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CHAPITRE III

Hercule et Télèphe. — Hercule et Busiris. — Les Pygmées. — Hercule et Antée. — Les colonnes d'Hercule. — Hercule et Cacus. — Hercule et Omphale. — Les Cercopes. — Hercule et Achcloùs. — Enlèvement de Déjanire. — Le bûcher d'Hercule. — Apothéose d'Hercule.

Hercule et Téléphe. — Outre les douze travaux dont nous venons de parler, et qui constituent un ensemble dans la vie du héros, la Fable attribue à Hercule une multitude d'exploits, auxquels il est difficile de donner un ordre bien rigoureux, parce que, la plupart du temps, ils ne se relient pas entre eux et que différentes contrées en ont été le théâtre. Mais ces aventures servent à compléter le type

Fig. ô9(i. — Télèphe allaité par une biche (d'après une peinture d'Hcrculanum).

d'Hercule, qui nous apparaît toujours comme dompteur d(> monstres et comme redresseur de torts.

Après qu'il eut nettoyé les écuries d'Augias et dépouillé de ses Etats ce prince qui lui refusait son salaire, Hercule institua les jeux Olympiques, éleva un autel à Pélops, et douze autels aux douze dieux. Il se rendit ensuite à Pylos, qu'il prit, malgré Pluton qui était venu au secours des Pyliens et fut blessé par le héros. Il marcha de là sur Lacé-

(lémonc, oii il était appelé par Tyndare, qui avait été chassé du trône, et à qui le héros rendit ses Etats, après avoir tué son compétiteur llippocoon.

A Tégée, Hercule connut Auge, prêtresse de Minerve, et la rendit mère de Télèphe : Auge cacha l'enfant dans le temple de Minerve. Mais la peste vint désoler le pavs, et l'oracle consulté déclara que le temple de la déesse avait été profané. Le père de la prêtresse ordonna alors de prendre le nouveau-né et de l'exposer sur une montagne. Le nouveau-né fut secouru par une biche qui vint l'allaiter. Une peinture

Fig. 5S>7. — Hercule et Télèphe (d'après une médaille de Tarse^\

d'Herculanum montre Hercule qui contemple son enfant tcttant 1.» biche : près du héros on voit l'Arcadie personnifiée et derrière elle le dieu Pan qui était particulièrement vénéré dans cette contrée (tig. 596).

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iOS.

Hercule tuant Busiris (d'après une peinture de vasej.

Sur une médaille de Tarse, on voit Hercule, portant son fils Télèphe qui tend ses petits bras vers la biche qui l'a nourri (fig. 597).

Hercule et Busiris. — En Egypte nous trouvons Hercule en face du roi Busiris, qu'il tue pour abolir les sacrifices humains. Une famine

épouvantable avait désolé le pays : un devin annonça ({ne ce fléau ne cesserait que sous la condition qu'on immoleiait cliaqiie année un étrano-er. Cent victimes tombèrent ainsi successivement jusqu'à larrivée d'Hercule. Chargé de chaînes pesantes, le héros fut amené devant le roi qui allait le faire périr ; mais dès qu'il fut arrivé, il brisa ses chaînes, tua le roi, et abolit les sacrifices humains. Cette scène est représentée sur un vase de style archaïque, où on voit Hercule frappant le roi barbare (fig. 598).

Les Pygmées. — Le héros se rendit ensuite dans des régions inconnues, situées près des sources du Nil. Là habitent les Pygmées qui sont les Lilliputiens de l'antiquité. Ces peuples nains sont continuellement en guerre avec les grues. Les Pygmées n'avaient qu'une coudée de haut : leurs femmes étaient mères à trois ans et vieilles à huit. Leurs maisons étaient faites de coquilles d'œufs et ils coupaient le blé avec des haches. Les vases grecs montrent fréquemment le combat des des Pygmées contre les grues, leurs ennemis acharnés. Pline dit que ces petits hommes sont armés de (lèches ; il les fait porter par des béliers et descendre au printemps des montagnes de l'Inde, où ils habitent, sous un ciel pur, pour venir vers la mer Orientale, soutenir, trois mois durant, la guerre contre les grues, briser leurs œufs, enlever leurs petits : sans quoi, dit-il, ils ne pourraient résister aux troupes toujours plus nombreuses de ces oiseaux.

Les Pygmées étaient fort laids et avaient la tète tout à fait disproportionnée avec le reste du corps et surtout les jambes qui sont très-petites. Malgré leur petite taille, ils osèrent s'attaquer à Hercule lui-même. Le héros s'était avancé dans les déserts de la Libye, et, éprouvant bientôt une grande fatigue, il se coucha par terre et s'endormit. Il était arrivé sans le savoir dans le pays des Pygmées, qui, dès qu'ils l'aperçurent, ne songèrent nullement à fuir, mais s'avancèrent en bataille rangée contre lui. Ce fut un siège fait dans toutes les règles. Les deux ailes de l'armée se partagèrent pour attaquer chacune une main, et, pendant que le gros de l'armée monte à l'assaut sur le corps du héros, et que les archers et les gens de trait attaquent les pieds, le roi des Pygmées, conduisant un corps d'élite, se charge de la tête et du visage. Hercule pourtant se réveilla, et se mit à rire, quand il vit à quels ennemis il avait affaire; puis, ramassant tous ces petits êtres avec sa main, il les enveloppa dans la peau du lion de Némée, et les emporta avec lui comme une curiosité. Cette légende a été reprise sous une autre forme dans le roman de Gulliver. Plusieurs peintures d'Herculanum représentent le combat des Pygmées contre les grues (fig. GOO).

Hercule et Antée. — Ensuite Hercule, passant par la Libye,

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AUTRES EXPLOITS ET APOTHÉOSE DHEHCULE. (iU

rencontra le géant Antée, qui avait soi\ante-({uatre coudées de hauteur. Antée forçait les étrangers à se mesurer avec lui, et ils payaient de leur vie une défaite certaine. Le géant avait bâti un temple à Neptune, avec les crânes accumulés de ses victimes. Ce qui lui donnait une force effrayante, c'est que, chaque fois qu'il toucliait à la Terre, sa mère, il y puisait une vigueur nouvelle. Hercule l'enleva de terre et l'étoufla dans ses bras. Polvclète avait fait cette scène, dont les vases peints et

Fig. 001. — Hercule et Antée (d'après une i)ierre gravée antique).

lès camées nous montrent plusieurs autres représentations (fig. 590 et 601). Mantegna l'a dessinée avec une incomparable énergie.

Les colonnes d'Hercule. — Hercule, suivant les côtes de Libye, arriva à un point où elle touche à l'Europe. Mais il sépara les montagnes de manière à joindre l'Océan à la mer Méditerranée, et en souvenir de ce gigantesque travail, il éleva deuv colonnes. De là vient qu'on nommait autrefois colonnes cï Hercule le lieu que nous appelons aujourd'hui détroit de Gibraltar. Pendant cette expédition, le soleil dardait ses rayons sur lui avec tant d'ardeur, que, par impatience, il décocha une de ses flèches contre lui. Mais, bien loin de se trouver insulté, le soleil admira l'intrépidité du héros et lui fit présent d'un cratère d'or dont Ili'rcule se servit ensuite pour traverser la mer, comme le prouvent les monuments où l'on voit le héros naviguant sui-

une coupe.

Hercule et Cacus. — Hercule, après son Yoyao:e en Espagne, travei'sa la Ciaiile et l'Italie. Comme il. était près du Tibre, il s'arrêta dans une prairie pour l'aire paître ses troujteaux, et lui-même, fatigué de

Fig. 60'2. — Cacus (d"ai)rès une i)ieiTe gravéu antique, lapis).

la route, s'étendit sur l'herbe. Ce lieu était habité par un fils de Vulcain, appelé Cacus, homme par le haut, monstre par le bas. d'une faille énorme et Yomissant des flammes par la bouche. Séduit par la

l'ig. C03. — Hercule reuiei'cié par les habitants du nnint Vventin (d'après une médaille

antiquc;.

beauté du troupeau, Cacus entreprit de se l'approprier. Seulement, comme il craignait qu'en chassant les bœufs devant lui, leurs traces ne conduisissent letu- maître à sa caverne, il prit le parti de les \ traîner par la (punie à reculons, en s'attachant seulement aux plus beaux (fig. (102). Hercule, à son réveil, passe la revue de son trou- |)eau, et, ne le trouvant pas complet, il va droit à la caverne voisine dans l'idée que les traces y conduisaient. Mais comme il les vit tournées en sens contraire, sans qu'aucune portât d'un autre côté, ne sachant où

diriger ses recherches, il se décida à (juitter un endroit si dangereux. A son départ quelques génisses se jnirent à mugir, comme il est ordinaire, du regret d'abandonner leurs compagnes. Les autres y répondirent de lantre qui les recelait. (Tite-Live.)

Hercule, averti par les cris qu'il entend, revient sur ses pas et marche droit à la caverne, qui était creusée dans le mont Aventin. Des tètes ensanglantées étaient suspendues à la porte fermée par une pierre que \ingt bœufs n'auraient pu faire mouvoir. Tout autour étaient disséminés les os des voyageurs que Gacus avait tués. Hercule approche de

Fig. ()04. — Hercule et Oinphale [d'après un groupe antique.)

l'horrible ca\erne, arrache les rochers, et, malgré les tourbillons de llamme et de fumée que vomissait le monstre, il le saisit, lui serre la gorge et l'étrangle.

En mémoire de cet événement, les habitants du mont Aventin célébraient tous les ans une fête en l'honneur d'Hercule. Sur une médaille d'Antonin le Pieux, on voit Hercule avec sa massue et (.'acus étendu par terre devant la caverne. Les habitants viennent remercier le liéros qui est démesurément grand (fig. 603). La mort de Cacus a inspiré à Lemoyne, de l'école française, un remarquable tableau qui est au Louvre. Hercule assomme Cacus qu'il vient de terrasser, tandis que les vaches ell rayées fuient de toutes parts. Le fleuve du Tibre est personnifié et

HERCULE ET THESEE.

accompagné de doux naïades;. Mais, parmi les ouvrages modernes, aucun n'a autant de réputation (|ue le groupe de Baccio Bandinelii, le rival de Benvenulo Cellini : ce groupe est à Florence.

Hercule et Omphale. — Hercule, après avoir accomi)li tous ces travaux, résolut de se remarier. 11 ai>prit qu'Eurytus, roi d'OEchalie.

Fis. GU5. — Ht'iculc l't Omiilialc (d'aprè^i un bas-relief antique).

avait proposé la main d'Iole, sa fille, cà celui qui le vaincrait au combat de l'arc. Hercule se présenta et fut vainqueur ; mais le monarque n\ayant pas voulu lui donner sa fille, il entra dans une violente colère et précipita Iphitus, fils du roi, du haut des murs de Tirynthe. Ce meurtre demandait une expiation, et Hercule se rendit à Delphes pour savoir ce qu'il avait cà faire. La pythie ayant refusé de répondre, Hercule enleva le trépied sacré où elle rendait ses oracles. Mais Apollon lui-même vint pour reprendre son trépied, et une lutte terrible allait

s'engager, quand Jupiter lança sa foudre pour séparer les combattants. L'oracle pourtant se décida à parler; mais il enjoignit à Hercule de se laisser \endre comme esclave en expiation du meurtre qu'il avait commis et de remettre le produit de la vente à Eurytus, comme indemnité pour son fils : Mercure le vendit trois talents à Omphale. reine de Lydie, dont il dcAint amoureux. Nous devons à cette histoire plusieurs monuments. Dans les statues, on voit Hercule enveloppé dans un manteau de femme et filant, tandis qu'Ompliale, couverte de la peau de

Fig. 60G. — Hercule filant (d'après une mosaïque antique;

lion, tient en main la massue du héros (fig. 604). Une mosaïque du musée du Capitole représente Hercule, à moitié couvert par une robe de femme et tenant le fil de sa quenouille. A ses pieds, des amours s'amusent avec un lion qu'ils tiennent enchaîné, image du héros dompté par la passion (fig. fiOG).

Dans une pierre gravée antique on voit Omphale qui peigne le héros, dont un amour tient la peau de lion et le carquois désormais inutile (fig. 609).

Vne pierre gravée qu'on croit imitée d'un ouvrage de Lysippe, montre

HERCULE ET THESEK.

Hercule, qui. ai»iès avoir soulevé le monde, paraît succomber sous le poids d'un gracieux amour porté sur ses épaules. Le héros agite en vain sa massue, et lléchit déjà le genou (Ug. 607). Kntin sur une intaillc

Fig. GO". — Hercule vaincu par l'Amour idaprès une pierre gravée antique, jaspe rouge).

célèbre du musée du Capitole, on voit plusieurs amours faisant des efforts inouïs pour soulever la massue (fig. 6(J8).

Les Cercopes. — Cette période de la vie d'Hercule fut pourtant bien loin d'être inactive, et plusieurs brigands succombèrent sous ses coups. Ce fut aussi pendant son esclavage qu'Hercule prit et enchaîna

Fig. 608.— Les amours soulevant la massue d'Hercule (d'après une pierre gravée antique).

les Cercopes, hommes méchants, qui avaient tourmenté et volé le héros, pendant son sommeil. 11 leur attacha les pieds et les mains et les rap-

porta ainsi garrottés à Ompliale, Un emélopc de Sélinonte, qu'on regarde comme un des plus anciens monuments de la sculpture, montre Hercule emportant les Cercopes, qui sont suspendus la tête en bas, après un bâton que tient le héros (fig. 610).

Ces Cercopes, qu'Hercule vainquit et ramena enchaînés à Omphak-,

Fig. 609. — Hercule peigné par Omphale (pierre gravée antique).

étaient les plus fourbes et les plus scélérats de tous les hommes. Aussi Jupiter leurinterditl'usagede la parole, dontils ne se servaient que pour

Fig. 610. — Hercule et les Cercopes.

le mensonge et le parjure, et ils ne conservèrent qu'une voix enrouée, qui semble toujours une plainte. En même temps, leur taille lut raccourcie, leur nez aplati, leur visage semé de rides et leur corps se couvrit d'un poil roux. Hs avaient été changés en si?iges, de sorte qu'ayant cessé d'être des hommes, ils leur ressemblassent encore après leur métamorphose. (Ovide.)

Hercule et Achéloûs. — Quand Hercule eut terminé les trois années de captivité qui lui avaient été imposées, il alla à Calydon.

L(> roi (le ce pays. OEik'm', avait iino fiHe admirablement l)cHe qui était flemandce par une foule de ju'inees et de héros. Ilereule s'étant mis sur les rangs, ils se retirèrent tous à l'exception d'Aehéloiis, lils de l'Océan. Les deux héros firent valoir leurs droits et connue Achéloûs contestait ceux d'Hercule, celui-ci. qui n'avait pas reçu l'éloquence en partage, s'écria plein de courroux : « Mon bras est plus redoutable que ma langue; content de savoir vaincre, je te cède le frivole avantage de mieux parler que moi. » En même temps, il se rua sur son adversaire, et une lutte terrible s'engagea entre eux. Après avoir été obligés quatre fois de reprendre haleine, sans pouvoir obtenir d'avantage l'un sur

Fig. 611. — Hercule et Acliélous (d'après une pierre gravée antique, cornaline).

l'autre, les deux rivaux finirent par s'étreindre avec une telle force qu'Achéloiis tomba chancelant, sous les coups de son adversaire, sans songer à le lâcher. Mais se sentant écrasé sous son poids, comme sous celui d'une montagne, il se métamorphosa en serpent, et chercha à enlacer Hercule dans ses replis. Hercule lui dit alors d'un ton dédaigneux : « Dompter des serpents! c'était un e\[»loit de mon enfance! » Le serpent se transforma en taureau : llercuK' le saisit alors avec une telle force qu'il lui arracha une corne (fig. OU), et Achéloiis, cédant à la douleur, laissa la place à son rival et disjiarut sous les eaux.

Ce combat célèbre a fourni le sujet de plusieurs représentations, principalement sur les vases peints. Une amphore à figures rouges nous montre Hercule brandissant sa massue de la main gauche et de la droite portant son arc en avant. H attaque Achéloûs, qui paraît sous la forme d'un taureau à face humaine avec une longue corne (fig. 612).

La même scène est représentée dans un groupe antique, et dans Tait moderne, elle forme le sujet d'une statue de Bosio qui se voit dans le jardin des Tuileries.

Suivant certaines traditions, la corne d'Achéloûs serait devenue la

Fig. CI2. — Hercule et Acliéloiis f d'après une peinture de vase).

corne d'abondance, que d'autres font venir de la chèvre Amalthée. Un vase antique représente Hercule présentant à Jupiter la corne d'Achéloûs, qui est devenue la corne d'abondance : le roi des dieux est assis et

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Fig. G13. — Hercule présente à Jupiter la corne d'Achéloiis !d'a])rès un vaso peint).

lient en main un grand sceptre terminé par un oiseau. Junon se tient debout derrière lui et appuie sa main sur le dossier de son siège (fig. 613).

Enlèvement de Déjanire. — Hercule victorieux voulut emmener

Déjanire, mais il se trouva arrêté devant un fleuve que la i>luie et la

fonte des neiges avaient démesurément j^rossi. Le centaure Nessus jm'o-

Fig. G 14. — ^'essus et Déjanire (d'après un tableau de Rubens).

posa obligeamment à Déjanire de la faire passer; Hercule, ne se dou-

Fig. Gif). — Enlèvement de Déjanire (d'après un miroir étriisque).

tant point de ses projets, y consentit. Rubcns nous montre Déjanire au moment où elle va monter sur le centaure (lig. 614).

A peine le fleuve était-il passé, Hercule, qui était resté de l'autre côté, entend un cri : le centaure se sauvait en emportant son fardeau. Le héros furieux tua le ravisseur (fig. ClG}.

Fig. 616. — Déjanire appelle Hercule à son secours (d'après une peinture de vase).

L'enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus est représenté sur un miroir étrusque d'un caractère très-arclinïquo : le centaure qui se retourne pour embrasser Déjanire a une longue barbe parfaitement peignée (fig. 615). Le Guide et Luca Giordano ont fait sur le même sujet des ouvrages célèbres ; mais tandis que le Guide est surtout préoccupé de montrer la passion du centaure (fig. 617), Luca Giordano a fait un centaure épouvanté, qui, dans sa fuite, a l'œil fixé sur Hercule dont il veut éviter la flèche.

Le bûcher d'Hercule. — iNessus, se voyant sur le point de rendre le dernier soupir, songea à la vengeance. Il prit sa tunique ensanglantée et la donna à Déjanire, comme un talisman pour se faire aimer de son mari. Rubens a représenté cette scène. Déjanire était jalouse d'iole, qu'Hercule avait sans doute enlevée, car les pierres gravées les montrent fréquemment ensemble (fig. 618). Se croyant délaissée par son époux, Déjanire se souvint du présent de Nessus, et voulut user du talisman. Elle remit donc à Lychas, héraut d'Hercule, la tunique du centaure, en le chargeant de la porter à son maître ; mais à peine le malheureux Hercule fut-il revêtu de cette tunique dont il ne connaissait pas la puissance, (juil sentit un venin horrible pénétrer sou

corps et fit retentir le mont OEla de ses cris et de ses gémissements. Il lit tous ses efforts pour ôter ce vêtement emi»oisonné, mais il ne put larracher qu'en enlevant, en même temps la peau, à laquelle il s'était tellement collé qu'en le déchirant il emportait la chair. Le feu qui lui dévorait les enlrailles faisait pétiller ses muscles et fondre la moelle

Fig. 617. — Knlè'vement de Déjaiiii-p par le centaure Nessus (d"après un tableau di Guide, musée du Louvre).

de ses os. Fou de rage et de douleur, poussant d'horribles hurlements, courant sur la montagne, comme un tigre furieux ([ui porte dans ses lianes le trait dont il est blessé, il rencontre Lychas, le malheureux messager qui avait apporte la tunique, et, le saisissant par un membre, il le lance dans les airs, où le corps de la victime s'en va en pirouettant jusque dans la mer. Canova a traité ce sujet sauvage.

Le héros, ne pouvant plus supporter ses soullVances, voulut en finir avec une vie qui n'élaitpour lui qu'une épouvantabh' douleur. Il arrache les arbres du mont OEta, dont il fait un immense bûcher, place dessus la peau du lion de Némée, et, s'y étant couché lui-même, il remet

AUTRES EXPLOITS ET APOTHÉOSE DHERGULE. 6o3

à son ami Philoctète, son arc et ses flèches, qui devaient être si fatals a Troie, et lui ordonne d'allumer le bûcher. Les flammes, montant en tourbillons, l'environnent bientôt de toutes parts; mais quand tout ce

Fig. 618. — Hercule et lole (d'après une pierre gravée antique).

qu'il avait de mortel fut consume», Jupiter l'enleva au ciel et le plaça au rang- des dieux.

Fig. Gif). — Hercule au repos (daprès une statue antique}.

La mort d'Hercule fait le sujet d'un tableau du Guide qui est au musée du Louvre (fig. 620), et d'une sculpture qui a servi de morceau de réception à Guillaume Coustoii. Les deux artistes, s'inspirant de la même pensée, montrent le héros assis sur le bûcher et levant le bras vers le ciel qu'il invoque.

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HEIICULE ET THESEE.

Apothéose d'Hercule. — Les soiiiïVaiiccs (rilciciilc sur le bûcher du uiomI 01^]t!i ont ctc rarcnicnt représentées dans Tart antique, mais son apothéose apparaît IVéqueninient. On voit pourtant, sur un beau vase peint, h; bûcher de l'OEta en même temps que l'apothéose. Dans h; ]»lan inférieur, on \oil le bûcher enflammé, portant le tronc non encore consumé dllercule. Philoctète, qui vient de l'allnmer, s'en

Fig. (;20. — La mort d'Ik'rculc (d'après le tableau du (Uiide, uiusée du Louvre;.

va en emportant deux lances et le carquois du héros : de l'autre coté, une nymphe verse l'eau d'une hydrie pour éteindre les flammes. Audessus, Hercule, qui a retrouvé sa jeunesse, est assis dans le quadrige de Minerve, en compagnie de la Victoire ailée qui tient les rênes. Mercure conduit le char vers l'Olympe, et Apollon, tenant des branches de laurier, accueille le héros comme un immortel (fig. 622).

Sur d'autres monuments le héros célèbre son mariage dans l'Olympe avec Hébé, la déesse de la jeunesse (fig. 021).

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La plus célèbre statue que nous possédions d'Hercule déifié est le fragment antique connu sous le nom de Torse du Belvédère, qui a été retrouvé vers la fin du quinzième siècle, près du théâtre de Pompée, et qui est à Rome. Ce chef-d'œuvre, qui porte le nom, inconnu d'ailleurs, d'Apollonius d'Athènes, inspirait une si vive admiration à Michol-

Fig. 021. — l'iiion d'Hercule; avec Hébô (d'après un miroir étrusque).

Ange, que, lorsqu'il devint aveugle, il prenait encore plaisir à 1(> pal[)er avec les doigts. La tète, les bras et les jambes manquent. Wiiickelinann fait observer, à propos de cette statue, que les veines ne sont jamais apparentes dans Hercule déifié, tandis qu'on les voit dans le héros vivant lorsqu'il vient d'accomplir ses prodigieux travaux. L'apothéose d'Hercule, peinte par Lemoync dans un plafond du palais de Versailles, est une des pages les plus importantes de l'école française. Sous l'influence de la poésie. Hercule devient l'idéal de féuergie

IIKHCULE Eï THÉSÉE.

bienfaisante, <lii tiavail civilisateur triomphant des mille obstacles que la terre fait naître sous les pas de rhunianité. Dans les plus anciens monuments de l'art, il se montre déjà coninie le type acconi[)li du héros et de l'athlète. Ce type, porté à sa perfection par Myron et L\sippe, est surtout exprimé par le développement des muscles, la petitesse de la tète, dont les cheveux sont courts et frisés, la largeur de la nuque, ranii.leur de la poitrine et la vigueur des membres. Ces caractères, qui font reconnaître les représentations d'Hercule mieux encore que ses attributs ordinaires, la massue et la peau de lion, sont très-appa-

Fig. 622. — Moi't et apotlic'ose d'Hercule ^clapi-rs iiiic peinture de vasej.

rents dans la statue intitulée Hercule Farnè^e. Elle est signée du nom de Glycon; mais comme une statue semblable, et d'une exécution médiocre, porte le nom de Lysippe, on croit que l'une et l'autre sont imitées d'un môme original dont Lysippe était l'auteur. \lHevcule Farnèse représente le héros au moment oii il se repose de ses glorieux travaux.

Hercule, le héros divinisé, était une des divinités les plus populaires de l'antiquité. Le porc était l'animal qu'on lui olTrait habituellement en sacrifice : c'est pour cela que, sur une pierre gravée du musée de Florence, nous voyons un Hercule monté sur un porc (fig. 624). Il tient dans une de ses mains la massue traditionnelle et dans l'autre un canthare symbole de son culte. On invoquait hi protection d'Hercule contre lesbètes féroces. C'est ce que nous voyons dans une épigramme de V Anthologie : « Par Hercule le mangeur de bœufs, enfants de ces

Fig. 0"23. — Hercule Farnèse (d'après une statue antique).

llKliCTLE ET THESEE.

campagnes, les loups (Icvoiaiits no tiendront plus ici, et los \olcuis se gardt'ionl bien d'exploiter vos demeures, même si un sommeil inop-

Fig. G"24. — Hciculi' suf un porc d'après vuio pierre givivée du musée de Florence).

portun \ieiil a fermer vos paupières. Car Denys m'a élevé une stalue en m'adressant cette prière : « Ou'llei'enle soit le \igilant gardien de ce pays. » [Aiith. )

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