CHAPITRE IV
Naissance de Minerve. — Yulcain et Minerve. — Pandrose. — Dispute de Minerve et Neptune. — ^*Type et attributs de Minerve. — Le casque et TÉgide. — Le géant Encelade. — Minerve et l'Amour. — La flûte de Marsyas. — Minerve ouvrière. — Minerve et Arachné. — La fête des Panathénées.
La naissance de Minerve. — Métis, la réflexion personnifiée, îfNait été la })remiére é|M)iis(' de Jupiter. Ce fut elle qui donna au vieux Saturne un breuvage pour lui faire rendre les jeunes dieux qu'il avait avalés. Comme elle élait enceinte, elle prédit à Jupiter qu'elle aurait d'abord une fille et ensuite un fils qui deviendrait maître du ciel. Le roi des Dieux, effrayé de cette prédiction, avala Métis. Quelque temps
Fig. 30D. — La naissance de Minerve (d'après un miroir étrusque}.
après, il fut pris d'un violent mal de tète et pria Vulcain de lui fendre la tète avec sa hache.
A peine Jupiter eut-il reçu sur la tète le coup de hache de Vulcain, que de son cerveau jaillit, armée de toutes pièces, sa fille Minerve, nouvelle incarnation de la sagesse divine. Cette fable d'un caractère tiès barbare et par conséquent très-ancien est représentée d'une façon naïve sur un bas-relief antique où par extraordinaire Vulcain est représenté imberbe (fig. 310).
Sur un miroir étrusque on voit llithyie, la déesse des accouchements.
358 VULGALN ET MINERVE.
qui assiste le roi des dieux et tire de sa tète Minerve, qui sort armée de son casque et de sa lanee. De l'autre côté est Vénus qui paraît venir aussi en aide à Jupiter et derrièie laquelle on voit perchée sur un arbre la colouihe (jui lui est consacrée. Ces divinités portent leurs noms gravés sur le miroir en langue étrus([ue (fig. 309).
Le même sujet décorait un des frontons du Parthénon, mais il est proJjable que la naissance était conçue tout autrement. Malheureusement, il ne reste l'ien de la partie centrale du fronton où cette scène était représentée.
Jupiter est la voûte du ciel d'où l'éclair jaillit lumineux et subit; comme il est aussi le maître des dieux, sa sagesse ne s'y reprend pas à deux fois pour sortir de son divin cervetiu. Minerve devait donc naître tout armée et pourvue de tous ses attributs. C'est ainsi que les statues nous la montrent, souvent avec la lance et le bouclier, mais toujours avec le casque et l'égide.
Lucien a raconté la naissance de Minerve sous forme de dialogue :
« VuLCAiN. Que faut-il que je fasse, Jupiter? J'arrive, par ton ordre, armé d'une hache bien affilée et qui })ourrait au besoin couper une pierre d'un seul coup.
Jupiter. A merveille, Vulcain : fends-moi la tète en deux.
VuLCAiN. Tu veux m'éprouver? ou bien es-tu fou? Donne-moi un ordre sérieux, dis ce que tu veux que je fasse !
Jupiter. Je te Lai dit, fends-moi la tète ; frappe de toutes tes forces et sans tarder : je ne puis vivre avec les douleurs qui me déchirent le cerveau.
VuLCALN. Prends garde, Jupiter, que nous n'allions faire une mauvaise besogne ; ma hache est affilée ; elle te fera veni?r du sang et ne t'accouchera pas à la façon de Lucine.
Jupiter. Frappe toujours, Vidcain, ne crains rien; je sais ce qu'il me faut.
Vulcain. C'est malgré moi, mais je vais frapper ; car que faire quand tu l'ordonnes?... Que vois je? Une jeune fille armée de pied en cap! Tu avais là, Jupit(!r, un grand mal de tête! Il n'est pas étonnant que tu te sois montré irascible, quand tu portais toute vivante, sous la membrane de ton cerveau, une jeune fille de cette taille, et cela, tout armée ; nous ne savions pas que tu avais un camp au lieu de tête. Mais vois donc, elle saute : la voilà qui danse la pyrrhique, agite son bouclier, brandit sa lance, est saisie d'enthousiasme. Ce qui est plus fort, c'est (lu'elle est devenue tout d'un coup fort belle et bonne à marier. 11 est vrai qu'elle a les yeux gris, mais son casque rachète ce défaut. Ainsi Jupiter, pour prix de l'accouchement, donne-la-moi pour épouse.
Jupiter Tu me demandes l'impossible, Vulcaiii; elle veut rester
toujours vierge ; moi cependant je ne m'oppose pas à ce que tu désires. VuLCAiN. C'est tout ce que je demandais ; le reste est mon aiîaire; je vais l'enlever. » (Lucien.)
Vulcaiu et Jupiter.
Naissance d'Érechthée. — Vulcain se mit aussitôt en devoir d'aller trouver Minerve, et, ne doutant pas qu'elle ne fût à l'Acropole, il se rendit droit à Athènes. Dès qu'il l'eut aperçue, il marcha au-devant d'elle et voulut arranger l'affaire. Mais la déesse le reçut dune façon qui lui ôta toute envie de recommencer. Le pauvre forgeron en conçut un extrême dépit; pour montrer qu'il pouvait se passer d'elle, il résolut de se marier sur-le-champ, et s'adressa à la Terre, qui est trèsbonne personne, et qui l'accepta malgré ses mains noires. De cette union naquit Érechthée, qui devint plus tard roi d'Athènes. Ce qui a fait naître cette fable singulière, c'est que les Athéniens, déjà placés sous la protection de Minerve, tenaient absolument à se rattacher par quelque lien au dieu du feu, qui préside à l'industrie des métaux.
La Terre n'eut pas plutôt produit Érechthée qu'elle laissa le petit nouveau-né sur le sol, sans s'en occuper plus que si c'eût été une couleuvre ou un ver de terre. Minerve, qui l'aperçut, en fut touchée de compassion, et l'ayant pris, elle le mit dans une corbeille et l'emporta dans son sanctuaire. Mais, malgré son bon cœur, elle ne pouvait se défendre de ses préoccupations guerrières, et comme elle montait à l'Acropole en portant sa corbeille, elle s'aperçut que sa ville n'était pas assez fortifiée du côté du couchant. Elle entra dans la maison de Cécrops, qui avait trois filles, Pandros*, Aglaure et Hersé, et, leur ayant confié le panier, qui était très-bien fermé, elle leur défendit de l'ouvrir pour voir ce qu'il contenait, et partit aussitôt chercher une montagne qu'elle jugeait nécessaire pour fortifier sa ville. Quand elle fut partie, Aglaure et Hersé, piquées par la curiosité, \oulurent ouvrir
yco
VULCAIX ET MINERVE.
le j)anicr. iiialgrc les remontrances de Pandrosc. Mais une eorneille, (jiii avait vu la chose, vint la raconter à Minerve, qui tenait déjà la montagne daas ses bras, et dans sa surprise la laissa tomber; c'est là l'origine du mont Lycabète.
Pandrose. — La déesse conçut une telle affection pour Pandrose, que non-seulement elle lui confia l'éducation de son petit protégé, mais encore elle voulut que Pandrose reçût après sa mort les honneurs divins. Ouand Ereclitliée fut roi d'Athènes, il s'empressa d'obtempérer à ce vœu, mais, associant dans sa reconnaissance la tille de Cécrops et la déesse qui l'avait jecueillie, il éleva un temple en deux parties dont l'une fut dédiée à Minerve et l'autre à Pandrose. Cet édifice fut brûlé par les Pecses, comme tous les monuments d'Athènes, et celui qui existe aujourd'hui a été élevé après les guerres médiques.
Dispute de Minerve et Neptune. — Athènes tire son nom d'Athéné (nom grec de Minerve), mais l'honneur de donner son nom à la ville que Cécrops venait de fonder fit naître entre Neptune et la
Fig. 311. — Minerve et Xeptuiie (d'après une Fig. 31-2. —Acropole (d'après une monnaie
médaille antique). antique.)
déesse une dispute célèbre. Cette dispute formait le sujet d'un des deux: frontons du Parthénon, qui furent sculptés par Phidias et dont les fragments mutilés font aujourd'hui partie du British Muséum à Londres. Elle figure également sur des monnaies antiques (fig. 311).
11 fallait mettre la ville nouvelle sous la protection d'une divinité. On décida qu'on prendrait pour protecteur de la ville le dieu qui produirait la chose la plus utile. Neptune, frappant la terre de son trident, créa le cheval et fit jaillir une source d'eau de mer, voulant dire par là que son peuple serait navigateur et guerrier. Mais Minerve dompta le cheval pour en faire un animal domestique, et ayant frappé la terre de sa lance, fit paraître un oliv-ier chargé de ses fruits, voulant montrer par là que son peuple serait grand par l'agriculture et l'industrie.
Cécrops, embarrassé, consulta son peuple, pour savoir à quel dieu il préférait se donner. Seulement, comme dans ces temps reculés on .n'avait pas encore imaginé que les femmes ne pouvaient pas tout aussi
bien que les hommes exercer des droits politiques, on fit voter tout le monde. Or, il arriva que tous les hommes votèrent pour Neptune, et toutes les femmes pour Minerve ; mais comme parmi les colons qui accompagnaient Cécrops, il y avait une femme de plus, Minerve l'emporta. Neptune protesta contre cette façon de juger le différend et en appela au tribunal des douze grands dieux. Mais ceux-ci firent venir Cécrops en témoignage, et le vote ayant été reconnu régulier, la ville fut consacrée à Minerve. Les Athéniens pourtant, craignant le courroux de Neptune qui avait déjà menacé de les engloutir, élevèrent dans l'Acropole un autel à V Oubli, monument de la réconciliation de Neptune et de Minerve ; puis Neptune fut admis à partager les honneurs de la déesse. Voilà comment les Athéniens devinrent un peuple navigateur en même temps qu'industrieux et agricole.
Minerve était pour les Athéniens la déesse par excellence et l'Acropole était la montagne sainte. L'Acropole figure sur une mounaie d'Athènes, assez grossière d'ailleurs (fig. 312). 11 n'y faut pas chercher une repré-
Fig. .313. — Minerve archaïque (sur une ancienne monnaie d'Atliènes).
sentation des édifices, mais on y voit dominer la grande Minerve de bronze, que les navigateurs saluaient de loin, comme protectrice de la cité. La confiance que Minerve inspirait, ne disparut que sous l'influence chrétienne, et un des derniers historiens païens, Zosime, racont(> comment la déesse s'est montrée pour la dernière fois. « Alaric, dit-il, impatient de prendre Athènes, ne voulait pas s'arrêter à un autre siège. Il se hâta donc d'aller à Athènes dans l'espérance de la prendre, tant parce qu'il était fort difficile de défendre la grande étendue de ses murailles, que parce qu'il était déjà maître du Pirée, et qu'il y avait peu de provisions dans la ville. Voilà l'espérance dont Alaric se flattait. Mais cette ville si ancienne devait être conservée par la providence des Dieux au milieu d'un si terrible danger. La manière dont elle fut protégée est trop miraculeuse et trop capal»le d'inspirer des sentiments de piété, pour être passée sous silence. Lorsque Alaric se fut a[)proché des murailles à la tête de son armée, il vit Minerve, telle qu'elle paraît dans ses images, faire le tour de la ville, et Achille tel que le décrit Homère apparut au haut des murailles. Alaric, épouvanté de ce spectacle, fit la pai\ et quitta la ville. » (Zosime.)
VULCAIN Eï MINERVE.
Type et attributs de Minerve. — « A partir du jour, dit (MtlVicd Mullcr, où Phidias eut achevé de dessiner le caractère idéal de Miuerve-Athéué, un sérieuv plein de cabne, une force qui a conscience d'elle-même, un esprit clair et lucide, devim'cnt à tout jamais les principaux traits du caractèie de Pallas. Sa virginité la place audessus de toutes les faiblesses humaines, elle est troj) homme pour pouvoir s'abandonner à un homme. Le front [>ur, le nez long et fin, la ligne un peu dure de la bouche et des joues, le menton large et
Fie. 314. — Athènes et Rome.
presque carré, les yeux peu ouverts et presque constamment dirigés vers la terre, la chevelure rejetée sans art de chaque côté du front et «uidulante sur la nuque du cou, traits dans lesquels percent la rudesse et la grossièreté primitives, répondent parfaitement bien à cette merveilleuse création idéale. »
Minerve est complètement identifiée avec la ville qu'elle protège, et si elle porte quelquefois des chevaux sur son casque, c'est pour montrer sa réconciliation avec Neptune auquel le cheval est consacré, et qui, comme dieu des mers, ne pouvait manquer d'avoir une grande importance à
Athènes. C'est ce que nous voyons dans un médaillon antique où la ville de Rome personnifiée est associée à celle d'Athènes (lig. 314) (Pallas- Athéné). Les deux illustres cités sont caractérisées par leurs attributs : la louve avec les deux enfants est l'attribut ordinaire de Rome, comme la chouette est l'attribut habituel d'Athènes. La déesse athénienne porte l'égide avec la tète de la Gorgone, et quatre chevaux décorent son casque.
Les chevaux apparaissent également sur une superbe intaille antique. L'aigrette du casque est supportée par un sphinx et deux coursiers ailés ou pégases : le devant est orné de quatre chevaux et le couvre-oreille d'un griffon. La parure de la déesse est partout de la plus grande richesse;
Fig. 315. — Pallas (d'après une pierre gravée antiqueK
outre l'égide à écailles bordées de serpents, elle porte un collier de glands et des pendants d'oreilles en forme de grappe de raisins (fig. 315).
31G. — Monnaie de Thuriiim.
Quelquefois, comme dans la médaille de Thurium, ce n'est ni un cheval ni un griffon qui décore le casque de Minerve, mais une Scylla ou un monstre fantastique terminé en queue de serpent (fig. 316).
La déesse porte toujours un casque, môme quand elle apparaît dans
YULCAIN ET MINERVE.
un rôlo |)acirH[uo. Ce casque est quelquefois ailé pour indiquei-le caractère aérien de Pallas (lig. 320). Au reste il apparaît sous dés formes extrêmement variées, sur les monnaies grecques ou romaines.
La chouette, l'oiseau qui voit clair la nuit, est naturellement consacrée à Minerve, déesse qui j)ersonnilie à la fois l'éclair et lintelligcnce. Sur les plus anciennes monnaies d'Athènes on voit la chouette, symbole d'une vigilance constamment éveillée (fig. 313).
Comme déesse guerrière. Minerve combat avec la lance : pourtant, une médaille macédonienne, imitée d'une ancienne figure archaïque,
Fig. 317. — Médaille romaine (denier de la gens Pompéia).
Fig. 318. — Monnaie de Macédoine (frappée sous Alexandre le Grand).
la montre avec le foudre de Jupiter (fig. 322). La Victoire apparaît fré([ueniment dans la main de la déesse : c'est ainsi qu'elle est tigurée sur une belle monnaie <le Lysimaque (fig. 321).
L'art des temps primitifs préférait l'image de Pallas à celle des autres divinités ; les antiques palladiums représentaient ordinairement la déesse
Fi^'. 319. — Monnaie grecque (de Mantinée).
Fig. 320. — Monnaie romaine (denier de la gens Pompéia).
avec le bouclier levé et brandissant sa lance. Cependant cette forme est variable, même dans les temps primitifs, et Minerve revêt différentes formes selon les localités.
Une peinture de vase nous montre Hercule et Jason offrant un sacrifice à la Minerve Asiatique ; la déesse porte la couronne radiée et est enveloppée dans une tunique serrée et richement brodée. Posée sur une colonne, lidole élève les mains dans une attitude qui exclut l'idée d'un attribut quelconque. Près d'elle est une victoire ailée, suivie d'un éphèbe ([ui semble ouvrir un coffre contenant les ustensiles sacrés (fig. 323).
Une médaille de la Nouvelle Uion représente une Pallas troyenne dont le type, imité d'une ancienne figure archaïque, doit remonter à
une très-haute antiquité. Elle est debout et porte de la main droite la lance sur son épaule, tandis que la gauche tient un flambeau. L'oiseau sacré est debout devant la déesse, dont le costume et particulièrement le casque s'éloignent complètement du type habituel de Minerve.
Fig. 321. - Minerve portant la Victoire (sur Fig. 322. — Minerve tenant la foudre (sur une monnaie de Lysimaque). une momiaie macédonienne).
L'égide est une peau de chèvre dont on se sert comme de bouclier, mais elle signifie également la tempête^ et c'est dans ce sens qu'Homère l'entend, lorsqu'il parle du feu et de la lumière qui partent du divin bouclier. Minerve, étant dans l'ordre physique l'éclair personnifié^ de-
Fig. 323. — Ancienne idole de Minerve asiatique (sur une peinture de vase).
vait avoir l'égide pour attribut, et dans les monuments archaïques on |)eut voir de quelle manière on s'en servait primitivement. Dans la grande époque de l'art. Minerve la porte sur la poitrine : la Gorgone figure toujours sur l'égide.
La tête de la Gorgone est un des attributs essentiels de la déesse et apparaît soit sur son égide, soit sur son bouclier. Elle exprime la terreur dont Pallas frappe ses ennemis.
La Minerve archaïque d'Herculanum est dans une attitude hiératique :
VULGAIN ET MINERVE.
vôtiio (lu |>('j)liis aux plis roidt^s pt rni|)Osés, qui rocouvro le chitou elle marche résolument au combat (fig-, 'A2o). La manière dont la déesse porte ici l'éj^ide est caractéristique : elle la tient sur son épaule de ma-
l*'ig-. 32 i. — Los attributs de Minerve avec médailles antiques (composition de Saint-Aubin).
nière à avoir le bras gauche entièrement couvert, (k'tte égide est trèsgrande, tandis que dans les monuments moins anciens, elle perd de son im|)ortance.
L'égide que porte Jupiter passait pour être la peau de la chèvre Amalthée, qui fut sa nourrice. Mais il y a des traditions différentes sur Tégidc de Minerve. La déesse avait tué le monstre Agis, enfant de la Terre, qui vomissait des flammes avec une fumée noire et épaisse. Ce monstre désola d'abord la Phrygie, ensuite le mont Caucase, dont il brûla les forêts jusqu'aux Indes. Il vint ensuite incendier le mont Liban et ravagea successivement l'Egypte et la Libye. Minerve, après l'avoir terrassé, le transperça de sa lance et fit une cuirasse avec sa peau, sur laquelle elle plaça plus tard la tète de la Gorgone et qu'elle portait comme un trophée. Lorsque l'égide est placée autour du bras, comme nous la montre la Minerve d'IIerculanum, elle est toujours un signe de combat.
La Minerve d'Égine tient la lance et le bouclier levés, mais Tégide, au lieu d'être portée sur le bras, sert de cuirasse pour garantir la poitrine et même le dos sur lequel elle retombe. Cette statue, qui est maintenant à la Glvptotbèque de Mnnicb, occupait le centre du fronton occidental du temple d'Égine (fig. 326).
La fameuse Minerve de Phidias, dans le Parthénon, était en ivoire et en or. La déesse était debout, couverte de l'égide, et sa tunique descendait jusqu'aux talons. Elle tenait une lance dans une main et dans l'autre une victoire. Son casque était surmonté d'un sphinx, emblème de rintelligence céleste ; dans les parties latérales étaient deuv griffons, dont la signification était la même que celle du sphinx, et au-dessus
Fig. 3-2Ô. — Minerve d'Herculanum (musée de Naples}
de la visière, huit chevaux de front s'élançaient au galop, image de h\ rapidité avec laquelle agit la pensée divine. La tête de Méduse figurait sur sa poitrine. Les bras et la tête de la déesse étaient en ivoire a l'exception des yeux formés par deux pierres précieuses; les draperies étaient en or et pouvaient s'enlever facilement, car il fallait, si la république se trouvait dans la détresse, qu'elle put avoir recours au trésor public, dont la déesse était dépositaire. Sur la face extérieure du bouclier, posé aux pieds de la déesse, était représenté le combat des Athéniens contre les Amazones, sur la face inférieure celui des géants et des Dieux : la naissance de Pandore était scul])tée sur le piédestal.
VULCAIN ET MINERVE
Une pièce tle ÏAnt/ioiof/ic <jn'cquo compare la Minerve de Phidias, à Athènes, à hi Vénus que Praxitèhi avait faite à Cnide : « En voyant la divine image de Vénus, fille des mers, tu diras : Je souscris au jugeluent dn Phrygien Pài-is. Si tn legardes ensuite la Minerve d'Athènes, tu t'écrieras : Celui qui ne lui a [tas adjugé le prix était un bouvier! »
La Minerve du sculpteur Simart qui figura au salon de 1855 avait été conuuandée par le duc de Luynes, qui voulait avoir une imitation du
Fig. 3-20. — Minerve d'Égine (musée de Munich)
chef-d'œuvre perdu de Phidias, reproduisant exactement la description que nous en a laissée Pausanias (fig. 327).
Cette statue est certainement le plus curieux essai de reconstitution qui ait été tenté dans l'art moderne. Voici la descri|)tion qu'en a donnée Théophile Gautier, dans le compte-rendu de l'Exposition de 1855. K M. Simart, s'aidantde toutes les ressources que l'art moderne mettait à sa disposition, a restauré heureusement la silhouette générale de la statue de Phidias : il a consulté les textes et les médailles : sa Minerve n'a pas, on le pense Lien, la taille de la Minerve du Parthénon ; il a du se borner à l'exécution au quart, ce qui donne encore une proportion de huit pieds, et suffit pour donner une idée de l'original. La description que nous venons de faire de la statue de Phidias nous dispense de ikrler en détail de M. Simart, qui s'est conformé avec la plus scrupuleuse exactitude au\ renseignements, par malheur peu
précis, qu'ont laissés les anciens. La tête de sa statue, au profil ferme et sévère, a lîien l'expression de sérénité froide et de virginité dédaigneuse qui convient à la plus chaste des divinités de l'Olympe ; une pierre d'azurite, enchâssée dans sa priuielle, rappelle Tépithète de glaucojns qu'Homère ne manque jamais dappliquer à Pallas-Athéné,
Fig. 327. — La Minerve de Phidias (reconstituée par Simart
et donne à son regard une lueur étrange : on dirait un œil vivant qui scintille à travers un masque. Nous aimons assez cette bizarrerie inquiétante. Des boucles d'oreilles d'or et des pierres bleues accompagnent les joues pâles de la déesse ; les bras taillés d'une seule pièce dans deux énormes défenses d'ivoire fossile, sont d'une rare beauté; la transparence éburnéenne, traversée de veines bleuâtres et de blancheurs rosées, joue la chair à faire illusion : on croirait voir la vie courir sous cette belle substance si polie, d'un grain si fin qui imite le derme délicat d'une jeune femme. Les pieds sont purs de forme, comme des pieds qui n'ont jamais foulé que l'azur du ciel ou la neige étincelante de l'Olympe. La tunique d'un or pâle, semblable à cet électrum si célèbre dans l'antiquité, descend à plis simples et graves, et fait le plus heureux contraste avec les teintes blanches de l'ivoire. Les bas-reliefs du bouclier et des sandales ont bien le caractère hellénique, et le serpent Ereclithée déroule d'une façon pittoresque ses écailles d^or vert... La Victoire que Minerve tient dans sa main, et qui fait palpiter éperdumcnt ses frissonnantes ailes d'or, est la plus délicieuse statuette chryséléphantine qu'on puisse rêver, et M. Simart a cette ressemblance avec Phidias, d'avoir principalement réussi cette figure. L'artiste pour-
VULCAIN ET MINERVE
suivant sa restauration a restitue sur le piédestal de la statue la naissance de Pandore, douée par tous les dieux comme une princesse de contes de fées, dont on dit que Phidias avait orné le socle de son colosse. Ce bas-relief est charmant et semble détaché d'une frise du temple de la Victoire Aptère; il complète la statue, dont la richesse avait besoin de cette base élégante. »
La Palias de Velletri du Louvre est une statue de grandeur colossale (fig. 328). Il est probable qu'elle tenait une Victoire en bronze dans
Fig. 328. — Palias de Velletri (d'après une statue antique. Musée du Louvre).
la main gauche, tandis que la main droite s'appuyait sur une lance. Elle porte le casque corinthien et son égide formée d'écaillés et de petits serpents est agrafée par une tête de Méduse qui a la bouche entr'ouverte et laisse voir toutes ses dents. Elle a été trouvée en 1797 dans une villa romaine aux environs de Velletri.
La belle Minerve en bronze du musée de Turin, conçue dans un style archaïque, passe pour la reproduction d'un ouvrage célèbre dans l'antiquité (fig. 329). C'est une des plus belles figures de la déesse qui soit parvenue jusqu'à nous.
Malgré son caractère belliqueux, Palias ne fait aucunement double emploi avec Mars, qui exprime le tumulte et la fureur du combat, tandis que Minerve caractérise surtout l'intelligence guerrière et ce que nous appellerions aujourd'hui la tactique.
Minerve et Encelade. — Minervo a pris part à la guerre des dieux contre les géants et a puissamment contribué à la victoire de Jupiter. Parmi les ennemis qu'elle a terrassés, le plus important est Encelade. La force de ce géant était telle, qu'à lui seul il aurait pu lutter
Fis. 3-29. — Minerve (d'après une statue antique du Musée de Turin).
contre tous les dieux ensemble. Dans un moment où Minerve était éloignée de ses compagnons d'armes, Encelade, s'apercevant qu'elle est seule, fait un bond et se place en face d'elle. La déesse le voit sans pâlir, elle rassemble toutes ses forces et prenant à deux mains la Sicile, elle la lance sur le «^-éant qui est écrasé sous cette masse énorme. La chute d'Encelade termine la guerre des géants : parfois il essaie de remuer, et c'est ce qui produit les tremblements de terre dans cette contrée. Sa tète est placée sous le mont Etna, d'oii il vomit encore des flammes, ce qui fait dire à un poëte français :
Encelade, malgré son air rébarbatif, Dessous le mont Etna fut enterré tout vif; Là chaque fois qu'il éternue, Un volcan embrase les airs, Et quand par hasard il remue, ■ il met la Sicile à l'envers. . .
■ATI
YULCAIN ET MINERVE.
Le Bassin crEncelade à Versailles montre' le g:éant dont on aperçoit seulement la tète et les bras gigantesques au milieu des fragments de rochers. Mais la lutte de Minerve contre ce géant, telle que Ta décrite la mythologie, a été en somme assez rar<>ment représentée, parce qu'elle
Fiff. 330.
Médailk' de Gordien, frappée à Séleucie, montrant Minerve victorieuse d'dii géant (composition de G. de Saint-Aubin) .
n'est pas du domaine delà plastique. Une médaille de Gordien, frappée à Séleucie, représente bien la victoire de la déesse, mais au lieu de jeter la Sicile à la tête de son ennemi, elle le transperce de sa lance (fig. 330).
Minerve et Tirésias. — Vierge essentiellement chaste. Minerve apparaît toujours vêtue, et si les artistes modernes la représentent (fuelquefois déshabillée, notamment dans le jugement de Paris, c'est par lignorance oii ils sont presque toujours des caractères distinctifs de la déesse. Un seul homme, le Thébain Tirésias, a aperçu un jour Minerve au bain, et a été aussitôt frappé d'aveuglement, ou suivant d'autres changé en femme. Une belle statue de Gatteaux représente la déesse au moment où elle s'aperçoit qu'elle est vue parmi homme (fig. 331).
Pradier avait fait un groupe de Minerve repoussant les traits de lAmour : la ])ensée était juste mythologiquement. Vénus fut même un jour piquée de ce que son fils n'eût pas plus de pouvoir sur la déesse athénienne :
Vénus. Pourquoi donc, Amour, toi qui as vaincu tous les auti'es dieux, Jupiter, Neptune, Apollon, Rhéa, et moi, ta mère, épargnes-tu la seule Minerve? Contre elle ton flambeau n'a-t-il pas de feu, ton car- ([uois est-il vide de flèches, n'as-tu plus d'arc, ne sais-tu plus décocher un trait ?
L'AMOiii. J'ai peur d'elle, ma mère: elle est effrayante, son œil est
terrible^ son air imposant et mâle. Chaque fois que je m'avance contre elle pour lui lancer une flèche, elle m'effraye en agitant son aigrette; je deviens tout tremblant et les traits s'échappent de mes mains.
Vénus. Est-ce que Mars n'est pas plus terrible? Cependant tu l'as désarmé et vaincu.
L'Amolr. Oui, mais il vient de lui-même au-devant de mes coups: il les appelle. Minerve au contraire me regarde toujours avec dé-
Fig. 331, — Minerve aperçue par Tirésias (d'après une statue de Gatteaux.)
fiance ; un jour même que par hasard je volais auprès d'elle, tenant mon flambeau : « Si tu m'approches, dit-elle, j'en jure par mon père, je te perce de ma lance, je te prends par le pied et te précipite dans le Tartare, ou je te déchire de mes mains pour te faire périr. » Telles sont ses menaces sans fin, et en même temps elle jette sur moi des regards furieux; elle a en outre sur la poitrine une tète hideuse, dont la chevelure est de vipères et qui me cause le plus grand effroi: je crois voir un spectre et je fuis dès que je l'aperçois. » (Lucien.)
Minerve et Marsyas. — D'après une fable très-ancienne, Minerve, ayant rencontré un os de cerf, s'en servit pour inventer la flûte. Mais s'étant aperçue que cet instrument lui faisait faire des grimaces
VULGAIN ET MINERVE.
qui rcnlaidissaicnt et que quand elle en voulait jouer les autres déesses se iiHxfuaicnt d'elle, elle jeta au loin la lualencontrcuse flûte, et prononça la malédiction la i)lus lerriblc contre celui qui la ramasserait. Le Phryj^ien Marsyas, qui se souciait probablement assez peu de la divinité d'Atbènes, ne tint aucun compte de ses imprécations, ramassa linstrument et réussit à en jouer avec une grande perfection. 11 y avait dans l'Acropole d'Athènes un groupe représentant Minerve qui frappe Marsyas, pour avoir osé ramasser la flûte qu'elle avait jetée et qu'elle désirait être oubliée à jamais. Dans nu bas-relief qui est à Rome, on voit Minerve jouant de la double flûte, et Marsyas, sous la forme d'un satyre, la guette pour s'en emparer quand elle l'aura jetée. Plus habituellement, la déesse regarde avec attention la flûte qu'elle vient d'inventer. La même raison qui fait qu'elle a renoncé à jouer de cet instrument, empêchait les sculpteurs de la représenter avec une figure déformée et grimaçante.
Une médaille attiquc de bronze représente à son revers. Minerve
Fig. 332. — Minerve et Marsyas (d'après une monnaie antique).
rejetant la double flûte en présence du satyre Marsyas qui manifeste son étonnement par ses gestes (fig. 332).
Minerve-Hygie. — Nous avons vu le serpent apparaître parmi les attributs de Minerve. Ce serpent est habituellement l'emblème d'Erechthée, qui fut élevé par la déesse. Mais Minerve était quelquefois invoquée comme protectrice de la santé. Elle porte alors le nom de Minerve-Hygie, et le serpent qui paraît à côté d'elle, mange dans une coupe que la déesse tient à la main, comme s'il était auprès de la compagne d'Esculape. Minerve-Hygie est figurée sur un bas-relief qui décore un candélabre antique du musée Pio-Clémentin à Rome (fig. 334).
Minerve Ouvrière ou Ergané. — Minerve n'est pas seulement guerrière : c'est d'elle que nous vient l'industrie, et on l'a surnommée à cause de cela Minerve Ouvrière. Laborieuse autant que guerrière, elle enrichit les cités qui l'honorent en même temps qu'elle les protège. Elle aime l'agriculture et elle a enseigné aux hommes l'usage de l'olivier : c'est pour cette raison que cet arbre lui est consacré et qu'on voit
figurer une lampe dans ses attributs. L'architecture, la sculpture, la mécanique rentre dans le domaine de cette déesse, qui préside en général à tous les travaux de l'esprit et de l'imagination. Elle est figurée, sous cet aspect, mais en conservant son costume guerrier, sur un curieux bas-relief, où on la voit diriger par^ses conseils un jeune sculpteur qui taille un chapiteau, et d'autres ouvriers qui travaillent à une machine; Jupiter et Diane sont placés derrière elle et suivis d'une
Fig. 333. — Minerve-Hygie (d'après un bas-relief antique. Musée Pio-CIémentin,.
prêtresse faisant une libation, et d'un gros serpent à tête de bouc qui représente le génie du théâtre, comme l'indique l'inscription mutilée qu'on lit au-dessus. Celle du bas signifie : Lucceius Pecularis, entrepreneur du proscenium, a fait placer ce bas-relief votif d'après un songe.
Les principales attributions de Minerve Ergané sont résumées dans un passage d'Artémidore : « Minerve est favorable aux artisans, à cause de son surnom de l'Ouvrière ; à ceux qui veulent prendre femme, car elle présage que cette femme sera chaste et attachée à son ménage; aux philosophes, car elle est la sagesse née du cerveau de Jupiter. Elle est encore favorable aux laboureurs, parce qu'elle a une idée commune avec la terre; et k ceux qui vont à la guerre, parce qu'elle a une idée commune avec Mars. »
C'est Minerve Ouvrière qui a inventé les voiles des vaisseaux et on lui doit la construction du fameux navire Argo (voyez fig. 149). Mais c'est surtout pour les tissus et les travaux des femmes que Minerve prend une importance tout à fait spéciale et elle a la quenouille pour attribut. Aussi elle est spécialement invoquée par les ouvrières qui confectionnent les tissus, comme on peut le voir dans cette pièce de VAntholoi/ie :
« 0 Minerve, les filles de Xuthus et de Mélité, Satyre, Héraclée,
Euphro, toutes trois de Samos, te consacrent Tune, sa longue quenouille, avec le fuseau qui obéissait à ses doigts pour se charger des fils les plus déliés; l'autre, sa navette harmonieuse qui fabrique les toiles au tissu serré; la troisième, sa corbeille avec ses belles pelotes de laine, instruments de travail qui, jusqu'à ha vieillesse, ont soutenu leur laborieuse vie. Voilà, auguste déesse, les offrandes de tes pieuses ouvrières. »
Minerve et Arachné. — Les tissus formaient une des branches les plus importantes de l'industrie des Athéniens ; mais les fabriques de l'Asie, qui de tout temps ont été célèbres, l'emportaient en finesse sur celles des villes grecques, dont les tissus moins délicats étaient probablement plus solides. C'est ce qui a donné lieu à la fable qui nous dépeint la rivalité de Minerve et d'Arachné.
Arachné n'était pas illustre par sa naissance, mais son talent et son industrie l'avaient rendue célèbre. Son père était teinturier en laine dans la ville de Colophon, et elle s'était acquis une telle réputation dans toutes les villes de la Lydie par la beauté de ses ouvrages, que les Nymphes du Tmole et du Pactole quittaient leurs eaux limpides et leurs riants bocages pour venir admirer ses travaux à l'aiguille. Elle savait filer et faire la laine, et elle embellissait ses tissus de dessins charmants rehaussés de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Mais elle tirait une telle vanité de son talent, qu'elle allait partout disant qu'elle mettrait au défi Minerve elle-même.
La déesse, piquée de ces propos, prit la figure d'une vieille femme, se couvrit la tète de cheveux blancs, et s'étant rendue chez Arachné, lui fit des remontrances amicales sur l'inconvenance qu'il y avait à une simple mortelle, de se comparer à une déesse, et surtout à la déesse de qui procède toute l'industrie humaine. Arachné se trouva offensée; elle reçut fort mal la vieille femme qui lui parlait ainsi et la regardant d'un œil courroucé, s'avança vers elle comme pour la frapper, disant que si Minerve elle-même se présentait, elle saurait bien la confondre, mais que cette déesse n'oserait assurément pas entreprendre une lutte qui tournerait à son désavantage.
Minerve à ces mots reprend sa figure véritable et déclare qu'elle accepte le défi. Les voilà l'une et l'autre qui préparent leurs ouvrages, disposent leurs toiles et les mettent sur le métier. Déjà la navette court avec une agilité incroyable, et l'envie qu'elles ont de se surpasser redouble leur application. Pour rendre leur ouvrage plus parfait, chacune d'elles y retrace d'anciennes histoires. Minerve représenta dans le sien le différend qu'elle avait eu avec Neptune au sujet du nom que devait porter la ville d'Athènes. Arachné se plut à retracer des histoires qui ne pouvaient qu'être désagréables aux divinités de l'Olympe grec.
378 VULCAIN ET MINERVE
On y voyait les métamorphoses des dieux, et leurs intrigues amoureuses ligurées d'une façon qui n'était nullement à leur avantage. Mais le travail d'Arachné était exécuté avec une telle délicatesse et une si incroyable perfection que Minerve n'y put pas trouver le moindre défaut.
Oubliant alors qu'elle était déesse, pour ne songer qu'au dépit ([u'elle éprouvait de se voir égalée en finesse par une mortelle, Minerve déchira la toile de sa rivale qui s'alla aussitôt pendre de désespoir. Minerve, prise d'un mouvement de pitié, la soutint en l'air, pour l'empêcher de s'étrangler et lui dit : « Tu vivras, Arachné, mais tu demeureras toujours ainsi suspendue ; telle sera ta punition et celle de toute ta postérité. » En même temps Arachné sentit sa tète et son coprs diminuer de volume ; des pattes minces et déliées prirent la place de ses bras et de ses jambes, et le reste de son corps ne présenta plus qu'un gros ventre. Depuis ce temps les araignées ont toujours continué à filer, et l'industrie humaine n'est pas encore parvenue à égaler la finesse de leurs tissus. (Ovide.)
11 est aisé de voir que cette fable, oii Minerve ne montre pas un bien bon caractère, a pris son origine dans les villes grecques d'Asie. Arachné, qui est Lydienne, montre, aux yeux des Grecs, une singulière audace en se comparant à l'Athénienne Minerve, mais les tissus de l'Orient étaient inimitables, et on les recherchait avidement sur tous les marchés de la Grèce; ce n'est pas sur le terrain du travail qu'Arachné est vaincue, c'est uniquement par un résultat de la puissance divine, dont est doué l'adversaire qu'elle égale en talent si elle ne la surpasse.
La fête des Panathénées. — La grande fête des Panathénées se célébrait à Athènes en l'honneur de Minerve (Athéné), déesse tutélaire de la ville à laquelle elle avait donné son nom. La fête comprenait différents exercices, entre autres les courses à pied et à cheval, les combats gymniques, et les concours pour la musique et la poésie. Les luttes gymniques avaient lieu sur le bord de l'ilissus. La fête se terminait par une grande procession qui est iigurée sur la frise de la cella du Parthénon où elle fait tout le tour de l'édifice.
Le but religieux de la fête était de couvrir la déesse d'un voile nouveau en remplacement de celui qui avait fait son temps. Mais le but politique était tout autre ; il s'agissait de montrer que Minerve était Athénienne par le cœur, et qu'on ne pouvait invoquer sa protection si l'on n'était l'ami d'Athènes.
Sur le monument, on voit la prêtresse qui reçoit de deux jeunes vierges les objets mystérieux qu'elles lui apportent. Ces jeunes filles sont des enfants, car d'après les rites elles ne pouvaient avoir moins de sept ans ni plus de onze. « Pendant la nuit qui précède la fête, dit Pau-
sanias, elles prennent sur leur tèle ce que la prêtresse leur donne à porter. Elles ignorent ce qu'on leur remet ; celle qui le leur donne lignore aussi. Il y a dans la \ille, près de la Vénus des jardins, une enceinte où se trouve un chemin souterrain creusé par la nature. Les jeunes fdles descendent par là, déposent leur fardeau, et en reçoivent un nouveau soigneusement couvert. Ce précieux fardeau contient le vieux vêtement, et celui qu'elles rapportent renferme le nouveau. Comme la scène se passe la nuit, l'une d'elles tient un flambeau allumé. »
Pendant que la prêtresse reçoit la nouvelle parure de la déesse, le grand prêtre, assisté d'un jeune garçon, est occupé à plier l'ancien péplum. Le public n'assiste pas à la scène mystérieuse du sanctuaire, mais les dieux, spectateurs invisibles, sont figurés assis et disposés en groupes symétriques. Parmi eux on voit Pandrose, recouverte du voile symbolique qui caractérise le sacerdoce ; elle montre au jeune Erechthéc, accoudé sur ses genoux, la tête de la procession qui s'avance vers le sanctuaire.
C'est d'abord un groupe de vieillards à l'allure grave qui sont enveloppés de leurs manteaux et s'appuient presque tous sur leur bâton. Ils sont les gardiens des lois et des rites sacrés, car on en voit qui semblent donner des instructions aux jeunes vierges athéniennes qui défilent après eux. Celles-ci portent avec gravité le chandelier, la corbeille, les vases, les patères et tous les objets destinés au culte. Après les Athéniennes, viennent les filles des étrangers domiciliés à Athènes. Elles n'ont pas le droit de porter des objets aussi saints, mais elles tiennent en main les pliants qui serviront aux Canéphores. Viennent ensuite les hérauts et les ordonnateurs de la fête, qui précèdent les bœufs destinés au sacrifice, puis des enfants qui conduisent un bélier. Des hommes les suivent, tenant des bassins et des outres pleines d'huile. Derrière ceux-ci, les musiciens jouent de la flûte ou de la lyre, et une suite de vieillards qui tiennent tous en main un rameau d'olivier, termine le cortège sacré.
C'est alors que commencent à défiler les chars à quatre chevaux et la longue suite des cavaliers. On se rappelait que Minerve avait appris aux hommes l'art de dompter les chevaux et de les atteler au joug, et des jeux équestres accompagnaient toujours sa fête. Tout le monde connaît par les moulages la célèbre cavalcade du Parthénon. Une suite de jeunes hommes, dont la chlamyde flotte au vent derrière leurs épaules, domptent leurs chevaux thessaliens qui se cabrent en leur résistant.
Les prix donnés aux vainqueurs dans les jeux donnés en l'honneur de Minerve consistaient ordinairement en amphores pleines d'huile. On rappelait ainsi que la déesse avait planté l'olivier dont l'Attiquc tirait sa plus grande richesse. Le musée du Louvre possède plusieurs de ces vases qui sont appelés panathénaïques. Leur décoration est assez
380 VULCAIN ET MINERVE
furieuse ; on y voit Minerve debout, brandissant sa lance et portant son ttouclier. La figure est conçue dans le style traditionnel des anciennes ligures de style archaïque. Elle est placée entre deux colonnes supportant chacune un coq (fig. 335).
Le coq, en etret, était consacré à Minerve Ouvrière ; Creuzcr nous en <lonne la raison : « Le nom d'Krgané, dit-il, exprima d'abord le travail
Fig. 336. — Vase ])anatlicnaïque (Musée du Louvre).
lui-même, la tâche journalière, et paraît s'être appliqué primitivement, comme épithète de Minerve, à la protection spéciale que cette déesse était censée accorder aux occupations des femmes. Sous ce point de vue, le coq lui était consacré; quand le chant de cet oiseau annonce le retour de l'aurore, il nous rappelle tout à la fois au culte de Minerve Ergané et de Mercure Agoreus, c'est-à-dire aux travaux de l'industrie et du commerce. »