VÉNUS
Lorsque le surig d'Unimis, blessé pnr Saturne , coulu (Itms la mer, on vit sortir de l'écume blanchissante Vénus, déesse des amours et de la beauté. Zéphire conduisit dans l'Ile de Chypre la conque marine qui lui servait de char, et ce fut là que les Heures se chargèrent de son éducation. Ces filles de Jupiter et de Tliémis avaient toutes des ailes et ne se ressemblaient pas. Elles parcouraient le même espace; mais
l^ur roiirse <''tail plus rapide ou |>liis lonto. L'Hciin' {H-nible de ialtcnli" I»ngiK>iiirnt sombltiit panuiirir Un siéflc l'ntier. ^ais du plaisir l.'Heuro. toujours Irop diligcnlo DUparau^ail rommu un éclsit.
L'Heure du repentir, le front d'ennuis couvert , En poussant des plaintes amères,- Des espaces imaginaires La rappelait en vain. Pour calmer sa douleur, L'Heure du souvenir, lui retraçant les charmes
De cette aimable et fugitive sœur, Avec plus de douceur faisait couler ses larmes.
Demoustier.
Les institutrices de Vénus établirent leur plan d'éducation et Texécutèrent à peu près de la manière suivante :
La première Heure rappelait Quand Phœbus ouvrait sa carrière , Et la Beauté se réveillait Avec le dieu de la lumière.
La deuxième Heure entrelaçait Quelques fleurs, un peu de verdure Dans ses cheveux , et lui disait :
« Méprisez lart de la parure; » Il n'est fait que pour la laideur.
» Soyez modeste; la pudeur n Est le fard qui sied à votre âge.
» Que le trésor de vos attraits rt Soit toujours voilé d'un nuage ; » Que ce voile soit fort épais ,
La troisième lui présentait Des fruits nouveaux et du laitage.
La quatrième lui dictait L'art (le |)arler sans verbiage.
« Ne prétenflez point à l'i^pril .
» Et surtout gardoz-vous d'en faire.
» Parlez peu ,- mais bien ; ce qu'on dit
» Jamais ne peut manquer de plaire
» Quand la raison, quand la gaité,
» Quand le sentiment assaisonne
» Un mot dont la simplicité
» N'offense l'orgueil de personne. »
La cinquième formait son cœur ,
Le disposait à la tendresse,
Et chassant la feinte et l'adresse ,
Y faisait genner la candeur.
« Aimez un jour, lui disait-elle,
» Aimez ; gardez-vous d'abuser
» De l'avantage d'être belle.
» Choisissez et sachez vous fixer.
)> Ne préférez jamais le plaisir dangereux
» De multiplier vos conquêtes
» Au bonheur de faire un heureux. >> La sixième lui disait :
« Quoique femme, soyez discrète, » Songez qu'il est cruel d'oser sacrifier
» Un jeune cœur qui vient nous confier » Son espoir, son lK)nheur, ou sa [mno secrète;
» Et qu'un secret dont on prend la moitié » Est un dépôt sacré (ju'on ne peut se permettre
» D'aller divulmier sims commettre
» Un sacnlé^o à l'amitié. »
Demoistiku.
Les trois Heures suivantes lui enseignaient d'ai très devoirs et lui répétaient tour à tour :
.... 11 est des malheureux.
Ne dédaignez ï>oint l'indigence ; Le plus noble attribut des dieux,
Ma fille , c'est la bienfaisance.
Si vous saviez comme il est doux
De visiter sous leur chaumière
Les mortels que le sort jaloux
A condamnés à la misère!
De compatir à leurs malheurs,
De mêler nos soupirs aux leurs,
D'entrer dans leur douleur profonde; De leur prouver, par nos soins réunis.
Qu'ils ne sont pas seuls dans le monde , Ht que les malheureux ont encor des amis !
Quand vous aurez prononcé le serment De rendre heureux l'époux que vous -aurez choisie, Semez de fleurs tous les jours de sa vie , Aimez en lui votre ami, votre amant.
Soyez son ange tutélaire; Veillez ; loin de son cceur chassez les noirs chagrins. Qu'il trouve, auprès de vous, plus purs et plus sereins
L'air qu'il respire et le jour qui l'écIaire : (y est ainsi qu'en vos fers vous saurez l'arrêter. En reproches amers gardez-vous d'éclater. Mais offrez-lui des mœurs le plus parfait modèle ,
Qu'il soit forcé de l'imiter.
Et si votre exemple le touche, S'il revient à vos pieds abjurer son erreur, Qu'il trouve en arrivant l'amour sur votre bouche
Et le pardon dans votre cœur.
Lhoninie ne sait aimer qu'auttmt qu'on sait lui plaire.
Étudiez son caractère, A l'orgueil , à l'humeur, opposez le sourire , L'innocence au souj)çon, le calme à la fureur; Régnez en suppliant, et fondez votre empire
Sur l'amour et sur la douceur.
In jour, (ypris , vous serez mère :
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(étrangère. Noiirrissoz votre TiIï; remplissez vos beaux jours
Des soins de ce saint ministère.
La nature aux bon^ cœurs donne pour récompense
Les plus do ucea jouissances.
Vous le* mériterez ; de votre nourrisson liiie autre n'aura pas la première caresse;
Vous jouirez avec ivresse
Des prémices de sa tendreté
El des éciaii^ de sa raison.
DEMOirSTIEH.
Après quelques années d'éducation, les Dieu\ voulurent s'assurer de ce que lu Rennmmée aunonçaît des porfectioiis de Vénus , et elle fut admise
dans l'Olympe. Klle parut avec cette ceinture merveilleuse dont la Nature lui avait Tait don.
On y voyait TAmour conduit par l'Espérance , Los timiflcs Aveux , la molle Résistance , La Pudeur enfantine et les jeunes. Plaisirs, Qui fuyaient, agaçaient, caressaient les Désirs; La tondre Volupté , ses transports et ses charmes ; L'Ivre.^se, la longueur, les yeux baignés de lanm^s; I^ douce Intimité, les Soupirs, les Serments, Los Caprices, suivis des Raccommodements.
Demoustier.
Les Dieux , charmés parce talisman mystérieux, ne virent point sur le revers
I^ main des tristes Euménides Traçant les noirs Soupçons,
La Haine, les Baisers perfides,
Les Vengeances, les Trahisons.
I^r de sombres- détours, la pâle Jalousie,
Se traînant d'un pas chancelant, A l'Amour infidèle arrachait on tremblant
Le masque de l'Hypocrisie.
DEMOrSTIER.
Le domaine de la beauté fut attribué à Vénus , et on lui donna pour époux le plus laid des Dieux, Vul* cain, dont l'histoire se trouve liée à la sienne.
LA HYTHOLOGIR.
Il faillit nis de Jupiter et de Junon. Lorsqu'il eut élu précipité du ciel , il roula de tourbillons en tourbillons, tomba dans l'ile de Lemnos, et se cassa la cuisse. Il resta boiteux, ce <]ui ajoutait à sa laideur. Élevé par les nymphes de I» mer, il se livra, dés su jeunesse , à l'art de travailler les métaux. Les Cyclopes , fils du Ciel et de la Terre, on, selon d'autres, de Neptune et d'Amphitrite, furent les compagnons de ses travaux. Ces géants n'avaient qu'un œil au milieu du front , et les plus célèbres
d'entre eux furent Brontès, Stéropès, PjTiicmon et Polyphème.
^mm^.
Lorsque les Titans voulurent escalader le ciel , Yulcaia forgea les foudres et assura le triomphe de Jupiter. Ou sait comment il se vengea de Junon, qui lui avait donné tant de laideur. Pour prix de sa délivrance , la déesse promit de lui faire trouver une épouse, et il demanda Minerve; celle-ci refusa, fut l'objet de ses violences, et eut de lui Éricliton, monstre aux jambes de serpent et inventeur des chars.
Juiion présenta les vœux de son fds à Yéuus, dont la puissance était encore peu établie à la cour céleste , et qui les rejota avec horreur. Junon l'accablait de persécutions, et Jupiter se laissait toucher par les supplications de la belle infortunée, lorsque le Destin , consulté , prononça l'arrôt qui unissait la déesse des Amours au plus affreux dos dieux.
L'Hymen présida aux fiâtes qui eurent lieu dans
l'Olympe, ft qui ne (nrdèrent pas h être suivies d'an ^rnnd scandnle. Vénus avait aimé Mars, diendelN guerre, mais elle avait donné quelque espoir » Apollon. Celui-ci s'aperçut bientàt qu'une liaison coupable existait entre l'épouse de Vulcaîn et le dit!U de la guerre. Il trompa la vigilance de Gallus gardien de leurs plaisirs , et avertit l'époai outragé. Ccltii-cî enveloppa les coupables de filets imperceptibles, et rendit tout l'Olympe témoin de leur confusion et de sa bonté. Gallus, changé en coq, Tul désormais plus e\act à annoncer le retour de l'Aurore. Mars, tout confus, se retira en Thrace, et Vénus se réfugln dans l'île de Cypre, où elle donna naissance h l'Amour.
LA MYTHOLOGIE i:\
Mais il n'était point dans la nature de la déesse de se souvenir long-temps d'une semblable leçon. Outre ses amours avec Apollon, qui avaient eu pour témoins les bosquets de roses de file de Rhodes , elle se livra en secret à un sentiment plus vif pour le beau chasseur Adonis. Mars apprenant, au fond de la Thrace , la résignation que Vénus montrait dans sa retraite, se doute de son infidélité. Il découvre Adonis, se présente à lui sous la forme d'un sanglier, le terrasse et le tue. Vénus, pour éterniser la mémoire de son favori , fait , des gouttes de son sang , naître F anémone , .
Emblème de la vie , aimable et tendre fleur. Qui brille le matin , le soir [)erd sa couleur ; Et, |)assant de nos prés sur l'infernale rive, Nous présente en un jour l'image fugitive Dt^ la jeunesse et du Iwnheur.
Demoustier.
Sur le lieu même , un temple s'éleva , et tous les ans on célébrait avec pompe des fêtes en T honneur de la résurrection et de l'apothéose d'Adonis.
Vénus est ordinairement entourée des Grâces et de l'Amour, ou sur un char que traînent des cygnes et des colombes ; toujours sous la forme d'une femme de la plus rare beauté.
Klle était adorée dans toute la terre et sur les mers. Ses principaux temples étaient ceux d'Ania-
7(i LA MYTHOLOGIE.
thoiite , de Paphos , de Gnide , de Cythère cl
d'Idalie.
Vulcnin est reconn&issable à sa laideur , à ses larges épaules , à son cou de taureau , à sa vaste poilrioe , à une prorusion de cheveux épais et noirs , à une jambe plus courte que l'autre, au marteau qu'il tient a la main, à la hache et aui tciiadles qui sont près de lui
A Rome , ses fêtes s appelaient f^uicanalex et duraient huit jours On jetait dans les llammes les animaux sacrifiés Romulus lui avait élevé un temple, et Tarquin 1 Ancien, après la défaite des Samoites , lui olTrit les armes et les dépouilles des vaincus. Le lion lui était consacre
CUPIDÔN ou L'AMOUR.
Lorscpe Vénus eut donné le jour à Cupidon , Jupiter, prévoyant le mal qu'il causerait à l'univers , le proscrivit et le menaça de son courroux. Vénus le tint caché dans les forêts de l'île de Gypre , ou il suça le lait des bétes féroces. Dès qu il put manier les armes , il se façonna un arc de frêne , des flèches de cyprès , et s'essaya sur les animaux qui l'avaient nourri. Quand il fut assuré de son adresse, il osa diriger contre les hommes et contre Vénus elle-même les flèches trempées dans un poison subtil. L'Amour
n'eut point d'ailes en naissant :
Linnocence est toujours fidèle.
Il n*en eut point en grandissant :
L*enfance n'est jamais cruelle.
Dans rage où naissent les soupirs, n ne voltigea point encore :
La constance est sœur des plaisirs Que ce bel âge voit éclore.
Demoustirr.
Mais bientôt il lui en poussa qui étaient teintes de pourpre, d'or et d'azur. Ces nuances variées offrent l'emblème de son inconstance. Un jour qu'il se promenait avec sa mère dans une prairie émailléc de fleurs, il se vanta d'en cueillir plus vite que
78 LA MÏTIIOLUUIK.
Vénus. Il t!iU triomphé, si la nymphe IVristùrc, «jui iiccompitgnait Cypris, ne Veut uidée à remplir s» curbeille. Ouprdoii, irrité, ht chungeu cii colombe. Il uima Hébé, déesse de la jeunesse, et fut îiinié de Psyché, qu'il til transporter par Zépliire dans un lieu de délices.
LA MYTHULUUIE-
Ju|>iter, éprouvant un jour un violent mul <lo t<^lo, pria Vukaln de la lui fendre d'un coup de linche, et il en sortit Minerve, déjà grande t>t toute armée. Olte déesse de la sagesse inventa l'écriture , la pt-inlure et la broderie. Arucliné, qui prétendit )V>iialer, reçut un cou|i de navette sur les doigts , et fut rhangée en araignée.
Minerve est représentée le casfjue en léte, la lance à la main , le sein couvert d'une cuirasse et le bras armé de son égide , bouclier formé de la peau de la
tlièvre Amnithée; sur ce bcutlier, on vuyjût la télé tl« Méilufe, <|iii avait été la plus bolle des (iur^outrs.
Neptune avait voulu faire violence à cette princesse dans le temple de Minerve. La Déesse, indignée, changea les cheveux de Méduse en serpents, et donna à sa tête la vertu de pétrifier tous ceux qui la regardaient. Quelquefois le casque de Minerve est surmonté d'une chouette , et l'on place à ses côtés tantôt on coq et tantôt un hibou. C'est en cet oiseau qu elle changea Nyctimène, coupable d'inceste. Elle priva de la vue Tirésias, qui l'avait surprise au bain.
Pour célébrer ses f^tes, des vierges, partagées en troupes et armées de pierres et de bâtons , fondaient avec fureur les unes sur les autres. Celle qui périssait dans ces combats était dévouée à l'infamie, tandis que l'on reconduisait en triomphe celle qui n'avait point reçu de blessure. Ces fêtes, établies dans la Libye , furent transférées à Athènes , ville que Minerve avait dotée de l'olivier et qu'elle avait prise sous sa protection. Elle était adorée à Troie sous le nom de Pallas , et Ton gardait dans la citadelle sa statue sous le nom de Palkidion. Cette statue était fuite avec les os de Pélops, ancien roi du Péloponèse. A sa possession était attaché le salut de la patrie. Mysse et Diomède parvinrent à s'en em parer, et la ville fut prise peu de temps après.
Aux noces de Thétis et de Pelée , elle disputa l'empire de la beauté à Junon et à Vénus. Le berger Paris fut chargé de juger le diiïérend des
trois déesses , fit l'on assurfi que les belles prétendantes essayèrent en secret de se concilier leur juge. Minerve promit à Paris la sagesse ; mais ce que lui oflrit Vénus le tenta davantage , et il lui adjugea la pomme, qui était le prix accordé à la plus belle. Paris était Troyen ; la vengeance de Juoon et de Minerve contribuèrent à hâter la chute de sa patrie.
8i LA MYTHOLOGIE.