I.A POMME DE DISCORDE
La néréide Tliétis. — Les noces de Thétis et de Pelée. — La pomme de discorde. — Le berger Paris. — Les trois déesses. — Le jugement de Paris.
La néréide Thétis. — La néréide Thétis, dont une statue du Louvre nous montre Tiniage, était la plus belle des déesses marines. Jupiter et Neptune en furent tous deux épris, et chacun prétendait ravoir pour épouse. Mais les oracles ayant déclaré que le fils de Thétis serait plus puissant que son père, les deux divinités rivales abandonnèrent leurs prétentions et décidèrent d'un commun accord que Thétis serait l'épouse de Pelée, descendant d'Eaque.
Les noces de Thétis et de Pelée. — Cependant Thétis se trouvait humiliée d'être l'épouse d'un simple mortel après avoir été aimée par des dieux. Elle avait, comme son père Nérée et comme Protée, la faculté de pouvoir se transformer en toute sorte d'animaux féroces. Pelée alla trouver le centaure Chiron, qui lui conseilla de ne tenir aucun compte des transformations de la déesse et de l'enchaîner bravement sous quelque forme qu'elle voulût lui apparaître. Il le prévint qu'une fois enchaînée elle consentirait à s'unir à lui. Sur un vase très-archaïque, on voit Pelée luttant contre Thétis qui se transforme vainement en lion et en serpent. Les nymphes qui assistent à cette lutte dont Pelée sortit victorieux, lèvent les bras en signe d'étonnement.
Un bas-relief antique représente la même scène d'une façon différente, et avec de nombreux personnages. Pelée, armé d'une épée, d'une lance et d'un bouclier, s'avance vers Thétis endormie, et près de laquelle sont placés un lion et une chèvre, indiquant les différentes for-
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mes d'animaux qnCIlc pionait pour rcliapper à ceux qui prétendaient à sa main. Mais pivs d'elle, le vieux Morphéc verse sur son corps une liqueur soporifique pour faciliter l'entreprise de Pelée, Derrière Pelée on voit au premier plan le vieux Nérée, père de Thétis, couronné d'algues marines et tenant une conque. Il est couché et a auprès de lui Protée, \ieillard barbu tenant un gouvernail, et Amphitritc debout et à demi nue. Dans le [)lan supérieur, on aperç^-oit Apollon, Diane, Mercure et Proserpine. Au côté droit du monument, la Terre à demi couchée au premier plan lient une corne d'abondance et retourne la tète pourvoir Thétis placée près d'elle. Au-dessus on voit plusieurs divinités : Junon, qui a la place d'honneur parce qu'elle préside au mariage, puis Minerve, Vulcain et Bacchus. Jupiter et Neptune sont absents (fig. 041). Un autre bas-relief représente plusieurs divinités se rendant aux noces de Thétis et de Pelée et leur apportant des présents. Les époux sont assis à droite et Thétis porte le voile nuptial. Vulcain offre à Pelée une épée et un bouclier. Minerve un casque et une lance. Puis les Saisons apportent du gibier et des fruits pour le banquet, et à l'extrémité du monument l'Amour chasse la Discorde qui venait pour troubler la fête (fig. 640). Cette avanie que l'Amour fait à la malencontreuse déesse devait avoir des conséquences incalculables.
La pomme de discorde. — Tous les dieux avaient été convoqués pour les noces de Thétis et de Pelée : la Discorde seule n'était pas invitée. Furieuse d'un pareil outrage, elle résolut de troubler le festin des immortels. Ayant cueilli une pomme d'or dans le jardin des Hespérides, elle vint la jeter sur la table du festin et mit ainsi le trouble entre les déesses qui voulurent aussitôt s'en emparer. Jupiter, ne pouvant les mettre d'accord, décida que la pomme appartiendrait à la plus belle ; mais ne voulant pas qu'un dieu fût le juge des autres divinités, il ordonna à Mercure d'aller porter la pomme au berger Paris et de le charger de prononcer le jugement.
Le berger Paris. — Le berger Paris était fils de Priam et d'Hécube. Peu de temps avant sa naissance, sa mère rêva qu'elle portait dans son sein un flambeau qui allait brûler la ville de Troie. Les devins consultés répondirent que l'imfant qu'Iiécube allait mettre au monde était destiné à causer la ruine de sa patrie. Priam résolut de le faire mourir et chargea le berger Agélaûs d'exposer le nouveau-né sur le mont Ida. Pendant cinq jours, une ourse se chargea d'allaiter l'enfant, et Agélaiis, frappé de ce prodige, reprit l'enfant et l'éleva chez lui. Devenu grand, Paris, qui est également connu sous le nom d'Alexandre, se distingua entre tous les autres bergers par son adresse et surtout par sa beauté.
LA GUERRE DE TROIE
Un miroir otriis({nc nous montre Mei'cui'c arrivant devant Paris qui est assis ; il tient une lance au lieu de la houlette de berger que la tradition lui attribue ; Mercure est seul (fig. 042). l'^n le voyant arriver, le berger a\ait été un peu etf rayé. « Le divin iils de Maïa, dit Cohithus, cherchant à le rassurer lui parla ainsi : <( Bannis la crainte et laisse là tes bi'chis. V iens juger des divinités qui ont quitté le ciel pour comparaître (h>vanl t(»i. Ndis (picUe est celle dont la beauté te paraît préfé-
Fig. G42. — Mercure et Paris (d'après un miroir étrusque)
rable et donne-lui cette pomme ; ce sera pour elle un prix bien doux. » A peine avait-il achevé que Paris, promenant ses regards timides sur les immortelles, s'était mis en devoir déjuger quelle était la plus belle. Il comparait l'éclat dont brillaient leurs yeux, les formes du cou, l'or qui lelevait la parure de chacune, l'élégance du pied, rien ne lui écha[q)ait. Minerve, s'approchant de lui avant qu'il eût pu prononcer et le saisissant par la main, tandis qu'il souriait à la vue de sa beauté, lui parla ainsi : <( Approche, fils de Priam ; ni Tépouse de Jupiter, ni la reine des Amours, ne méritent d'arrêter tes regards ; que la déesse de la valeur, que Pallas seule obtienne de toi des éloges. C'est à toi, dit-on, qu'est commis le soin de gouverner et de défendre les murs de Troie, apprends que je peux mettre en toi la délivrance de ton peuple et te sauver des furies de Bellone. Décide en ma faveur, et je t'instruirai dans l'art de la guerre, je t'égalerai aux j)lns vaillants guerriers (fig. 645). »
«Comme Minerve disait ces mots, Junon prit la parole, et s'adressant à Paris : « Si tu m'adjuges, dit-elle, le prix de la beauté, je te promets de te faire régner sur l'Asie entière. Laisse les soins belliqueux. Qu'importe la guerre au souverain dont la puissance n'est pas contestée? Les rois commandent également aux })lus vaillants et aux plus lâches de tous les mortels. Ce ne sont pas toujours les favoris de Minerve qui sont assis au