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PROMETHÉE

i*j'oinolh6c fbiiiie riioinme. — Les deux paris de Prométhée. — Le l'eu ra^i aiiv hommes. — La hoUc de Pandore. — Supplice et délivrance de Prométhée.

Prométhée forme l'homme. — Japet représente rancctre de riiiimanité. Peut-être faut-il reconnaître dans ce personnage celui que la Genèse donne pour fils ta Noé, Japhet, dont le nom personnifie une des grandes races primitives. 11 était regardé par les Grecs comme le type de ce qu'il y a de plus ancien et il est hal)ituellement associé à Saturne. 11 avait épousé Asia, fille d'Océan, et eut plusieurs enfants,

l''ig. 207. — Prométhée modelant im homme (d'après une pierre gravée antique).

entre autres Prométhée, Épiméthée et Atlas. Le Titan Japet n"a pas de rôle dans la mythologie; son importance vient de l'antiquité qu'on lui attribuait et qui lui donnait la même date qu'aux plus anciens Dieux.

Bien que le Titan Japet soit regardé comme l'ancêtre de l'humanité, il paraît que c'est à son fils Prométhée que nous devons la forme particulière qui nous distingue des -animaux. « Prométhée, dit Ovide, ayant détrempé de la terre avec de l'eau, en forma l'homme « /« ressemblance (h's Bînix; et tandis que tous les autres animaux ont la tête penchée

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Ycrs la terre, Thomme seul la lève vers le ciel, et porte ses regards jusqu'aux astres. » La fabrication de l'homme par Prométhée est représentée sur des monuments assez nombreux, mais qui appartiennent pour la ])lupart à une basse époque. Une pierre gravée antique nous montre l'auteur du genre humain sous la forme d'un sculpteur qui établit la charpente osseuse de sa figure; c'est une représentation extrêmement curieuse, à cause du squelette dont l'image n'apparaît presque jamais dans l'art des anciens (fig. 297). Une autre pierre gravée représente le divin artiste occupé à rassembler les membres qu'il a sculptés séparément.

Fig. 298. — Prométhée formant l'iiomme (bas-relief antique;.

Dans toutes les représentations antiques, Prométhée apparaît comme l'artisan qui confectionne l'homme matériellement, mais non comme le dieu qui l'anime. Ce rôle appartient à Minerve (la Sagesse divine) : plusieurs monuments nous montrent tres-nettement la part qui revient à chacini dans la création de l'espèce humaine. Sur un joli bas-relief, on voit i'rométhée assis sur un rocher à l'ombre d'un arbre (Hn. 298).

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Dovant lui, sur une tablo do scniptoiir, est un petit homme, ou plutôt un enfant, debout et semblant attendre que l'artiste ait terminé son ouvrage. Trois autres enfants, eomplétement achevés ceux-là, s'avancent vers Minerve qui va leur jjoser sur la tête le papillon, symbole de l'àme dans l'antiquité. On voit ici qu'il ne s'agit pas d'un. homme unique, souche de tous les autres, mais bien de plusieurs hommes (jui furent confectionnés à la même époque, loi-squ'il s'est agi de peujder la terre.

Les deux parts de Prométhée. — Prométhée était fier de son ouvrage; et des diderends étant survenus entre les Dieux et les hommes [irimitifs, il i)rit parti pour ces derniers. Ces différends, dont Hésiode ne nous dit pas la cause, se réglaient à Mécone (Sicyone) ; Prométhée, voulant éprouver si Jupiter était vraiment digne des honneurs divins, imagina une ruse pour éprouver sa clairvoyance. « Il exposa à tous les yeux, dit Hésiode, un bœuf énorme qu'il avait divisé à dessein. D'un côté, il renferma dans la peau les chairs elles meilleurs morceaux, en les envelopi>ant du ventre de la victime ; de l'autre, il disposa avec une perfide adresse les os blancs qu'il recouvrit d'une graisse luisante. Le père des Dieux et des hommes lui dit alors: « Fils de Japet, ô le plus illustre de tous les rois, ami ! avec quelle inégalité tu as divisé les parts ! » Prométhée, souriant intérieurement de sa ruse, le pria de choisir, et Jupiter, ayant pris le plus gros morceau, n'y trouva que des os. »

Le feu ravi aux hommes. — Jupiter, furieux d'avoir été trompé, voulut se venger sur les hommes, dont Prométhée est le protecteur et il leur ravit le feu, sans lequel toute industrie est impossible. Mais Prométhée ne se tint pas pour battu, et par un adroit larcin il déroba une parcelle du feu du ciel et vint l'apporter aux hommes dans la tige d'une férule ou d'un jonc. Cette fois, Jupiter, se voyant décidément joué par le rusé Titan, ne contint plus son ressentiment et résolut de punir à, la fois les hommes et leur protecteur. La grossièreté de cette fable est une preuve de sa haute antiquité ; elle n'a pourtant donné lieu à aucune représentation plastique dans la période archa'ique. Mais une lampe de l'époque romaine nous fait voir Prométhée, nu et les cheveux épars, qui s'tMifuit en emportant le feu qu'il vient de dérober au char du Soleil (lig. 299). Dans les récits des poêles, le feu était contenu dans une férule et invisible à tous les yeux ; le potier montre au contraire la tlammi; sortant d'un petit vase que le Titan tient à la main.

Jupiter dit à Prométhée : « Fils de Japet, tu te l'éjouis d'avoir dérobé le feu divin et trompé ma sagesse; mais ton vol te sei-a fatal, à toi et aux

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hommes à venir. Pour me venger de ce larcin, je leur enverrai un funeste présent dont ils seront tons charmés an fond de leur âme, chérissant eux-mêmes leur propre fléau. » (Hésiode.)

Fig. m. - Promôthée apportant le feu aux liommes d'après une lampe antique).

La boîte de Pandore. — Prométhée avait un frère nommé Épiméthée ; se doutant de .pielque perfidie, il Ini recommanda de ne rien accepter de Jupiter, parce que le roi des Dieux méditait de lui taire un don qui serait fatal aux hommes. Jupiter, de son côté, voulant réaliser son projet, imagina d'envoyer aux hommes un fléau qui fût revêtu des dehors les plus séduisants et qui leur causât mille soucis, tout en s'en faisant aimer: telle fut l'origine des femmes, suivant Hésiode.

,( D'après la volonté du fils de Saturne, le boiteux Vulcain, ce dieu

illustre, forma avec de la terre une image semblable à une vierge

chaste. Minerve aux yeux bleus s'empressa de la parer et de la vétu'

d'une blanche tunique. Elle posa sur le sommet de sa tète un voile

ingénieusement façonné et adniiial)le à voir; puis elle orna son iront de

srracicuses guirlandes tressées de Heurs nouvellement écloses et d'une

couronne d'or, que le boiteux Vulcain, ce dieu illustre, avait fabriquée

de ses propres mains par complaisance jiour le puissant Jupiter. Sur

cette couronne, ô prodige! Vulcain avait ciselé les nombreux animaux

que le continent et la mer nourrissent dans leur sein; partout brillait

une grâce merveilleuse, et ces diverses figures paraissaient vivantes.

Quand il eut formé, au lieu d'un utile ouvrage, ce chef-d'œuvre funeste.

il amena dans rassemblée des dieux et des hommes cette vierge orgueil-

YULCAIN ET MlNEliVE.

leusc des oriKUîieiits que lui un ait donnés la déesse aux yeux bleus, fille d'un père puissant. Une é-^ale adinii-ation transporta les Dieux et les hommes^ dès qu'ils a|)er(;urent eeffe fatale merveille si terrilde aux humains; ear de eette vierge es! \cnuv la raee des femmes au sein fécond, de ces femmes dang-ereuses, tléau cruel vivant parmi les hommes et s'attachant, non pas à la triste pauvreté, mais au luxe éblouissant.»

(Hésiode.)

Fig. 300. — Pandore entre Minerve et Vulcain.

Pandore, qui fut la mère du genre humain, fut donc l'œuvre des dieux olympiens, tandis que l'homme avait été façonné par le Titan Prométhée. Une peinture archaïque, au fond d'une coupe de Nola, nous montre la première femme (Anesidora pour Pandora) entre Vulcain et Minerve, occupés à la parer au moment oii elle vient d'être formée (fig. 300). Elle est beaucoup plus petite que les deux divinités placées près d'elle et porte un vêtement semé d'étoiles. Minerve a la })oitrine couverte de l'égide hérissée de serpents et portant la tète de la Gorgone, mais elle n'a point le casque et la lance ([ui sont ses attributs habituels. Vulcain est imberbe et vêtu d'une sim{)le chlamyde ; il tient le marteau qui lui sert d emblème. Il est assez curieux de rapprocher cette peinture de la composition que Flaxman a exécutée sur le même sujet (fig. 301). Le sculpteiu' anglais toutefois a remplacé Vulcain par Mercure, qui pose son caducée sur la tête de la première femme, pour lui inspirer, suivant l'expression d'Hésiode, « l'ait du mensonge et des discours trompeurs ».

PItOMETHEE.

Après avoir achevé cette attrayante et pernicieuse meiveille, Jupiter xlonna a Mercure, le rapide messager des Dieux, delà conduire vers Épiméthée. Épiméthée ne se rappela point que Prométhée lui avait recommandé de ne rien recevoir de Jupiter, mais de lui renvoyer tous ses

oi

Fig. 301. — Pandore dotée par Mercure et Minerve (d'après Flaxman .

dons, de peur qu'ils ne devinssent un fléau terrible aux mortels : il accepta le fatal présent et reconnut bientôt son imprudence. »

(Hésiode.)

C'est de Pandore qu'est sortie « ceite race faible et délicate des femmes, que les mortels gardent parmi eux pour leur malheur. Jamais amies de la pauvreté ni de l'épargne, elles n'ont de goût que pour le luxe et la dépense. » (Hésiode.)

En donnant le feu aux hommes, Prométhée leur avait enseigné l'industrie qui ne peut exister que par le feu : Jupiter en fit de^ artistes en leur donnant la femme, qui, en dehors des premières nécessités de la vie, leur impose mille besoins charmants qu'un travail incessant peut seul satisfaire.

Pandore avait reçu de Jupiter une boîte dont eUe ignorait le contenu : poussée par la curiosité naturelle à son sexe, elle voulut louvrir, et

YULCAIN ET MINERVE.

tous les maiiv se rôpandircnt sur la torro. Elle reforma aussitôt le couvercle, mais rEspéra<nce resta seule au fond de la boite (lig. 302).

Fig. 302. — Pandore ouvre le vase fatal (d'après Flaxman\

Supplice de Prométhée. — Jupiter se montra cruel envers Prométlu^e et, pour le punir d'avoir donné le feu aux hommes, il Tenchaîna sur les cimes du Caucase. Un aigle venait continuellement lui déchirer le foie et sa chair renaissait aussitôt pour que le supplice se renouvelât tous les jours. Cette lutte de Jupiter contre Prométhée a été interprétée de manières très-différentes, mais d'après les tragiques on pourrait y voir comme un vague souvenir d'un changement de croyances. Dans l'antiquité, Prométhée est resté comme le type de la justice écrasée par la force, de la conscience humaine protestant contre une puissance inexorable.

Le supplice de Prométhée devait |»ourtant avoir une fin. Hercule, le tueur de monstres et le grand redresseur de torts, délivra le Titan en tuant l'aigle qui le rongeait. Prométhée, qui connaissait l'avenir, avait prédit que celui qui épouserait la néréide Thétis, aurait un fils plus puissant que son père, et -le roi des Dieux, apprenant cette prophétie, renonça au projet qu'il avait de s'unir à Thétis. En souvenir de ce service, Jupiter ne mit pas obstacle à la délivrance de Prométhée ; mais comme il avait dit que le supplice durerait des milliers d'années et qu'un dieu ne doit pas mentir, on imagina un subterfuge. Dun des anneaux de la chaîne qui liait le Titan, on fit une bague, dans laquelle on mit un petit morceau du rocher: de cette manière il demeura toujours enchaîné au Caucase.

Un curieux sarcophage du musée Capitolin retrace en plusieurs scènes toute la fable de Prométhée. iXous avons dû donner la gravures en deux parties, mais elles appartiennent au même bas-relief. Le sujet,

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traité (riine maniôro tr('s-conij)lèto, nous ofl'ro riniagc do la d(\stint''(3 de rhonimc, de son origine et de sa fin, encadrée pour ainsi dire dans les différents actes de la légende de son créateur. Au centre, Prornéthée assis lient sur ses genoux un homme qu'il vient de modeler avec le limon de la terre et sur la tète duquel Minerve pose le papillon emblème de l'àme. Au-dessus de Prométhée apparaissent les Parques, Clotlio avec sa quenouille sur laquelle elle file les jours des hommes, et sa sœurLachésis indiquant sur un globe la destinée qui leur est réservée. Derrière lui, la Terre, tenant une corne d'abondance que soutiennent les génies de Tété et de l'hiver, tourne la tète en regardant un panier contenant le limon dont se sert Pi'ométhée pour former riiomme. Le Soleil conduisant son char et Océan tenant une rame et monté sur un hippocampe apparaissent au-dessus de la Terre. A ses pieds sont l'Amour et Psyché qui s'embrassent pour montrer l'union intime du corps et de l'àme. Ensuite on voit le groupe de Vulcain et ses cyclopes, forgeant les chaînes qui vont attacher Prométhée sur le Caucase. Le bas-relief se termine par un couple debout et nu sous un palmier, qui rappelle d'une manière frappante l'Adam et Eve de la Bible, mais oii on reconnaît généralement Deiicalion et Pyrrha ({ui, seuls sauvés des eaux du déluge, ont eu pour mission de perpétuer le genre humain créé par Prométhée.

L'autre côté du bas-relief, représenté dans notre seconde figure (fig. 304), nous montre les emblèmes de la mort, qui dans le monument se trouvent placés immédiatement derrière Minerve. Un homme est étendu par terre et privé de mouvement : le génie de la mort tient son flambeau renversé sur la poitrine du cadavre, dont l'àme, sous la forme du papillon, s'échappe en montant le long du flambeau, tandis que l'ombre du défunt, représentée par une grande figure enveloppée d'un manteau, se dresse au-dessus de ses pieds. Du côté de la tète du mort, la troisième Parque, Atropos, est assise et tient sur ses genoux le livre de la destinée. Au-dessus de cette scène funèbre apparaît la lune sur un char conduit par deux chevaux. Dans l'épisode suivant Mercure, tenant d'une main son caducée, emmène aux enfers l'âme du défunt sous la forme d'une Psyché aux ailes de papillon, et à ses pieds la Terre, tenant toujours sa corne d'abondance, se dispose à en recevoir la dépouille mortelle. Puis nous arrivons à la dernière scène : Prométhée enchaîné sur son rocher a le foie dévoré par un aigle auquel Hercule décoche une flèche. La massue et la peau de lion du héros sont placées derrière lui aux pieds du Caucase, qui est lui-même j)ersonnifié sous les traits d'un vieillard aux cheveux hérissés, tenant d'une main un des [)ins dont il est couvert, et de l'autre un serpent (jui représente le génie local de l'endroit où le drame se dénoue.'

Il y a quelques variantes dans l'histoire de Prométhée: quelques-uns

PRUMÉTHÉE.

lui attribuL'iit la l'abrication de la femme aussi bien que celle de Ihomme, ce qui ôterait toute raison d'être à la jolie fable de Pandore. Cependant il existe sur cette version des monuments dont il faut bien tenir compte. Un bas-relief antique nous montre Prométiiéo tenant un ébauchoir et modelant la première femme ; un petit bomme non encore animé est couché aux pieds du sculpteur, auquel Mercure amène

Fig. 305. — La feble de Proinéthée avec la naissance et la destinée de l'homme (d'après un sarcophage antique du musée Capitolin).

une àme, caractérisée par les ailes d-e papillon, et qui va habiter le corps que Prométhée finit. Derrière Mercure on voit les trois Parques qui vont filer la destinée de cette créature nouvelle. Le taureau, l'âne et le lièvre, placés près du sculpteur, rappellent une tradition d'après laquelle Prométhée en formant l'espèce humaine a mêlé au limon dont il se servait les qualités de divers animaux.

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