DIVINITÉS DE LA FABLE
Les astres reçurent d'abord les hommages des hoinines : aussi le Ciel est-il le plus ancien des dieux. Plus tard on déifia les héros. Les divinités sont partagées en plusieurs classes. Les dieux principaux, ou dieux du premier ordre , étaient au nombre de vingt, savoir : Jupiter, Junon, Neptune, Gérés, Mercure, Minerve, Vesta, Apollon, Diane, Vénus, Mars, Vulcain, le Destin, Saturne, Genius, Pluton, Bacchus, l'Amour, Cyb(>le, Proserpine. Outre ces grands dieux il y en avait d'autres, tels <|ue le Chaos et le Destin, qui n'appartenaient à aucune catégorie , et qui n'étaient l'objet «l'aucun culte.
Le Chaos, que nous cesserons de retrouver dans
6 LA MYTHOLOGIK.
Thistoire des «autres dieux , semble n'avoir eu qu'un devoir spécial et un règne momentané. Il est le plus ancien de tous , car il présida au débrouillement de toutes les matières qui composaient Tunivers. On le représente au moment où il assigne ù chaque élément sa place. Planant dans un foyer de lumière, il repousse de toutes parts des nuages épais et sombres. Un fragment du zodiaque, des astres épars se dessinent au-dessus de sa tète.
L'idée poétique du Chaos se retrouve dans l'histoire sacrée, la création, et dans toutes les mjthologies, où Ton voit Brahma, Vichnou, Siva, et d'autres noms encore. Comme idée géologique , c'est l'immensité inorganique ; enfin , en métaphysique, c'est l'amour, considéré comme penchant do la matière à l'ordre, aux ensembles et à l'organisme.
Voici la belle description qu'Ovide donne du Chaos :
Avant la terre et l'onde, et l'océan des airs, Kt le ciel étoile, voilte de l'univers, La nature, sans vie, indigeste, uniforme, N'était qu'un tout confus, où rien n'avait de forme On l'appela (Ihaos , mélange ténébreux D'éléments discordants et mal unis entre eux. Le dieu dont la clarté donne la vie au monde N'épanchait point les feux de sa chaleur féconde. Kl le cours de Phœbé ne réglait point les mois. La terre, dans le vide où la soutient son poids. N'était |>oint suspendue; et, pressée autour d'elle.
LA MYTHOLOGIK.
Thélis n'embraijsait point les longs flancs de Cyhèle.
L'air et la terre, et l'onde, et les cieux confondus,
Dans un amas informe au hasard répandus ,
Rassemblaient en désordre et le plein et le vide ,
Le froid avec le chaud , le sec avec l'humide ,
Les atomes pesants, les atomes légers.
L'un de l'autre ennemis, l'un à l'autre étrangers.
Un dieu , de l'univers architecte suprême ,
Ou la nature enfin se corrigeant soi-même ,
Sépara , dans les flancs du ténébreux Chaos,
Et les cieux de la terre , et la terre des eaux ,
Et l'air moins épuré de la pure lumière.
Quand il eut débrouillé la confuse matière ,
Entre les éléments séparés à jamais
11 établit les nœuds d'une éternelle paix.
Le feu brille et s'élève à la première place ;
L'air, voile diaphane , enveloppe l'espace ;
La terre au-dessous d'eux pose ses fondements ;
Elle entraîne l'amas des plus lourds éléments.
S'affermit par son \mâs ; et l'onde qui l'embrasse
Entoure mollement sa solide surface.
Quand ce dieu , quel qu'il fût, en des lieux différents
Aux éléments divers eut assigné leurs rangs ,
11 façonna la terre encx)r brute, inégale;
Et sa main 1 arrondit en un immense ovale.
Autour d'elle à sa voix roulent les vastes mers;
Les vents soulèvent l'onde , ils épurent les airs.
Aux fleuves, aux ruisseaux entraînés par leur pente.
Il traça les détours où leur onde serpente :
Répandus sur la terre , ils fécondent son sein ,
Courent au fond des mers se perdre en leur bassiîi ,
Et, fiers de n'être plus resserrés dans des rives.
Roulent en liberté leurs eaux long-temps captiv(?s.
Il creuse encor hs lacs, les étangs, hîs marais.
D'une immense verdufe ombrage les forêts;
LA MVTUOLOGIK.
11 creuse les valloiis, aplanit ks campaj^es^ Et (le rocs sourcilleux couronne les montagnes.
Moins léger que le feu, mais plus léger que Tonde, Le fluide des airs environne le monde.
(Vest là qu'il suspendit les nuages mouvants, La foudre , eflTroi de l'homme , et l'empire des vents. Mais celui qui des airs leur a livré les plaines Assen it à des lois leurs bruyantes haleines , Et, rendant leur discorde utile à l'univers, Relégua chacun d'eux en des climats divers: L'impétueux Borée envahit la Scythie ; L'Eiirus oriental régna sur l'Arabie; U^s bords où le soIcmI éteint ses derniers feu\ Échurent à Zéphyre ; et l'Autan nébuleux Souilla sur le midi la pluie et les orages. Par delà le séjour des vents et des nuages , S'étend dans Tempyrée un espace azuré Où nage de l'éther le fluide épuré.
Lorsque le grand arbitre eut prescrit ces limites ^ A des astres sans nombre il traça leurs orbites; Tout le ciel rayonna de flambeaux éclatants Dans la nuit du chaos obs(;urcis trop long-tem|)s. La région d'azur, de mille astres peuplée , Fut d(»s dieux immortels la demeure étoilée ; Et les hôtes des bois, les poissons, hs ois<»aux , Peuplèrent et la terre, et les airs, et les eaux.
Ovide, traduit ftar Saint-Angk.
LA SlYTHOLOGIE.
i;U\MJS ou LE CIEL.
Il était Bis du Jour. Il épous» sa sœur Titéa, et de leur union naquirent les Titans. Les principaux de ces enfants de In Terre furent Titan , Satunie , rOréaii, HypérioQ, Jopet, Thia , Rhéa ou Cybèle, Thémis, Mnémosyne, Pbœbé, Thétis, Brontès , Stérope, Argès, Cottus, Briarée, Gygès. Uranus, craignant â'Hre un jour détrôné par eux , les renferma dans un abimc où ils ne pouvaient voir le jour. Néanmoins ils se liguùrent contre lui et succombèrent dans la lutte. Leur captivité n'en devint ijue plus rigoureuse ; mois Titéa favorisa In fuite de Snlume qui, mu par l'ambition et la vengeance, usurpa l'empire après avoir délivré ses frères. Ce l'As audacieux osa porter sa main parricide sur lira-
rendre tous les enfants qu'il avait avalés. Gybèle Gt élever secrètenoient Jupiter dans file de Crète par les Corybantes, prêtres guerriers dont les clameurs n'empêchèrent point les cris du jeune enfant de parvenir jusqu'à Titan. Celui-ci, voyant ses espérances trompées, assemble nne arniée, marche contre Saturne, le fait prisonnier et le renferme dans le Tartare. Jupiter délivra ses parents; mais le Destin ayant prédit que Saturne serait détrôné par son fils, le dieu lui tendit des embûches , et Gnit par lui déclarer une guerre ouverte. Jupiter, vainqueur, chassa du ciel son père, qui se réfugia dans cette partie de Tltalie qu'on nomme Latium, du mot latin latere. Le roi Janus accueillit Saturne et reçut, pour récompense de son hospitalité, le don de la mémoire et celui de prévoir Tavenir. C'est ce qui fait qu'on représente Janus avec un double visage.
Le temps que Saturne passa sur la terre fut appelé Tâge d'Or.
[Ai faim aux animaux no laisiût point la «^ucrro ;
Le blé, pour se donnor, sans peino ouvrant la torro .
N'attendait pas qu'un bœuf, pressé par l'aiguillon,
Tracûl, à pas tardifs, un pénible sillon.
Lîi vi^ne offrait [varlout des j^rappes toujours pleines.
Et des ruisseaux de lait serpentaient dans les plaines.
BOILKAU.
On nommait Saturnales les fêtes de Saturne ;
elles duraient trois, quatre et cinq jours, et avaient lieu en décembre. Tous les travaux étaient interrompus ; les amis échangeaient entre eux des présents; on suspendait les préparatifs de guerre et r exécution des criminels. Les maîtres servaient leurs esclaves à table , pour rappeler les idées de liberté et d'égalité qui existaient dans les temps antiques.
Soit, parle, puisqu'enfîn des vieux pâtres du Tibre Tel fut le bon plaisir, et qu'à Rome on est libre
En décembre
Horace , liv. ii , sat. 7.
• On représentait Janus avec une clef à la main,
parce qu'on le croyait l'inventeur des portes et des serrures; et appuyé sur un bâton, parce quil présidait aux chemins. C'est de son nom que vient le mois de janvier. Il avait douze autels, pour représenter les douze mois ; et quelquefois quatre visages, en souvenir des quatre saisons de Tannée. A Rome, son temple était fermé pendant la paix et ouvert en temps de guerre.
Saturne ou le Temps est représenté parfois sur un char rapide , d'autres fois assis sur un trône , sous la figure d'un vieillard barbu , sévère , maigre, robuste, aux yeux étincelants d'un feu sombre; un voile couvre ordinairement sa tête ; sa mnin porte la harpe ou un simple croc. Plus tard on lui donna
la faux. U avait des ailes, un sablier, un aviron, et, près de lui, un serpent enroulé qui se mord la queue.
Ce vieillard qui , d'un vol agile , Fuit sans jamais être arrêté.
Le Temps, cette image mobile De l'immobile éternité , A peine du sein des ténèbres Fait éclore les faits célèbres , Qu'il les replonge dans la nuit ; Auteur de laut ce qui doit ^trc , Il détruit tout ce qu'il fait naitre A mesure qu'il le produit.
ROUSSEAII.
Quant à l'origine de cette fable, elle est facile à expliquer. Le Temps devait être Gis du Ciel et de la Terre; c'est un vieillard, mais toujours vert et
vigoureui.il a des ailes, parce qu'il fuit rapidement; une fauï, pour tout détruire; un sablier, pour mesurer sa course toujours égale ; et le serpent est le symbole de l'éternité, qui est, comme un cercle, sans commencement ni fin. 11 blessa son père, parce que, le monde et le temps étant créés, il ne devait rien exister de plus; il dévora ses enfants, parce que le temps détruit tout ; il les rejeta de son estomac, parce que le temps nous rend les jours et les années , et cette partie de la fable est d'ailleurs une image des opérations que la nature accomplit sous l'influence du temps. Il ne dévora pus Jupiter, qui est souvent pris pour la région céleste ou le feti ; ni Junon, qui est prise pour l'air, parce que le temps n'a aucune influence sur les éléments.
LA MVTHOLOGIE.
CYIiKLE, VESÏA.
Cybèle, Glle d'Uranus, élait la sœur et devint l'épouse de Saturne : on la nommait aussi l'Ancienne Vcsta, pour la distinguer de sa fille Vesta, que l'on appelait également Cjbèlc. Mais celle dont nous parlons ici n'est autre chose que la Terre , et elle est facile à reconnaître.
l'.ybtie la dciuuirière , assise gravement.
Uardo toujours scvèrcnicnl
Son séril'ux de grand' maman.
Son front est couronné détours, dcehapileaux.
Et dans sa main sont \es trousseaux Des clefs de tous l(^ vieux châteaux.
Dbmoustier.
Dans plusieurs temples anciens les statues de Cybèle n'étaient qu'un cône de pierre, pour donner une idée de la stabilité de la terre ; ses fêtes s'appelaient Mégalésiennes ; et ses prêtres, Galli, Curetés, Corybantes, Dactyles, Idéens.
Cette grave déesse devint amoureuse du berger Athys, qui repoussa sa tendresse , car il brûlait alors pour la nymphe Saugaris ; il finit par se donner la mort afin de se soustraire à sa tyrannique passion. Cybële le métamorphosa en pin.
On retrouve Cybèle dans toutes les mythologies , mais sous des noms diflerents.
L'autre Vesta présidait au feu.
Toujours fraîche , toujours plus belle ,
La jeune et féconde Cybèle A sa suite conduit les Saisons et rAmour, Et parcourt ses états dans un leste équipji*ç(î : Deux superbes lions en forment l'attelago ,
Les Nymphes dansent alentour.
Demoitstier.
Numa Pompilius lui consacra un autel sur lequel des vierges , nommées Vestales , entretenaient un feu perpétuel. A Delphes et à Athènes les prêtresses étaient non des vierpes, mais des veuves qui n'étaient
plus d'âge à se marier. Si le feu sacré s'éteignait, ce qui étnit considéré comme un signe funeste et comme un malheur public , on le rallumait avec les
rayons du soleil. Du reste , les fonctions de vestale étaient, comme le culte de la déesse, enveloppées d'un profond mystère. Elles faisaient vœu de chasteté pendant trente ans , après quoi elles étaient libres de mener une autre vie. Celles qui violaient leur vœu étaient enterrées vives.