‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 61 sur 111 · VESTA · texte numérisé non relu

VESTA

leur demander protection : celles-ci en effet leifi^nent de In défendre, mais l'époux après une lutte simulée prend la jeune lille, la soulève dans ses bras, lui fait franchir la porte, en ayant l)ien soin que ses pieds ne touchent pas le seuil. Si elle était entrée dans la maison en touchant le seuil avec ses pieds, elle s'y trouverait au même titre qu'une étrangère qu'on reçoit, tandis qu'elle doit y être comme lenfant qui est né dans la maison, et qui n'y est pas venu du dehors. Alors l'épouse approche du feu sacré, elle regarde les portraits des ancêtres qui entourent la salle, et qui désormais sont les siens : sur la llamme du foyer l'on fait cuire un pain en récitant des prières, et quand le pain est cuit, les deu\ épou\ le partagent. A partir de ce moment, l'épouse qui a sa place au foyer, a complètement changé de famille. C'est aux ancêtres de son époux qu'elle porte l'offrande, parce qu'ils sont devenus les siens : le mariage est pour elle une seconde naissance, et le foyer qui brûle dans sa demeure, est désormais sa divinité protectrice.

Les vestales romaines. — Le collège des vestales à Rome a été particulièrement célèbre dans l'antiquité. Les vestales avaient pour mission de garder le feu sacré, qu'elles ne devaient jamais laisser éteindre. Elles étaient au nombre de six : on les prenait très-jeunes pour \v

Fig. 't(ji. — Vestale (d'après une statue antique'.

service de la déesse. Pour être admise la jeinie fille devait avoir an moins six ans et au plus dix ans, être née de parents libres et estimés, et ne présenter aucun défaut corporel. Ses fonctions duraient trente

MKHCURE ET TESTA.

ans : les dix })rtMni(Mrs années ('taicMit consacrées au noviciat, les dix suivantes, à pratiquer les rites sacrés, les dix dernières à enseigner les novices. Les vestales faisaient vœu de vir^iinité tout le temps que duraient leurs fonctions : celles qui violaient leurs vœux étaient enteirées vivantes, et l'homme qui avait outragé une vestale était condanuu'; à être fouetté jusqu'à ce (jue mort s'ensuivît. Pendant onze cents ans qu'a duré rinstitution, vingt vestales ont été accusées de souillures, et treize ont été condanuiées.

La cérémonie de l'enterrement d'une vestale coupable a\ail lieu dans un endroit spécial, placé en dedans des murs de Rome, et s'accomplissait suivant les rites prescrits. On préparait au lieu voulu un caveau, dans lequel on pouvait pénétrer par une ouverture pratiquée à la surface du sol, et on y dressait un lit. Près du lit, on mettait une lampe allumée, du pain, de l'eau, un pot de lait et une petite provision d'huile. La vestale coupable traversait la ville dans une litière hermétiquement fermée, et il était enjoint à la foule de garder sur son passage le plus profond silence. Ouand on arrivait au lieu du supplice.

Fig. 4G5. — Vestales sacrifiant (d"après une médaille antique).

les licteurs déliaient les courroies de la litière, pendant que le grand pontife récitait les prières consacrées : alors la vestale, couverte d'un grand voile, descendait dans son tombeau qui était refermé aussitôt.

Quelquefois, comme dans ce qu'on nommait le jugement de Dieu, au moyen âge, la déesse prouvait par un miracle l'innocence de la prêtresse accusée. C'est ainsi que la vestale Claudia Quinta prouva sa vertu en conduisant, avec sa seule ceinture, dans le port du Tibre, le vaisseau qui portait la statue de la déesse Cybèle, dont Attale avait fait présent aux Romains, et qu'aucun effort humain n'avait pu faiie mouvoir.

Les vestales qui avaient accompli leur temps de service religieux pouvaient ensuite se marier. Tant quelles étaient prêtresses, elles habitaient le temple et étaient nourries aux frais du trésor public. Plu-

VESÏA.

sieurs statues antiquos nous ont transmis le costume des vestales. Ces [)rètresses jouissaient dune grande considération : elles étaient toujours crues sur parole, et ne prêtaient pas serment. Elles marchaient précédées d'un lictenr. qui portait devant elles les faisceaux, et si, dans sa marche, une vestale rencontrait un criminel qu'on menait au sup- [dice, elle lui sauvait la vie, pourvu qu'elle affirmât que c'était une rencontre fortuite et non préméditée. Enfin partout oii les vestales se présentaient, la place d'honneur leur était assurée. Sous la décadence, les vestales, qui |»rimiti\ement portaient une longue rohe hlanche, un Landeau et un voile, se relâchèrent heaucoup de leur simplicité primitive. Le collège des vestales a été aholi délinitivement par l'empereur chrétien Théodose, l'an 389 après Jésus-Christ.

Une médaille de Lucille, femme de Lucius Vérus, nous montre six vestales sacrifiant sur un autel allumé, devant un petit temple rond avec la statue de Vesta (fig. 405).

Les lares domestiques. — Les lares ou mânes sont des dieux de la famille dont le culte se relie étroitement à celui de la déesse du foyer. Ils présidaient à la garde des maisons et dés familles dont ils étaient en quelque sorte les génies tutélaires. Les petites figurines qui

Fig. 4CG. — Lare privé (d"après une statue antique).

les représentent étaient en général placées dans une niche contiguë an foyer; le chien leur est spécialement consacré. Le lare familier nous apparaît souvent sous la forme d'un enfant accroupi qui a un chien à ses pieds. Quelquefois il porte le chien sur ses épaules et un panier de provisions est placé près de lui; car il doit veiller à ce que la famille ne manque de rien (fig. 400).

MERCURE ET A' EST A

(Jetait une croyance universel loinent ié|>an(lue que l'ànie des niorls |K)Uvait venir sur la terre piotéjicr leurs jtarents ou leurs amis. Mais il était nécessaire pour cela que les morts eussent été inhumés selon les rites, et de là vient rimpoi-lance qu'on attachait aux cérémonies lunèhres et la crainte oîi Ion était de les voir manquer de sépulture.

Les génies. — Lart a rarement représenté les lares privés, mais il a re|)roduit sous toutes sortes d'aspects les démons ou génies, êtres in-

Fi;i. 407. — Génies des courses de chars (d'après un bas-relief antique).

I(;rmédiaires entre l'homme et la Divinité, et dont le rôle n'a jamais été bien défini. On les voit fréquemment sur les sarcophages, où ils personnifient sans doute les goûts du défunt. Ils luttent dans le stade.

Fig. }G8. — Funérailles d'un génie (composition du Poussin).

courent sur des chars dans l'hippodrome, chassent des sangliers ou des cerfs, se mêlent au cortège des divinités marines, cueillent des raisins pour la vendange, et font mille métiers divers. Il y a des génies laboureurs, des génies cordonniers, des génies lutteurs, des génies chas-

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seurs, etc. Très-souvent ils jouent entre eux et se loiil niillc lutiiieries toujours pleines de grâce. Les artistes grecs en mettaient partout et la profusion avec laquelle ils les semaient sur les monuments vient dunt' raison décorative aussi souvent que d"une raison mvtliologique.

L'art moderne a quelquefois donné au\ anges la forme des génies ; mais comme les occupations des anges ne sont pas très-variées, il a fallu revenir à des conceptions païennes. C'est ce qu'a fait Raphaël dans plus d'une circonstance et notamment dans son adorable llonde de Génies. Les petits enfants ailés dansent joyeusement dans la prairie, au son de la musique que leur font deux amours, reconnaissahles au carquois placé près deux.

Les génies étaient généralement bienfaisants. Bien que leur puissance fût assez limitée, on se préoccupait de les satisfaire : ils aimaient la gaieté et se plaisaient près des gens d'un caractère égal. Celui qui se laissait aller à la tristesse, affligeait son génie, car tout homme a le sien : c'est lui qui amène l'àme dans le corps qu'elle doit habiter, et l'escorte en souriant quand elle quitte la terre pour aller dans le pays des ombres. La sombre mélancolie a toujours été inconnue à l'antiquité. Quand un génie part pour le grand voyage, ses camarades quittent un moment leurs jeux pour aller à ses funérailles, comme nous le fait voir le Poussin, dans une de ses gracieuses compositions (iig. i68\

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