DÉDALE
rapports continuels avec la Phénicie où les dieu\ ont souvent la forme (le taureaux, et avec l'Egypte où le bœuf Apis est une incarnation du Soleil. Suivant Creuzer, Pasiphaé serait simplement une lune, éprise (lu Soleil, qui apparaît en Crète comme dans les contrées voisines sous la forme du taureau.
Les ailes d'Icare. — La colère que Neptune avait eue contre Minos porta ses fruits, en faisant naître de Pasiphaé un monstre à tète de taureau, appelé Minotaure, qui se nourrissait de chair humaine.
Fig. 30G. — Dédale préparant les ailes dicai-e d'après une pierre gravée antique).
Dédale avait fait pour le roi Minos un vaste bâtiment dont Tintérieur formait mille détours, en sorte qu'il était à peu près impossible d'en sortir une fois qu'on y était entré. C'est le lieu qu'on a appelé le Labyrinthe, et c'est là qu'on enferma le Minotaure, qui fut plus tard tué par Thésée, comme nous le verrons par la suite. Minos, mécontent de Dédale qu'il accusait d'avoir été de connivence dans cette affaire, le fit jeter en prison avec son fils Icare. La prison était sur un récif au bord de la mer, dans une situation qui rendait toute idée d'évasion matériellement impossible. L'ingénieux Dédale, qui n'était jamais à bout de ressources, conçut un projet que personne n'avait imaginé avant lui. Il prit des plumes et les arrangea avec une adresse si admirable, qu'il en forma des ailes parfaitement semblables à celles des oiseaux. Les petites plumes qui devaient en former le fond
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liiront attachées avec du fil, les plus longues avec de la cire. 11 leui-
donna ensuite cette courbure qu'on remarque dans les ailes naturelles.
Icare, son fils, qui ne savait pas qu'il travaillait à sa propre perte,
rassemblait avec un air liant les plumes que le vent écartait, ou am(d-
Fig. 307. — Dédale et Icare (d'après un tableau de Landon).
lissait la cire qui devait les attacher; il regardait même quelquefois en badinant l'ouvrage de son père. Dès qu'il fut achevé, Dédale en fit l'essai, et ayant pris l'essor, se tint suspendu au milieu des airs ; ce fut de là qu'adressant la parole à Icare, il lui parla de la sorte : « Aie soin, mon fils, de voler toujours dans le milieu des airs; si tu descendais trop bas, l'humidité de l'eau appesantirait tes ailes ; si tu t'élevais trop haut, la chaleur du soleil les brûlerait ; tiens donc un juste milieu entre ces deux extrémités. »
Après cette exhortation, il lui attacha en tremblant, et la larme à l'œil, les ailes qu'il avait faites pour lui et lui apprit en peu de mots de quelle manière il pouvait s'en servir. Enfin, il Tejnbrasse pour la dernière fois, et monte avec lui sur la tour d'où ils prennent tous deux leur vol. Landon a représenté cette scène (fig, 307).
DEDALE.
« Frappé d'étonnement à la vue diiii prodij^e si inouï et voulant les considérer plus à leur aise, le pêcheur qui les prend pour des dieux, s'appuie sur sa ligne, le berger sur sa houlette, et le laboureur sur sa charrue. Déjà Dédale et Icare avaient laissé l'île de Sanios. consacrée
Fig. 308. — La mort d'Icare id"après une peinture d"Herculanum).
à Junon, celles de Délos et de Parcs, lorsque le jeune Icare, devenu plus hardi, commença à prendre l'essor, et abandonna son guide pour s'élever plus haut. L'ardeur du soleil ayant fondu la cire qui attachait les plumes de ses ailes, il eut beau remuer les bras pour se soutenir et appeler son père à son secours, il tomba pâle et tremblant dans la mer. Dédale, qui venait de perdre son fils de vue, l'appelle en vain : « Icare, mon cher Icare, où es-tu? qu'cs-tu devenu? » Il parlait encore, lorsqu'il aperçut son tils gisant au bord de la mer et les plumes de ses ailes qui flottaient sur l'onde. » (Ovide. )Sur une peinture d'Herculanum. Dédale est représenté volant dans les airs au moment où il aperçoit son fils mort (fîg. 308). Le sculpteur Slodtz a fait une statue d'Icare, qui a été son morceau de réception à l'Académie.
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Après avoir rendu les derniers devoirs à son fils. Dédale alla a Cnmes, oii il fonda un temple d'Aiiollon. Il eonsacra à ce dieu ses ailes, et peignit toute son histoire sur les juurs du temple qu'il avait élevé. Il exécuta eneore en Sicile [tlusicMu-s ouvi-ages remarquables, entre autres un rocher très-élevé (pTil travailla i\c manière à pouvoir y bâtir une ville imprenable, parce qu'on ne pouvait y arriver que par un petit chemin étroit et tortueux que trois ou quatre hommes suffisaient à défendre.
Le portrait d'Hercule. — Comme sculpteur, Dédale passe pour être le premier qui ait écarté les jambes et ouvert les yeux de ses personnages. Il était très-lié avec Hercule, et pour faire une gracieuseté à ce h&ros, il modela son image, et la plaça sur le chemin qu'Hercule prenait habituellement quand il allait combattre les monstres. Il avait si bien exprimé la force du héros, et la statue qu'il avait IVtite semblait tellement vivante, qu'Hercule, croyant avoir affaire à un ennemi digne de lui, prit un énorme quartier de rocher, et le lança contre la statue qui fut pulvérisée.
Toute la fable de Dédale montre l'étonnemcnt que causaient aux premiers hommes les merveilles de l'industrie naissante. C'est à la môme pensée qu'on peut rattacher les histoires des Telchines et des Dactyles.
Les Telchines et les Dactyles. — Les Telchines. génies mystérieux qui se rattachent aux origines de l'industrie humaine, passent dans certaines traditions pour les premiers instituteurs du culte et les inventeurs des arts. Ils sont surtout très-habiles métallurgistes et savent donner aux métaux toutes les formes qu'ils veulent. Ce sont eux qui firent les premières statues des immortels, qui fabriquèrent la faux de Saturne et le trident de Neptune. Les Telchines sont en môme temps des enchanteurs très-versés dans la magie, qui prennent eux-mêmes toutes les formes qu'ils veulent, et ont la faculté de jeter le mauvais œil à leurs ennemis. On les croit originaires de l'île de Rhodes.
Les mêmes talents sont donnés aux Dactyles, génies phrygiens, qui enseignèrent aux hommes la fonte des métaux et la mise en œuvre du fer et de l'airain. Ils sont aussi très-redoutés comme magiciens et les fables qui les concernent, aussi bien que les Telchines, présentent la plus grande confusion. Elles se rapportent assurément aux anciennes corporations d'ouvriers qui se formèrent, quand on a commencé à se servir des métaux, et dont les procédés de travail prenaient aux yeux des populations un caractère très-prononcé de magie.