CHAPITRE XVl
LES CRÉPUSCULES
Le cygne de Léda. — Castor et Pollu\. — Hilaire et Phœljô. partagée. — L"étoile du soir et celle du malin.
Liminortalili'
Le cygne de Léda. — Los crépuscules personnifiés, Castor et Pollu\, sont venus au monde dans un œuf. Une peinture d'Herculanum représente leur mère Léda, qui montre l'œuf contenant les petits enfants, à son époux Tyndare, roi de Sparte.
Fig. 283. — Castor et PoUux (pierre gravée;
Léda avait plu à Jupiter : le roi des Dieux, désirant s'approcher d'elle, se métamorphosa en cytrne et pria Vénus de se changer en aigle et de faire mine de le poursuivre à outrance. Le cygne ainsi poursuivi s'approcha des hords de l'Eu rotas, et au moment où l'aigle allait latttMndre, il se réfugia auprès de Léda, comme |)0ur lui demander protection. Léda ayant effarouché l'aigle avec sa main, le cygne commença à battre des ailes et resta près de sa protectrice, pour lui prouver sa joie et sa reconnaissance. Un grand nombre de monuments antiques, et surtout de pierres gravées, représentent Léda à côté du cygne. Les peintres modernes ont vu dans ce sujet un prétexte pour opposer les carnations blanches dune femme au plumage encore plus blanc du cygne. Corrége a montré Léda entourée de ses compagnes et jouant avec son cygne. Paul Véronèse et le Tintoret ont également représenté cette scène ; mais les Vénitiens ne se pi([uaient jtas d'une bien grande exactitude dans leurs rejirésentations mythologiques. Au lieu de faire passer l'aventure au bord de l'Eurotas, le Tintoret la place
APOLLON ET DIANE
dans une (.hanibri?, et Léda, trouvant sans doute ([u'un aussi grand oiseau doit être ineoniniode dans un appartement, semble ordonner à sa servante de le loger dans une eagc; à poulets où sont déjà dautres volailles : son petit eliien ja|>pe après le eygiie importun.
Castor et Pollux. — Castor et Pollux étaient jumeaux ; mais Castor, tils de Tyndare et de Léda, était mortel, tandis que Pollux, fils de .lupiter, avait le privilège de l'immortalité divine. Au reste, on les appelle indistinetementDioscures, c'est-à-dire fils de Jupiter, ou bien TyndaridcjB, c'est-à-dire fils de Tyndare. Les deux héros se distinguèrent dans la grande expédition des Argonautes. Pollux tua le terrible Amycus, fils de Neptune et roi des Bébryciens, qui était d'une force extraordinaire et obligeait les étrangers àj soutenir contre lui un combat au ceste : iiles tuait après les avoir vaincus. Cette lutte fameuse, et plusieurs victoires qu'il avait remportées aux jeux qu'Hercule fit célébrer en Elide,
Fig. 284. — Castor et Pollux.
tirent regarder Pollux comme le patron des athlètes et du pugilat. Une très-belle statue du Louvre leprésente Pollux se préparant à la lutte.
Castor se distingua à la course et dans l'art de dompter les chevaux. Deux groupes antiques très-célèbres à Rome, représentant les Dioscures, passaient autrefois pour cire l'un de Phidias, l'autre de Praxitèle ; mais ces attributions paraissent aujourd'hui arbitraires. Chacun des deux héros est à coté de son cheval.
L'équitation et la navigation ont toujours été associées dans la mythologie, et le cheval était consacré à Neptune. Nous retrouvons de même les Dioscures, connus comme excellents cavaliers, exerçant leur pouvoir sur la mer. Peut-être aussi cela tient-il à leur rôle dans l'expédition des Argonautes et à la destruction des pirates que leur attribuait la tradition. Pendant la tempête qui assailUt les Argonautes, on vit deux feux voltiger autour de la tête de Castor et Pollux, et un moment après l'orage cessa. Les feux de Castor et Pollux ont paru depuis bien souvent sur la mer dans les temps d'orage.
Hilaire et Phœbé. — Idas et Lyncée, héros messéniens, étaient
APOLLON Eï DIANE.
(iaiicôs a Ililairc et Plia'bé, filles de Leucipije. Mais les deux héros s[>artiates, Castor et PoUiix, devinrent épris des deux jeunes filles et tentèrent de les enlever. 11 s'ciisuiNit un combat terrible, car les héros niesséniens n'étaient |ias (rbuineur à se laisser ravir leurs fiancées. Il
Fig. 280. — Enlèvement do Hilaire et Phœbé par Castor et Pollux (tableau de Rubens,
musée de Municlij.
est aisé de voir dans cette tradition un souvenir des antiques rivalités de Sparte et de Messène.
L'enlèvement de llilaire et Phœbé est figuré sur un vase peint (fig. 285). L'une d'elles était prêtresse de Diane, l'autre de Minerve. Une idole hiératique de Diane figure en haut et au centre de la composition. D'un côté de la déesse on voit un char lancé au galop, dans lequel Pollux emmène llilaire qu'il vient d'enlever. De l'autre côté, Chrysippe, l'aurige de Castor, monté sur un char arrêté, attend Castor qui porte dans ses bras une jeune fille. Castor est placé au bas de la composition à côté d'un autel près duquel est assise Vénus. Jupiter et trois autres déesses assistent à la scène.
L'enlèvement des filles de Leucippe par les frères d'Hélène a fourni à Rubens le sujet d'un admirable tableau, qui est à Munich. Les deux jeunes filles font aux deux jumeaux une vigoureuse résistance, et leurs vêtements étant tombés dans la lutte, on voit le frémissement de leurs
LES CREPUSCULES
beaux corps, que les héros enlèvent d'un bras vigoureux, pour h's placer sur leurs chevaux, près desquels T Amour voltige (tig. 280).
L'immortalité partagée. — Dans le combat qui se livra entre Idas et Lyncée d'une part et les Dioscures de l'autre, au sujet des filles de Leucippe, Castor, frappé d'un coup mortel, succomba le premier.
Flg. 287. — Castor et Pollux (d'après un groupe antique, à Madrid).
« Mais Pollux, dit Pindare, accourt aussitôt et met en fuite les héros messéniens qui s'arrêtent cependant près du tombeau de leur père. Là, prenant une statue de Pluton, faite de marbre poli, ils la lancent contre la poitrine de Pollux. Loin de reculer le héros n'est même pas ébranlé d'un tel choc; alors, saisissant promptement un javelot, il fond sur Lyncée, et le lui enfonce dans le flanc. Au même instant Jupiter lance sur Idas sa foudre vengeresse, et dans un tourbillon de flamme et de fumée, consume les restes mortels des deux frères : tant il est téméraire de mesurer ses forces avec un plus puissant que soi ! Cependant legénéreux Pollux accourt auprès de Castor; il le trouve respirant à peine et près d'exhaler le dernier souffle de sa poitrine glacée. Il l'arrose de ses larmes, et dans l'excès de sa douleur, il s'écrie : « Fils de Saturne,
^«^ APOLLON ET DLANE.
ô mon pèi'c ! Quel sera le terme de mou malheur? Fais-moi mourir avec mon li'ère ; quel charme jteut avoir la vie pour celui qui a perdu ce qu'il a de plus cher ? »
'(Ainsi Pollux exhalait ses reprets amers. Soudain Jupiter se |)résente à lui : <( Tu es mon lils, lui dit-il, mais ton frère est né d'un mortel. Je laisse deux partis à ton choix : consens ou à partager la demeure des dieux avec Minerve et Mars, exempt de la mort ou des ennuis de la vieillesse, ou, paramour pour ton frère, à t'associera samortelle destinée, passant tour à tour, comme lui, la moitié de ta Aie dans la nuit du tombeau et l'autre moitié dans le palais resplendissant de l'Olympe. » Ainsi j)arle Jupiter, et Pollux ne balance })oint. Aussitôt Castor au cas- (jue d'airain ouvre de nouveau les yeux à la lumière, et sa voix commence à se faire entendre. » (Plxdare.) Castor et Pollux, qui vivent et meurent alternativement, forment dans le ciel la constellation des Gémeaux.
On les regarde aussi comme la personnification de l'étoile du soir et de celle du matin. Les Dioscures avaient des temples dans plusieurs villes. Polygnote avait représeuté leur mariage avec les filles de Leucippe ; Mycon, leur embarquement pour l'expédition des Argonautes. Pline vante le tableau d'Apelles qui les représentait et qu'on voyait à Rome de son temps. Sur plusieurs médailles ils sont figurés comme
Fig. 288. — Castor et Pollux.
deux jeunes hommes coiffés d'un bonnet conique sur lequel brille une étoile (fig. 288). Quand ils apparaissent aux hommes,* c'est presque toujours à cheval, et c'est pour cette raison que le cheval leur est souvent donné ])Our attribut. Un groupe antique très-célèbre représente Castor (;t Pollux debout; l'un des deux frères tient deux flambeaux, dont un est renversé (fig. 287). C'est un superbe morceau de sculpture, mais dont la signification symbolique est assez obscure.