CHAPITRE X
ÉNÉE ET LES TROYENS
Départ d'Énée. — Les pénates. — La tempête. — Énée et Didon. — Mort de Didon. — La sibylle de Cumes. — Énée et Turnus. — Nisus et Euryale. — La truie blanche. — Mars et Hhéa Sylvia. — La louve de Romulus. — Enlèvement des Sabines. — Romulus déifié.
Départ d'Énée. — Pendant l'incendie de Troie, Énée, après avoir l'ait de \ains efforts pour repousser les Grecs, voulut emmener sa famille et quelques compagnons pour aller s'établir dans une contrée étrangère. Anchise, son vieux père, était décidé à mourir sur place plutôt que d'abandonner ses foyers, et toutes les remontrances d'Enée ne parvinrent pas à vaincre sa répugnance. Mais les dieux voulurent montrer par un prodige la protection qu'ils accordaient au héros. Au moment oi^i la femme d'Enée, Creuse, cherchait à retenir son mari pour
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Fig. 7 4!). — Énée est retenu par un heureux présage (d'après une miniature du Vinjile
du Vatican).
l'empêcher de combattre encore, une flamme légère s'éleva sur la tète de leur enfant, Ascagne, et, effleurant mollement ses cheveux, sembla se jouer sur son front. Dans l'effroi que causa cette flamme au premier moment, on jeta d'abord de l'eau sur la tète de l'enfant, mais le vieil Anchise vit^là un effet de la volonté des dieux elles hautes destinées qu'ils réservaient à cet enfant : il déclara aussitôt à Enée qu'il était prêt à le suivre partout oîi il irait. Une miniature du Virgile du Vati-
ÉNÉEET LES TROYENS. 775
can (fig. 749) montre Enée qui yient de prendre les armes pour voler au combat. Sa femme Creuse se jette à ses pieds et le supplie d'employer sa valeur à défendre elle, son père et son fils. Deux serviteurs, coiffés de bonnets phrygiens, versent de l'eau sur la tête du jeune Ascagne, pour éteindre la flamme que ses parents y voyaient briller, et le vieil Anchise lève ses mains vers le ciel étoile pour remercier les dieux de l'heureux présage qu'ils lui manifestent par cette flamme.
Le héros raconte lui-même dans VE?iéideàe Virgile les circonstances qui accompagnèrent son départ. « Anchise, mon père, levant avec joie ses yeux et ses mains vers les astres, s'écrie : « Puissant Jupiter ! « s'il est des prières capables de te tléchir, jette seulement un regard sur « nous ; et si notre piété le mérite, ô père des humains, accorde-nous ton « secours et confirme ce présage.» A peine le vieillard a parlé, le tonnerre retentit à gauche ; une étoile tombant de l'éther, court et rayonne au milieu des ténèbres. Nous la voyons s'abaisser sur le faîte du palais, puis cacher son éclnt radieux dans la forêt de l'Ida en nous montrant le chemin. Un long sillon de lumière a marqué son passage, et l'odeur du soufre fumant remplit tous les lieux d'alentour. Alors mon père, vaincu, se lève, invoque les dieux, et adore l'astre sacré : « Plus de « retard, s"écrie-t-il, je te suis, et j'irai où tu me conduiras. Dieux de « mes pères, sauvez ma famille, sauvez mon petit-fils! Ce présage vient « de vous, et Troie est encore sous votre protection. Je cède, ô mon fils ! « et ne refuse plus de te suivre. » Il dit, et déjà la flamme plus éclatante se fait entendre avec plus de force, déjà l'incendie roule de plus près ses tourbillons : « ïlàtez-vous, m'écriai-je, ô mon père ! placez-vous « sur mes épaules, je vous porterai, et ce fardeau sera léger pour moi. « Quels que soient nos destins, pour nous même péril, pour nous même « salut. Que le jeune Iule (le même qu'Ascagne) marche près de moi, et « que ma femme suive de loin mes pas. Et vous, serviteurs fidèles, écou- (( tez et retenez ces paroles : hors des murs, sur la colline, est un ancien « temple de Cérès, maintenant abandonné ; à côté, s'élève un cyprès, que, « depuis longues années, a respecté la piété de nos pères; c'est là que, (( par des chemins divers, nous nous réunirons. Vous, mon père, prenez « dans vos mains ces vases sacrés et les dieux de la patrie. Moi, qui sors « à peine d'un combat si terrible et d'un carnage récent, je ne puis les « toucher sans crime, avant qu'une eau vive m'ait purifié. »
« A ces mots, je jette sur mes épaules, et sur mon cou que j'abaisse, la fauve dépouille d'un lion, et je m'incline pour recevoir mon précieux fardeau. Le jeune Iule s'attache à ma main droite, et suit son père à pas inégaux. Creuse marche derrière moi. Nous avançons à travers les plus sombres chemins ; et moi que n'avaient pu émouvoir ni les traits lancés de toutes paris, ni la foule menaçante des bataillons grecs, maintenant un souffle m'épouNanle, le moindre bruit m'inquiète et me tient
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en suspens, et je crains également pour mon compagnon et pour uion
fardeau. »
Le départ d'Énéc forme le sujet de plusieurs représentations dans l'art ancien et moderne. Une peinture d'IIerculanum nous montre cette scène, traitée en caricature, avec les personnages figurés en chiens (lig. 752).
Fig. 750. — Énée portant Anchise (statue de Lepautre).
Un tableau du Louvre, autrefois attribué au DominiquincI maintenant catalogué sous le nom de Léonelle Spada (fig. 751), représente le môme sujet qui a également fourni à Lepautre le motif d'un groupe célèbre (fig. 750). Dans toutes ces compositions, le vieil Anchise, porté sur les épaules d'Énée, tient dans ses bras les dieux pénates qu'il emporte.
Les pénates. — Ainsi protégé par les dieux, Enée aborda d'abord dans la Thrace, où il fonda avec ses compagnons la ville d'Enéas. De là, il se rendit dans l'île de Délos et consulta l'oracle sur la continuation de son voyage, mais il entendit mal sa réponse et se retira en Crète où il eut un songe. « Il était nuit, et tout ce qui respire sur la terre était plongé dans le sommeil, lorsque les images sacrées des dieux et les pénates de Phrygie, que j'avais ravis aux flammes de Pergame et emportés sur les mers, m'apparaissent en songe, éclatants de la vive lumière que les pleins
ENEE ET LES TROYENS
rayons de la lune versaient par les fenêtres. Puis ils m'adressent ces paroles qui consolent mes ennuis : « Ce que te dirait Apollon si tu re- « tournais à Délos, il te Tannonce par notre bouche, et c'est lui qui nous « envoie maintenant devant toi. Nous qui, après l'embrasement d'Ilion, « avons suivi la fortune de tes armes; qui, avec toi, sur les mêmes vais- « seaux, avons traversé les mers orageuses, nous élèverons jusqu'aux « astres tes futurs descendants, et nous donnerons à leur ville l'empire
Fig. 751. — Éiiûe portant son père (d'après un tableau de Lconclle Spada^
« du monde ; toi, prépare à ce grand peuple une grande cité, et ne te « laisse point abattre parles longues fatigues de l'exil. Il faut changer de « demeure : le dieu de Délos ne t'a point conseillé ce rivage, il ne t'a « point assigné la Crète pour demeure. Il est une contrée que les Grecs « nomment Hespérie, terre antique, puissante parles armes et par sa fé- « condité. Jadis les OEnotriens Thabitèrcnt; depuis, elle a, dit-on, reçu « d'un de ses chefs le nom d'Ilalie. Voilà notre vraie patrie : c'est de là « que sont sortis Dardanus et Jasius son père, premiers auteurs de notre
LA GUERRE DE TROIE
« race. Lève-toi donc, et cours avec joie raconter à ton vieux, père cet « oracle infaillible. Cherche Corythe, et les terres d'Ausonie: Jupiter te « refuse les campagnes de Crète. » Étonné de cette apparition et de cette voix des dieux (ce n'est pas un songe : je voyais ces dieux devant moi, leurs bandeaux sacrés et les traits de leur visage, j'entendais leurs pa-
Fig. 7Ô2. — La fuite d'Éiiée (d'après une caricatura antique).
rôles, et tout mon corps était couvert d'une sueur glacée), je m'élance de ma couche ; j'élève vers le ciel ma voix et mes mains suppliantes, <'t jo fais des libations de vin ] ur sur mes foyers. Ph in de fjoie, après
I''i}i,'. 763. — Énée voit en songe ses dieux pénates (d'après une miniature du Virgile du Vatican).
cette offrande aux dieux de ma patrie^ je cours avertir Anchise, et lui raconter en détail tout ce qui vient de m'ctre révélé. » (Virgile.)
La tempête. — La Hotte repartit donc avec l'intention de gagner les cotes d'Italie. Mais Junon, (fui poursuit les Troyens de sa haine implacable, suscite une éjiouvantable tempête qui disperse les vaisseaux d'Enée.
« L'orageux aquilon siffle et frappe en plein la voile, et lance les
ÉNÉE ET LES TROYENS
flots vers les astres. Les rames se brisent, la proue se détourne et présente aux flots le flanc du navire, les ondes pressées s'amoncellent et s'élèvent en montagnes. A la cime des vagues les uns sont suspendus ; les autres découvrent la terre dans le sein de la mer qui s'entr'ouvre ; le sable bouillonne avec fureur. Trois vaisseaux qu'emporte le Notus sont jetés sur ces rochers cachés sous l'onde, que l'Italie nomme les Autels, et dont le dos immense se prolonge jusqu'à la surface des eaux. Entraînés par l'Eurus, trois autres navires (ô spectacle déplorable !) sont lancés sur des syrtes, brisés sur les écueils, et ceints d'un rempart de sables mouvants.
« Une nef, qui portait les Lyciens elle fidèle Oronte, est assaillie, sous les yeux d'Enée, par une vague énorme qui s'élève au-dessus de ses
Fig. 75 i. — Les vaisseaux d'Énée surpris par la tempùte (d'après une miniature du Virgile
du Vatican).
flancs et retombe snr la poupe. Le pilote chancelle, tombe et roule, la tête en avant, dans les flots. Le navire tourne trois fois sur lui-même, et un rapide tourbillon l'engloutit dans le gouffre. Quelques malheureux apparaissent nageant sur le vaste abîme : des armes, des planches, et les trésors de Troie flottent sur les ondes. Déjà le solide navire d'Ilionée, déjà celui du généreux Achate, et ceux qui portent Abas et le vieil Aléthès sont vaincus par la tempête : leurs flancs disjoints reçoivent l'onde ennemie, et s'entr'ouvrent de toutes parts. Cependant, aux mugissements de l'onde irritée, Neptune s'aperçoit que la tempête est déchaînée, et que la mer est agitée jusque dans ses profondeurs. » [Enéide.)
LA GUERRE DE TROIE
Dans la miniature du Viryilc du Vatican, où cette scène est représentée (fig. 754), les vents sont des personnages vus à mi-coi-ps et soufflant dans des tubes recourbés. La figure ailée placée au milieu, est le génie des tempêtes, (pii tient deu\ autres tubes, d'où s'échappent la l'oudre et les éclairs. De gros poissons et des monstres marins sont figurés à fleur d'eau sur la mer. Enée, reconnaissable à l'auréole qui entoure sa tête, lève les mains vers le ciel. On remarquera que le nimbe, dans les re})résentations figurées de l'antiquité, était simplement un signe de puissance ou d'autorité ; plus tard, il est devenu, dans les sujets chrétiens, la mar(|ue distinctive des saints.
Énée et Didon. — Le héros fut jeté sur la côte d'Afrique, où la rein(v
Fig. 7ô5. — Énce et Acluite apercevant Carthage (d'après une miniature du Virgile du Vatican}.
Didon était en train d'élever la ville de Carthage. (Nous suivrons ici le récit de Virgile, car, d'après d'autres traditions, Didon aurait régné sur Carthage plus de deux siècles après la ruine de Troie.) Enée, accom|)agné de son fidèle compagnon Achate, gravit une colline pour voir où ils étaient :
« Les deux guerriers s'avancent d'un pas rapide dans le sentier qui les conduit. Déjà ils gravissent le coteau qui domine Carthage, et d'où l'œil découvre ses tours et ses remparts, Énée admire cette masse d'édifices, à la })lace où furent des cabanes. Il admire les portes et les rues que l'on construit, et le bruit de la foule. Les Tyriens pressent avec activité leurs travaux. Les uns prolongent les murs d'enceinte.
ENEE ET LES TROYENS
élèvent la citadelle, et de leurs mains roulent d'énormes pierres. D'autres choisissent le terrain où sera leur toit, et le soc l'entoure d'un sillon. Ici on crée des lois, on élit des magistrats, on forme un sénat auguste; là, on creuse le port; là, on jette les fondements d'un grand amphithéâtre, et l'on taille dans le roc'de hautes colonnes. « Heureux ceux dont les murs s'élèvent déjà ! » s'écrie Enée, en contemplant les hautes tours qui dominent la ville Et, a la faveur du nuage qui le couvre, ô prodige! il s'avance au milieu des Tyriens, et se môle à la foule sans être aperçu. » (Virgile.)
Les Troyens demandèrent à Didon l'hospitalité et la reine les reçut magnifiquement. La reine de Carthage avait épousé Sichée qui était
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Fig. 756. — Les envoyés troyens devant Didon (d'après une miniature du Virgile du Vatican).
mort quand Enée arriva. Vénus, mère du héros, résolut d'inspirer à la reine une passion violente pour Enée, et elle chargea l'Amour d'emprunter les traits d'Ascagne, pour être continuellement auprès de la reine. Ainsi quand le héros voulut faire des présents à Didon, il en chargea Achate qui devait être accompagné d'Ascagne, mais qui en réalité était accompagné de l'Amour. Cette substitution singulière est figurée sur une des miniatures du Virgile du Vatican. On y voit Didon assise sur un trône et près d'elle un jeune enfant coiffé de la mitre phrygienne et tenant un arc. Cet enfant est l'Amour, et on aperçoit, derrière une petite rivière, le véritable Ascagne, couché et endormi sur un gazon de fleurs, près d'un petit temple où Vénus l'avait transporté (fig. 757).
« Fidèle aux ordres de sa mère, l'Amour, conduit par Achate, allait gaiement porter à Carthage les présents des Troyens. 11 arrive : et déjà sur un lit d'or magnifiquement orné, la reine s'est placée au milieu du banquet; déjà Enée et les Troyens s'assemblent et s'étendent sur des
lits de pourpre. Des esclaves versent l'eau sur les mains des convives, leur présentent de fins tissus, et tirent des corbeilles les dons de Cérès. Dans l'intérieur, cinquante femmes préparent la longue ordonnance du festin, et honorent les pénates près d'un foyer ardent. Cent autres jeunes filles de Tyr, et un pareil nombre de Tyriens du même âge, placent sur la table les mets et les coupes. De leur côté, les Tyriens
Fig. 7û7. — Didûii et l'Amour sous los traits d'Ascagne (miniature du Virgile du Vatican).
entrent en foule dans la salle joyeuse du banquet, et sont invités à prenpre place sur des lits ornés de broderies. Ils admirent les présents d'Enée ; ils admirent Iule, l'ardent visage du dieu, la feinte douceur de son langage, et le manteau de pourpre, et le voile où l'acanthe enlace ses feuilles d'or. Didon surtout, la malheureuse Didon, dévouée aux fureurs prochaines de Vénus, ne peut rassasier son cœur; elle s'enflamme en regardant le faux Iule, également émue par la vue de l'enfant et par les dons qu'il lui offre. Pour lui, après s'être suspendu au cou d'Enée, après avoir par ses embrassements contenté la vive tendresse d'un père abusé, il se présente à la reine : elle attache sur lui ses yeux et toute son âme. Quelquefois elle le presse sur son sein, et ne sait pas, l'infortunée! quel dieu terrible est assis sur ses genoux. Mais lui, se souvenant des vœux de sa mère^ efface par degrés, dans le cœur de Didon, le souvenir de Sichée, et cherche à glisser un feu vif et nouveau dans ce cceur depuis longtemps paisible et déshabitué de l'amour.
«Le repas achevé, et les tables enlevées, on]apj)orle de larges coupes, et l'on couronne le vin. Un grand bruit se fait entendre, et les voi\ résonnent en éclats sous les vastes lambris. Aux plafonds dorés sont suspendus des lustres étincelants, et la flamme brillante triomphe des ombres de la nuit. Alors la reine se fait apporter et remplit de vin le cratère, enrichi d'or et de pierreries, dont s'étaient servis Bélus et les descendants de Bélus. Soudain, tous gardent le silence ; « 0 Jupiter, s'écrie-t-elle, car
ENEE ET LES TROYENS
<( c'est toi, dit-on, qui présides à l'hospitalité, fais que ce jour soit heureux « pour les Tyriens et pour les guerriers partis de Troie. » (Virgile.)
Fig. 758. — Enée chez Didon (d'après le tableau de Guérin, musée du Louvre.)
Une miniature du Virgile du Vatican montre Didon sur un lit de table et placée près d'Enée qui lui raconte ses malheurs (fig-. 7S9).
Fig. 750. — Énce raconte ses malheurs à Didon (minialiiro du Vinjili' du Vatican).
La même scène a été représenté par le peintre Guérin dans un tableau bien connu qui est au musée du Louvre (fig. 758).
Sur une autre miniature on voit Enée et Didon réfugiés dans une
LA GUERRE DE TROIE
jiroltc où ils avaient cherché un al)ri conh^o un orage qui les avait surpris pendant la chasse. Ils ont l'un et l'autre des lu'odequins de chasseur; leurs boucliers et leurs lances sont à côté d'euv. Le bouclier de Didon a la forme qu'on donne habituellement à ccu\ des amazones. A l'entrée de la grotte, on voit leurs chevaux. Deux, hommes de leur suite, également armés, sont assis au second plan sur des rochers : l'un d'eux se lait un parapluie avec son bouclier (fig. 760).
Fig. 760. — Énce et Didon surpris par l'orage (d'après une miniature du Virgile du Vatican).
Mort de Didon. — La séduisante hospitalité de Didon retenait toujours Énée à Carthagc. Mais il fallait que Rome fût fondée par les descendants d'Énée, et les dieux ordonnèrent au héros de quitter encore ces rivages pour aller gagner l'Italie oii sa destinée l'appelait. Il fit en secret ses préparatifs de départ; néanmoins la reine cherchait toujours à le retenir par ses prières et par ses larmes. Quand elle se \it décidément abandonnée, elle prit la résolution de se donner la mort.
« Didon, impatiente de briser la trame d'une vie odieuse, parle ainsi à sa sœur. Elle s'adresse à Barcé, nourrice de Sichée (car la sienne avait laissé sa cendre dans le pays de ses pères) : «Chère nourrice, va chercher « Anna, ma sœur : dis-lui qu'elle se hâte de répandre sur son corps l'eau « lustrale ; qu'elle vienne, amenant avec elle les victimes et les offrandes <( prescrites pour l'expiation. Toi-même, ceins ta tète du bandeau sacré, «je veux achever le sacrifice que j'ai préparé au dieu des enfers; je
ÉNÉE ET LES TROYENS
« veux mettre un terme à mes peines, et livrer au feu du bûcher l'image (( du Troyen. » Elle dit, et la vieille s'efforce, autant que l'âge le lui permet, de hâter ses pas.
« Alors, frémissante et dans la fureur de son affreux projet, Didon, les yeux égares et sanglants, les joues tremblantes et semées de taches li-
Fig. 701. — Mort de; Didon (d'après une miniature du Virgile du Vatican).
vides et le front déjà tout pâle de la mort qui s'approche, s'élance^ dans l'intérieur du palais, monte, furieuse, au sommet du bûcher, dégage du fourreau l'épée du Troyen, présent qui ne fut point destiné ;V cet usage; puis, regardant ces vêlements phrygiens et ce lit si connu^ elle donne un moment à ses larmes et à ses pensées, s'étend sur sa couche, et prononce ces derniers mots : « Dépouilles qui me fûtes si chères « tant que le destin et les dieux le permirent, recevez mon âme et affran- « chissez-moi de mes tourments! J'ai vécu ; j'ai rempli la carrière que le « sort m'avait tracée ; et maintenant mon ombre glorieuse va descendre « chez les morts. J'ai fondé une ville puissante, et j'ai vu s'élever mes « remparts. J'ai vengé mon époux, et puni le crime d'un frère inhu- (( main. Heureuse, hélas! trop heureuse, si jamais les vaisseaux phry- « giens n'avaient touché mes rivages! » Elle dit, et imprimant ses lèvres sur sa couche : « Quoi ! mourir sans vengeance !... Oui, mourons ! oui, «même à ce prix, il m'est doux de descendre chez les ombres! Que « fuyant sur les mers, le cruel Troyen repaisse ses yeux des flammes de <( ce bûcher, et qu'il emporte avec lui les présages de ma mort! »
« A peine elle avait dit, ses suivantes la voient tomber sous le coup mortel ; elles voient le glaive fumant de sang et ses mains défaillantes. Des cris s'élèvent jusqu'aux voûtes du palais. La Reiionunée sème la nouvelle de cette mort dans la ville épouvantée. Partout on n'entend que plaintes lamentables, que voix gémissantes et hurlements de femmes éplorées. L'air retentit de clameurs funèbres : on dirait qu'un
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vain(iuoiir terrible envahit et renverse Cartliaye ou l'antique Sidon, et que les flammes roulent en fureur sur les demeures des hommes et sur les temples des dieux.
<( A ce bruit, Anna, éperdue et pleine de terreur, hàtc ses pas ti-emblants; déchirant son visage et se meurtrissant le sein, elle accourt au milieu de la foule, et aj)pelant par son nom sa sœur mourante : « C'é- « tait donc là ton dc^ssein, ma sœur! tu voulais me tromper! et voilà « donc ce ([ue me ])réparaient ce bûcher, ces feux et ces autels ! De quoi « me plaindrai-je d'abord, dans cet abandon? As-tu dédaigné ta sœur « jiour compagne de ta mort? Pourquoi ne m'as-tu pas appelée à parta- « ger ton destin? Le même fer, la même douleur, le même instant eût « terminé notre vie ! Mes mains ont élevé ce bûcher ! et j'ai donc invoqué «les dieux paternels pour que tu pusses ainsi mourir seule, en mon « absence ! Tu as anéanti d'un seul coup, et toi, ma sœur, et moi, et ton « peuple, elle sénat de Sidon, et la ville fondée par toi! Donnez cette « eau limpide, que je lave sa blessure ; et s'il erre encore un dernier « souffle sur ses lèvres, que ma bouche puisse le recueillir! » Elle dit, et déjà elle avait franchi les hautes marches du bûcher. Déjà elle serrait dans ses bras et réchauffait, en gémissant, contre son sein, sa sœur expirante, et avec ses vêlements elle étanchait les flots d'un sang noir. Didon essaye péniblement d'entr'ouvrir des yeux appesantis qui se referment soudain. Le sang s'échappe en bouillonnant de sa blessure.
« Trois fois, avec effort, en s'appuyant sur le coude, elle se soulève; trois fois elle retombe sur sa couche ; de ses yeux égarés elle cherche la lumière des cieux, et gémit de l'avoir trouvée. »
La mort de Didon est figurée sur une miniature du Virgile du Vatican, où on voit la reine couchée sur le lit qu'elle a fait dresser sur le bûcher et (jui tient encore l'épée qu'elle avait donnée à Enée et avec laquelle elle vient de se frapper (fig. 701).
La Sibylle de Cumes. — Enée, qui était parti secrètement pour obéir à l'ordre des dieux, essuya bientôt une nouvelle tempête qui le jeta sur les côtes de Sicile. Il y célébra des jeux en l'honneur de son père mort l'année précédente et se disposa ensuite à repartir. Mais les femmes froyennes, lasses de ses longues courses, incendièrent la plus grande partie de ses vaisseaux. 11 bâtit alors en Sicile une ville appelée Aceste, et y laissa les femmes, les vieillards et tous ceux qui refusaient de le suivre. Puis il se rembarqua sur les vaisseaux qui lui restaient, emmenant seulement avec lui l'élite de ses guerriers. Il arriva d'abord à Cumes et il interrogea la Sibylle qui lui enseigna le chemin des Enfers, où il descendit, après avoir trouvé le rameau d'or que la Sibylle lui avait commandé de cueillir pour en faire présent à Proserpine. Il y reconnut son père qui lui annonça les hautes destinées de ses descendants.
ENEE ET LES TROYENS
Énée etTurnus. — Après une nouvelle navigation, Énée arriva sur les bords du Tibre, où le roi du pays, Latinus, le reçut avec amitié et lui offrit sa fille Lavinie en mariage. A cette nouvelle, Turnus, roi des Rutules, que la reine Amate, épouse de Latinus, avait flatté de l'espé-
Fig. 762. — Les vaisseaux d'Éuf'e changés en nymphes (d'après une miniature du Virgile du Vatican).
rance d'épouser Lavinie, prit les armes et entraîna plusieurs peuples voisins dans sa querelle, qui dura longtemps et se termina par un combat singulier dans lequel Turnus perdit la vie.
Pendant cette guerre, les vaisseaux d'Énée, attachés par la poupe aux rives du Tibre, furent changés en nymphes au moment où Turnus allait s'en emparer ou les brûler. Cybèle avait obtenu de Jupiter que les navires qui devaient porter les Troyens en Italie^ seraient métamorphosés en Néréides : elle s'y intéressait parce qu'ils avaient été construits avec les pins sacrés de l'Ida (fig. 762). D'ailleurs, les dieux qui avaient réglé les destinées de Rome, ne voulaient pas qu'Énée pût quitter l'Italie.
Nisus etEuryale. — Parmi les épisodes qui signalèrent la guerre des Troyens contre les Rutules, le plus intéressant est la mort de Nisus et d'Euryale. L'amitié qui unissait Nisus et Euryale était proverbiale en Italie, comme en Grèce celle qui unissait Oreste et Pylade. « Nisus, dit Virgile, avait suivi la fortune d'Énée : à ses côtés était Euryale, son compagnon, le plus beau parmi les guerriers de l'armée troyenne, enfant dont les joues laissaient a peine apparaître le premier duvet de la jeunesse. » Ces deux amis toujours inséparables s'égarèrent un jour dans un bois que l'ennemi cernait de toutes parts : des sentinelles gardaient toutes les issues. <( Cette forêt était toute hérissée de broussailles touffues et obstruée de ronces épaisses : à peine quelques rares sentiers s'ouvraient dans ces noires profondeurs. L'obscure épaisseur du feuillage et le poids de son butin embarrassent Euryale, que la frayeur égare bientôt
LA GUERRE Dli TROIE.
dans ces routes inconnues. Nisus, qui ne s'en est point apeirn, continue (le fuir : déjà il avait échappé à rennenii, et ga^né les lieu\ qui turent de[»uis appelés Albains, du nom d'Albe : le roi Latinus y avait alors do grandes métairies. Nisus s'arrête, se retourne, ne voit plus son ami. «Malheureux Euryale ! où t'ai-je laissé? où te chercher maintenant ? « il se jette aussitôt dans les détours embarrassés de cette pertide l'orèt, parcourt les sentiers déjà parcourus et les buissons silencieux. Il en-
Fig. 7()3. — iXisus et Euryalo (d'après un groupe de Roman, an musi'e du Louvre).
tend les pas des chevaux, le bruit des armes et les signaux des soldats. Bientôt un cri frappe ses oreilles : il voit Euryale, qui, trompé par la nuit et par les lieux, et troublé par une attaque imprévue, est tombé entre les mains de l'ennemi, qui l'entraîne malgré sa vaine résistance. Oue faire ? Quelle force, quelles armes peuvent leur arracher son jeune ami?... De tout l'effort de son bras, il lance un javelot qui fend les ombres de la nuit, et vient s'enfoncer dans le dos de Sulmon ; il s'y brise et le bois en éclats lui traverse le cœur. Sulmon tombe, saisi par le froid de la mort, au milieu du sang qu'il vomit, et son flanc palpite avec de longs murmures. Les Rutules regardent autour d'eux ; et tandis qu'ils s'agitent en tumulte, Nisus, encouragé par ce premier succès, lance un second trait, qui frappe Tagus aux deux tempes et se fixe en fumant au milieu de son cerveau. L'impétueux Yolscens, furieux de ne pouvoir découvrir d'où le trait est parti: « Eh bien! c'est toi, dit-il, qui
ENEE ET LES TROYENS
« vas payer de Ion sang la mort de ces deux guerriers. '> Aussitôt, le fer eu niain, il fond sur Euryale. Nisus, éperdu, hors de lui, ne peut résister à sa douleur et s'arrache aux ténèbres qui le cachaient; il s'élance, il s'écrie : « Moi... c'est moi!... me voici! J'ai tout fait; tournez « vos armes contre moi... c'est moi qui suis le coupable : cet enfant n'a « rien pu, rien osé; j'en atteste ce ciel et ces astres qui le savent! il a (( seulement trop aimé son malheureux ami. » 11 dit, et déjà le fer poussé avec force a traversé les côtes d'Euryale, et brisé sa blanche poitrine : il roule expirant; ses beaux membres sont inondés de sang, et sa tète défaillante retombe sur ses épaules. Ainsi une lleur brillante, que la charrue a tranchée, languit et meurt; ainsi le pavot, alfaissé par une pluie violente, baisse la tête et se penche sur sa tige. Cependant Nisus se précipite au milieu des ennemis; il ne cherche que Volscens, c'est sur Volscens seul que s'acharne sa vengeance. On le presse de tous côtés : rien ne l'arrête : il fait tournoyer son glaive foudroyant, jusqu'à ce qu'il l'ait plongé dans la bouche du Rutule, ouverte pour crier, et ([u'il ait arraché en mourant la vie à son ennemi. Percé de coups, il se jette sur son ami expiré, et s'endort auprès de lui du paisible sommeil de la mort. » (Virgile.)
Un groupe sculpté par Roman, au musée du Louvre, représente la mort de Nisus et d'Euryale (fig. 763).
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Fig. 7()1. — La truie blanche (d'après une monnaie anti((uc).
La truie blanche. — Après bien des péripéties, Enée avait épousé Lavinie, et avait succédé à son beau-père Latinus. Son fils Ascagne fut le fondateur d'Albe-la-Longue, souche du peuple romain. Elle fut élevée à l'emplacement même où Enée et Ascagne avaient trouvé une truie blanche, conformément à une prédiction faite à Enée : « Lorsqu'errant, inquiet, le long d'un tleuve écarté, sous les chênes du rivage, tu verras une énorme laie blanche avec trente nourrissons pressés autour de ses mamelles, et blancs comme leur mère, là sera l'emplacement de ta ville et le terme assuré de tes travaux. » Cet incident est figuré sur tme nK'daille anti([ue (llg. 764).
En effet, après qu'Énéc fut enlevé an ciel et divinisé, Ascagnc put régner paisil)l(>nient et laisser la couronne à ses descendants. Parmi ceux-ci étaient Xuniitor et Anuilius qui se disputèrent le trône d'Albe. Les droits étaient pour Numitor qui était l'aîné, mais son frère parvint à le détrôner pour régner à sa place.
Fig. 7C5. — Mars et Rhéa Sylvia (d'après un bas-relief antique du musée Pio-Clénientin\
Mars et Rhéa Sylvia. — Numitor avait une tille nommée Rhéa Sylvia, Amulius qui avait usurpé le trône sur Numitor, son frère, voulant l'empêcher d'avoir des descendants qui pussent revendiquer ses droits, força sa nièce Rhéa Sylvia à se consacrer au culte de Vcsta, ce qui l'obligeait à rester vierge. Mais un jour, pendant qu'elle était allée puiser de l'eau dans le fleuve dont un bras traversait le jardin des Vestales, elle eut un songe : le dieu iMars lui-même venait la visiter pendant son sommeil. Un bas-relief du musée Pio-Clémentin montre Mars donnant la main à Rhéa Sylvia et la conduisant vers une montagne personnifiée, qui représente probablement l'Aventin ou le Palatin. En bas on voit le fleuve appuyé sur son urne, et des bestiaux qui indiquent le caractère agreste des anciens Romains (fig. 765).
La louve de Romulus. — Rhéa Sylvia mit au monde deux jumeaux, Romulus et Rémus. Amulius, apprenant cela, ordonna aussitôt qu'on allât noyer dans le Tibre les deux nouveau-nés. « Le hasard, dit Tite-Live, ou la bonté des dieux voulut que les eaux du Tibre débordé, demeurant stagnantes sur ses rives, ne permissent pas d'arriver jusqu'au courant de son lit ordinaire; mais ces eaux, malgré la lenteur de leur cours, parurent aux exécuteurs des volontés du roi suffisantes pour submerger des enfants. Persuadés que c'était remplir leur mission, ils les exposent au bord de l'inondation, à l'endroit où se trouve maintenant le figuier Ruminai. Tous ces lieux n'étaient alors qu'une vaste solitude. Le peu de profondeur de l'eau laissa bientôt à sec le berceau fiottant dans lequel les
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enfants avaient été exposés ; au bruit de leurs va^^issements, une louve, que la soif attirait des montagnes voisines, se détourna et, se couchant parterre pour leur donner sa mamelle, oublia si bien sa férocité, que le chef des bergers du roi la vit caresser de la langue ses nourrissons.
Fig. "GO. — Roiiuilus et Rémus (d'après une pierre gravée antique^
Fig. 7GT. — La louve (d'après une monnaie antique).
Cet homme s'appelait Faustulus. 11 les emporta chez lui et chargea sa femme Laurentia de les élever. »
Un groupe en bronzé, au musée du Vatican, représente la louve allaitant les deux jumeaux. Le même sujet est représenté sur des médailles antiques (fig. 7G7) et sur une pierre gravée où l'on voit le berger Faustulus; ici la scène sapasse au pied de l'arbre sacré, sur lequel est perché le corbeau de Mars, et on voit dans le champ une tète symbolique de Rome (fig. 766).
Une fois devenus grands, les deux jumeaux tuèrent Amulius et
Fig. 7G8. — Uoniulus vainqueur d'Acron (d'après une, monnaie antique).
remirent sur le trône leur père Numitor ; mais une destinée [dus grande leur était réservée. « Romulus et Rémus, dit Tite-Live, conçurent le désir de fonder une ville dans l'endroit où ils avaient été exposés et élevés. Albe et le Latium étaient surchargés d'habitants; cette multitude, grossie encore par les bergers, leur donnait Tespoir que la cité nouvelle éclipserait Albe et Laviniuin. Au milieu de ces espérances se glisse l'ambition, passion héréditaire dans leur famille, et à un début assez paisible succède une lutte contre natiu-e. Jumeaux, la supériorité de l'âge ne pouvait rien décider entre eux : ils laissent donc aux divinités tutélaires de ces lieux le soin de désigner par la voie
des augures celui (\u'\ doiinei-ait un nom et des lois à la ville nouvelle, et s'établissent, Homnlns sur le mont Palatin, lîémus sur l'Aventin, pour prendre les auspices. Le premier augure a|)parul à Rémus : c'étaient six vautours. 11 venait de l'annoncer quand Homulus en aperçut douze, et cliaciin d'eux fut proclamé roi par ses partisans. Ils fondaient
Fig. 7G9. — Les Sabins (d'après une nionnaio antique).
leurs prétentions, Tun sur la priorité du temps, l'autre sur le nombre des oiseaux. Une querelle s'engagea, que l'emportement fit dégénérer ■<Mi carnage. Au milieu du désordre, Rémus, frappé, tombe mort. Une
Fig. 770. — Une bataille (d'après une pierre gravée).
tradition [dus répandue rapporte que Rémus, pour insulter son frère, avait franchi d'un saut les nouvelles murailles, et que Romulus furieux le tua en ajoutant : « Ainsi périsse quiconque franchira mes remparts ! »
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Komulus rosla donc seul maîlre, et la ville nouvelle |»rit le nom de son fondateur. »
Enlèvement des Sabines. — Comme la \\\\c manquait d'habitants, Romulus en lit un asile, et y appela des villes voisines les voleurs, les hommes perdus de dettes et les esclaves qui fuyaient la tyrannie de leurs maîtres. Mais TÉtat à peine formé aurait péri faute d'y pouvoir perpétuer les habitants, car ceux qui demeuraient dans les villes voisines, se souciaient peu de contracter des unions avec un tel peuple, en sorte que Piomulus n'avait dans sa ville ni femmes ni enfants. Il fit annoncer une grande fête oîi il convoqua les peuples voisins, qui ne manquèrent pas d"y venir avec leurs femmes et leurs filles. Le [dus grand nombre étaient formés de Sabins. A un signal convenu, les Romains se jetèrent sur les spectateurs et enlevèrent les jeunes filles qui assistaient à la cérémonie. Cette violence alluma la guerre ; mais au moment oi^i les deux armées étaient en présence, les femmes sabines se jetèrent entre leurs époux et leurs pères, et par leurs prières et leurs larmes, les forcèrent à faire la paix. Un médaillon de Faustine Fancienne montre Hersilie, devenue la femme de Romulus, se précipitant avec les autres Sabines entre les Romains et les Sabins (tig. 769). Dans l'art moderne Louis David a représenté le même sujet et le Poussin a figuré le moment oii Romulus donne le signal convenu pour enlever les Sabines.
Romulus déifié. — Peu après l'enlèvement des Sabines, Acron, roi des Céciniens, fut tué par Romulus, qui consacra ses armes à Jupiter Férétrien : ce furent les premières dépouilles opimes (fig. 768;. Enfin Romulus, après avoir organisé les premières institutions dans la ville (pi'il avait fondée, chargea un sénateur d'annoncer au peuple que Rome deviendrait la maîtresse du monde et que rien ne résisterait à ses armes. Il disparut ensuite et alla prendre place parmi les divinités.