‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 62 sur 111 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ïvi'i: i:t attributs de racchus.

Baccluis ui'iciiUil. — Biicchus thébain. — La vigne, le lierre, le thyrse. — Bacchus el Apollon. — Hacclius inventeur du théâtre. — Les masques. — La coupe mystique. — Bacchus et Ampélus. — Les fêtes de Bacchus. — Procession en Thon I leur de Bacchus à Alexandrie.

Bacchus oriental. — Bacchus (Dionysos) est le vin personnifié. Son culte, moins ancien que celui des autres dieux, a prisde l'imporiance à mesure que la culture de la vigne s'est étendue. On Va alors associé avec Cérès et on les honorait dans les mômes fêtes comme principes souverains de l'agriculture.

« La Grècç antique des temps primitifs, dit Ottfried Mûller, se con-

l'ig. 46l>, i70. — Têtes de Bacchus (d'après des nioniiaies antiques).

tentait d'un Hermès phallique, comme représentation figurée de ce dieu nature: et l'art grec de toutes les époques conserva l'habitude d'ériger des têtes de Bacchus seules ou même de simples masques de cette divinité. Cet Hermès phallique fut bientôt remplacé par la figure superbe et majeshieuse du vieux Bacchus ; la tête est ornée d'une chevelure magnifique dont les boucles sont retenues au moyen d'une mitre, la barbe

Fig. 471. — Bacclius indien, dit le Sardanaple (statue antique).

TYPE ET ATTRIBUTS DE BACCHUS

descend en lignes sinueuses, et dans tous les traits de sa physionomie respire quelque chose d'ouvert. Son costume, d'une magnificence orientale, est presque celui d'une femme, et le dieu tient ordinairement dans ses mains le rhyton et un pampre. Ce ne fut que plus tard, à l'époque de Praxitèle, que du ciseau du statuaire sortit le jeune Bacchus, représenté et conçu sous les traits d'un éphèbe ou d'un adolescent chez

El! 1 1 ''''''■'"

liii!

Fig. 472. — Bacchus indien (d'après un buste antique).

lequel les formes du corps mollement fondues et sans musculature bien accusée, annoncent la nature à demi féminine du dieu, et les traits de la physionomie forment un mélange singulier du délire bachique et d'une ardeur indéterminée et sans but précis. Sur cette physionomie se manifeste et parle clairement la voix de l'àme de Bacchus partageant l'enthousiasme et le délire qu'il cause. Les formes et les traits du visage de cette représentation figurée de Bacchus laissent place néanmoins à l'expression grandiose et imposante qui révèle dans Bacchus le fils de la foudre, le dieu à la puissance duquel rien ne résiste. La mitre qui couronne le front et la couronne de pampre ou de lierre qui lui font ombre,

BACCHUS ET SON CORTÉCÎK

contribuent [»uissninm(Mit à rcxprcssion bachiqiio; la cheveluro dcscond en longs et soyeuv anneaux sur les épaules ; le corps est habituellement nu, à l'exception d'une peau de chevreuil jetée négligemment ; les pieds seuls sont emprisonnés d'une magnifique chaussure, les cothurnes dionysiaques; le bâton léger entouré de pampres avec la pomme de pin, sert de sce]»tre et de soutien au dieu. Cependant Ibimation (pii descend jusque sur les talons, est adapté parfaitement au caractère de lîacchus ; quelquefois aussi, et dans les monuments des derniers temps

Fig. 473. — Bacchus phrygien (d'après un bas-relief antique).

de l'art, Bacchus parait entièrement vctu à la manière des femmes. L'attitude des statues de Bacchus est le plus ordinairement celle du dieu appuyé commodément ou couché, ou bien assis sur le trône ; sur des gemmes et dans des tableaux on voit le dieu marchant d'un pas aviné, monté sur ses animaux favoris ou traîné par eux. Un satyre favori lui sert souvent d'appui et un autre remplit auprès du dieu le rôle d'échanson. »

La plus belle statue que nous connaissions du Bacchus barbu est celle qui était autrefois désignée sous le nom de Sardanapale, à cause d'une inscription qui porte ce nom, mais qu'on a reconnu depuis avoir été ajoutée postérieurement. C'est le Bacchus oriental dans toute sa majesté : ses longs cheveux sont retenus par la mitre et sa barbe majestueuse descend jusque sur sa poitrine. Un ample manteau qui entoure deux fois le corps retombe jusque sur ses pieds chaussés du cothurne (tig.471).Nousavons au Louvre plusieurs beaux bustes de Bacchus oriental dont quelques-uns de style archaïque : ils sont souvent désignés sous le nom de Bacchus indien (fig. 172), quoique le type soit originaire de la Lydie ou de l'Asie Mineure. Mais c'est sous cette forme, qui est d'ailleurs le plus ancien type du dieu, qu'il apparaît presque toujours dans les monuments relatifs à la conquête de l'Inde.

Au reste, le costume que lui donnent les bas-reliefs et les vases, n'est pas identique à celui que décrivent les poètes. « Chaque chef, ditNonnos,

-'ïS^-

Fig. 474. — Baccliu^ tliébain (statue antique).

TYPE ET ATTRIBUTS DE BAGCHUS

avait conduit séparément ses trou[>es à Baccluis, et le dieu, pétillant, commandait toute Tarmée dans son plus brillant éclat. 11 ne portait pas dans la mêlée un bouclier, une forte lance, ou un glaive suspendu à ses épaules; il ne chargeait pas sa chevelure d'un casque d'airain qui eût protégé sa tête invincible, mais il attachait ses cheveux déployés par des nœufs de serpents et ceignait sa tête de cette formidable couronne. Au lieu de brodequins artistement fabriqués et montant jusqu'aux genoux, il avait njonté à dos cothurnes de pourpre une chaussure d'argent. La

Fig.

Bacclms coucIk' (d'après une statue antique).

nébride velue dont il couvrait sa poitrine lui servait de cuirasse, marquetée comme le ciel étoile. Il tenait de sa main gauche une corne d'or élégante, toute remplie d'un vin délicieux; et de cette corne, comme d'une aiguière, le breuvage s'échappait cà flots abondants. Dans sa main droite, il portait le thyrse aigu enveloppé d'un lierre épais; ce feuillage en ombrageait la pointe d'acier; et il avait adapté à l'or de la surface une bandelette circulaire. »

Bacchus thébain. — Le Bacchus Ihébain, qui est plus généralement imberbe, est beaucoup plus commun dans la statuaire. Le peintre Aristide avait fait un Bacchus très-célèbre, qui fut apporté à Rome après la prise de Corinthe. « Mummius. dit Pline, que sa victoire fit surnommer Achaïque, est le premier qui ait initié les Romains aux tableaux étrangers. A la vente du butin, Attale, roi de Pergame, avait acheté six cent mille deniers (540,000 fr.), un Bacchus d'Aristide : le consul étonné du prix et soupçonnant dans le tableau quelque vertu qu'il ne connaissait pas, le retira de la vente, malgré les plaintes du roi, et le plaça dans le temple de Cérès. Je crois que c'est le premier tableau étranger qui ait été rendu pul)lic à Rome, mais dans la suite un grand nombre furent placés dans le Forum. »

La forme presque féminine du Bacchus thébain représente le dieu

BACCHUS ET SON CORTEGE

sous Jostiails de la jeuncssoet dans tout l'ctlal de la beauté. Son expression nonchalante indique un denii-soniincil, une rêverie langoureuse. Tantôt nu, tantôt eouvert dune])eau de faon, il apparaît fréquemment

Fig. 47G. — Bacclius (cl'aiJi'ès une statue antique;, musée du Louvre).

monté sur une panthère ou sur un char traîné par des tigres. La vigne, le lierre, le thyrse, la coupe et les masques bachiques forment ses attributs les plus ordinaires (fig. 474 à 476).

La vigne, le lierre et le thyrse. — La vigne, le lierre et le thyrse sont des emblèmes qui se rattachent à la fabrication du vin ou aux effets qu'il produit. Le lierre passait, dans l'antiquité, pour avoir la propriété d'empêcher l'ivresse, et c'est pour cela que, dans les festins, les convives étaient souvent couronnés de lierre. Cette plante forme souvent

TYPE ET ATTRIBUTS DE B ACCRUS

aussi la couronne âc Bacchus. Ello s'cMiroulo ([uelquefois autour du thyrse dont le bout se termine par une pomme de pin. Dans beaucoup d'endroits en etfet la pomme de pin entrait dans la fabrication du vin, i|ui devait différer sous beaucoup de rapports de ce qu'elle est aujourd'hui. On voit par la facilité avec laquelle Ulysse endort le cyclope, en lui versant deux fois un peu de vin qu'il avait emporté sur lui, que cette boisson était, au moins dans quelques endroits, extrêmement capiteuse. Les anciens y mèlai(>nt fréquemment du miel et presque toujours de l'eau : il était extrêmement rare de boire du vin pur.

La ciste et le serpent bachique. — La ciste mystique est la boîte ou le [)anier dans lequel on renfermait les objets sacrés qui servaient au culte de Bacchus.

Fig. 47 7. — La ciste et le serpent bachique (d'après une môdaille antique).

La ciste est un emblème que l'on trouve sur une multitude de monuments bachiques ; presque toujours elle est associée au serpent, comme nous le voyons sur les médailles appelées cistophores (fig. 477). Le serpent, que nous avons vu être associé à Esculape, trouve naturellement sa place à côté des images de Bacchus à cause des vertus curatives qu'on attribuait au vin.

Les animaux bachiques. — Le tigre, la panthère et le lynx accompagnent habituellement le cortège de Bacchus, dans les scènes où le jeune dieu est représenté triomphant. Leur présence suffirait pour affirmer le caractère oriental ([u'oii trouve dans toutes les fables qui constituent sa légende.

L'âne portant Silène s'explique tout naturellement, })uisquL' Silène est le père nourricier de Bacchus. Cet âne est d'ailleurs célèbre par le rôle qu'il a joué dans la guerre des dieuv contre les géants; car, ayant aperçu l'armée ennemie rangée en bataille, il se mit à braire de telle façon que tous les géants prirent aussitôt la fuite.

Le lièvre apparaît aussi sur quelques monuments, et son caractère .symbolique est bien déterminé par ce fait que les anciens en faisaient un symbole de fécondité. Nous le voyons sous cet aspect sur un vase

BACCHUS ET SON CORTEGE

qui roprésenle Lihci- et Lilx'ia; Lihor est le nom que les Latins donnent liabituelleinent à Bacelnis, e( IJ!)era, la déesse qui lui est associée, paraît être la uïème (|u"\riane ou Proserpine. Ces deux divinités sont assises au\ deux eott's du ne éniincnee ([ui forme une es|)èce de g^rotte.

Fig. 47S. — Liber et Libéra id'api'èsune peinture de vase).

Un vieux satyre présente à Libéra un œuf, autre emblème de fécondité, et un lièvre, qui répond à la même idée, est placé près de Liber, qui tient 1(> tbyrse bachique (fiy-. 478).

Par des raisons analogues, le bélier, le bouc et le taureau figurent fréquemment sur les monuments relatifs au culte de Baechus. La tète de bélier est un emblème très-commun, et le bouc, dont les Pans et

Fig. 479. — Le sacrifice du bouc (d'après un camco antique),

les Satyres, suivants de Baechus, ont emprunté la forme, était l'animal qu'on sacrifiait }>lus spécialement au dieu qui fait mûrir les fruits. Sur un camée antique, on voit le sacrifice du bouc ; l'animal est retenu par un jeune satyre, en face duquel est une bacchante couchée qui tient un thyrsc et prend un tymjianon susj)endu à un arbre. Leurs homma-

TYPE ET ATTRIBUTS DE BACGHUS

ges s'adressent à un petit Bacchus ])arl)U, vètii du costume lydien et portant une coupe (fig. 479).

Il y avait d'ailleurs une raison mythologique pour que le bouc fût plus spécialement l'animal de Bacchus. Son père Jupiter, pour le soustraire aux persécutions de Junon. l'avait, suivant certaines traditions.

Fig. iSO. — Bacchus i^d'api'és une statue antiquo).

métamorphosé en chevreau dans sa jeunesse. Sur une médaille de Laodicée, en Phrygie, on voit Jupiter tenant dans ses bras le petit Bacchus et à côté du roi des dieux paraît le jeune chevreau, dont l'enfant va prendre la forme.

Comme symbole de l'agriculture, Bacchus, qui est fréquemment associé à Cérès (fig. 485), revêt quelquefois la forme du taureau, animal générateur qui personnifie la fécondité de la terre. Une jolie pierre gravée du cabinet des Médailles nous montre le taureau bachique, ou dionysia([ue, caractérisé par le thyrse ([u'on voit sous ses pieds (fig. 481).

Cet emblème nous paraît avoir son origine en Egypte. Osiris, qui est pour les Égyptiens une personnification du soleil et plus particu-

BACCHUS ET SON CORTEGE

lièrcmoiil du soleil couchant, j)uisqu"il r('<^nc sur les morts, s'incarne sous la l'orme du bœuf Apis, et JJacclius, (jui a été bien souvent assi-

l'"ig. -iSl. — Le taureau hacliiquc ou dionysiaque (d'api'ès une pjeiTC gravée antique).

mile à Osiris, devait naturellement revêtir la même forme. Aussi le taureau apparaît-il fréquemment dans les fêtes bachiques. La fif^uj-e i82

Fig. 482. — Le taureau iiaré pour le sacrifice (d"ai)rès une peinture de vase).

nous le montre paré des bandelettes pour le sacrifice : il porte une prêtresse ou Ménade, la tête ornée d'une couronne et relevant avec la

Fig. i'Sli. — Le sacrifice du taureau (d"api-ès un bas-relief antique).

main gauche l'ample manteau dont elle est couverte. Il est conduit en grande pompe et suivi par un personnage armé d'une lance et tenant en main des branches de verdure.

TYPK |]T ATTRIBUTS Dli BACGHUS.

Sur un autre monument, le sacrifice est au moment de s'accomjilir. Les Ménades entourent le taureau près duquel on voit les flambeaux allumés et entourés d'une bandelette que la prêtresse saisit dans sa main (lig. 483).

Uébon, divinité de la Campanie, qui a été quelquefois identifié avec Bacclius , était représenté sous la forme dun taureau à face humaine barbue. On a cru le reconnaître dans les médailles de l'Italie méridionale sur lesquelles est figuré cet emblème. Mais il est aujourd'hui à peu près démontré que ces taureaux humains sont presque partout la représentation d'un fleuve local et n'ont en conséquence qu'un rappu' au moins très-indirect avec le culte de Bacchus.

Bacchus inspirateur. — L'insjiiration qui naît de l'ivresse, a fait attribuer à Bacchus quelques-unes des qualités qui sont habituellement

Fig. 484. — Bacchus et Apollon (d'après une médaille d'Adrien)

Fig. 483. — Bacchus et Cérès (d'après une médaille des Nicéens).

l'apanage d'Apollon, le dieu inspirateur par excellence. Ces deuv divinités sont réunies l'une à l'autre sur un médaillon d'Adrien, où on les voit

Fig. 48C. — Masciue tragi(iui

placées sur un char que traînent une chèvre et une panthère (fig. 484). Bacchus tient son thyrse, Apollon sa lyre ; l'Amour, monté sur la chèvre, semble les conduire en jouant de la doubh- flûte. « Bacchus et A^îoUon, dit Creuzer, sont opposés l'un à l'autre. Ils étaient réunis à

BACGHUS ET SON CORTÈGE

Del plios parle culte et parles représentations fimirées. Mais cette réunion n'était ([uo la conséquence de leur opposition (]ui se trouvait jusque dans le contraste des hymnes caractéristiques dédiés à l'une et à l'autre divinité : à Apollon (l'unité), le pasan grave et sinij)le ; à Baccluis (la multiplicité) le dithyrambe varié et désordonné. De là encore l'agitation des têtes bachiques, conijjarée à l'ordonnance régulière de; celles dAjtollon. De là Bacchus lui-même, tantôt enfant, tantôt jeune homme, tantôt liomme fait, tantôt Aieillard; Apollon au contraire, toujours semblable a lui-même, doué d'une jeunesse éternelle et divine. »

Bacchus inventeur du théâtre. — Bacchus remplace quelquefois Apollon, comme conducteur des Muses, et les monuments le mon-

Vi'A- 487. — Masques bachiques (compositions de Gabriel de Saint-Aubin).

trent souvent associé avec Melpomène, la muse de la tragédie. C'est qu'en effet Bacchus est l'inventeur du théâtre, et c'est aux fêtes célébrées en son honneur qu'on a joué les premières pièces. Ces fêtes se faisaient au moment des vendanges : placés sur un chariot, les vendangeurs se barbouillaient la figure avec du raisin et les propos joyeux commençaient. Le chariot est devenu un édifice, quand les vendangeurs sont devenus des comédiens. Les masques (fig. 486-487) dont on ornait souvent les tombeaux se rattachaient aux mystères de Bacchus, comme inventeur de la tragédie et de la comédie et indiquaient que la vi'e,

TYPE ET ATTRIBUTS DE BACCHUS

comme los [lièces de théâtre, est un mélange de plaisirs et de peines, où chacun joue un rôle dilïerent.

C'est ainsi que Bacchus, qui primitivement était le vin personnifié, est devenu en quelque sorte le symbole de la vie humaine, considérée comme une sorte d'ivresse de Tàme, qui dans son égarement venait prendre une prison terrestre en naissant dans un corps matériel.

La coupe mystique. — Selon Creuzer, la coupe, qui est l'attribut de Bacchus, avait elle-même une signification mystique. « L'àme en s'y abreuvant s'enivre, elle oublie sa nature supérieure, ne songe plus qu'à s'unir au corps par la naissance, et prend la route qui doit la conduire à sa demeure terrestre. Heureusement elle y trouve une se-

Fig. 488. — Attributs de Bacchus (composition de Gabriel de Saint-Aubin)

conde coupe, la coupe de sagesse, où elle peut boire, où elle peut se guérir de sa première ivresse, où elle reprend la mémoire de son origine et avec elle le désir du retour à la céleste demeure. »

On voit quelquefois, sur les bas-reliefs, Bacchus barbu, figuré en hermès, en compagnie d'enfants qui préparent la cnve des vendanges. Les uns goûtent le vin ou y trempent leurs mains, d'autres veulent s'y plonger ou chancellent déjà sous l'action de la liqueur bachique.

Dans d'autres monuments, ce sont de vieux satyres, anciens com-

BACCHl S ET SON COirrK(i K.

pagnons de Bat'clnis ([u'oii voit foulor aux pieds le raisin pour Taire la liqueur enivrante, tandis ((u'un de leurs conipagnons exprime avec ses doigts le jns d'une gra|i|)e dans un vase (flg. 489).

Fig. 480. — Los satyres foiihiut U- raisin (d'après un bas-relief anti((UP

Les fêtes de Bacchus. — Quelques monuments ont trait aux fêtes de Hacclius, qui étaient, comme celles de Ccrès, destinées à remercier les dieux des bienfaits de la terre. Les rites observés pendant la [>rocession se rapportaient à la légende du dieu. Une nombreuse troupe d'enfants, couronnés de lierres et tenant des pampres, courait et dansait devant l'image du dieu, placée sous un berceau de pampres et entourée des masques tragiques et comiques. Tout autour on portait des vases, des tliyrses, des guirlandes, des tambours, des liandelettes; et, derrière le char, venaient les auteurs, les poètes, les chanteurs, les musiciens de tout genre, les danseurs, tous ceux qui, dans l'exercice de leur art, ont besoin de l'inspiration, dont le vin était considéré comme la source féconde. Quand la procession était finie, on commençait les représentations théâtrales et les combats littéraires en l'honneur de Bacchus, dont les fêtes avaient toujours lieu en automne.

Ces fêtes ont eu d'ailleurs un caractère très-différent suivant les pays et les localités où elles ont été célél)rées. Il paraît qnà Rome, elles avaient donné lieu à des scènes d'une licence effrénée, et furent même accompagnées de meurtres, puisque le sénat sévit obligé de les abolir, mais comme les initiés aux mystères de Bacchus étaient en même temps accusés de former une association secrète, ayant un caractère politique, il est difficile de connaître exactement la vérité sur cette mystérieuse affaire. En Grèce, les fêtes de Bacchus avaient à l'origine un caractère exclusivement champêtre. «Autrefois, dit Plutarque, on célébrait les fêtes de Bacchus avec des formes simples, qui n'excluaient pas la gaieté : on poi'tait en tête une ci'uche |deine de \'\i\ et couronnée de pampres; puis venait un bouc soutenant un panier de figues, cl enfin le phallus, symbole de la fertilité ; mais tout cela est tombe en désuétude et oublié. »

TYPE ET ATTRIBUTS DE BACCHUS

Un luxe effréné accompagna plus tard les fctes de Bacchus, qui dans plusieurs villes, et notamment à Alexandrie, se célébraient avec la plus grande magnificence. Athénée nous a laissé une curieuse description de la grande procession bachique, qui eut lieu dans cette dernière ville, sous le règne de Ptolémée Philométor.

« La division dionysiaque était précédée de silènes, les uns couverts d'une robe de pourpre foncé, les autres de robes pourpre clair. Ils étaient suivis de satyres portant des torches ornées de feuilles de lierre en or.

Fig. 490. — Fûte en l'honneur de Bacchus (d'après un bas-relief antique).

« Après eux s'avançaient des Victoires ayant des ailes d'or. Elles portaient des foyers cà brûler des parfums, hauts de six coudées, ornés de branches de lierre en or. Ces Victoires avaient des tuniques dont les tissus représentaient diverses figures d'animaux, et elles étaient ornées de la plus riche parure en or.

« A leur suite venait un autel double, de six coudées, garni d'un feuillage de lierre en or, et autour duquel courait une guirlande de pampre d'or, attachée avec des bandelettes d'une bigarrure blanche. Derrière étaient cent vingt enfants, couverts de tuniques de pourpre, portant de Tencens, de la myrrhe et du safran dans des bassins d'or. Après eux s'avançaient quarante satyres ceints de couronnes de lierre en or. Ils avaient à la main une autre couronne également en or. Leurs corps étaient peints en pourpre, en vermillon^ et en diverses autres couleurs : deux silènes en chlamydcs de couleur pourpre, avaient des souliers blancs. L'un d'eux portait un chapeau et un petit caducée d'or, l'autre tenait une trompette. Entre eux deux marchait un homme haut de quatre coudées, en habit d'acteur tragique avec un masque el une corne d'abondance toute d'or.

« Derrière lui, venait une femme de très-belle taille, parée richement en or et en argent : d'une main elle tenait une couronne de persea, de

BACCHUS ET SON CORTÈGE

l'autre une palme. Après elle, s'avançaientlcs quatre Saisons, bien parées, portant cliacune les fruits qui lui sont propres : à leur suite, on portait un autel en or. Alors passèrent d'autres satyres couronnés de lierre d'or (ît vêtus de pourpre. Ils portaient un vase d'or à verser le vin. Le poète Philiscus, prêtre de Bacclius, et tous les gens attachés par leur profession au culte de ce dieu, les suivaient. On portait après eux des trépieds analogues à celui de Delphes, prix destinés aux athlètes. Celui qui était réservé aux adolescents avait neuf coudées de haut, et celui qu'on destinait aux hommes faits en avait douze.

« Ensuite passa un char à quatre roues, traîné par cent quatre-vingts hommes ; il portait une statue de Bacchus, faisant une libation avec une

Fie;, loi. — Silèno et les Satyres (d'après une pierre gravée antique).

tasse d'or. Ce Bacchus avait une tunique traînante, et par-dessus une robe d'un tissu transparent, et un autre vêtement de pourpre broché en or.

(( Sur ce chariot, et devant Bacchus, étaient un cratère de Laconie. un trépied et des tasses en or. On avait formé, autour de lui, un berceau avec des pampres, du lierre, et autres verdures, d'oili pendaient des couronnes, des guirlandes, des thyrses, des tambours, des bandelettes, des masques tragiques, comiques et satyriques. Sur ce char étaient aussi les prêtres, les prêtresses et les femmes portant les vans. On vit passer ensuite des lydiennes, ayant les cheveux épai's, et couronnées les unes avec des serpents, les autres avec de l'if, de la vigne et du lierre; celles-ci avaient des poignards à la main, celles-là des serpents.

« Après elles s'avançait un autre char à quatre roues, large de huit cou-

TYPE ET ATTRIBUTS DE BACCHUS. 531

dées, traîné par soixante hommes et portant assise la figure de Nisa, revêtue d'une tunique jaune brochée en or et d'un surtout de Laconie. Cette figure se levait artificiellement sans que personne y touchât : elle versait du lait d'une coupe et se rasseyait. Elle tenait de la main gauche un thyrse, autour duquel on avait roulé des bandelettes. Sa tête était couronnée de lierre et de raisins en or, enrichis de pierreries. Un feuillage l'ombrageait aussi. Aux quatre coins du char on avait placé des torches d'or.

« Ensuite venait un autre char de vingt coudées et traîné par trois cents hommes. On y avait construit un pressoir plein de raisins. Soixante satyres foulaient, chantant au son de la flûte la chanson du Pressoir. Silène y présidait et le vin doux coulait tout le long du chemin.

« Ce char était suivi d'un autre traîné par soixante hommes et portant une outre faite de peaux de léopard cousues ensemble. Il était accompagné de cent vingt satyres et silènes, tous couronnés et tenant en main des vases et des coupes d'or. A côté on voyait un immense cratère d'argent orné d'animaux sculptés en relief et entouré d'un cordon d'or enrichi de pierreries. Puis venaient dix grandes bassines et seize cratères en argent, une grande table d'argent de douze coudées et trente autres de six coudées, quatre trépieds dont un en argent massif, et les autres enrichis de pierreries, vingt-six urnes, seize amphores semblables à celles des Panathénées et cent soixante vases à rafraîchir le vin. Toute cette vaisselle était en argent, celle d'or venait ensuite : d'abord quatre cratères avec de belles figures en relief, de grands trépieds et un buffet enrichi de pierreries, des calices, des urnes et un autel.

« Seize cents enfants marchaient à la suite ; ils étaient vêtus de tuniques blanches et couronnés de lierre ou de pin. Ils portaient des coupes d'or et d'argent : les vins avaient été préparés de manière que ceux qui étaient présents dans le stade pussent en goûter la douceur. Ensuite venait un char contenant le lit de Sémélé, suivi d'un autre char, figurant une grotte profonde couverte de lierre et entourée de nymphes couronnées d'or. Deux sources en jaillissaient, l'une de lait, l'autre de vin, et il en sortait par en haut des pigeons, des ramiers, des tourterelles, ayant des rubans attachés à leurs pattes, de manière qu'en tâchant de s'envoler, elles pussent être prises par les spectateurs.

« On vit ensuite figurer tout Tappareil de Bacchus à son retour des Indes. Le dieu, assis sur un éléphant, était vêtu d'une robe de pourpre, couronné de lierre, et tenait en inain un lliyrsc en or. Devant lui et sur le col de l'éléphant était un petit satyre couronné de branches de pin. Cinq cents jeunes filles vêtues de tuniques de pourpre et la tète couronnée de pin, marchaient à sa suite et étaient elles-mêmes suivies de cent vingts satyres armés de toutes pièces, les uns en argent, les autres en bonze. Cinq bandes d'ànes montés par des silènes et des satyres cou-

BACCHUS ET SON CORTEGE

ronnés étaient suivies de vingt-quatre chars attelés d'éléphants : il y avait ensuite soixante chars attelés de deux houes, huit attelages de deux autruches, sept de cerfs, et tous ces chars étaient montés par des enfants portant un thyrse et couverts d'hahits de drap d'or. Les chars attelés de chameaux qui vinrent ensuite marchaient trois de file et étaient suivis d'autres chariots attelés de mulets et portant les tentes des nations étrangères. Des femmes indiennes, mises comme des captives, les accompagnaient, et étaient suivies des Ethiopiens portant les présents, six cents dents d'éléphants, deux mille troncs déhène, et soixante cratères d'or et d'argent. Puis deux chasseurs, portant des lances d'or, ouvraient une marche de deux mille quatre cents chiens de l'Inde ou de

Fig. 492. — Fête en riionneur de Bacchus (d'après un bas-relief antique).

rilyrcanie, conduits par cent cinquante hommes portant des arbres auxquels pendaient toutes sortes de bêtes sauvages et d'oiseaux : on vit porter dans des cages des perroquets, des paons, des pintades, des faisans et nombre d'autres oiseaux d'Ethiopie.

« Les troupeaux d'animaux venaient après : on y voyait entre autres cent trente moutons d'Ethiopie, trois cents d'Arabie, vingt-six bœufs blancs des Indes, huit d'Ethiopie, un grand ours blanc, quatorze léopards, seize panthères, quatre lynx, trois oursons, une girafe, un rhinocéros d'Ethiopie.

« Enfin, sur un char à quatre roues, venait Bacchus, représenté au moment où il se sauva à l'autel de Rhéa, lorsqu'il était poursuivi par Junon. Priape était à ses côtés. Ce char était suivi de femmes richement vêtues et magnifiquement parées : elles personnifiaient les villes grecques des côtes d'Asie et portaient toutes des couronnes d'or. »

Page 1