‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 78 sur 111 · LA POMME DE DISCORDE · texte numérisé non relu

LA POMME DE DISCORDE

plus haut rang. Ceux qui suivent Bellone avec le plus d'ardeur périssent les premiers ! » Ainsi la reine des immortels cherchait à séduire son juge en lui promettant le pouvoir suprême.

Vénus parla h son tour, et pour paraître avec plus d'avantage, elle

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Fig. 04 i. — Mercure conduisant les déesses (d'après une peinture de vase'.

commença par délier les agrafes qui attachaient sa tunique. Dès qu'elle fut en liberté, elle se redressa, sans rougir de ce qu'elle allait faire ; et puis dénouant sa ceinture où résident les tendres Amours, elle présenta

V\i;. (jiô. — -Minerve devant Paris i^d'ajjrés une peinture anti(|ue).

sa gorge nue, en étala complaisamment toutes les beautés ; puis, s'adressant au berger avec un sourire de volupté : « Jouis, dit-elle, jouis de tous hîs charmes que j'offre à ta vue. Ne méritent-ils pas bien la préférence sur les travaux guerriers? et leur possession ne vaut-elle pas mieux

LA GUERI! K DK TROIE

que celle de tous les sceptres et de tous les royaumes d'Asie ? Les fatigues des combats me sont étrangères. Eh ! ([u'ai-je affaire de l)oucliers? Les femmes se distinguent suitout par l'éclat de leur beauté. Je ne donne pas la valeur; mais je veux te donner une compagne charmante. Ce n'est pas sur un trône que je te ferai monter, mais je te ferai monter au lit d'Hélène. Tu ne quitteras Troie que pour aller former à Sparte les nœuds les plus fortunés. »

«A peine la déesse avait-elle achevé, que Paris lui adjugea le prix de la beauté : elle re(;ut de ses mains la pomme qu'elle avait tant souhaitée, source fatale de divisions et de combats. » (Coluthus.)

Le jugement tle Paris a été fréquemment représenté, mais l'interprétation très-différente qui en a été donnée dans l'art des anciens et dans

Fig. (iiG. — Juiieniciil di^ Paris (d'après Flaxniaii)

celui des modernes, modifie complètement le sens de celte fable. Primitivement c'est une fable purement morale^ qui montre le mépris qu'avaient les Grecs d'Europe pour leurs voisins d'Asie, qu'ils regardaient comme des efféminés incapables d'estimer les vertus viriles. Le Phrygien Paris pouvait en donnant le prix à Minerve acquérir la valeur guerrière qui assurait l'indépendance de son pîiys ; en le donnant à Junon il acquérait la puissance et devenait roi de l'Asie. Il a mis au-dessus de tout la volupté que lui offrait Vénus ; c'est pour cela que Troie est tombée^ et que la Grèce, protégée par Minerve et Junon, a toujours été au-dessus de l'Asie.

Coluthus dans son récit nous montre Vénus dénouant sa ceinture devant le berger Paris, et plusieurs écrivains anciens ont raconté le fait

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de la mèinc nianièiv. Mais les artistes ont toujours montré les trois déesses complètement vêtues, même Vénus. Sur uu vase de style archaïque, nous les voyons suivre Mercure, qui va, accompagne de son chien, au-devant de Paris (fig. 6i3). Dans la période romaine, les déesses continuèrent à être vêtues. Une peinture antique, trouvée dans le tombeau des Nazons, à lîonie, nous montre Mercure i>résentant la pomme à Paris qui garde ses troupeaux dans un grand pâturage. Au fond, on voit les trois déesses assises et tenant toutes les trois une lance. Minerve semble caresser FAmour qui indique le berger du doigt. C'est un des rares tableaux antiques où le paysage soit dépourvu d'architecture ci conçu d'une façon rustique (fig. G47).

L'art moderne au contraire a constamment représenté les déesses nues. Flaxman a montré Vénus seulement avec la poitrine découverte ; les deux autres déesses sont vêtues, mais on voit qu'elles sont en train de se rhabiller (fig. 646). Raphaël. Rubens, et la plus grande partie des peintres représentent les trois déesses absolument nues, de façon que Paris semble décider quelle est la plus belle à un point de vue purement plastique. Vénus est une femme qu'il trouve plus belle que Minerve, mais le sens moral de la fable a complètement disparu, car entre ces deux femmes déshabillées et dépourvues par conséquent de leurs attributs, rien ne peut indiquer que l'une est la vertu guerrière et l'autre la volupté, que l'une assurera la sécurité de la patrie et que l'autre en causera la ruine, etc. Dans son joli tableau du Jugement de Paris, Rubens, pour affirmer davantage le caractère sensuel qu'il veut donner à cette fable, place dans le bois voisin des satyres, qui profitent de l'occasion pour regardera loisir les trois déesses toutes nues. Ces satyres sont très-heureusement trouvés comme rappel de ton, mais mythologiquement jamais des satyres ne se seraient permis de regarder Minerve avec cette effronterie, et si le hasard la leur avait montrée, ils se seraient enfuis au plus vite pour ne pas encourir le courroux de la déesse.

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