‹ La mythologie (volume 2)Chapitre 50 sur 77 · POLYPHÈME KT GALATÉE, PYGMALION · texte numérisé non relu

POLYPHÈME KT GALATÉE, PYGMALION

Polyphème, le plus redoutable et le plus hideux des Gyclopes, aima Galatée, la plus belle et la plus tendre des Néréides. Tout le jour assis au bord d'une fontaine , il négligeait le soin de ses troupeaux et murmurait des airs tendres. Il peignait sa noire chevelure avec un râteau de fer et rasait avec une faux sa barbe longue et toufluc. Galatée restait insensible , et de plus elle aimait en

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secret Acis, (ils de Faune et de la nymphe Syméthis. Polyphème les surprit un jour qu'ils étaient réunis dans une grotte, et il écrasa Acis sous un énorme rocher. Le sang de ce berger donna naissance à un (leuve. Lorsque le Destin eut confié au sage Ulysse le soin do punir la cruauté du prince des Cydopes , Polyphème , qui n'entendait plus les chants de Galatée, n'osait plus lui adresser ses langoureuses

plaintes.

L'œil morne , froidement couché sur le rivage , Le géant , étendu sur un rocher sauvage , Tantôt croyant du jour entrevoir la clarté , Fixait, en soupirant, son œil ensanglanté Voi*s l'antre où reposait peut-être Galathée... Les antres mugissaient de ses soupirs confus , Et l'Écho murmurait ; Je ne la verrai plus.

Demoustier.

Apollon délivra Polyphème de cette douloureuse existence. Ce dieu , voulant venger la mort de son KIs Esculape, le tua à coups de flèches ainsi que les autres Cyclopes , qui avaient forgé les foudres meurtrières.

Le nom de Cyclo|)es vient du mot grec cfcloSy qui veut dire cercle, à cause de la forme circulaire de Tœil unique qu'ils avaient au milieu du front.

Pygmalion , habile statuaire , fit une statue si belle qu'il en devint amoureux; il supplia Vénus de

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l'aujmer: La déesse exauça son vœu ; Pygmalion eot de cette étrange épouse Pnphus , qui bâtit la ville de Paphos dans l'île de Chypre.

HÉRO ET LKANDRE, ACONCE ET CYDIPPE.

Léandre habitait Sestos. Il aimait une jeune prétresse de Vénus , Héro, qui demeurait dans Abydos, sur la cAte opposée de l'Hellespoiit. Guidé |inr une torche allumée que tenait Héro , Léandre trnversuit chaque nuit le détroit.

Léandre, ronduit par l'Amour, En nap:eant disait à l'ontgn :

LaiH<ra-moi signer )c rivage.

Se me noyez qu'à mon retour.

Une tempête le surprit nu milieu de celte course hardie, et il se noyn. Le lendemain, les llols \wjï«>-

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rent son cadavre sur le rivage. A cette vue, Tinfortunée Héro se précipita dans la mer.

Gydippe habitait Délos. Elle fut aimée d'Acouce, dont elle rejeta F amour. Celui-ci eut recours à la ruse et laissa tomber près de Gydippe une boule qu'elle ramassa sans défiance. Elle y lut ces mots : « Je jure par Diane d'être l'épouse d'Aconce. » Ce serment l'engagea aux yeux de la déesse, et, toutes les fois qu'elle voulait se marier, elle était attaquée d'une (lèvre brûlante. Elle finit par épouser Aconce.

ANAXARÈTE, CLÉOBISet BITOiN, CÉNIS, DÉIPIIOBE.

Anaxarète eut la cruauté d'assister aux funérailles d'un jeune homme qui, désespéré de sa rigueur , s'était donné la mort. Les D\ew la changérent en pierre.

Cléobis et Biton étaient fils d'une prêtresse d'Argos. Modèles de piété filiale, ils traînèrent le char de leur mère qui se rendait au temple. Les Dieux , pour les récompenser , les firent mourir tous deux ensemble et subitement.

Cénis , nymphe que Neptune avait aimée , fut changée en homme et obtint d'être invulnérable. Plus lard, et sous le nom de Gênée, elle périt dans le

combat des Centaures et dçs Lapithes. Les Centaures, ne pouvant lui faire de blessure, arrachèrent des arbres et Tétouifèrent. De ce monceau d'arbres s'éleva un oiseau qui se perdit dans les airs.

Deiphobe, Sibylle, fille de Glaucus, obtint d'Apollon de vivre autant d'années qu'il y avait de grains de sable dans sa main , et elle devint si vieille qu'il :ie resta plus d'elle que la voix.

CÉPHALE ET PROCRIS, ORlOiN.

L'Aurore enleva dans son char Céphale , fils de Mercure, et chercha à lui faire oublier Procris , son Spouse ; mais , tous ses efforts étant inutiles , elle lui rendit la liberté , en lui déclarant qu'il se repentirait bientôt de ses dédains. Cette menace rendit Céphale soupçonneux : caché sous un déguisement , il voulut éprouver la fidélité de Procris ; la trouvant disposée à l'écouter , il se lit reconnaître : l'épouse, confuse, se réfugia dans les bois. Céphale la rappela et lui fit mt^me présent d'un javelot qui frappait toujours au but fixé et retournait de lui-m(^me à son maître. Il lui donna aussi un chien nommé Lélape que Diane avait élevé. Ce chien poursuivit un jour un renard monstrueux qui désolait les environs de Thébes, et fut changé en pierre au

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milieu de la course ainsi que le renard. Cephale se mit à parcourir les bois pour retrouver Lélape. Souvent, accablé de chaleur et de soif, il s'écriait:

Viens donc vers moi , viens , aimable Aure ; Viens, jeune épouse du Zépliir.

Accorde-moi seulement un soupir Pour apaiser l'ardeur qui me dévore.

Demoustibr.

Quelques Thébains s'empressèrent d'avertir Procris que son époux brûlait pour la belle Aure. Eo proie à la jalousie , elle épia toutes ses démarches et le suivit dans les bois. Géphale , entendant le bruit do ses pas , crut qu'une bête féroce était cachée dans l'épaisseur d'un buisson, et lança le javelot fatal... Un cri douloureux et tendre lui apprend son malheur : il s'élance et reçoit dans ses bras Procris , qui d'une voix mourante lui reproche sod infidélité. Géphale , désespéré , se donna la mort. Jupiter les transporta au ciel. L'Aurore ne fut point insensible au malheur de Géphale , qui avait été , avec Orion , le plus cher de ses favoris.

Orion offre lui-même une fable bizarre. Son père, nommé Hyréc, avait un jour donné l'hospitalité à Jupiter, à Neptune et ù Mercure , qui , pour le récompenser, lui promirent d'exaucer le premier vœu qu'il formerait.

Jo suis veuf, leur dit-il, el d un stH'ond hymen

Je n'oso tenter la fortune.

Deux femmes jiour un pauvre humain , Ce serait trop ; peut-cHre est-ce déjà trop d'une. Opendant j'ai besoin du lien conjugal;

Car pour jouir du bonheur d'être père , Lti femu)e jusqu'ici fut toujours nécessaire : Or, ne pourricz-vous pas , pour me tirer d'affaire , En m'accordant le bien, me dispenser du mal?

Demoustier.

Les dieux prirent la peau du bœuf qu'Hyréc avait tué pour les recevoir et la remplirent d'une substance divine ; puis ils lui recommandèrent de la couvrir de terre jusqu'à une certaine époque , à laquelle Orion vint au monde. L'Aurore transporta le nouveau-né à Délos ; mais la beauté de ce jeune homme frappa la chaste Diane , (jui , craignant de ne pouvoir lui résister, préféra le faire mourir de la piqûre d'un scorpion. Puis elle plaça Tanimal et sa victime dans le ciel , où ils formèrent deux constellations disposées de manière que le Scorpion semble encore menacer Orion.

PHILOMÈLE ET PUOGNE.

Progné, fille de Pandion, roi d'Athènes, avait épousé Térée , fils de Mars et roi de Thrace. Après cinq ans de séparation , elle désira revoir sa sœur Philomèle. Térée promit de ramener la jeune fille ;

mais , subjugué par une passion violente , il Toutragea, lui arracha la langue et la renferma dans une tour. Philomèle trouva le moyen de faire parvenir à sa, sœur son voile , sur lequel sa triste aventure était brodée. Progné conçut le projet d'une vengeance atroce. Au milieu des fêtes de Bacchus, elle délivre sa sœur, et saisissant Itys^ jeune enfant que celle-ci avait eu de Térée , elle le poignarde et fait servir ses membres au roi. Térée

se repaît de ce mets atTreux Puis, lorsqu'il

demande à voir Itys, Philomèle se présente à ses regards et lui jette la tête sanglante de son tils. Le roi poursuit Tépée à la main les cruelles sœurs ; mais elles lui échappent en s'envolant dans les airs. Progné est devenue une hirondelle et Philomèle un rossignol. Térée lui-même est changé en épervier.

PICUS ET CANENTE.

Circé s'était éprise de Picus , (ils de Saturne et roi d'Italie. iMais ce prince aimait tendrement Canente , son épouse. La magicienne , le trouvant insensible à Tavou de sa ilamme , le métamorphosa en pivert. Les chasseurs qui suivaient le roi rencontrent Circé et l'accusent d'avoir immolé leur mattre; ils

\a menacent. L'enchanteresse , pour se défendre , a recours à son art.

Elle répand les sucs d'une plante fatale , Évoque tous les dieux de la nuit infernale , L'Ërèbe, le Chaos, et par des hurlements Trois fois appelle Hécate à ses enchantements. 0 prodige I des monts les entrailles mugissent , Les arbres sont mouvants et leurs feuilles pâlissent; On eût vu de serpents leurs troncs s'entortiller, Le sang sur les gazons pleuvoir et distiller, Les mânes voltigeants dans les airs se confondre , Et les tombeaux gémir, et les chiens leur répondre. Ceux qui la menaçaient, immobiles d'horreur, A ce nouveau prodige ont pâli de terreur. De sa baguette d'or, de poisons détrempée. Leur tôte tour à tour fut à peine frappée : Les voilà tous changés en monstres des forêts, Et nul de ces chasseurs n'a conservé ses traits. Le. soleil a fini sa cx)urse , et la nuit sombre Efface les objets confondus dans son ombre. Canente, que surprend l'absence du chasseur. Le redemande en vain et des yeux et du cœur ; En vain pour le trouver le peuple se rassemble ; Et, la torche à la main, tous ses suivants ensemble Vont chercher dans le bois la trace de ses pas. Canente^ en sa douleur, ne se contente pas De pleurer, de gémir; errante et vagabonde, Elle court s'enfoncer dans la forêt profonde. Six fois l'astre des nuits, six fois l'astre du jour La voit à son déclin , la voit à son retour. Sevrée et du sommeil et de la nourriture , Des rochers aux vallons errer à l'aventure. De fatigue accablée ainsi que de chagrin.

Le Tibre sur ses bords la voit s^asseoir enfin , Y reposer son corps vaincu (ie lassitude , Et de sa douce voix charmant la solitude , Do ses derniers soupirs moduler les douleurs : Tel un cygne, couché sur la mousse et les fleurs. Exhale en doux accents les restes de sa vie ; La source de son sang dans ses veines tarie Se dissipe en vapeur dans le vide des airs-. Les Muses, dont sa voix a cadencé les vers, Consacrèrent le nom de cette tendre amante, Et l'écho de ces lieux fut appelé Canente,

Métamorphoses d'OviDE, liv. xiv.

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