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CHAPITRE PREMIER

VULCAIN

Naissance de Vulcaiii. — Il est précipité du ciel. — Type et attributs de Vulcaiu. — Vengeance de Vulcain. — Vulcain ramené par Bacchus dans lOlympe. — Les filets de Vulcain. — Les forges de Vulcain. — Les Cyclopes.

Naissance de Vulcain. — Vulcain (Iléphaistos), fils de Jupiter et de Junou, naquit iaible et boiteux. Junon, honteuse d'avoir mis au

Fig. 289. — ïliétis et Eurynoinc n'cufilli'iit \ ulcaiii (|iu' sa mère avait précipité du haut ilf

l'Olympe (d'après Flaxuian).

monde un enfant si chétif, le jeta dans la mer, où il fut recueilli par Thétis et Eurynome {fi<^. 289). Il passa neuf ans à falnicpier des bijouv

VULCAIN ET MINERVE

pour les Néréidos. Il remonta poiirlaiit dans l'Olympe, mais ayant assisté à une querelle; entr(> Jujtiter et Junon, il voulut prendre parti pour sa mère. Le roi des Dieux le saisit par un pied et le précipita de l'Olynipc. Il roula pendant tout le jour dans le vide et tomba le soir dans Tîle de Lemnos, n'ayant i)lus qu'un souille de vie.

Vuleain est le Feu ])ersonnirié : s'il est petit et chétil" à sa naissance, c'est que le feu commence par une étincelle. S'il est précipité du ciel sur la tern», c'est par allusion au tonnerre. Enfin il est boiteux et il a

Fig-. 290. — Vuleain (d'après une statue anti(|ue).

les jambes tortueuses, |»arce que la flamme ne présente jamais de lignes droites. Comme l'industrie est née de la découverte du feu, Vuleain est le dieu de l'industrie, et présente sous ce rapport de grandes affinités avecProméthée. On a conservé dans V Anthologie une épigramme votive d'un forgeron à Vuleain :

« Retirez de la fournaise ce marteau, ces cisailles , cette pince , offrande que Polycrate dédie à Vuleain. C'est en frappant à coups redoublés avec son marteau sur l'enclume, qu'il a trouvé pour ses enfants une fortune qui chassera loin d'eux la trisie misère, n

Type et attributs de Vuleain. — Les poètes représentent Vuleain sous les traits d'un forgeron habile, mais en même temps burlesque de sa personne, assez ridicule aux yeux des Olympiens, boiteux et d'une conformation vicieuse. Dans les temps primitifs on le représentait sous la forme d'un nain, mais dans les beaux t(Mn|>s de l'art il devint un

VULCAIN

homme vig-oiireux et barbu, coiffé d'un bonnet conique et jmitant pour attributs \cs outils du forgeron.

« Ceux quivont à Athènes, dit Valère-Maxime, y admirent hi statue de Wdcain de la main d'Alcamène. Entre les autres perfections qui préviennent d'abord en faveur de l'artiste, on remarque avant tout l'art avec lequel il laisse entrevoir la démarche boiteuse du dieu sous la draperie même qui sert à cacher cette imperfection ; ce n'est plus un défaut qu'il ait voulu comme reprocher à Yulcain, mais seulement une marque distinctive, propre à le faire reconnaître pour le dieu du feu. »

Vulcain avait fabriqué la première femme, Pandore, comme Prométhée avait fait le premier homme. Il est le divin ouvrier de l'Olympe^ et

Fig. 2U1. — Trte de Vulcain t'ragiiieiit antique'

les Dieux lui devaient presque tout ce qui était à leur usage. L'égide ci le sceptre de Jupiter, le trône du Sommeil, la couronne d'Ariane, le collier d'Harmonie, les taureaux d'airain qui gardaient la toison d'or, les armes d'Achille, étaient des ouvrages de Vulcain. Il était aussi l'auteur du char du Soleil, et il avait fait pour Apollon une flèche admirable qui. après avoir touché le but, revenait d'elle-même à la main qui l'avait lancée.

Vengeance de Vulcain. — Pour se venger de ses parents(| ni ravaienl fort durement traité , Vulcain imagina de fabriquer une chaise d'or, d'où celui qui s'y asseyait ne pouvait plus se relever sans sa jtermission. Junon, qui ne connaissait pas le secret, vint s'y asseoir et Vulcain ne voulut plus la laisser partir. Une curieuse peinture de vase (fig. 292) nous montre Junon assise et Mars altaquant Vulcain pour délivrer sa mère ([ui était prise connne dans un trébuchel. Vulcain n'était pas de force à lutter contre le dieu de la giu'rre, et fut ol)ligé de céder, mais son irrita lion fut Icllc (|iril ne xonlail phis l'cti^iinicr (lan>^ r(H\nipe. Les dieux

VULCAIN ET MINERVE

fuivnt Tort aflligôs de cotle irsolulion (jni les privait de tous les beaux ouvrages que leur faisait Vulcaiii. Haeelius résolut de le rauiener dans le

Fig. 292. — Combat de Vulcaiu et Mars (peinture de vase : .

ciel et l'enivra. Les peintures de vase nous montrent Vulcain tenant son marteau et monté sur un àne. Bacehus, dans son costume oriental.

Fig. 203. — Vulcain et Baccluis ('peinture de vase}

précède l'âne et semble conduire le dieu forgeron, (|u'il est parvenu en effet à réconcilier avec les autres immortels (tig. 293).

VULGAIN.

Les filets de Vulcain. — Dans VOdi/ssér, Vulcain est lo mari de Vénus. D'autres traditions font au contraire de Vénus la femme de Mars. Comme les dieux avaient dans chaque localité des légendes différentes et souvent contradictoires, la poésie, trouvant Vénus tantôt unie a Mars, tantôt unie à Vulcain, a voulu concilier ces traditions diverses au moyen d'un adultère, et de là est venue l'histoire des filets de Vulcain. Hésiode donne pour épouse à Vulcain, Aglaé, la plus jeune des Grâces. Mais l'histoire des filets de Vulcain a prévalu et fait oublier les autres. Ce qui est remarquable dans cette histoire, c'est que Vulcain paraît uniquement préoccupé des présents qu'il a apportés en dot a sa femme et qu'il veut se faire rendre.

Le Soleil qui voit tout avait averti Vulcain des liaisons qui existaient entre sa femme et le dieu de la guerre. Alors Vulcain place sur un billot une énorme enclume et forme des chaînes indestructibles. Ces chaînes étaient d'une finesse égale aux toiles de l'araignée, et nul ne pouvait les apercevoir, tant elles étaient forgées avec adresse. Aussitôt que Vulcain vit les deux coupables pris dans ses filets, il se mit à appeler tous les Dieux.

« Puissant Jupiter, et vous immortels fortunés, accourez tous pour être témoins d'une scène plaisante et qu'on ne saurait pourtant tolérer!

Fig. 294. — Les filets de Vulcain (d'après un bas-relipf antique).

Parce que moi, je suis difforme, la fille de Jupiter me fait sans cesse de nouveaux outrages ; maintenant elle s'unit au pernicieux dieu de la guerre, parce qu'il est beau et leste, tandis que moi^ je suis laid et boiteux! Mes parents seuls sont cause de ce malheur; ils n'auraient jamais dû me mettre au monde !... les liens que j'ai forgés ])our eux les retiendront jusqu'au jour où le père de Vénus me rendra tous les présents que je lui ai donnés pour obtenir son impudente fille. Vénus est belle sans doute, mais elle ne peut maîtriser ses passions. »

(Homère.) Quoique ce récit soit présenté sous une forme comique, il faut re-

YULCAIN ET MINERVE.

marquer que c'est la confusion des amants qui fait rire les dieux, et

non la mésaventure de l'époux, comme on le supposerait aujourd'hui.

Un bas-relief de la ^illa Alhaiii nous montre la scène des Miels de

Fig. 295. — Venus et Vulcain (d'après une pierre gravée antique).

Vulcain (fig. 294). Le dieu forgeron, qui a derrière lui le Soleil reconnaissable à sa tête radiée, soulève un voile, et fait voir aux dieux les deux coupables. Mars a l'air très-confus et Vénus se retourne pour n'être pas vue de Jupiter. Cupidon est à côté de Mars.

Les forges de Vulcain. — Vulcain travaillant dans sa forge ligure assez souvent sur les pierres gravées. Vénus et l'Amour sont placés près de lui, et cette manière de comprendre l'atelier de Vulcain est la seule qui convienne à des bijoux (fig. 293). Mais les vrais compagnons de Vulcain apparaissent dans d'autres monuments. Ce sont les cyclopes, ouvriers fabuleux qui n'ont qu'un œil au milieu du front et habitent les j>rofondeurs des volcans. Les bas-reliefs nous montrent quelquefois Vulcain dans son atelier, occupé à fabriquer la première femme. Pandore, que tous les dieux comblent de leurs dons. Junon, la déesse des mariages, et Vénus, accompagnée de la Persuasion ou

VULCAIN

de rime des Grâces, sont habituellement placées auprès du divin artiste. On le voit aussi qui forge les chaînes de Prométhée, ou Lien qui reçoit la visite des Dieux,

Dans Fart moderne, .Velasquez a peint l'atelier de Vulcain au moment où le Soleil vient lui révéler l'union de Vénus avec Mars. Vulcain quitte ses travaux, elles trois cyclopes, Argès, Brontès et Stéropés, écoutent avec une curiosité marquée l'aventure que le Soleil raconte, et dressent l'oreille à ce récit, sans paraître aucunement fâchés de Tinfortune de leur maître. 11 y a au Louvre un petit tableau de Jules Romain, où Vulcain assis près de Vénus semble prendre plaisir a lui montrer les armes qu'il vient de fabriquer.

Les cyclopes. — Les cyclopes ouvriers 'de Vulcain sont habi-

Fig. 296. — Vénus et Vulcain (d'après un tableau de Jules Romain, musée du Louvre).

tuellement caractérisés par l'énormité de leur taille et par l'œil unique

^iO VULCALX ET MINERVE.

placé au milieu tlu front. CepcMulaiit lAlhane s'est singulièrement écarté (le ce type. Chargé de peindre les quatre éléments pour le cardinal de Savoie, il choisit Vulcain et sa forge pour représenter le feu. Mais son tableau n'a rien de terrible.

Voici un fragment de la lettre qui! écrivit au cai'dinal })0ui' lui annoncer l'envoi du tableau demandé. « J'ai peint, comme Votre Altesse le verra, non-seulement le feu céleste et proprement élémentaire, représenté par le puissant Jupiter, mais encore le feu matériel et celui de l'Amour, dont Vulcain et la déesse de Chypre sont les emblèmes : je n'ai voulu placer dans les forges de Vulcain, ni Brontès ni les autres cyclopcs; j'ai mieux aimé y peindre trois jeunes amours, attendu que les chairs de ces enfants forment une opposition plus piquante avec celles des tons Ijruns de Vulcain. J'ai dû en outre me conformer dans ce choix au désir de Votre Altesse sérénissime, car M. l'ambassadeur m'avait dit qu'il serait bien aise que je représentasse un grand nombre d'amours perçant de leurs traits irrésistibles le marbre le plus dur, l'acier, le diamant et le cœur même des Dieux. »

Dans un autre tableau l'Albane place Vulcain à côté de Vénus. Son atelier n'est plus une forge, c'est une prairie tout émaillée de fleurs. Ses ouvriers ne sont plus les robustes cyclopes, au front couvert de sueur, ce sont des amours ailés faisant mille gentillesses autour de leur enclume, et le bruit de leurs marteaux est tempéré par celui des cascades bondissantes. Tandis qu'à l'entrée d'une grotte tapissée de mousse, l'un d'eux fait aller le soufflet de forge, d'autres présentent à Vénus les armes qu'ils tiennent de fabriquer pour elle et pour ses fils : ces armes naturellement sont des flèches. La déesse, couchée nonchalamment <à l'ombre des bosquets, sourit à tout ce qui l'environne, et son époux luimême, le rude Vulcain, qui repose auprès d'elle, cherche à prendre une figure aimable pour ne pas faire tache dans le tableau.

Timante avait fait un tout petit tableau, mentionné par Pline comme un ouvrage célèbre et représentant un cyclope endormi, dont les satyres mesurent le pouce avec leurs thyrses. La taille énorme des cyclopes et le bruit qu'ils font au fond des volcans qui leur servent d'ateliers éteient un sujet d'étonnement pour les anciens.

Ces forgerons gigantesques devinrent dans l'imagination populaire les ouvriers types, et on leur attribua, comme on a fait pour le diable au moyen âge, les constructions dont on ne connaissait pas l'origine.

Les cyclopes ont toujours été consid.érés comme des personnages effrayants. Quand Diane voulut avoir un carquois et des flèches dignes de son habileté, elle se rendit chez Vulcain qu'elle trouva dans sa forge entouré des cyclopes ses ouvriers.

u Les nym[>hes pâlirent à la vue de ces géants pareils à des montagnes et dont ['(imI iini(pie, sous leur épais sourcil, élincelait de regards me-

VULCAIN. 3il

naçants. Les uns faisaient mugir de vastes sonfQets ; les autres, levant tour à tour avec effort leurs lourds marteaux, frappaient à grands coups l'airain qu'ils tiraient tout en feu de la fournaise. L'enclume en gémit, l'Etna et la Sicile en sont ébranlés, l'Italie en retentit, et la Corse même en résonne. A ce terrible aspect, à ce bruit effroyable, les filles de rOcéan s'épouvantent.., frayeur pardonnable; les filles mêmes des dieux, dans leur enfance, n'envisagent ces géants qu'avec crainte, et lorsqu'elles refusent d'obéir, leurs mères feignent d'appeler Argës ou Stéropès : Mercure accourt sous les traits d'un de ces cyclopes, le visage couvert de cendre et de fumée ; soudain l'enfant effrayé couvre ses yeux de ses mains et se jette en tremblant dans le sein maternel. »

(Câllimaque.)

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