CHAPITRE XII
Type et attributs de Diane. — Diane chasseresse. — Le châtiment d'Acléon. — Le? nymphes de Diane. — Diane et Calisto.
Type et attributs de Diane. — La sœur d'Apollon, Diane (Artémis), répond à la lune, comme Apollon an soleil. La ressemblance du croissant de la lune avec un arc d'or lui a fait donner les attributs d'une chasseresse. L'arc et le flambeau la caractérisent. La coiffure habituelle de Diane est une chevelure nouée en une seule touffe der-
Fig. 256. — Diane (d'après une statue antique du musée de Naples).
rière la tète ou sur le front, selon la mode dorienne. Originairement, elle est enveloppée dans de longs vêtements, et c'est ainsi qu'elle est figurée dans les représentations archaïques (fig. 256). Plus tard, son vêtement se modifie : dans la grande époque de l'art elle est vêtue de la courte chemise dorienne. Les bras et les jambes nus, elle court dans les bois en compagnie de ses nymphes. Elle est souvent sur son char
traîné par des biches ou des cerfs, ou bien debout et marchant rapidement suivie de son animal favori. Plusieurs monnaies représentent la déesse ou ses attributs.
Fig. 257. — Diane (d'après une monnaie antique) .
Fig. 258. — Le cerf, attribut de Diane (sur une monnaie antique).
L'hymne antique de Callimaque décrit exactement les désirs et les attributions delà déesse : « Chantons Diane... (malheur aux poètes qui Toublient!) Chantons la déesse qui se plaît à lancer des traits, à poursuivre les daims, à former des danses et des jeux sur la cime des montagnes. Rappelons ce jour où Diane, encore enfant, était assise sur les genoux de Jupiter, et lui adressait sa prière. « Accorde, ô mon père ! accorde l'i ta fille de rester toujours vierge et de porter assez de noms divers pour que Phébus ne puisse le lui disputer. Donne-moi, comme à Phébus,
un arc et des flèches Non, mon père, ce n'est point à toi d'armer ta
fille ; les Cyclopes s'empresseront bientôt de me fabriquer des traits, de me forger un carquois. Mais donne-moi l'attribut distinctif de porter des flambeaux et de revêtir une tunique à franges qui ne me descendra que jusqu'aux genoux pour ne me point embarrasser à la chasse. Attache à ma suite soixante filles de l'Océan qui soient toutes à l'âge où on ne porte point encore de ceinture '. Que vingt autres nymphes destinées à me servir aux heures où je cesserai de percer les lynx et les cerfs, prennent soin de mes brodequins et de mes chiens fidèles. Cède-moi les montagnes. Je ne demande qu'une ville à ton choix ; Diane descendra rarement dans les villes. J'habiterai les monts, et n'approcherai des cités qu'au moment où les femmes, travaillées des douleurs aiguës de l'enfantement, m'appelleront à leur aide. Tu sais qu'au jour de ma naissance, les Parques m'ont imposé la loi de les secourir, parce que le sein qui m'a porté n'a point connu la douleur et sans travail a déposé son fardeau. » (Callimaque.)
Cet hymne nous donne l'explication des principaux aspects sous lesquels Diane est représentée dans l'art. On lui donne l'épithète de chasseresse, quand elle poursuit le gibier; elle est appelée Diane YAfca-
1. I.es jeunes filles ne commenraient à porter des ceintures qu'après avoir atteint l'àare nubile.
APOLLON ET DIANE
dirn)if\ lorsqu'elle se liaigne rnee ses ii\Mi]>lies dans les (Vais riiisseanx de l'Arcadie, Diane Lucifer, lorsqn'elle porte des llanibeaux (fig. 259), Diane Ilithyie, lorsqu'elle préside à la naissance des petits enfants.
Fis. 339. — Diane Lucifer,
Diane chasseresse. — Considérée comme déesse de la chasse, Diane est toujours armée de ses flèches et de son carquois. Catulle la présente comme la souveraine des montagnes, des bois et des fleuves; c'est tou-
Fig. 2G0. — Diane (d'après un buste antique^.
jours dans les vallées profondes, sous l'ombrage des forets ou sur le bord des ruisseaux que nous la voyons apparaître dans Virgile, dans Horace et en général dans tous les poètes. Sur les bas-reliefs, les mon-
Fig. 201. — piaiu; il lu biclu' ^d'après uiil- statue aiitiiiur, musée du Louvre).
naies et les pierres gravées, Diane est presque toujours représentée en habits de chasse. Habituellement elle a Tattitude d'une personne qui court, tenant de la main gauche un arc et portant la droite au carquois quelle a sur l'épaule, comme pour en tirer une flèche. Ses cheveux sont relevés et noués sur le front, ou bien forment une seule touffe placée derrière la tè(e ou sur le sommet (fig. 200). Sa robe ne descend pas tout à fait jusqu'aux genoux et laisse une partie de la cuisse à découvert. On voit que c'est un costume fait pour ne gêner en rien la rapidité de la course. Souvent la déesse est accompagnée d'un chien ou d'un cerf, mais alors le cerf, aussi bien que le chien, semble lui-même poursuivre d'autres animaux : il figure là comme compagnon de Diane, dont il symbolise l'agilité.
Parmi les nombreuses représentations que l'art antique nous en a laissées, la plus célèbre est la Diane à la biche d.u Louvre (fig. 261). Elle est
^ Fig. 2G2. — Diane (statue en b"o;izj dj lieu loiu statue du Louvre).
coiffée d un diadème et ses cheveux sont noués sur l'occiput. La déesse, qui est représentée au moment d'une course rapide, est vêtue d'un chiton court finement plissé qui laisse à nu les bras et les jambes. Son manteau, placé en écharpe sur l'épaule, vient se nouer en manière de ceinture autour de sa taille. Sa main droite tire une flèche de son carquois, tandis que la gauche tenait probablement un arc. La biche Cérinée,
APOLLON ET DIANE
dont le. cornes étaient .lor, accompagne la déesse, dont elle etai atimal favon. 11 existe plusieurs répétitions de ce type, rna.s la statue du Louvre est de beaucoup la plus belle.
Les slatuai.es modernes ont fréquemment représente ^^^"^ ^^^^ resse, et ils ont eu quelquefois le tort de la montrer entièrement nue. La
ToruooononoanaL
Fis;. 5G3.
Diane (daprès un groupe de Jean Goujon, musée du Louvre).
nu moi
dite d'une femme «lui court i.rète difficilement à la plastique : néanns lloudon a fait une gracieuse figure avec sa Diane chasseresse,
qui ua d-autres vêtements que son arc et sa ûèche (fig. 2Cr2). Dans son chef-d'œuvre du Louvre (fig. 2G3), Jean Goujon s'éloigne moins de la
Fig. 264. — Diane de Gabies (statue antique, musée du Louvre).
tradition mythologique, puisque la déesse est représentée dans l'attitude du repos et caressant son cerf au sortir du bain. Les tresses ornées de bijoux, que l'artiste amis dans ses cheveux, sont unecoiffnro du seizième siècle, mais rien ne prouve que le visage soit, comme on Ta dit, un portrait de Diane de Poitiers.
Le châtiment d'Actéon. — Dans l'art antique, Diane ne paraît jamais nue, par la raison que, quand elle se baigne, aucun œil humain ne peut la regarder impunément : l'histoire d'Actéon en est la
Fig. 2C5. — Actéon dévoré par ses chiens (d'après une statue antique du musée Britannique, à Londres).
preuve. « Dans un vallon consacré à Diane et ombragé de pins et de cyprès était un antre sombre et obscur ; quoiqu'il eût été formé par la seule nature, on l'aurait pris aisément pour un ouvrage de l'art. L'on y voyait une voûte de rocailles et de pierres ponces; à la droite de cette arcade coulait avec un doux murmure une fontaine d'eau claire, entre deux rives couvertes d'herbe et de gazon. La déesse des forets, quand elle était fatiguée de la chasse, venait ordinairement se baigner dans ce charmant ruisseau. Lorsqu'elle arrivait, elle donnait à ses compagnes son arc. ses flèches et son carquois, tandis que d'autres nymphes lui défaisaient sa chaussure et lui atta-
APOLLON ET DL\NE
cliaient SOS longs cheveux. Un joui- le chasseur Actéon, se promenant dans h> hois, fut conduit par son mauvais destin dans le lieu où la déesse se haiiiiiait ; il ne fut pas jdutO)! arrivé près de la fontaine (jue les nymj)iies,se voyant exposées nues aux regards d'un homme, remplissent la
Fig. 2GG. — Actéon (d'après un bas-relief antique).
forêt de leurs cris et se rangent autour de Diane pour la cacher ; mais la déesse, plus grande que ses nymphes, les dépassait de toute la tète. Une rougeur subite couvrit son visage qu'elle cacha aussitôt, et, n'ayant pas ses flèches, déposées sous un buisson, elle lança quelques gouttes d'eau
Fig. 267. — Diane surprise par Actéon (d'après un tableau de Lesueur).
sur la tète d'Actéon, en disant : « Va maintenant, si tu le peux, te vanter d'avoir vu Diane au bain. » Au même moment la tête du malheureux chasseur se couvre d'un bois de cerf, son cou et ses oreilles s'allongent, ses bras deviennent des jambes longues et menues et tout son corps se
couvre d'un poil tachcl(^^u même temps son cœur est saisi d'une timidité inconnue, et preucfnt la fuite, il s'étonne de la rapidité de sa course. I^tant arrivé au bord d'une rivière, il aperçoit sa tète dans le cristal de l'eau et voit qu'il est métamorphosé en cerf. Il veut crier et ne trouve pas de paroles humaines pour s'exprimer. Pendant qu'il gémissait ainsi, ses propres chiens l'aperçoivent et toute la meute fond sur lui. 11 veut s'enfuir, mais il est atteint et déchiré dans les lieux mêmes où tant de fois il avait chassé. » (Ovide.)
L'art ne représente jamais Actéon sous la forme d'un cerf, mais seulement avec des rudiments de cornes qui commencent à pousser. C'est ainsi qu'il apparaît dans une statue antique du British Muséum
Fig. 268. — Diane et Actéon (d'après un tableau de l'Albane).
(fig. 26o) et dans plusieurs bas-reliefs, notamment dans une métope de Sélinonte.
La même scène se trouve représentée sur plusieurs tableaux fameux. Le Titien avait quatre-vingts ans lorsqu'il peignit pour Philippe II son célèbre tableau de Diane et Actéon. Selon une habitude fréquente dans l'école vénitienne, il a enrichi sa composition d'architectures et la scène se passe dans une fontaine circulaire, sous un portique voûté qu'ombragent de grands arbres. Philippe Lauri , Poelenburg, l'Albane, se sont plu également à reproduire ce sujet qui convenait ta la nature de leur talent : le musée du Louvre possède trois toiles de l'Albane, sur la métamorphose d' Actéon (fig. 268). Dans le tableau que Lesueur avait peint en camaïeu pour la décoration de l'hôtel Lambert, la mé-
tainori>hose d'Actcoii n'est pas encore accomplie, et le jenne chassenr s'arrête en apercevant les baigneuses (fig.267). L'artiste a préféré choisir le moment où la pudeur de Diane est offensée, plutôt que celui où sa vengeance s'accomplit. Cette décoration ornait la salle des bains de rhôtel, et le sujet était parfaitement approprié à cette destination. Mais depuis, la salle est devenue la chambre de Voltaire, et c'est sous ce nom qu'elle est généralement connue.
Les nymphes de Diane. — Diane est souvent accompagnée par des nymphes : elle préside à leurs jeu\ et folâtre avec ses compagnes le long des ruisseaux qui rafraîchissent les vallons de l'Arcadie.
Le bain de Diane et de ses nymphes forme le sujet d'une multitude de tableaux modernes. Poelenlnu'g en a presque fait une sjtécialité ; Rubens l'a aussi représenté plusieurs fois. Dans un célèbre tableau de la galerie Borghèse, à Rome, le Dominiquin a réuni les nymphes de Diane, s'exerçant à tirer de Tare. Un mât est dressé dans la campagne pour servir de but, et la déesse, tenant son arc, encourage ses compagnes dans leurs exercices. Au premier plan, des nymphes se baignent ou défont leur chaussure pour se plonger dans l'eau (fig. 269).
La diane de Gabies, une des perles du musée des Antiques, au Louvre, montre la déesse occupée à sa toilette, sans doute après le bain. Elle attache les deux bouts de son manteau avec une fibule sur l'épaule droite ; sa chevelure est frisée et entourée d'une bandelette. Quelq ues archéologues ont vu dans cette belle statue, non pas la déesse ellemême, mais seulement une des nymphes de sa suite, et en effet, elle ne porte pas les attributs ordinaires de Diane, mais elle se rattache évidemment à sa suite par son costume et sa tournure (fig. 264).
Diane et Gallisto. — Les nymphes de Diane sont toujours chastes, et la déesse est implacable à cet égard. La nymphe Callisto, qui faisait partie de son cortège, éprouva un jour les effets de sa sévérité. Un jour que Diane se haignait, elle s'aper^^-ut que Callisto n'était plus digne de la servir, et la chassa ignominieusement de sa présence.
Les rigueurs de Diane envers la pauvre Callisto ont suggéré mille idées gracieuses aux artistes, et peu de sujets ont été traités plus fréquemment par les peintres depuis la Renaissance. Le Titien a fait un superbe tableau représentant Diane chassant Callisto dont elle a reconnu la faute (fig. 270) : Rubens a traité aussi plusieurs fois ce sujet. L'Albane l'a conçu d'inie façon qui lui est particulière. Il nous montre une troupe d'amours endormis sur des coussins au milieu d'une forêt. Mais les nymphes de Diane les ont aperçus et viennent les désarmer pendant leur sommeil. L'une d'elles est occupée à couper les ailes d'un pauvre petit amour, une autre brise son arc, une troisième se sauve en emportant le carquois. Diane préside à ce pillage du haut du ciel, où elle
repose sur des nuages, tandis que la triste Callisto, que ses compagnes ont repoussée, disparaît solitaire dans le fond du tableau. Losucur a l'ait aussi une très-gracieuse composition sur Diane et Callisto.
La vindicative Jnnon, qui ne pouvait pardonner à Callisto d'avoir pin a Jupiter, la métamorphosa en ourse. Callisto avait eu de Jupiter un (ils nommé Arcas, qni était devenu un très-habile chasseur : un jour il s'élança à la poursuite d'une ourse, qui était précisément sa mère. Celleci, se voyant poursuivie par son fils, se réfugia auprès d'un temple de Jupiter ; mais avant qu'elle fût arrivée dans l'asile sacré, le jeune chasseur se trouva à portée de décocher son trait : le père des Dieux: et des hommes, ne pouvant supporter une action pareille dans le voisinage de son temple, changea Callisto en constellation, et c'est là l'origine de la (t ronde Ourse.
Junon fut outrée de voir cet honneur rendu à une femme qu'elle haïssait, mais, comme un Dieu ne peut jamais défaire ce qu'un autre Dieu a fait, elle alla rendre visite à Téthys , qui est une personnification de la mer, et la pria de ne point recevoir Callisto, comme elle a l'habitude de faire pour d'autres étoiles : c'est pour cela que la Grande Ourse reste toujours visible et ne se couche jamais sous l'horizon.