‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 36 sur 111 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LE SOLEIL

Le Soleil et l'île de Rhodes. — Les signes du Zodiaque. — Le char du Soleil. — Phaéthon. — Les chevaux du Soleil. — Chute de Phaéthon. — Les sœurs de Phaéthon et le roi Cvcnus.

Fig. 2i8. — Le Soleil (d"après une statue antique).

Le Soleil et l'île de Rhodes. — Héélios, le Soleil, était dans l'anti-

288 APOLLON ET DL\NE

<juit(' priinilivi', tout à fait distinct d'Apollon, avoc qui il a ét('; idenliliô plus tard. Le Soleil \oit foui et révèle ce qu'il voit : c'est lui qui dénonce à \ iilcain rinlidéliié de sa icmme, à Cérès le rapt de sa fille ; le crime d'Atrée le fait reculer d'horreur. Mais ces faits ne sauraient se rapporter à Apollon, à côté duquel on voit le Soleil formant un personnage distinct, dans un has-i'clief qui représenic Mars (>l Vénus surpris par Vulcaiii.

Une statue antique nous jnontre le Soleil sous la loime d'un jeune houinie vêtu, teiuint d'une main une boule, et de l'autre la corne d'abondance : les chevaux qui conduisent son char sont figurés en buste à coté de lui (fig. 248). Le fameux colosse de Rhodes qui, selon une tradition erronée, laissait les vaisseaux passer à pleines voiles entre ses jambes, était une image du Soleil et la môme effigie se voit dans les médailles de Rhodes. Quand, après la chute des Titans, les dieux olympiens se partagèrent le monde, le Soleil, qui n'était pas là, fut oublié : il s'en plaignit, et l'île de Rhodes sortit des mers tout exprès pour lui être consacrée. Un beau bas-relief, découvert dernièrement dans les fouilles de l'ancienne Troie, montre le Soleil avec la tète radiée, et conduisant son char : dans une peinture d'IIerculanuni on le voit causant avec un(> des Heures.

Les signes duZodiaque. — Le zo(lia([ue est l'espace du ciel que le soleil parcourt diu\int l'année et qui est divisé en douze parties, où sont douze constellations qui répondent aux signes suivants (fig. 249) : — 1 , le Bélier (avril) est accompagné de la colombe de Vénus; — 2, le Taureau (mai) a près de lui le trépied d'Apollon; — 3, les Gémeaux (juin) sont suivis de la tortue de Mercure ; — 4, le Cancer (juillet) est uni à l'aigle de Jupiter ; — ij, le Lion (août) est uni au calaihus ou panier de Cérès, entouré du serpent mystique ; — 6, la Vierge (se[)tembre) tient deux flambeaux et est accompagnée du bonnet d(î Vulcain ; — 7, la Balance (octobre), tenue par un enfant, a près d'elle la Iouag de Mars ; — 8, le Scorpion (novembre) a le chien de Diane ; — 0, 1(> Sagittaire (décembre), la lampe à tète d'àne de Vesta ; — 10, le Capricorne (janvier), le paon de Junon ; — 11, le Verseau (ièwiQY) , les dauphins de Neptune ; — 12, les Poissons (mars), le hibou ou la chouette de Minerve. Chacune des douze grandes divinités est suj)posée demeurer plus spécialcniiMil dans la constellation qui porte ses attributs.

Le char du SoleiL — La marche du Soleil sur la terre, dans la mythologie, n'est pas conforme aux j)rincipes de l'astronomie moderne.

Le Soleil (Hélios) sort du fleuve Océan à l'orient, s'élève à midi au plus haut des cieux et se rend ensuite vers l'Occident, jusqu'au point où règne une obscurité éternelle et qu'on appelle les Portes du Soleil.

LE SOLEIL

Anivc à ce point, il trouve uno ban[ii(; d'or lubiiquée par Vulcain, et pendant la nuit, il déciit un demi-cercle sur le fleuve Océan qui en-

Fig. 249. — Le Zodiaque (musée du Louvre).

lourc la terre, et se retrouve ainsi chaque matin au point d'où il était parti la veille. Comme il suit en tout temps le même chemin, le disque de la terre est toujours éclairé par un côté (celui qui regarde l'équateur), tandis que l'autre coté (celui qui regarde le pôle) ne reçoit jamais la lumière. C'est pour cela qu'une des côtes du fleuve Océan prend le nom de Côte du Jour, et une autre est appelée Côte de la Nuit.

Quand le Soleil quitte les régions de l'Orient pour venir éclairer la terre, les Heures lui ouvrent les portes du ciel et attellent à son char (œuvre de Vulcain) des chevaux ailés qui vomissent des flammes. Les Jours, les Mois, les Années, les Siècles, forment avec les Heures le cortège haltituel du Soleil, dont le [>alais est situé au\ extrémités de l'Orient. Dans son fameux tableau du |>alais Kospigliosi, dont la composition est imitée d'un bas-relief antique de la villa Borghèse, le Guide montre le Soleil escorté des Heures et des Jours qui se tiennent par la

LE SOLEIL

main pour indiquer leur enchaînement successif et précédé de l'Aurore qui sème à profusion des fleurs devant le char du dieu (fig, 250).

Le gig^anlesquc Atlas, condamné, pour s'être révolté contre Jupiter, à porter le ciel sur ses fortes épaules, marque le point de l'univers où le Jour etlalNuitse suivent alternativement sans jamais se rencontrer. La côte des Hespérides, aux confins du monde, forme son empire ; il possède de nombreux troupeaux, et habite un jardin magnifique, le jardin des Hespérides, où un feuillage étincelant d'or ombrage des pommes d'or. L'emplacement de la demeure du dieu Montagne est

Fig. 251. — Atlas Farnèse (musée de Naples).

d'ailleurs assez mal déterminé dans la Fable, et la position d'Atlas varie suivant l'endroit où on i)lace les confins du monde. Ainsi on le trouve indistinctement dans le Caucase, dans la Libye et dans la Mauritanie. Quand les progrès de la navigation eurent établi un système géographique plus sérieux, Atlas occupa la place où nous le voyons encore aujourd'hui.

L'Atlas Farnèse au musée de Naples, montre le géant portant le ciel sur ses épaules (fig. 251); il est représenté-de la même manière sur plusieurs pierres gravées.

APOLLON ET DIANE

Atlas est le père des Pléiades, constellations (|ui apparaissent dans le signe du Taureau. Elles sont au nombre de sept, mais il y en a une, Mérope, qui n'aime pas à se montrer, parce qu'elle est honteuse d'être Aue par les hommes. Elle seule en effet n'a eu pour époux qu'un simple mortel, tandis que ses sœurs sont unies à des Dieux. Les Pléiades ont inspiré à Flaxman une de ses plus gracieuses compositions (fig. 252).

Fif

Les Pléiades (d'après Flaxman).

La chute de Phaéthon. — Le Soleil avait un fils appelé le Bril lant (Phaéthon), et ce jeune homme tirait de sa naissance une vanité extrême. Dans un différend qu'il eut un jour avec un fils de Jupiter, Epaphus, celui-ci osa élever des doutes sur sa divine origine. Phaéthon tout en larmes alla trouver son père, et le supplia de lui donner des marques assurées qui pussent prouver à l'univers de qui il descendait. Le Soleil, attendri par le chagrin de son fils, jura par le Styx de lui accorder ce qu'il demanderait, et Phaéthon aussitôt le pria de lui donner la conduite de son char, pour éclairer le monde pendant un jour. Le Soleil, qui ne pouvait mentir à son serment, fit à son fils les remontrances les plus sages, pour lui montrer le danger. qu'il y avait à laisser conduire ses chevaux fougueux par des mains inexpérimentées. Mais il avait juré parle Stvx, et l'obstinaliOTi de Phaéthon l'obligea de tenir son serment. Il fallut bien se résigner: dès qu'on vit les étoiles disparaître et le croissant de la lune s'effacer, le Soleil commanda aux Heures d'atteler ses chevaux, et Phaéthon, charmé de prendre en main les rênes et de se montrer ainsi à tout l'univers, sauta sur le char de son })ère.

LE SOLEIL

Les quatre chevaux du Soleil, Pyroïs, E]oûs, /Ethon et Phlégon, remplissent Tair de hennissements et de flammes, et frappent du pied la barrière du monde, dont les Heures ouvrent la porte. Cependant ils sentent bientôt que le char qu'ils traînent n"a pas son conducteur habituel, et, quittant la route qu'il les obligeait de suivre, ils s'égarent avec une effrayante rapidité dans des chemins inconnus. Phaéthon inquiet commence à pâlir; mais quand il aperçut le signe du Scorpion, qui semblait le menacer avec sa queue recourbée et pointue,* la frayeur qu'il ressentit lui fît lâcher les rênes. Les chevaux, les sentant flotter sur leur dos et se voyant sans conducteur, s'emportent épouvantés à leur tour, et tantôt s'élèvent jusqu'aux étoiles du firmament, tantôt descen-

Fig. 253. — Chute de Phaéthon (d'après une pierro gfavce, musée de Florence).

dent jusque vers la terre -qu'ils rasent de trop près. Déjà l'herbe se dessèche, les arbres sont brûlés, la terre devient aride, des villes sont consumées, les forêts et les montagnes sont en feu, des contrées entières sont arides pour jamais, des mers se dessèchent, et d'immenses déserts de sable les remplacent. C'est depuis ce jour ([ne les habitants de l'Afrique ont eu la peau roussie, et la teinte qu'elle prit alors n'a pu se modifier depuis. Le Nil, épouvanté, se relire aux extrémités du monde, et cache sa source, qui depuis ce temps n'a pu être découverte. Les

294 APOLLON ET DIANE

nymphes voient leurs sources taries, les fleuves ne peuvent plus rouler leurs eaux. Neptune en courroux veut trois l'ois sortir de la mer ses bras nerveux ; et trois fois, la chaleur Toblige à chercher un refuge dans ses profondeurs. (Ovide.)

Jupiter, voyant que l'embrasement du monde allait être universel, veut faire tomber ses pluies sur la terre, mais il ne trouve plus ni nuages ni vapeurs. Il prend alors sa foudre et foudroie Phaéton, qui tombe de son char(fig. 253). Le malheureux Soleil, accablé de la douleur que lui cause la mort de son fils, se refusait à éclairer la terre, à qui l'embrasement seul servit de lumière pendant quelque temps, et il ne reprit ses fonctions que sur un ordre absolu de Jupiter.

Les sœurs de Phaéthon. — Les sœurs de Phaéthon conçurent un tel chagrin de la mort de leur frère que pendant quatre mois elles ne

Fig. 254. — Phaétuse (d'après une statue de Théodon, musée du Louvre).

purent quitter son tombeau. Comme elles ne cessaient de pleurer en ce lieu, elles sentirent bientôt que leurs pieds prenaient racine et que leur corps se couvrait d'écorce. Les larmes qui coulaient de ces nouveaux ar-

29G APOLLON ET DIANE

bres s'ondiircirent au soleil ci devinront autant de grains d'aïubre. L'Eridan les reçut et c'est là qu'on allait les prendre pour faire les bijoux dont se paraient les dames romaines. (Ovide.)

On voit sur quel([ues monuments les Iléliades, sœurs de PliacMbon, ^qui pleurent la mort de leur frèr(> et commencent à être métamorphosées en peupliers. Rubens a fait sur la chute de Phaéthon un tableau (jui se trouve à Vienne dans la galerie Lichtenstein. Dans sa décoration de riiôtel Lambert, Lesueur avait peint IMiaéthon qui demande à conduire le char du Soleil. Enfin une jolie statue de Théodon, au musée du • Louvre, nous montre Phaéthuse, l'une des sœurs de Phaétlum, au moment de sa métamorphose (fig. 254).

Le roi Cycnus. — Le roi Cycnus, qui était un ami de Phaéthon, fut témoin de ces prodiges. 11 fut même tellement frappé de la catastrophe arrivée au fils du Soleil que, par haine du feu, il était toujours plongé dans l'eau froide. Comme il ne quittait pas l'eau, son corps finit par changer: ses cheveux devinrent des plumes blanclies, son col s'allongea démesurément, ses doigts se réunirent par une membrane rougeâtre, un bec lui tint lieu de bouche et de grandes ailes poussèrent de chaque côté de son corps : les dieux l'avaient métamorphosé en cygne.

L'antiquité nous a laissé quelques monuments de cette fable. Quelquefois on voit Phaéthon étendu pendant que le char encore entier est au milieu des airs, ou bien le char brisé ne montre qu'une roue et les chevaux épouvantés fuient en désordre. Dans d'autres, le malheureux conducteur est encore sur son char, mais le mouvement des chevaux qui se cabrent peut faire prévoir sa chute. Un bas-relief de la villa Borghèse représente en plusieurs scènes l'histoire de Phaéton (fig. 236). Dans un coin, sur un lieu élevé, nous voyons Hélios, le Soleil, portant la couronne radiée et tenant en main un flambeau et une corne d'abondance. Son jeune fils, placé devant lui, lui demande la permission fatale et aux deux coins du monument on voit les deux vents opposés, qui soufflent en sens inverse. Les chevaux s'emportent, entraînant le char disloqué : deux seulement sont encore attelés, et sont un peu maintenus par Castor et Pollux, les deux cavaliers divins, reconnaissables à leur bonnet conique. Dans la partie inférieure on voit dans le coin à droite, la Terre à demi couchée et près d'elle les génies des trois saisons : en face est la Mer tenant une rame, et à qui un génie présente un coquillage. Entre elles, Jupiter et Junon représentent les divinités de l'air. Puis le fleuve Elridan,le dos tourné à la mer, reçoit Phaéthon dans sa chute. Cycnus pleure la mort de son ami et amène le cygne dont il va prendre la forme; il est suivi de son fils et des trois sœurs de Phaéthon, qui vont être changées en peupliers.

LE SOLEIL. 297

(( L'ambre, si vous en croyez la Fable, dit Lucien, provient des larmes versées par les peupliers de TElridan, qui sont les sœurs de Phaéthon, changées en arbres, à force de pleurer le malheureux jeune homme, et distillant des pleurs qui forment l'ambre. Convaincu de la réalité de ce récit des poètes, j'espérais que, si un jour je me trouvais près de rÉridan, j'irais tendre le pan de ma robe sous l'un de ces peupliers et que je recueillerais quelques-unes de ces larmes ambrées. Il n'y a donc pas longtemps, qu'obligé d'aller dans ce pays pour un tout autre objet, je me mis à remonter rF]ridan; mais je n'aperçus ni peupliers ni ambre, quoique attentif à bien regarder autour de moi. Les habitants du pays ne connaissent pas même le nom de Phaéthon. Je m'informe, je demande quand est-ce que nous allons arriver aux peupliers qui distillent de Fambre. Les bateliers se mettent à rire et me prient de leur expliquer nettement ce que je veux dire. Je leur raconte alors l'histoire de Phaéthon. « Quel est donc le menteur, me disent-ils, quel est l'imposteur <( qui vous a raconté cela? Nous n'avons jamais vu de cocher tomber ici « de son siège, et nous n'avons pas les peupliers que vous dites. Croyez- « vous, si cela était, que nous nous fatiguerions à ramer pour deux « oboles et à remonter les bateaux contre le courant du fleuve, tandis « qu'il ne tiendrait qu'à nous de nous enrichir en recueillant les larmes <( de ces peupliers? » (Lucien.)

Page 1