SOI
chose, mais comme un dieu ne peut défaire ce qu'un autre dieu a fait, il imagina une ruse. 11 alla j)roposer à la Lune une partie de dés et lui gagna la soixante-dixième partie de sa lumière, dont il fit cinq jours complémentaires. Car autrefois le mois avait trente jours et l'année trois cent soixante ; or ce fut précisément pendant les cinq jours ajoutés par Mercure, que naquirent les cinq grandes divinités égyptiennes : Osiris, Isis, Typhon, Horus et Nephthys (Vénus).
Fis.
Harpoci-ate (d'après une pien-c gravée aiiti(iue''
Sur les monuments flgurés, Osiris paraît principalement dans les scènes funèbres et dans celles qui ont rapport au jugement de Fàme. Isis et son fils Horus figurent plus fréquemment dans celles qui se rapportent à l'agriculture ou aux actions habituelles de la vie. Horus personnifie le soleil levant, mais ayant acquis déjà sa force et son éclat. Au jour de sa naissance, qui est le jour le plus court de Tannée, et répond à l'époque où le lotus fleurit, Horus s'appelle Harpocrate. C'est alors un enfant débile et souffreteux, assis sur une fleur de lotus et portant le doigt à sa bouche, ce qui l'a fait prendre longtemps pour le dieu du silence (fig. 773).
Un bas-relief du temple d'ÏIermonthis montre Horus sortant do la tige d'un lotus épanoui, emblème du Nil et de la vie également inépuisables. Le jeune dieu est coitîé d'une chevelure tressée en cernes de bélier et armé du fouet symbole de domination. Isis, assise en face de lui, lui tend la main droite, comme pour l'aider à sortir de la fleur où il était renfermé. Derrière lui Nephthys approche de sa tète la croix
D 1 V 1 N IT HS ETRANGERES.
ansée qu'on regarde comme l'emblème de la clef du Xi\ (liji. 770).
La déesse Isis est fréquemment représentée allaitant son lils lioi'us, même lorsque celui-ci a déjà atteint la taille d'un adolescent. C'est ce que nous voyons dans un bas-relief du temple de Phike qui représente un roi ou plutôt un prêtre faisant une olï'rande de fleurs de lotus à la déesse Isis (lig. 777). La déesse, assise en face de lui, allaite son tils Horus debout et déjà grand. Deux autres divinités sont placées derrière Isis. La première tient une grande règle dentelée sur laquelle elle indique avec son stylet un cran, sans doute pour marquer la hauteur où doit s'arrêter l'inondation du Nil ; la seconde tient la croix ansée et le sceptre à fleur de lotus.
Sur une autre scul[)lure de Philœ, on voit une femme avec une coilTure de liges de lotus, qui chante un hymne sacré devant Isis et son
Xcplhys. llorus. Isis.
Fit;. 77G. — Horus sur une fleur de lotus (d'après un bas-relief du temple d'Hermonthis).
fils Horus (fig. 778). La harpe dont elle s'accompagne porte les attributs d'Isis. La déesse assise tient la croix ansée et le sceptre de lotus. Son flls Horus tient également la croix ansée, mais il est de plus caractérisé par son geste traditionnel : il porte le doigta sa bouche.
Le bœuf Apis. — Osiris paraît avoir été la grande divinité des Égyptiens et de ce rôle principal découlent une multitude d'allégories qui se groupent autour de lui. u La vie de l'homme dit M. Mariette, a été assimilée par les Egyptiens à la course du soleil au-dessus de nos tètes ;
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Mm
LES DIEUX DE L'EGYPTE
lo soleil qui se couche et tlis|)araîlà riiorizon occidental est Timage de la mort. A peine le moment suprême est-il arrivé, qu'Osiris s'empare de l'àme qu'il est chargé de conduire à la lumière éternelle. Osiris, dit-on, (tait autrefois descendu sur la terre. Etre bon par evcellence, il avait adouci les mœurs des hommes par la persuasion et la bienfaisance. Mais il avait succombé sous les embûches de Typhon, son frère, le génie du mal, et pendant que ses deux sœurs, Isis etNephthys, recueillaient son corps qui avait été jeté dans le fleuve, le dieu ressuscitait d'entre les morts et apparaissait à son fils Ilorus qu'il instituait son vengeur. C'est ce sacrifice qu'il avait autrefois accompli en faveur des hommes qu'Osiris renouvelle ici en faveur de l'càme dégagée de ses liens terrestres. Non-seulement il devient son guide, mais il s'identifie à elle, il l'absorbe dans son propre sein. C'est lui qui, devenu le défunt lui-même, se soumet à toutes les épreuves que celui-ci doit subir avant d'être proclamé juste. C'est lui qui, à chaque àme qu'il doit sauver, fléchit les gardiens des demeures infernales et combat les monstres compagnons de la nuit et de la mort. C'est lui enfin qui, vainqueur des ténèbres avec l'assistance d'Horus, s'assied au tribunal de la suprême justice et ouvre à l'àme déclarée pure les portes du séjour éternel. L'image de la mort aura été empruntée au soleil, qui disparaît à Ihorizon du soir; le soleil resplendissant du matin sera le symbole de cette seconde naissance qui cette fois ne connaîtra pas la mort... Apis est le même qu'Osiris. Dieu
Fig. 779. — Le bœuf Apis.
souverainement bon, il descend au milieu des hommes et s'expose aux douleurs de cette vie terrestre sous la forme du plus vulgaire des quadrupèdes. La mère d'Apis passait pour vierge, même après l'enfantenieiit. Apis en elîet n'était pas conçu dans le sein de sa mère par le contact du mâle. Ptha,la sagesse divine personnifiée, prenait la forme du feu céleste et fécondait la vaciie. Ai)is était ainsi une incarnation d'Osiris par la vertu de Ptha. On reconnaissait qu'Osiris s'était mani-
DIVINITES ETRANGERES.
fcst('' quand, apH'S une vacance de Tétable de Mempliis, il naissait un jeune veau pourvu de certaines marques sacrées qui devaient être au nombre de vingt-huit. A peine la nouvelle delà manifestation s'ctaitelle répandue, que de toutes parts on se livrait à la joie, comme si Osiris lui-môme était descendu sur la terre. Apis était dès lors regardé comme une preuve vivante de la protection divine. Quand Apis mourait de sa mort naturelle, il était enseveli dans les souterrains du temple (le Sérapéum) dont nous avons retrouvé les ruines à Sa([qarah. Mais quand la vieillesse le conduisait jusqu'à l'âge de vingt-huit ans (^nombre d'années qu'avait vécu Osiris), il devait mourir d'une mort violente. » La tète du bœuf Apis devait être noire avec un triangle blanc sur le front : il fallait aussi qu'il eût sur le corps des taches noires d'une forme déterminée et régulière.
Anubis. — Nephthys (identifiée par les Grecs avec Vénus) est la femme de Typhon, dont elle est aussi la sœur ; mais elle préférait son autre frère, Osiris, et de son union avec lui naquit Anubis, le dieu à tête de chacal et le gardien des momies. Quand Osiris fut tué par Typhon, ce fut Anubis qui lembauma. Une peinture du tombeau des rois, à Thèbes, montre
Fig. 780. — Anubis gardant la momie d'Osiris (d'après une peinture du tombeau des rois,
à Thèbes).
Anu])is dans son rôle funéraire : le dieu à tète de chacal est debout et incliné devant une momie placée sur le lit funèbre. Sous le lit on voit quatre vases : le premier (placé sous la tète du mort) a pour couvercle une tète humaine, le suivant une tète de singe (cynocéphale), le troisième une tète de chacal, et le quatrième une tête d'épervier. Ces
LES DIEUX DE LÉGYPTE
quatre personnages représentent des divinités secondaires, chargées de veiller sur les viscères du mort, qu'on déposait dans ces vases avant d'embaumer le corps. Cette image (fig. 780) se trouve reproduite avec quelques variantes sur une foule de monuments funèbres.
Une pierre gravée qui appartient évidemment à une époque bien
Fia-. "81. — L;i momie d'Osiris sur un lion (daprès une pierre gravée).
postérieure à celle de la figure précédente, nous montre le rôle d'Anubis sous un aspect différent. Ici c'est un lion qui porte la momie divine, et Anubis, les bras étendus, semble la couvrir de sa haute protection
Tig. 781;
Fig. 785. — Isis et Anubis (d'après une pierre gravée antifiue. cornaline).
Comme Mercure a pour mission de conduire les ombres dans le sombre royaume, les Grecs l'identifièrent aisément avec Anubis le gardien des morts, et de là est venu Hermanubis (Ilermès-Anubis). Anubis avait primitivement une tête de chacal, et ce n'est qu'ensuite qu'on lui adonné la tête de chien. « Les Égvpt'cns ne croient pas, dit Plutarque, que Mercure soit proprement un chien, mais seulement qu il
a la nature de cette bète, qui est de garder, d'être vigilant, sage à discerner et juger l'ami ou Tenuenii. ■>
Une pierre gravée antique nous montre llermanul)is, avec la lète de chien, et tenant un serpent enlacé autour de son bras. La déesse qui le suit est Isis, présentée sous la forme que lui ont donnée les artistes grecs, quand les idées égy[»tiennes se sont répandues dans le monde antique, après la conquête macédonienne et romaine (tig. 782).
Tlioth. — Tliotli, le dieu a léte d"ibis, que les (irecs ont aussi assimilé à leur Hermès (Mercure), personnifie l'intelligence divine qui a présidé à la création de l'univers. 11 est spécialement le dieu des lettres, et les textes le nomment seigneur des divines paroles. Thoth, l'organisateur du monde, a dissipé les ténèbres primordiales, et c'est lui encore qui chasse la nuit de l'àme, c'est-a-dire l'erreur et les mauvaises pensées ennemies de l'homme. L'ibis et le singe cynocéphale lui sont consacrés.
L'ibis est l'oiseau qui parait au moment où le Nil va déborder : il a donc la connaissance de l'avenir. En outre, quand il mange, son bec forme avec ses pattes un triangle équilatéral, en sorte qu'il est l'incarnation de la géométrie et des sciences qui en découlent. C'est pour ces raisons qu'il est attribué à Thoth, l'intelligence divine.
Examinons d'abord quel est le rôle de ce dieu, par rapport aux crues du Nil, d'où dépend la fertilité de l'Egypte et en quelque sorte l'existence même de ses habitants.
Fig. 783. — Le dieu Thotli maniuant le point où doit s'anvtcr la criu' du Nil d"aju'ès un basrelief du temple de Pliilae).
Une invocation aux dieux relativement à l'inondation du Nilest figurée sur un bas-relief du temide de l'ouest à Phihe (fig. 783). Le dieu à tète d'ibis, Tlioth, debout au milieu de la composition, tient dans la main gauche une longue règle dentelée d'un côté et se recourbant à son ex-
LES DIEUX DE L'EGYPTE
tiviiiité supérieure. Dans la main droite, il lient un roseau ou un stylet avec lequel il est près de marqner un degré sur la règle dentelée. Ce degré est, suivant l'explication donnée par Creuzer, la mesure de la hauteur à laquelle le Nil doit couvrir le sol. Mais Thoth nest ici que le secrétaire chargé d'enregistrer la volonté des deux divinités assises en face de lui. La première est Osiris ou ïlorus : le dieu est assis et tient de la main gauche la croix ansée (la clef du Nil suivant Creuzer). De l'autre main il soutient l'instrument dentelé que tient Thoth, et lui indique le degré qu'il doit marquer. Il a la figure humaine et porte comme coiifure le pschent, emblème de la souveraineté sur la Haute et la Basse Egypte. Derrière lui est la déesse Isis, mère de l'Egypte, caractérisée par la coiffure à ailes de vautour, oiseau qui symbolise la maternité. En élevant la main droite, la déesse paraît adhérer à la prière de son adorateur qui est debout derrière Thoth et lève ses mains suppliantes vers les deux divinités assises. Ce personnage est probablement un prêtre, mais c'est à coup sur un fonctionnaire important puisque sa coifTure indique la domination sur la région inférieure.
(' Thoth, dit M. de Rougé, est identifié avec le dieu Lune. La tête d'ibis, qui le caractérise habituellement, est surmontée du disque et de deux cornes en croissant. Quelquefois une tète humaine porte pour coiffure la tête d'ibis avec le diadème A.tew. De belles figures de bronze, de faïence émaillée et de lapis-lazuli, le représentent avec ces attributs. Thoth- Lune a quelquefois le corps entièrement nu et modelé comme celui d'un enfant aux formes élancées ; c'est probablement la lune à son premier quartier. Plus souvent il est adulte et vêtu de la schenti : il porte alors quelquefois dans ses mains l'œil d'Horus, symbole de la pleine lune. Dans son caractère de dieu-Lune, Thoth est souvent identifié avec le dieu Rhons, de Thèbes. »
Thoth prend aussi l'apparence du singe cynocéphale : dans les sculp-
Fig. 78i.
'i'iiotli cyiiocéplialo, écrivant sui- ses tablettes (d'après une sculpture du temple de Philsp).
tiu'es du temple de Phihe, on voit un cynocé|)hale assis et inscrivant
avec un stylet des caractères sur les tablettes qu'il tient sous ses yeux.
Thoth est en effet le dieu des lettres, et c'est ])Our cette raison que les
(jrecs l'ont confondu avec leur Hermès (Mercure), qui préside à l'élo-
810 DIVINITES ETRANGERES.
quencc et à l'éducation des jeunes gens. Diodore de Sicile nous donne de curieux renseignements sur cette identilicafion.
« Osiris honora Hermès qui était doué d'un talent remarquable pour tout ce qui regarde la société humaine. En etîet, Hermès établit le premier une langue commune, il donna des noms à beaucoup d'objets qui n'en avaient pas ; il inventa h's lettres et institua les sacritlces et le culte des dieux. H donna aux hommes les premiers principes de l'astronomie et de la musi([ue ; il leur enseigna la palestre, la danse et les exercices du corps. 11 imagina la lyre à trois cordes, par allusion aux trois saisons de l'année ; ces trois cordes rendent trois sons, l'aigu, le grave et le moyen. L'aigu répond à l'été, le grave à l'hiver, elle moyen au printemps. C'est lui qui apprit aux Grecs l'interprétation des langues ; pour cette raison, ils l'ont appelé Hermès (l'interprète). Il était le scribe sacré (hiérogrammate) d 'Osiris qui lui communiquait tous ses secrets et faisait grand cas de ses conseils. C'est enfin lui qui découvrit l'olivier, découverte que les Grecs attribuent à Minerve (Diodore de Sicile).
Le rituel funéraire. — '< Une grande doctrine, dit M. de Rongé, domine tout le système funéraire des anciens Egyptiens, et présida depuis les temps les plus reculés, à tous les rites qui accompagnaient l'embaumement et la sépulture, ainsi qu'à tous les emblèmes qui couvrent les cercueils et les sculptures des tombeaux; c'est l'immortalité de l'âme. Cette immortalité était spécialement promise aux âmes qui auraient été reconnues vertueuses par Osiris, juge des enfers. Elles devaient rejoindre leur corps et l'animer d'une nouvelle vie que la mort ne pourrait plus atteindre ; quant aux âmes condamnées, elles devaient subir le supplice de la seconde mort. L'ensemble de cette doctrine, vraiment nationale en Egypte, ressort clairement de ce que nous pouvons comprendre des textes du rituel funéraire. Ce livre sacré, dont chaque momie devait porter un exemplaire plus ou moins complet, contient une série d'hymnes, de prières et d'instructions, dont une partie est spécialement destinée aux diverses cérémonies des funérailles. On y trouve aussi les doctrines dont la connaissance était regardée comme nécessaire à l'âme humaine pour jouir de tous les biens attachés à la proclamation de sa vertu. Le chapitre H est consacré à la vie qui commence après la mort, et le chapitre XLIV énonce formellement que celte nouvelle vie ne sera plus sujette à la mort. Tel est le principe général qui a régi tous les rites funéraires des anciens Egyptiens, et, sans nier les raisons sanitaires que le climat justifie si bien, cette croyance a certainement exercé la plus grande influence sur la coutume d'embaumer les corps pour les conserver autant que possible dans leur intégrité ; car, suivant la promesse formelle du rituel (chap. LXXXIX), l'âme devait un jour se réunir à son corps. » Un exem|)laire, ou tout au moins un fragment du
LES DIEUX DE L'EGYPTE
l'itiiel, était ordinairement placé dans la momie pour rappelcM au mort la marche qu'il devait suivre.
Dans une stèle funéraire du musée de Boulak, le mort admis en présence du juge suprême, s'écrie : « Je me suis attaché Dieu par mon (( amour; j'ai donné du pain à celui qui avait faim, de l'eau h celui qui « avait soif, des vêtements h celui qui était nu; j'ai donné un lieu (( d'asile à l'abandonné. » « Ce n'est point un hasard, ajoute M. Mariette, que ces touchantes paroles où sont les aspirations d'une morale tout évangélique, se rencontrent ici. Les monuments égyptiens en font un si fréquent emploi, que nous sommes presque autorisés à y voir une sorte de prière d'un usage pour ainsi dire quotidien. »
Thoth apparaît ordinairement dans les scènes de jugement de l'àme, si fréquentes sur les monuments égyptiens. 11 est souvent accompagné de Pacht, la déesse à tête de lionne, qu'on trouve aussi dans de nombreuses statuettes sous la forme d'une chatte. C'est que Pacht, la déesse justicière, se fait lionne pour les méchants, tandis que pour les bons elle est une chatte caressante.
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Fi^'. 783. — .Iu2;enient de rame.
L'âme comparaît devant les assesseurs d'Osiris qui interrogent et lisent dans la conscience : alors on pèse dans la balance le bien et le mal, et Thoth écrit le jugement devant Osiris qui prononce (fig. 785). Le châtiment consiste quelquefois à passer dans le corps d'un animal immonde, le cochon, par exemple : un bateau vous ramène sous cette forme dans la terre des vivants, et après cela viendra la mort définitive, l'anéantissement. Car dans la croyance des Egyptiens, l'immortalité de l'âme était facultative, c'est-à-dire que l'homme, selon la manière dont il se comportait sur la terre, pouvait la gagner ou la ])erdre.
Au reste l'idée de résurrection a pris plusieurs formes en Egypte. Voici, par exemple, ce qu'Hérodote rapporte sur le phénix : « Il y a un oiseau sacré qu'on appelle le phénix ; je ne l'ai jamais vu, si ce n'est en peinture, car il vient rarement en Egypte; tous les cinq cents ans.
DIVINITES ETRANGERES.
à ce que disent les hal)ilaiits d'Ilcliopolis ; ils ajoutent qiiil a riive lorsque son père est mort. Sil existe réellement comme on le représente, le plumage de ses ailes est rouge et dore; parla taille, il ressemble surtout à l'aigle. Voici, dit-on, ce qu'il fait, et cela ne me paraît guère croyable : prenant son essor de l'Arabie, il apporte dans le temple du Soleil, à lléliopolis. son père enveloppé de myrrhe et l'y enseveli! de la manière suivante : il pétrit de la myrrhe et en façonne un œuf aussi gros ([ue ses forces lui permetlent de le porter. Lorsqu'il en a fait l'épreuve, il creuse l'œuf et y introduit son père, puis avec d'autre myrrhe il comble le creux où il l'a placé, de manière à retrouver le poids primitif; enfin il emporte l'œuf en Egypte dans le temple d'Héliopolis. Voilà, dit-on, ce que fait cet oiseau. »
Le phénix apparaît très-rarement sur les monuments {igurés. Cependant le savant Guignault l'a reconnu sur une frise de Coptos, où l'on voit effectivement un oiseau, s'élevant sur une espèce de coupe portée sur des fleurs de lotus (fig. 78G),
Lo pliénix (d'après une frise de Coptos).
Bien qu'Osiris, Isis et llorus soient considérés comme les principales divinités de l'Egypte, Memphis et Thèbes, longtemps capitales de deux royaumes séparés, ont eu des divinités spéciales qui se sont peu à peu mêlées et confondues dans le panthéon égyptien.
Ptha. — Ptha est le dieu suprême de Memphis : sa forme habituelle est celle d'un homme emmaillotté comme une momie et dont la tète est entièrement rasée. Ptha était surnommé le dieu au beau visage. Dans son rôle de père des dieux il est appelé Totonem, ce qui, selon M. de Rougé, pourrait se traduire par donnant la forme. Le bœuf Apis était appelé fils de Ptha, ou rio nouvelle de Ptha. La vache qui le portait, dit M. de Rougé, était censée avoir été fécondée parla radiation solaire. Ptha a^ait encore un autre fils Imothep, que les Grecs ont assimilé à Esculape. 11 remplissait à Memphis le même rôle que Chons, fils d'Ammon, remplissait à Thèbes.
LES DIEUX DE LÉGYPTE
Ptha est la divinité' qui a fourni a Ka, organisateur du monde, les éléments dont se compose l'univers. 11 est coilîé du scarabée, symbole de résurrection, et foule aux pieds le crocodile, symbole des ténèbres. On lui donne la forme d'une momie, parce qu'il est l'emblème de la force inerte d'Osiris, quand ce dieu va se transformer en soleil levant. Quelquefois Ptba, enveloppé comme la momie, est debout sur un socle à degrés et coiffé d"un serre-téte. Un large collier orne son cou, et ses mains, dégagées de leurs bandelettes, portent les insignes sacrés.
Ammon. — Ammon est la grande divinité de Thèbes, celle que les Grecs ont assimilée à leur Jupiter. Ammon est un dieu suprême dont les qualités diverses sont invoquées dans le culte sous des noms et avec des attributs différents.
Ammon, dans le culte égyptien, est le ressort cacbé qui pousse la nature à se renouveler sans cesse. Comme la manifestation la plus éclatante de la puissance du dieu est la multiplication des troupeaux, Ammon se présente sous la forme d'un bélier : c'est pour cela que dans les temples de Thèbes on voit une immense avenue bordée de béliers qui lui étaient consacrés. Mais bien que le bélier soit spécialement l'animal consacré à Ammon, ce dieu prend différentes formes, suivant l'aspect sous lequel on l'invoque.
Quand il exprime la chaleur vivifiante du soleil, le dieu prend le titre d"Ammon-Ra : Ra est le nom par excellence du soleil divinisé.
Fit
Ammon, sous la forme du bélier là Thèbes).
Son épouse, Maut, qualifiée dame du ciel et souveraine de la nuit, est la mère de Chons, le soleil levant. Le costume d'Ammon est la tunique courte attachée à la taille par une ceinture, sa coiffure est la couronne rouge surmontée de deux longues plumes droites. Maut porte le Pschent ou double diadème, emblème de la souveraineté sur la Haute et la Basse Egypte; le vautour, symbole de maternité, est son attribut. Les anciens Egyptiens croyaient que tous les vautours étaient femelles, et c'est pour cette raison qu'ils en ont fait le symbole de la maternité. Chons, le fils de Maut^ apparaît tantôt avec la tète humaine coiffée du
DIVINITES ÉTRANGÈRES.
disque avec les cornes, tantôt avecla tète d'épervier. La troisième personne d'une triade divine a toujours pour mission de s'occuper plus spécialement de riiommo : aussi Clions est le dieu qui chasse les mauvais esprits et qui guérit les maladies.
Quand il est le ressort caché ([ui pousse la nature à se renouveler sans cesse, Ammon prend le nom de ivhem, ou Ammon générateur. Dans ce rôle, le dieu est ithyphalli([uc ; on le représente debout, le bras droit levé dans l'attitude du semeur, et la main ouverte. Son corps est enveloppé comme une momie, dont son bras gauche n'est pas dégagé. « Rhem, dit M. Pierrot [Dictionnaire d'archéologie égyptienne), représente la Divinité dans son double rôle de père et de fils : comme père, il est appelé le inari de sa mère; comme fils, il est assimilé à Horus. 11 paraît symboliser la force génératrice, principe des renaissances, survivant à la mort, mais subissant un état d'engourdissement dont elle ne triomphe que lorsque le dieu a recouvré son bras gauche. Dans le Livre des Morts, chapitre CXLVI, le défunt s'écrie, lorsque son àme s'est féunie à son corps, (\\x il prévaut contre ses bandelettes, et quil lui accorde d'étendre le bras, c'est-à-dire le bras gauche. Khem symbolise la végétation en même temps que la génération, car des plantes élancées sont toujours figurées derrière lui. »
Le Nil n'est que la manifestation visible d'Ammon, le dieu suprême auquel TEgyptedoit sa fécondité. Ce Nil céleste, Ammon-Nil, Knouphis,
Fig. 788. — Knouphis, le seigneur de l'inondation (d'après un bas-relief du temple de
Denderah).
est le régulateur du Nil terrestre : c'est le dieu à tète de bélier, étroitement enveloppé dans sa tunique bleue. Son caractère, comme régulateur du fleuve, est particulièrement apparent sur un bas-relief du temple de Denderah (fig. 788). Le dieu porte une tête de bélier et des cornes de bouc surmontées de grandes plumes. Comme seigneur de
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l'inondation, il a dans une de ses mains la clef du Xil, et dans l'autre une voile, car il est l'auteur des vents annuels, qui, dans l'opinion des anciens, avaient une grande action sur le débordement. C'est peut-être pour la même raison qu'il est ailé. Divers personnages qui paraissent
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être des divinités secondaires sont placés près de lui et dans une dimension beaucoup plus restreinte.
Le Nil terrestre, celui dont on voit les eau\ couler, est représenté sous la forme d'un homme dont la tête est surmontée d'un bouquet d'iris ou de glaïeul, symbole du fleuve à l'époque de l'inondation. Sur les bas-reliefs on le voit présentant ses offrandes aux grands dieux de
816 DIVINITES ETRANGERES.
1 Eji^ypte. « Les Egyptiens, dit Chanipollion-Figeac. a]»pelaient ce dieu en leur langue Hopi mou, et ce nom signifie celui qui a la faculté de cacher ou de retirer ses eaux, après en avoir couvert le sol de rEgy[>te ]>our le féconder. »
Les rois d'EgypIe, étant assimilés au soleil levant, prennent souvent le titre de (ils d'Ammon. « Alexandre, dit M. de Rougé, en grand politi(|ue qu'il était, comprit ([iie le plus sûr moyen d'établir sa domination dans l'esprit de ces peuples, était d'employer à son usage des préjugés qui avaient pour eux la force des siècles. C'est dans ce but qu'il lit son voyage à l'oasis d'Ammon. L'oracle le proclama fils du Soleil, en sorte qu'il représenta désormais, aux yeux des peuples d'Egypte, l'incarnation de la race du Soleil a laquelle était due l'obéissance des humains. Il faut bien connaître les idées des Egyptiens sur la royauté pour pénétrer toute la portée politique de cet acte d'Alexandre. Les Ptolémées, ses successeurs, suivirent constamment son exemple. Les serviteurs de Jupiter continuèrent cà être pour l'Egypte les dieux tils du Soleil, car en aucune région l'adoration de l'homme couronné ne prit un caractère d'idolâtrie plus complet et plus persistant que dans ce pays. »
Ammon-Nil ou Knouphis est représenté sur une foule de monuments. Dans un bas-relief peint, sculpté sous le portique du grand temple de Phibc, on voit le roi Ptolémée-Evergète II, offrant la cassolette d'encens au dieu Ammon, assis sur un riche trône. Le dieu, dont les chairs sont bleues, est coitfé des cornes du boue générateur, surmontées d'un disque et d'une mitre llan(|uée de quatre i/rcVi/s, à titre de Soleil roi des rois : il tient dans ses mains la croix ansée (la clef du Nil, suivant Kreuzer) et le sceptre des dieux bienfaisants. La déesse placée derrière Ammon est Anouke, dame du ciel : le corps de cette divinité est habituellement peint en rouge et deux grandes cornes flanquent son bonnet. Elle tient d'une main la croix ansée et de l'autre le sceptre à tète de lotus, qui caractérise les déesses.
Les eaux du Nil étaient elles-mêmes personnifiées dans Canope, le dieu vase que représente notre figure 790.
Le couvercle du vase représente la tête de bélier, caractérisant Ammon, principe fécond de la nature. La table qui le porte est décorée du sceptre des dieux bienfaisants, de la croix à anse, symbole delà vie divine, et du Nilomètre, emblèmes qui expriment tous la puissance productrice du fleuve.
Diodore de Sicile parle des grandes processions où l'image du dieu est promenée sur une barque sacrée. « La statue du dieu, dit-il, est couverte d'émeraudes et d'autres ornements et elle rend ses oracles d'une manière toute particulière. Elle est portée dans une nacelle dorée, sur les épaides de quatre-vingts prêtres; ceux-ci la portent machinalement là où le dieu leur fait signe d'aller; cette procession est suivie
LES DIEUX DE L'EGYPTE
par une foule de femmes et de jeunes filles, chantant pondant toute la route des hymnes et des cantiques selon les rites anciens. »
.. Les Egyptiens, dit Plutarque. prétendent que le soleil et la lune ne sont point voitures dans des chariots ou charrettes, ains dedans des bateaux, esquels ils naviguent tout autour du monde, donnant parla à entendre qu'ils sont nés et nourris d'humidité. » En elTet, les Grecs ont
Fig. 790. — Canope avec la tète d'Ainnion.
toujours représenté le soleil sous la forme d'une divinité à la tète radiée, et portée sur un char dont il guide les chevaux, tandis que les Egyptiens expriment la même idée sous la forme d'une barque, au milieu de laquelle s'élève une petite chapelle renfermant l'image du dieu. C'est ce qu'on appelle la barque sacrée.
Ces barques sont figurées sur plusieurs monuments dans une forme à peu près identique, mais avec des attributs et des emblèmes différents. Au centre de la barque était le Naos, ou chasse, contenant, caché derrière une porte toujours fermée, le mystérieux emblème de la divinité ; des images de rois en adoration, des divinités diverses, des ustensiles sacrés, couvraient l'avant et l'arrière de la barque.
Les barques symboliques sculptées sur les parois des temples ne sont que la représentation de celles qu'on portait dans les processions ; dans ces marches religieuses elles étaient portées sur les épaules des prêtres. La plupart de ces barques portatives étaient décorées avec la plus
818 DIVINITES ETRANGERES.
<,u'andc richesse : elles étaient construites en bois précieux rehaussés d'ivoire. Queh|ues-unes môme étaient en or ou en argent. La pièce la plus importante que nous connaissions de l'orfèvrerie égyptienne est une barque sacrée.
La décoration du temple de Pliiiœ va nous fournir un exemple de la barque symbolique, dédiée cette fois à la déesse Isis. Elle est également portée sur les épaules des prêtres. Ceux-ci, au nombre de quatre, sont vêtus de longues robes et parés d'un riche collier. Leurs bras sont ornés de bracelets, et ils portent sur leurs épaules un long bâton sur lequel est le plancher où repose la barque (tig. 791).
Cette barque est décorée à ses deux extrémités par une tête d'Isis. A l'arrière, on voit une rame dirigée par un personnage à tête d'épervier, qui en meut l'extrémité au moyen de la queue du serpent sacré, qui dresse la tête devant lui et dont il tient le corps dans sa main. La chasse placée au milieu est ornée de deux génies qui étendent leurs ailes en signe de protection. Devant les prêtres qui portent la barque marche un jeune homme tenant une cassolette d'où sort de la flamme et dans laquelle il jette des grains d'encens. Le disque ailé, symbole de la marche du soleil, plane au-dessus de la barque et semble dominer toute la scène.
Les murs du temple de Karnak nous montrent l'image d'une barque sacrée, qui cette l'ois n'est pas portée sur les épaules des prêtres, mais est représentée symboliquement dans sa navigation sur le Nil. Les têtes de bélier à riche coiffure qui décorent sa poupe et sa proue, montrent qu'elle est consacrée à Ammon, divinité de Thèbes. Des mats, des obélisques et une foule d'emblèmes, parmi lesquels on remarque quatre autres petites barques votives avec leurs attributs, décorent ce monument dont la châsse décore comme toujours la partie centrale. Un Pharaon, sur la tête duquel plane le vautour sacré, offre l'encens sur la barque même : sa position un peu inclinée indique suffisamment que ses vœux s'adressent à la divinité renfermée dans le sanctuaire. Derrière lui on voit un petit autel chargé d'offrandes, un sphinx et deux petites divinités dont la première a la tête surmontée d'une plume d'autruche, symbole de justice et de vérité (fîg. 793).
Cette barque ne navigue pas seule sur le fleuve sacré : elle est remorquée par une autre d'égale longueur et dont les extrémités se terminent en fleurs de lotus. La proue est surmontée d'un épervier, et elle est montée par quatre personnages dont un à tête humaine, un à tête de bélier et deux à tête d'épervier ; ils tiennent une corde à laquelle est attachée la barque précédente et semblent eux-mêmes dirigés par une figure d'Isis. Tout ce symbolisme se rattache à la marche du soleil, qui, dans sa course nocturne, traverse les eaux, pour apparaître bientôt à l'horizon sous sa forme de fils de dieu, ou soleil levant. Nous don-
DIVINITÉS ETUANGEllES.
nons (fig-. 792) cotte prcmièro barque; elle est (]éi>oiirMie de chapelle centrale, et les figures occupent le milieu de la baniue. On reniar-
Fig. 793. — La barque d'Animoa (d'après un bas-reliel' du temple do kariiak).
<|uera que l'avant de cette première barque est caractérisé par l'épervier, personnification du soleil levant.
Fig. "93. — Remorqueurs delà barque d'Ammon (d'après un bas-relief du temple de Karnak).
Le caractère d'animalité est commun à presque toutes les divinités égyptiennes. « Les sanctuaires, dit saint Clément d'Alexandrie, après avoir fait une description resplendissante des temples égyptiens, sont
LES DIEUX DE LÉGYPTE. 821
onibi'agés par des voiles tissus d'or; mais si vous avancez dans le fond du temple et que vous cherchiez la statue, un employé du temple s'avance d'un ail- grave en chantant un hymne en langue ég-yptienne, et soulève un peu le voile, comme pour vous montrer le dieu; que voyezvous alors? Un chat, un crocodile, un serpent indigène ou quelque autre animal dangereux I Le dieu des Egyptiens paraît!... C'est une bête sauvage, se vautrant sur un tapis de pourpre !» 11 y avait en effet dans les sanctuaires un animal vivant, qui était non le dieu, comme l'ont cru les Pères chrétiens, mais le symbole vivant du dieu auquel il était consacré.