‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 70 sur 111 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

i.A i.i;».KM>E iikhoiqh-: ije bacculs.

l.a foiiquèlo (lo l'Iiulo. — Baochus à Thèbes. — Les matelots d'Acétcs. — Penthce déchiré par les bacchantes. — Cadnms changé en serpent. — Les filles de Mynias. — Bacchus et Lycurguc. — Baoohns et Persée. — Bacchus et Érigone.

La conquête de l'Inde. — La Icjicnde hrioïquc <lc Bacchus scml)lt' être siiiiplcincnl l'histoire de Li plantation de la vigne, et le récit des etïets produits j)ai' Tivrcsse dès que le vin est connu. La crainte de ces etTets terrihles explique tout natureUenient rop})osition qui) trouve partout, quand il enseigne aux hommes Tusage du \in qu'il personnitle.

Le culte de Bacchus présente de grands rapports avec celui de Lybèle, et le caractère bruyant de ses orgies rappelle le tapage qu'on taisait pour honorer la déesse. Mais l'histoire de la conquête de l'Inde donne aux traditions sur Bacchus un caractère tout particulier. Selon plusieurs mythologues, les récits qui s'y rattachent ne seraient devenus

Fijï. Jll.

I5;iccliiis Mil- sa pantliiTO (peiimiro de vasp'i.

populaires (pi'a|)res la concpiète d'Alexandre, (^reuzer regarde an contraire cette histoire comme très-ancienne.

Dans cette expédition nuMuorahle, les nymphes, les lleuvcs et Silène, toujours monté sur son àne. lormaient le cortège particulier du dieu, mais il était grossi dune troupe innombrable de pans, de faunes, de satyres, de Curetés et d'êtres étranges, dont JXonnos donne une uomen-

LA LÉGENDE HÉROÏQUE DE BACCHUS. o87

<!laUire tiès-detaillée dans son poëme des Dionijsiaquf's. Tout oc l'écit présente un caractère fantastique et merveilleux. Quand le roi de rinde, Dériadès, veut s'élancer contre Bacchus, des pampres qui sortent de terre viennent subitement enlacer ses membres et paralyser .ses ciTorts : son armée est-elle au bord d'un fleuve, le fleuve se change <în vin sur un signe du dieu, et les Indiens altérés qui veulent en boire î^ont aussitôt pris par un délire inconnu.

" A la voix de l'Indien, dit Nonnos, ses noirs compatriotes accourent «Ml l'oule sur les bords du fleuve au doux parfum. L'un, affermissant ses deux pieds sur le limon, enfoncé jusqu'au noml)ril dans les flots <|ui le baignent de toutes parts, se montre à demi incliné, la poitrine recourbée sur le courant, et y puise dans le creux de ses mains cette «•au qui distille le miel. Un autre, auprès de l'embouchure, possédé «l'une soif brûlante, plonge sa longue barbe dans ces ondes pour|irées. «ît s'étendant sur le sol de la rive, il aspire à pleine bouche la rosée de Bacchus. Celui-ci, tout penché, s'approche de cette source si voisine, nppuie ses bras sur le sable humide, et reçoit sur ses lèvres altérées le flot de cette liqueur qui altère encore. Ceux qui n'ont plus à la main <jue le fond de leur cruche brisée, jniisent le vin dans un coquillage. Un grand nombre s'abreuvent à ce torrent rougi, et remplissent largement les écuelles, coupes rustiques des pasteurs des champs. Après avoir ainsi englouti le vin à plein gosier, ils voient les rochers se doubler sous leurs regards, et s'imaginent que l'onde coule des deux ■côtés ; cependant le fleuve continue à murmurer dans son cours et i\ faire bouillonner ses flots brunis, tandis que les bords embaumés se renvoient l'un à l'autre les vagues du délicieux breuvage. Un torrent d'ivresse inonde l'ennemi. Celui-ci extermine la race des bœufs, <'oiume s'il moissonnait la génération des satyres. Celui-là poursuit les troupes de cerfs aux tètes allongées, et les prend, a leur peau symétriquement mouchetée, pour la tribu des bacchantes, trompé par les nébrides élégantes et diaprées dont elles se parent également. Un guerrier, en poussant de grands cris, s'attaque à un arbre voisin <|u'il frappe de tous côtés, et comme il s'aperçoit que les rameaux on- <lulent remués par les vents, il abat les pointes des plus jeunes tiges, <^t fend ainsi le branchage d'une chêne touflu, pensant couper avec son glaive l'intacte chevelure de Bacchus. C'était lutter contre le feuillage -<'t non contre les satxres; et dans son imbécile joie, il remportait «•outre l'ombrage? une onibr(> di^ victoire. D'autres Indiens, irrésisfibleiuent transportés par ces fumées qui égarent l'esprit, imitent avec leuis g:laives, leurs piques et leurs casques, les joies guerrières des cory- I)antes, et dans leur danse des armes ils frappent à la ronde leurs l)0ucliers d'une main alt(MMiativ<' et d'un fer tournoyant. L'un s'emjiorte aux chants de la musc bachiipie. et gambabe comme dans les

LA LKGENDl': HEROIQL'K DE BACCHUS.

thanirs (les satyres ; l'aiitiv s'atteiidiit au ntiilement du tambourin, et «lans son goùl poussé juscjuau déliic [tour le bruit sonore, il jette au vent son inutile carquois. »

Un vase grec nous montre le roi des Iiidicns, terrassé [)ar Baccbus, ({ui tient en main le tliyrse et le c«'[) de vigne. Néanmoins le combat apparaît bien rarement sur les monuments antiques; mais on y voit

Fisc. ôli. — Piotoui- de la conquête de l'Tnde.

fréquemment des scènes relatives au triomphe de Baccbus et de son armée. Presque toujours ce sont des prisonniers indiens, les mains enchaînées, marchant en compagnie des éléphants et des tigres de leur pays et escortés de ménades et de bacchantes (fig. 342 à 544).

Un bas-relief du musée Chiaramonti représente Baccbus, assis sur un trône avec Pan à ses côtés. I.e roi Dériades est captif et prosterné

Fitr. ÔVô. — Bacclius et Pan d'après un fragment de l)as-rfliid' antiiiue".

devant le jeune dieu, tandis que des Indiens sont foulés aux pieds des chevaux et des centaures, qui traînent dans des chars Silène et les bacchantes. Dans un autre monument on voit un lion suivi de deux chameaux portant un Indien et une Indienne, symbole des peuples soumis. Puis vient le char de triomphe, traîné par deux éléphants et portant Baccbus vainqueur, appuyé sur son fidèle Ampélus, et entouré de son cortège. Le vieux Silène ivre et chanchelant sur son Ane figure

BACCIILS I-:T Sn.\ CitHTKf.i':

soiiM'iit dans ces pompes triomphales. Nous avons au Louvre deux, bas-iidiels sur la eonqiiète de l'Inde: l'nn représente le eombat, l'autro le triomphe. Dans le premier, Hacehus a ehe\al vient de renverser un de ses ennemis et est au\ pi-ises avec (Umiv antres. Une ménade placée à côte du jeune dieu a près d'elle une corbeille (ou ciste mystique), d'où sort un serpent. Dans la môme scène, on voit un éléphant aver des IndicLïs. dont l'un s'affaisse sous la blessure (pTil ^ient de recevoir, tandis (pi'un auti'e lè\e le Itras ponr demander grâce, et qu'un troi sieme olVre au dieu victorieux une couronne de fleurs. Dans le triomphe de Hacchns, nous voyons le jeune con([uérant de l'Inde, mollemenl couché sur son char triomphal que traînent les [(anthères tenues eu laisse par Silène ; un amour est monté sur uiu' d'elles. Le chai- est précédé de satyres, de ménades jouant des cymbales on battant du tambourin, d'amazones casquées, et snivi d'un éléphant portant de-juisonniers indiens. Le retour de la conquête de l'Inde aiqtaraît également dans l'art moderne, et il y a à la Galerie Nationale de Londres un admiralde tableau du Titien sur ce sujet.

Bacclius à Thébes. — Après avoir parcouru l'Asie. Bacchiis. (jui

rig-. .'iWi. — la compagnon d'Acétès.

('lait né a Thèbes, voulut aussi que cette \ille fût la première de la (irèco (pii connût son culte : c'est de là (pi'est venu son nom de lîacchus^ Thébain.

Au début de la tragédie des Bacchfniios. d'Euripide. Bacchus fait connaître son incarnation et son arrivée à Thèbes. << Me voici sur cette terre des Thébains, moi, Baccbus, qu'enfanta jadis la fille de Cadmus, Sémélé, accouchée par les feux du tonnerre ; j'ai quitté la forme divine pour une forme mortelle et je viens visiter la fontaine de Dircé eli les eaux de l'Isménos. Je vois j)rès de ce palais le toml)eau de ma mère frappée de la foudre, et les ruines fumantes de sa demeure, et l.s (lamme du feu céleste encore vivante, éternelle vengeance de Junon contre ma mère. J'approuve la piété de Ladmus. ([ui, rendant ce lieu inaccessible aux pieds des profanes, la consacré à sa tille; et je l'ai ombragé de toutes parts des pampres verdoyants delà vigne. J'ai quitté

LA LEGENDE HEKOinrE DE 15 A CC H US. 591

les Ncdioijs de La Lydie, où Lor abonde et les champs des Plirygiens ; j'ai traversé les plaines brûlantes de la Perse et les \illes de la Baetrianc, la Médie couverte de frimas et Iheiireuse Arabie, et l'Asie entière, dont la mer salée baigne les rivages couverts de cités florissantes. (|ue peuple à la fois un mélange de Grecs et de barbares, et c'est ici la première ville grecque où je suis entré après avoir conduit là-bas les danses sacrées et célébré mes mystères, pour manifester ma divinité aux mortels. Thèbes est la première ville de Grèce où j'ai fait entendre les hurlements des bacchantes couvertes de la nébride et armées du thyrse entouré de lierre. »

Les matelots d'Acétés. — Un vaisseau venant de Lydie s'arrêta un jour à l'île de Naxos. Acétès, le capitaine, ayant ordonné <à ses matelots daller chercher de l'eau dans l'île, ceux-ci rapportèrent un enfant dune beauté singulière qu'ils avaient trouvé dans un lieu désert; ce jeune enfant encore assoupi et presque ivre, ne marchait qu'en chancelant et avait bien de la peine à les suivre. A son air et à sa démarche, le capitaine fit part à ses compagnons de la conviction où il élait que cet enfant extraordinaire ne pouvait être qu'une divinité. Mais les marins qui ne partageaient pas l'enthousiasme de leur capitaine, déclarèrent que cet enfant était leur pro|)riété, puisque c'étaient eux qui l'avaient trouvé, et que leur intention était de le vendre, ne doutant pas qu'ils en tireraient un bon prix. Acétès tenta de s'opposer à leur dessein, disant qu'il ne souffrirait pas qu'on embarquât l'enfant, mais l'équipage, ne voulant pas lâcher sa prise, se révolta et remit à la voile.

A peine le vaisseau était-il arrivé en pleine mer, qu'il s'arrêta subitement. Les matelots étonnés ramèrent avec plus d'ardeur, et tendirent toutes les voiles, espérant qu'ils obligeraient par là le vaisseau a marcher; mais des feuilles de lierre couvrirent à l'instant les rames, et. s'étant étendues aussi sur les voiles, les empêchèrent de jouer. Bacchus lui-même parut en ce moment couronné de raisins, tenant à la main son thyrse et environné de tigres, de lynx et de panthères, comme il a l'habitude de l'être. Au même moment, les compagnons d'Acétès virent leur peau se recouvrir d'écaillés de poisson, et leurs membres se transformer en nageoires. Ils étaient métamorphosés en dauphins, et, souillant avec leurs narines l'onde qu'ils avaient avalée, ils bondissaient autour du navire, où Acétès, qui seul avait conservé la forme humaine, demeurait épouvanté. Le jeune dieu le rassura et lui ordonna de cingler vers iSaxos : aussitôt qu'il fut arrivé, il alluma des feu\ sur les autels du dieu et se mit à célébrer ses mystères. L'aventuré d'Acétès et de son équipage est représentée sur une série de petits bas-reliefs cpii décorent le monument de Lysicrate à Athènes : on y voit le^^ matelots changés en dauphins et s'élançant dans la mer.

592 BACCHIIS KT SON COHTKdK.

Penthée déchiré par les Bacchantes. — IN ntlioo, polit-tils tic Cadimis, (3t roi de Thcbes, voulut s'ojiposcr à l'airivée tic Bacchus <lans son pays. Les champs comniençaieiit à retentii-du bruit t[ui accompagne la C(3l{''bi'ation du jeune dieu, dont on annonçait la venue prochaine, cl tout le monde s'empressait de voir des mystères jusqu'alors inconnus. « Gt'néreux enfants de Mais, sY'crie i*enthée, (juelle fureur vous possède ? Le tumulte confus des instruments d'airain et des llùtes, de vains enchantements doivent-ils donc vous faii'c perdre la raison? Jamais ni le bruit tles armes ni la vue des dards et des tlèches ne vous ont elîrayés ; les bataillons armt'îs vous ont toujours trouvés invincibles ; vous laisserezvous vaincre par des femmes, par une troupe d'hommes elïéminés que l'ivresse rend insensés et qui font retentir l'air du son de leurs tambours ? Est-ce vous, ces sages vieillards qui ont traversé tant de mers pour venir avec leurs dieux pénates s'établir dans cette contrée, et y bâtir une nouvelle Tyr ? Aujourd'hui vous laissercz-vous vaincre sans combattre ? Si les destins ont résolu la ruine de Tiièbes, qu'elle tombe sous l'efTort de ses ennemis ; que pour la détruire on emploie les machines de guerre, le 1er et le feu ; du moins s'il nous arrive d'être vaincus, nous serons malbcureux sans être coupables, et nos larmes pourront couler sans honte. Mais aujourd'hui cette ville va devenir la conquête d'un enfant faible et désarmé, d'un jeune efféminé tjui n'aime ni la guerre, ni les combats, ni à manier les chevaux, et qu'on ne voit jamais que parfumé, couronné de lierre, et vêtu d'une robe d'or et de pourpre. Pourvu que vous ne vous opposiez pas à mon dessein, je le forcerai bien d'avouer l'imposture de son origine et de ses mystères. Acrise n'a-t-il pas eu assez de courage pour mépriser ce dieu imaginaire, et pour lui refuser l'entrée d'Argos? Faut-il donc que cet étranger fassetrembleraujourd'bui Penthée et toute la ville d(i Thèbes?» (Ovide.)

Alors Penthée ordonne à ses ofiiciers de s'emparer du dieu, dès ([u'il arrivera, et de l'amener chargé de fers. Sa famille pourtant s'opposait a son dessein, et tous ceux qui l'entouraient cherchaient à le faire changer d'avis. Les officiers reviennent bientôt, l'anienantun prisonnier, qui est aussitôt conduit dans la prison, mais tandis qu'on prépare les instruments de son supplice, les chaînes dont le prisonnier était chargé tombent sans que personne les ait brisées, les portes de la prison s'ouvrent d'elles mêmes et on retrouve le cachot vide.

Penthée voit alors à quel ennemi il a affaire ; mais loin de se décourager, sa fureur en augmente. Il veut braver le dieu lui-même et part pour le mont Cithéron, où on célèbre ses orgi(.>s. La première bacchante qu'il aperçoit est sa propre mère, qui était secrètement initiée aux mystères de Bacchus, et qui dans l'ivresse de son délire ne reconnaît pas son fils. Elle le prend pour un monstre qui vient troubler l'orgie bachique, et s'écrie épouvantée : < Le voilà, l'affreux sanglier,

l.A LK(ÎENDE HKHOÏOUE DE BACCHUS.

le voilà. ■> Ses comjm^MU's échevelées aecourent en jioiissanl des hurlements, et le décliiient en niorceau>L en lui arrachant h's nienihres. Dès quOn appiit a Thèbes le sort du malheureux roi, les l'emmes de la Nillc coururent aux autels de Bacchus, et toutle peuple reconnut son culte, l ne peinture de \ase re|nTsente Penthée déchiré par les hacchaiites.

Fig. .SiT. — Pi'iitln'i' dôcliiiv parles bacchantes d'après uip' |)r'iiiiui'' de vase .

Sa mère Agave lui ai'rache un bras près de l'épaule ; Ino le saisit jtar une jambe : Autonoe et la troupe furieuse lattaquenl de toutes parts et la panthère de Bacchus prend elle-même part à l'action en déchirant la jambe du malheureux Penthée. Aux deux extrémités de la composition on voit d'un côté des centaures qui détournent la tète en faisant de la musique, de l'autre la nymphe du Cithéron qui tient son urne et est accompagnée d'un gros serpent, symbole bachique (fîg. 547).

Gadmus changé en serpent. — Après les ctlroyables malheurs qui étaient venus traj)per coup sur coup sa famille, Cadmus abandonna la ville qu'il avait fondée, et, après avoir erré longtemps en ditférents pays, il arriva dansFIllyrie, avec Harmonie, sa femme, qui n'avait jamais voulu le quitter. Accablés l'un et l'autre par leurs disgrâces, ils s'entretenaient l'un et l'autre des calamités de leur maison. Cadmus, se rappelant le dragon qu'il avait tué et pensant que sans doute il était consacré à quelque divinité qui maintenant le poursuivait, supplia les Dieux vengeurs de finir ses peines en le changeant lui-mcrne en serpent. A peine a-t-il fait cette prière, qu'il s'aperçoit que son corps en prend la ligure, et que sa peau, en s'endurcissant, devient noire et se couvre d'écailles et de petites taches; aussitôt il tombe sur le ventre, et ses jambes qui se joignent ne forment plus qu'une longue queue. Comme ses bras n'avaient pas encore éprouvé le même changement, il les tend à Harmonie et la supplie de l'embrasser pendant (juellele peut encore et a\ant que tout son corps soit devenu serpent. 11 voulait parler davantage, mais sa langue s'étant fendue, il ne prononça plus aucune [)arole distincte et n'exprima ses plaintes que par des sifflements ; c'est la seule voix que la nature lui ait accordée. «Cher Cadnuis, s'écrie Harmonie, époux infoi-

r>!)i liACcms KT SON (:oi{TK<ii-:.

tuiié, <iiit' (loNitMis-ln? Ah 1 lassent les Dieux que j'oprouvc le luèaie chaniienient. Pendant qu'elle l'oi-niait ees tristes |)laintes, et que son «'poux continuait de la caresser, elle lut (dle-iU(Mne niétaniorpliosée en serpent. (;eprodi<:e remplit détoiinement les compagnons de Cachnus (jui étaient présents. Les deux serpents, la tète levée, après les a\oir caressés, ramj)èrent quelque tem|)s l'un près de l'autre et enti-erent dans la lorèt la plus voisine. Depuis ce tem[)S-là, ces serpents ne liiient point la comiiagnie des hommes et ne leur font aucun mal ; doirx et paisibles, ils se ressouviennent encore de ce qu'ils étaient autrefois. » (Ovide.)

D'api'ès d'autres traditious, ce ne serait pas volontairement q\w i]iu\niiis se serait retiré en lUyrie, mais il aurait été obligé de s'éloigner a\ec sa famille et ses amis, par suite d'une sédition populaire. Aniphion, le protégé d'Apollon, qui éle\a les murs de Tlièbes au son de sa lyre, fut roi de ce pays, et le supplice qu'il inlligea à Dircé indique des luttes politi(pH'S qui pourraient bien avoir en également un caractère religieux. Mais il est toujours très-dilTicile de discerner quel est le fond historiqnc dissimulé sous les fables qui nous i)résentent toujours le culte de Bacchus s'établissant avec la plus grande difficulté. 11 finit j)0urtant par s'établir à Tlièbes comme dans tout le reste de la Grèce, (d la fable des filles de Minyas paraît être la dernière manifestation d'inie op})Osition faite au dieu du \in.

Les filles de Minyas. — Tandis ([ue le culte de liacclius était déjà rcîconnu dans toute la Grèce, les filles de Minyas s'obstinaient à nier sa divinité. Au lieu d'assister aux fêtes du dieu elles restaient chez elles à travailler et raillaient les mystères sacrés. Un soir qu'elles étaient en liain de s'égayer aux dépens de Bacchus et de son culte, elles entendirent tout à coup un bruit confus de tambours, de flûtes et de trompettes, <jui les étonna d'autant plus qu'elles ne virent personne. Une od(>ur de niNrrhe et de safran se répandit dans la chambre, et la toile qu'elles tissaient se couvrit bientôt de verdure : il y poussa des pampres et des HMiilles de lierre. Le fil qu'elles venaient d'em})loyer se convertit en ceps chargé de raisins, et ces raisins j»rirent la couleur de la pourpre qui était répandue sur l'ouvrage.

Déjà l'on- était à ce temps de la journée, où les ténèbres (pii commencent à se répandre et la lumière qui disparaît, font douter s'il fait jour ou nuit, lorsqu'un bruit épouvantable ébranla toute la maison. Llle parut tout à coup remplie de flambeaux allumés et de mille autres feux qui brillaient de tous côtés ; on entendit des hurlements comme si la maison eût été remplie de bêtes féroces. Les filles de Minyas, effrayées, allèrent se cacher |M)ur se mettre à couvert du feu et de la lumière ; mais pendant ([u'elles cherchent les endroits les plus secrets de la maison, une membrane (extrêmement déliée couvre leur corps, et

HACCIIIS ET SUN CORTEGE-

des ailes loil minces s'étendent sur leurs bras. L'obscurité qui régne dans les lieux où elles se sont cachées les empêche de s'apercevoir (|uelles ont changé de ligure. Cependant, elles s'élèvent en Tair, où. sans avoir de jdtunes, elles se soutiennent avec des .liles composées d'une peau mince et transparente. Klles veulent parler, mais elles ne poussent qu'tui son faible, et proportionné à la petitesse de leur cor[»s: une espèce de murnnnc plaintif est toute la voix qui leur reste pour exprimer leurs regrets. Le séjour des maisons leur j»laît encore, el elles nainu'iil point les forêts, comme les autres oiseaux ; ennemies de la lumière (pi"elles fuient, elles ne ^olelll ([ue la nuit : elles sont rhaiives-soiiri^. (0\ iitE. i

Bacchus et Lycurgue. — Pendant ce tem|>s-là, ijacchus, a\ant porté son culte eu Tliiaci'. fut poursuivi par le roi du pays, nomme

Fig. .")."»0. — lî.icclm^ combattant P(n-<i'p d'api'ès une peinture tl

Lycurgue. «pii, |u-obahlenn'ul ell'rayc par les etï'ets de l'iviesse, a\ail fait ai'iacher les \ ignés du pays. Bacchus fut obligé, pour se sauver, de se précipiter dans la mer, où il fut reçu par Téthys, à qui il donna pour prix de son hospitalité une coupe d'or faite par Vulcain. Toutes les bacchantes et les satyres qui l'avaient accompagné furent jetés en prison : c'est en punition de ce fait que la contrée fut frappée de stérilité, et Lycurgue, devenu insensé, tua lui-même son fils Dryas. L'oracle ayant déclaré que le pays ne povurait recouvrer sa fertilité tant que le roi impie serait \ivant, ses sujets renchaînèrenf sur le mont Rangée, où il fut foulé aux pieds de leurs chevaux. Les bacchantes délivrées enseignèrent les mystères du dieu nouveau dans la Thrace. La lutte de Bacchus et de Lycurgue est représentée a>ec diverses variantes sur les monuments anti([U(>s. Siu- un vase peint, nous voyons le roi de Thrace frappant les Ménades dont une est tombée à ses pieds. Sur un sarcophage à Bome, Lycurgue est représenté combattant avec la double

l.A LÉGENDE HÉROÏQUE DE liACCHUS. 597

liacluî dont so sorvaicMit los barbares (fig. .")48j. Une bacchanle, eoiicliée à ses pieds, se mélaiiiorphose en vigne pour l'enlacer de ses rameaux ^lt embarrasser ses mouvements. Une ménade, ayant près d'eMe la panthère bachique, combat le roi avec d(>ux torclies allumées, tandis que Bacchus regarde la scène, en s'appu\ant indolemment .sur Silène. Une peinture de vase nous montre Lycurgue tuant son fils avec la hache à (h'ux tranchants.

Bacchus et Persée. — La fable de Bacchus jeté à la mer et recueilli par Téthys à qui il otîre une coupe d'or se rapporte, suivant Athénée, à la fabrication du vin et traduit mythologiquement Ihabi- (ude qu'on avait, en cerlaines contr(''es, de se servir d'eau de mer pour accélérer la fermentation du raisin.

V Argos, où Junon était spécialement honorée, le culte de Bacchus eut beaucoup de peine à s'établir. Les habitants refusèrent de l'honorer, et tuèrent les bacchantes qui l'accompagnaient. Le dieu frappa de folie furieuse les mères qui se mirent à déchirer leurs propres enfants. Le héros Persée, protecteur d'Ai'gos, vint alors combattre Bacchus, et d'après un A'ase grec où cette scène est figurée, il ne paraît pas avoir eu le dessus (fig. 550). Cependant, d'après les traditions argiennes, il aurait été victorieux et aurait môme jeté Bacchus dans le lac de Lerne. Pausanias dit simplement que, lorsque la querelle fut apaisée, Bacchus fut honoré à Argos où on lui éleva un temple.

Lreuzer cite un vase, dont le sujet consacre lintroduction de la vigne en Etolie. " On y voit, dit-il, Althéc, femme d'OEnée, roi de Calydon, s'entretenant avec Dionysus épris d'elle, du haut d'une fenêtre, où nous la montre également une peinture qui complète celle-ci et qui offre le dieu endormi devant la porte, dont OEnée vient de franchir le seuil pour lui céder la place. On sait que, pour prix de cette complaisance, il recul le présent de la vigne, et qu'Althée eut de Bacchus la fameuse Déjanire. épouse d'Hercule, comme elle (Mit de Mai-s le héros Méh'agre. »

Bacchus et Érigone. — Ce fut sous le règne de Pandion, lils d'Érechthée, roi d'Athènes, que Bacchus, accompagné de Cérès, >isitapour la première fois lAttique. Cet incident mythologique a une certaine importance pour rintelligence de l'histoire, parce qu'elle montre que, dans ro]>inion des Athéniens, la culture de la vigne et du blé a été précédée dans leur pays par celle de l'olivier, que Minerve leur avait enseignée au moment même de la fondation de leur ville.

Bacchus. en arrivant, descendit chez un Athénien nommé Icarius, (|ui le reçut très-bien; en récompense de cette hospitalité Bacchus lui .•ip|iiit l.i t)ianière de faire le vin. Icarius, eu ayant fabriqué, voulut en

BACCHUS ET S(i.\ COHTKi.i;.

l'aire lionli'i- aii\ passans (ralciilcmi-. (jiii le ti'(ni\rr*'iit dcliciciix. Mais ils s'onivrt'rentcomplétc'iiKMil, cl. croyant qu'Icarius les avait cinjioisoniiés, ils le jctci-cnl dans un puits. La visite de Bacclms à Icariiis est figurée sur |tlusieiu's bas-rcliel's (fig. 551) : il faut remarquer que, dans cette scène, le dieu apparaît toujours sous la lornu'du IJacchus oriental.

Fig'. ,'),')!. — Bacclms clicz Icai'iiis id'api'cs un bas-relief anti({ii(', au Louvre).

Icarius avait une fille extrêmement belle appelée Erigone, et Bacchus, [lendant qu'il était chez lui, en devint épris. Pour s'unir à elle, il se changea en graj^pe de raisin, et dès que la jeune fille l'aperçut sous cette forme, elle s'empressa de l'aller cueillir et de le manger: c'est ainsi (pi'elle devint l'épouse du dieu, dont elle eut un fils qui fut appelé Stajdiylos, dont le nom veut dire raisin. Ce fut lui qui, plus tard, enseigna aux hommes qu'en mêlant de l'eau avec la liqueur divine elle ne produirait jtas l'ivresse.

Lorsque Icarius fut tué, Erigone ne savait rien de ce qui s'était passé, mais, inquiète de ne pas le voir revenir, elle alla au-devant de lui et fut bientôt attirée par les cris de sa petite chienne appelée Mœra, qui poussait des hurlements plaintifs près du puits oii Icarius avait été jeté. Quand Erigone apprit ce qui était arrivé à son père, elle en conçut un si violent désespoir qu'elle se pendit. Bacchus irrité envoya aux Athéniens un délire furieux qui les portait à s'aller pendre à l'endroit même où étaient morts Icarius et Erigone, L'oracle consulté répondit que le mal cesserait quand on aurait puni les coupables et rendu des honneurs aux victimes. Jupiter plaça Icarius parmi les astres et en fît la constellation du Bouvier (Bootès), Erigone devint celle de la Vierge, et la chienne Mœra, celle de la Canicule. Toutes ces traditions se rapportent à l'introduction de la culture de la vigne en Attique, et aux effets imprévus de l'ivresse. Le sommeil d'Erigone a été fréquemment représenté ; Girodet en a fait le sujet d'une de ses plus gracieuses compositions.

CHAPIÏHE Mil

rJAr.CHUS MYSTIQUE.

Bacclius il -\;i\o^^. — Noces de Bacchus el tlAriadiie. — IJaochus el Pro^erpiiie. — Sc'inélé ramonée des enfers. — Les sarcophages bachiques.

Bacchus à Naxos. — Baccluis visita encoro une infinité de contrées ponr y planter la \igne, et la tradition le fait même aller jusqueii

Fiu'. .j,')?. — Ariadne abandonnée (d'après Luca di Giordano .

Espagne, mais, suivant Nonnos, ce fut après son voyage en Attique (pi il vint à Naxos pour y consommer son mariage mystique avec Ariadne. <( Bientôt le dieu abandonne les courants de l'ilissus chéri des abeilles, et se rend avec toutes ses joies dans Tile de Naxos chargée de vignes; rintrépide Éros secoue ses ailes autour de lui, et Vénus, qui prépare son hvmen, devance et guide sa marche. Thésée venait d'y abandonner, dormant encore sur le rivage, la vierge qui avait quitté sa patrie ; et le barbare, oubliant ses promesses, avait fui sur les ondes. Haechus ^()lt Ariadne sommeiller solitaire et l'amour se joint a ladmiration : il entend ses plaintes et s'approch(> de la nymphe dans tout leclat de sa diMUite.

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HACCIIUS ET SON <:()RTi:(ii:.

Mais I im|)('lii('ii\ lù'os la frappe des traits de son arc. r[ lui inspiic un aiMour plus ardent (\uc le premier, car il >eut unir au dieu la lijje de Minos... liacehus console Ariadne, qui, dans sa joie, jette pour jamais à la mer le souvenir de Thésée et reçoit la j>romesse de lliymen avec son céleste amant. Kros prépare la couche nuptiale. Tout fleurit autour d'elle; le chipur des noces retentit ; les danseuses d'Orchomène entour(Mit ?s"a\os de la verdure du printemps; l'hamadryade chante, et la nymphe des fontaines, la naïade sans chaussure et sans bandeau, célèbre lu n ion d'Ariadne et du dieu du vin. Ortygie pousse de joyeuses clameurs en l'honneur de Bacchus, frère de Phébusqui la [>rotégc ; elle entonne un In mue nuptial, et danse, au milieu des Ilots, bien qu'elle y soit désormais inébranlable. Eros, par un éclatant présage, forme avec les roses brillantes dont il entrelace les calices une couronne qui étincelle comme les astres, avant-courrière de la couronne céleste; et l'essaim des amours qui accompagne le mariage bondit autour de l'épouse de Bacchus. »

L'arrivée de Bacchus à Naxos forme le sujet d'une peinture de Pomju'i et se trouve également reproduite sur plusieurs monuments sculptés.

Sur un bas-relief du musée Pio-Clémentin, on voit Morphée, sous les traits d'un vieillard ailé, qui prolonge le sommeil d'Ariadne, en dormie dans Naxos ; un satyre lève la draperie qui la couvre. L'Amour guide Bacchus appuyé sur le jeune Ampélos ilavigno et lui n)ontre du

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doigt la belh; abandonnée. C'est ainsi que l'art moderne a le plus habituellement compris le sujet. Le Titien et Luca Giordano (fig. 552) en ont fait de charmants tahleaux, où l'on voit la troupe bondissante des satyres, accompagnée de tigres et de chè\res, arri\er dexant Ariadn(> abaiidoniiee.

Bacchus et Ariadne. — Le ty[te d'Ariadne es! en conformité parfaite avec celui de Bacchus ; elle semble représenter l'ivresse éternelle, et la somnolence de son visage est bien d'accord avec l'expression habituelle du jeune dieu. L'antiquité nous a laissé plusieurs belles figures <le l'Ariadne, entr(> autres une statue très-célèbre, au musée du Vatican, qui a cic longtemps coniuie sous le nom de (Ib'ojiàtre ; cette attribution

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