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CHAPITRE

SILENE.

Le père nourricier de Bacchus. — L'une de Silène.

— Ivresse de Silène.

Silène et les jeunes filles.

Le père nourricier de Bacchus. — Silène, qui est l'outre personnifiée (fig. 493), exerce naturellement les fonctions de père nourricier de Bacchus, qui est le yin. Il présente dans l'art deux caractères très-différents. Dans les bas-reliefs et les pierres gravées antiques, ses formes

Fig. 493. — Silène, Toutre personnifiée (d'après une statue antique du musée de Naples).

grossières et obèses servent à rehausser par le contraste l'élégance de Bacchus et la légèreté des satyres et des ménades. Sa perpétuelle ivresse a toujours besoin d'un guide. Dans les scènes bachiques, on le voit monté sur un âne, qui semble affaissé sous le poids énorme de son maître ventru, et soutenu par des satyres qui l'empêchent de tomber d'un côté ou de l'autre.

BACGHUS ET SON CORTEGE

Le vin est une source d'inspiration, et comme Bacchus est Tinventeur de la comédie, son père nourricier devait, dans certaines circonstances, revêtir un caractère, sinon plus grave, au moins plus digne. Quand il tient le petit Bacchus dans ses bras, Silène cesse d'être ventru. La belle statue du Louvre intitulée Faune à l'enfant, nous montre le

Fig. iOi. — Silène, père nourricinr de Bacchus (d'après un groupe antique du musée

de Naples).

précepteur de Bacchus, sous les formes d'un vieux satyre aux membres sveltes et nerveux, de l'aspect le plus noble (lig. 495). On a découvert aussi à Pompéi ou à Herculanum, une charmante statue en bronze, qui représente Silène jouant des cymbales, pour amuser Bacchus enfant qui est monté sur ses épaules et qu'il regarde en tournant la tête avec un air infiniment gracieux (fig. 494).

Silène et les jeunes filles. — Silène est toujours ivre, mais à certains moments, il a livresse divinatrice et inspirée, l'ivresse religieuse

Fig. i95. — Silène et Bacclms groupe antique dit le Faune à l'enfant, musée du Louvre).

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qui sait toutes choses et peut révéler aux hommes les mystères de Forig-jne du monde. Platon le rofTarde comme l'enihléme d'une profonde sagesse, cachée sous des dehors repoussants, et Virgik^ dans l'histoire de Chromis et Mnasile, nous révèle le véritable aspect de Silène dans le culte bachique :

« Chromis et Mnasyle, jeunes bergers, virent au fond d'une grotte Silène endormi, les veines gonflées, comme toujours, du vin qu'il avait bu la veille. Seulement, loin de lui gisait sa couronne de fleurs, tombée

Fig. 496. — Bacclms et Silène (d'après une statue antique).

de sa tête, et sa lourde coupe était suspendue à sa ceinture par une anse tout usée. Les bergers le saisissent (car depuis longtemps le vieillard les leurrait de l'espoir d'une chanson) et l'enchaînent avec ses propres guirlandes. Églé se joint à eux et les encourage, Eglé la plus belle des Naïades ; et au moment où Silène ouvre les yeux, elle lui rougit avec le jus de la mûre le front el les tempes. Lui, riant de leur malice : « A quoi bon ces liens? dit-il; déliez-rnoi, enfants; c'est assez d'avoir pu me

SILENE.

surprendre. Ces chants que vous demandez, vous allez les entendre... » Aussitôt il commence. Alors vous eussiez vu les faunes et les animaux sauvages s'abattre en cadence autour de lui, et les chênes les plus durs balancer leur cime harmonieuse. Avec moins de joie, le Parnasse entendait la lyre d'Apollon ; le Rhodope et l'Ismare écoutaient avec moins de ravissement les accords d'Orphée. Car il chantait comment, dans l'immensité du vide, se rassemblèrent les principes créateurs de la terre, des mers, de l'air et du feu fluide ; comment de ces premiers éléments sortirent tous les êtres ; comment, molle argile d'abord, le globe s'.arrondit en une masse solide, se durcit peu à peu, força Téthys à se

Fig. 497. — Silène sur son âne (d'après une pierre gravée antique).

renfermer dans ses limites, et prit insensiblement mille formes différentes. Il chantait la terre, étonnée aux premiers rayons du soleil ; les nuages s'élevant dans l'espace, pour retomber en pluie du haut des airs ; les forêts montrant leur cime naissante, et les animaux errants, peu nombreux encore, sur dos montagnes inconnues. » (Virgile.)

Silène, qui dans les bacchanales représente l'élément bouffon, et semble mis là pour divertir les ménades par son i\resse chancelante et son obésité, a été fréquemment employé dans la décoration des fontaines, des candélabres, des coupes, etc.

Le type de Silène figure naturellement sur les tableaux mythologiques des peintres modernes. Uubens aimait à représenter Silène gras et

BACCHUS ET SON CORTEGE

ventru, accompagné de satyres et de nymphes qui pressent des grappes de raisin sur lui et escorté d'amours souriants et chargés de fruits, Gérard Honthorst a au Louvre un triomphe de Silène, magnifiquement peint, mais d'un caractère singulièrement trivial : la bacchante qui raccompagne est vraiment par trop flamande.

Si nous en croyons Nonnos, les satyres suivants de Bacchus seraient des

Fig. 408. — Silène (d'après un tableau de Rubens).

descendants de Silène. «Le vieux Silène, dit-il, élevant dans ses mains la férule. Silène, d'une double nature, fils de la Terre, s'est armé lui-même, et il conduit à Bacchus les trois enfants qu'il lui a consacrés, Astrée, Maron et Lénée. Ils soutiennent de leurs massues, secours de la vieillesse, les pas de leur père chancelant. Vieillards eux-mêmes, ils appuient leurs corps paresseux et affaiblis sur un cep de vigne ; leurs années se sont renouvelées longtemps, et c'est d'eux qu'est issue la double et ardente génération des satyres polygames. »

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