que les initiés se comnuuii([uent en s'éclairant mutu(dlement de la même flamme. Dans le joui il y a des fêtes de tout genre, et surtout de ces luttes athlétiques, (ju'on refi'ouve dans foutes les cérémonies religieuses des Grecs ; ici le prix du vainqueur est ime mesure d'orge, récoltée dans le champ même de la déesse qui a enseigné l'agricultiu'e aux hommes.
Le sixième jour est le plus luillant de la fête : c'est celui où les initiés conduisent d'Athènes à Eleusis, et en suivant la voie sacrée, la statue d'iacchus, le nourrisson de la déesse : le dieu est couroiuié de mvrte et
Fig. 115. — CiJi-ès ^silutuc aiiti<[UL').
LA MOISSON
VJlî
iieiii un flambeau. Une foule immense raccompagne, car ce jour-là Athènes tout entière se donne rendez-vous sur la \oie Sacrée. Trente mille personnes suivent le cortège, en accompagnant [d'hymnes la
Fig. 170. — Cérès (d'après une statue anti(iuo).
musique des instruments. La grande procession s'arrête à différentes stations, où les jeunes filles la reçoivent en exécutant autour des autels des danses sacrées en l'honneur de la déesse.
Le rite de l'initiation comprenait des scènes mimicpies et symboliques, où les prêtres et les initiés figuraient, dans une sorte de drame religieux, toute la légende de Cérès et de Proserpine, le rapt de la jeune fille, le deuil et la douleur de Cérès, et ses courses à travers le monde pour re-
-NKPTUM-: ET CKUKS.
li'ouvor sa lillc. Céres élait alors a|»|H'li'(; la )hc'/-c des (loaicios, et pondant l'accomplissement du mystère, des instruments d'airain imitaient ses clameurs et sa voi\ gémissante. Les scènes d'allégresse succédaient aux gémissements quand Proserpine était retrouvée. Les initiés, obligés de décrire de |KMiildes circuits dans les ténèbres, en proie à des terreurs (pic iirodiiisaicid des \(»i\ conliiscs ci incoiuiiies, se retrouvaient ensuite nu niilicii des plus splendides clartés, au milieu des cbœurs de danse et des liarnnmics sacri'cs. des changements à vue, ces soudaines transitions de lobsciirité a la liiniicre, de la douleur à Tallégresse, figuraient pour les initiés le passage du sombre Tartare aux béatitudes de l'Elysée, et devenaient ainsi lui symbole de l'immortalité de l'àme et du bonheur promis aux justes.
L'immortalité de lame était représentée par la métamorphose du grain de blé. (pii mis dans la terre, où il semble destiné à se pourrir.
V\"-. 117. — lacclius ciiti'i' Ciérès et Prosei'i>iat', d'après une terre ciiile uiiiifiue.
renaît à la vie sous la forme d'un épi nouveau. Proserpine ravie au sein de la terre pendant six mois, et revoyant la lumière au printemps, représentait merveilleusement cet épi, et la tristesse de la nature pendant l'hiver était figurée par les gémissements de Cérès, la terre, qui pleure sa fille disparue, Proserpine, la végétation.
Un troisième personnage se joint dans les mystères d'Eleusis à Cérès ci à Proserpine. C'est b; jeune lacchus, le même que Zagreus, ou Bacchus mvstique. Il est le fils de Jupiter et de Cérès, le frère et le fiancé de Pioserpine, et représente le vin, comme Proserpine représente le pain. Il appaïaît presque toujours sous la forme d'un dieu enfant ; c'est ainsi qu'il est figuré sur une tcire cuit(^ archaïque, où on le voit entre Cérès et Proserpine. Nous en reparlerons à l'occasion de Bacchus Thébain. avec lequel il a été identitié.
Triptolème. — Pendant ([ue Cérès était à la recherche de sa fille.
LA MOISSON
elle vint dans le lieu où est maintenant Eleusis ; là était le eliain]» Au vieillard Celée. Il regagnait sa ehaumière, portant des glands, des inùres cueillies au\ buissons et du bois sec pour échaufTer son foyer. Sa jeune fille ramenait deux chèvres de la colline, et un petit enfant était resté
Fig. 178. — Tiiptolème entre Cérès et Proserpine (d'api-ès une peinture de vase .
malade dans son berceau. Le \ieillard et sa fille rencontrent la déesse qui avait pris les traits d'une vieille femme, et la conjurent d'accepter l'hospitalité de leur chaumière, si pauvre qu'elle fût. Chemin faisant, Cérès leur raconte qu'elle vient de perdre une fille chérie et ils pleurent ensemble. Le vieillard raconte aussi la maladie de son fils, et en entrant dans la cabane, la déesse voit l'image du deuil. La mère en larmes était près de l'enfant expirant: Cérès la salue, s'approche du berceau et applique sa bouche divine à la bouche de l'enfant. Aussitôt la |)àleur disparaît, les forces renaissent, et les parents voient que l'enfant est sauvé. Cérès le prend dans ses bras, le caresse, et, prononçant/les paroles mystérieuses, elle le porte au foyer, sous la cendre brûlante, pour que le feu le purifie et le dégage du poids de l'humanité. « Que faitesvous? » s'écrie la mère, hors d'elle-même, en arrachant son fils des flammes. « Sans vouloir être coupable, tu l'es devenue, lui dit Cérès : la crainte maternelle a empêché mes bienfaits. Cet enfant sera donc mortel; mais le premier, il labourera et sèmera, le premier, il recueillera le fruit de la terre cultivée. » Aussitôt la déesse attire un nuage dont elle s'enveloj)}»e, saisit ses dragons et s'envole sur son char ailé. (Ovide.)
Cet enfant, qui s'appela Triptolèine, reçut de Cérès la mission de parcourir toute la teire, en enseignant aux hommes l'agriculture (Juand
NEPTUNE ET GERES-
il iuri\;i chez L^^nciis, loi des Scythes, ce prince fut si juvi de la découverte; qui lui fut a|>|»ortt'e, ({ue dt'sirant s'en approprier h; mérite, il résolut de tuer Ti'i[)tolènie pour j)ouvoir se l'attribuer. Mais comme il allait mettre sou dessein à exécution, il éprouva tout à coup une étrange fransiormationet se mita fuii- dans les liois. CérèsTaNait métamorphosé en lynx.
Dans les mystères d'Eleusis, Triptolème, le jeune enfant malade qui renaît à la \ie sous un baiser de la déesse, personnifiait le travail agric<de, qui triom]die de Taridifi' du sol. par le contact di>in de Cérès.
l'iu. 17'.).
(Icrès et Triptolèmo (d'après un caiiiôe antùiur).
Près de l'Odéon d'Athènes il y avait deux temples, dédiés l'un à (lérès et à sa fille, l'autre à Triptolème, ([ui avait là sa statue. (Paisanias.) L'histoire mytholojii([ue de Trij)tolème est fréquemment représentée sur les monuments antiques. On voit souvent Cérès lui remettant les l'pis, qu'il va porter aux hommes sur un char ailé ou traîné par des serpents. Ailleurs on le voit enseignant l'art de cultiver la terre, ou montrant à des cultivateurs la manière de dompter les taureaux. \jn célèbre bas-relief récemment découvert à Eleusis, représente Cérès, Proserpine et Triptolènie.
Sur lui vase de Voici, Tri[)tolème, assis sur un char aux roues duquel sont adaptées des ailes de cygne, tient dans la main gauche un sceptre et des épis, et dans la droite une patère où Cérès, debout devant lui. va v«'i'ser la libation saci'ée. Proserpine, placée deriière Triptolème, tient en main la bandelette des mystères, qu'elle va ceindre autour de sa tétc déjà couronnée de myrte (fig. 178).
Les monuments antiques représentent fré({uemment Cérès entraînani Triptolème sur son char traîné par deux serpents ailés. Ce sujet figure sur un superbe camée (fig. 179).
200 NEPTUNE ET CKKÈS.
Tri|ttoli'inc parcourut eu clTct la terre, poui- eiiseiuiiei' aii\ lioiuuies, ragricultui'C et il était liouoié |ires(|ue a légal lïunc di\iiiité.
Le retoui- de Pi'osorjiine est ligure sui- une belle peinlure clcNase. Le haut de la composition repiesente lOUnipe : Jupiter, assis et tenant un sceptre suimonté d'un aigle, tourne la tète pour voir Proserpiiu', que Mercure, jdacé devant lui vient do ramener des enfers. Proserpine porte le vêtement des jeunes mariées : derrière elle, le Printemps personnifié tient une guirlande de fleurs, pour indiquer la saison où la déesse est autorisée à revoir sa mère. Dans le plan inférieur on voit Tiiptolème sur un cliai- ailé traîné par des serpents. Il est couronné de myrte, symbole diniliation, et tient un sceptre avec un faisceau d'épis, (lérès lui présente dautres éj)is. et est suivie d'Hécate, portant le flambeau avec lequel elle a guidé la déesse à la recherche de sa fille. De I autre côté du char, la Terre personnifiée présente aux serpents attelés un |dat contenant les gâteaux de miel dont ils se nourrissent. A ses pieds pousse le narcisse, plante infernale, que la Terre a produite pour séduire Proserpine dans les champs de Nysa, où elle a été enlevée par Plu ton (lig. 180).