‹ La mythologie (volume 2)Chapitre 56 sur 77 · BOUDDHA · texte numérisé non relu

BOUDDHA

Bouddha est le saint par excellence de ce qu'on appelle le bouddhisme , immense église indianoîde, à qui le christianisme seul peut disputer la palme pour le nombre des sectateurs.

Les livres de ses prêtres signalent douze grandes époques de sa carrière , classées et intitulées ainsi : {** origine céleste de Bouddha ; 2^ sa conception miraculeuse et divine dans le sein d'une mère mortelle ; 3*" sa naissance ; i° sa croissance et ses progrès dans la sagesse ; 5^ son mariage et sa splendeur royale; d** sa retraite du monde; 7^ sa vie d'ermite ; 8° son apparition sous le figuier où il est reconnu pour le saint par excellence ; 9^ ses prédications; iO^ la victoire qu'il remporte sur les six chefs des Ters; 11" la fin de sa carrière céleste; 12° sa sépulture.

La doctrine du bouddhisme repose sur ce principe que l'univers est animé par un esprit unique , individualisé sans fin par la matière qui n'est qu'illusion. Elle recommande dix préceptes qui sont : l'^de ne pas tuer; 2*' de ne pas voler; 3** d'être chaste; \** de ne pas porter de faux témoignage; 5" de ne pas mentir ; i\" de no pas jurer ; 7" d'é-

29i LA MYTHOLOGIE.

viter toutes paroles impures; 8° d*étre désintéressé; 9° de ne pas se venger; 10® de ne pas être superstitieux. Cette religion, toute de paix et d*amour, prescrit la mansuétude et la pitié; elle abolit dans rinde la disfinction tyrannique et abrutissante des castes ; elle appela le monde entier au salut , à la vie éternelle, à l'identification des ftmes avec Tesserice supr()me.

Le grand-lama , ou dalaf-lama, pontife suprême de Tune des grandes fractions de Téglise bouddhique, réside à Labsa , dans le Thibet. Bouddha s'est comme incarné dans ^a personne. Rien n'est plus célèbre en Europe que la vénération des lamistes pour ce représentant humain de leur dieu.

Los Mongols à leur cou portent clans Umips niostiuées Du dtilaï-Iama les reliques musquées.

Au-dessous de ce pontife souverain se trouvent des [mtriarches chargés du gouvernement spirituel des provinces , un conseil de lamas qui se réunissent en conclave, et dont les insignes se rapportent à ceux des cardinaux romains. Ils admettent la confession orale et font les prières pour les morts.

Les effigies de Bouddha sont multipliées à Tinfini dans les pagodes de Tlnde, de la Tartarie, de la Chine et de toutes les contrées de F Asie. Un type uniforme jirésidc à ces innombrables figures du Sage

LA UYTIIOLUGIE. i»;i

el du Saint. Il esl re|)résenlé sur une iiatle, le.s jambes croisées, le bu.ste roide, le cou tendu, Ih tète haute, dans une attitude imposante qui annonce l'enseignement et la méditation. D'ordinaire, il esl nu el de couleur noire. Alors, il a uu sein de femme. Sa coiffure est tantôt une boucle de ses cheveux , relevée plus que les autres; tantôt c'est un bonnet pvramidal. De lourds ornements surchargent ses oreilles et en allongent le lobe inférieur. Le cordon jaune, signe caractéristique des bralimes, lui tombe souvent de l'épaule gauche. Dans quelques ligures, un manteau remplace cet insigne sacré. Le carré magique est tantôt sur sa poitrine et tantôt dans la paume de sa main. Près de lui sont des groupes d'animaui paisibles, allusion à la mansuétude de Itouddha, qui prohiba li's sacrifices sanglants.

LA MYTUOLlHilE.

PRINCIPALES DIVIMTÉS DES HINDOUS, DE LA CHINE ET Dl JAPON.

Outre ces quatre grands dieux ou chefs desecte, les nombreuses populations de Tlnde reconnaisseat une foule de divinités secondaires, dont Thistoirese rapproche beaucoup de celle des dieux grecs et ro* mains. Si les légendes qui s'y rattachent oiTrent de rintérét par leur singularité , elles prouvent , en m^me temps , que les fondateurs de ces divers cultes s'appliquaient à leur donner un caractère obscur et en rapport avec le mysticisme de l'Orient. Les fables de l'Inde, essentiellement métaphysiques et philosophiques , sont moins agréables que celles des \\o\\-

pies de l'Occident, qui flattent davantage les idées sensuelles. Nous rapporterons en peu de mots quelques-unes de ces légendes.

Au-dessous de T Être-Suprême, dont la croyance est répandue chez toutes ces nations, depuis l'Hymalaîa jusqu'aux embouchures du Gange , se placent les incarnations du dieu principal; puis, dans un ordre encore moins élevé , se rangent les idoles de toute espèce et de toutes formes qu'adorent ces hommes crédules et ignorants.

De tous les dieux de la seconde catégorie , le plus remarquable est Ganga , qui est le Gange personnifié. Ce fleuve est pour les Hindous sacré par excellence. Faire des ablutions dans ses eaux , mourir sur ses bords , être jeté après la mort dans ses ondes , voilà pour les sectateurs de Vichnou , de Brahma et de Siva, la suprême félicité. Aussi les cadavres sont en général abandonnés au courant du fleuve. Les îles du Delta', du Gange, où s'amasse une immense quantité de cadavres en putréfaction, ne sont point les lieux les plus vénérés. Ce sont les cinq confluents principaux désignés par les brahmes. Les cérémonies pratiquées par les dévots se réduisent à des ablutions. Les rois ont fait ouvrir, à côté des confluents sacrés , des canaux ou bassins qui , remplis des eaux du fleuve , ont le double avantage d'oflrir un asile plus sur contre l'impétuosité du cou-

rant el de recevoir un plus grand nombre de &• dèles. l>e tous ces lieux de dévotion, le plus rameui est Haridouara , point de la péninsule où le Gange, aband(Hinant tout h failles monlAgues, se précipite dans les imnienses plaines de l'Hindoustan. C'est aussi un des marchés les plus célèbres de l'Inde. Le temple de Uari s'élève au milieu des eaux et est surmonté de deui coupoles. Là se rasseraUe une foule immense de pèlerins. Tous , à moins d'être mendiants , paient une légère rétribution aux brabmes. Les deux sexes se baignent ensemble. Les dévots les plus rigides marchent au bain escortés de deux brahmes. Ou tire des présages de la ren-

contre fortuite de l'animol qui s'oH're le premier aux regards. Ceux qui ont perdu au jeu et les veuves

doivent , après les ablutions , se raser la tête , puis jeter leurs cheveux coupés sur une route fréquentée. Si on éléphant vient à les fouler, le pénitent jouira d*an extrême bonheur.

Les éléphants jouent en effet un grand rôle dans les contes hindous. On prétend que le monde est soutenu par quatre de ces animaux, qui sont placés aux quatre angles ou points cardinaux. L'un d'eux , nommé Iravah , se voit dans la plupart des temples. Il est blanc, ses défenses sont au nombre de quatre, et tout son corps est couvert de tapis précieux où étîncellent les diamants et les pierreries. Les Hindous révèrent un grand serpent , Adicécha , qui sert d'oreiller à Vichnou , et la vache Djamadagni , dont les Dieux se disputèrent la possession. Elle fut enlevée par l'un d'eux à l'aide d'un stratagème qui

raftpelle t'aventure de lupiter et d'Europe. Ib ho norent des diviDités particulières, telles qae RamUi, déesse du plaisir et des bayadères, née, comme Vénus, de la mer de lait agitée par les Dieux; tellei

aussi que Mnïa , épouse de Rrahma ; Skanda, déesse de l<if;uerre, et Virabhadra, fîls de Siva, qui avait huit t()tes et deux mille bras. Ils adorent une Foule d'idoles monstrueuses, dont les temples, gardés par te» brahmesot les bonzes, sont pour ces prêtres une source de richesses. Dans une pagode de Pégou on voit une statue du dieu kiak-kicik qui a plus de vingt-cinq métrés de hauteur, (^e dieu avait dormi si\ mille ans. Les poésies de l'Orient p;irlent souvent des Apsaries, fées gracieu-ses, ravissantes de beauté, qui peuplent l'air, la (erre, Iw Neuves ut les bois. Files

sont classées parmi les divinités inférieures. Enfin les brahmes ont volontiers répandu la croyance aux génies funestes , sortes de. spectres malfaisants qui habitent les souterrains et obéissent à un roi nommé Mahécha. Ce prince des Génies a une tête de buffle. Il attaque les autres dieux et les force de descendre sur la terre , où ils prennent la figure de bonzes et mendient. Nous nous arrêterons ici. Cette dernière légende suffit pour faire comprendre à quel point les superstitions populaires , favorisées par des prêtres idolâtres, peuvent changer le caractère des religions les plus nobles et les plus grandioses dans le principe.

Les préceptes religieux de Bouddha , de Vichnou passèrent du fond de l'Inde aux provinces limitrophes de la Chine, puis au Japon. Les philosophes, tels que kong-Fu Tsée et Lao-Tsen , qui furent les législateurs de l'empire , admirent un dieu unique et supérieur nommé Tien. Ce dieu est pris tantôt pour le ciel et tantôt pour le soleil. 11 protège Tagriculture. C'est dans Pékin que s'élève le plus magnifique de ses temples. En morale , ce culte est plus pur que celui des Hindous; il est moins compliqué, mais les superstitions sont en Chine aussi nombreuses que dans Tlndc et au Thibet.

Lao-Tsen fut le chef d'une grande école de théosophes et fonda une religion dont les sectateurs s'é-

AOi LA MYTHOLOGIE.

levèrent à plus de cent millions. Il composa un livre qui fut le livre révélé , la Bible des Chinois , avant que Id doctrine de Kong-Fu-Tsée ne devînt la loi religieuse de T empire.

Kong-Fu-Tsée donne des préceptes de pure morale et reconnaît l'existence de TÊtre unique et supérieur , sans défendre d'une manière absolue d'honorer les dieux qui ont des attributions particulières. Ainsi Phélo est le dieu du sel. Sa fête se célèbre au commencement de juin , et tout le peuple, monté sur des barques, parce urt la mer pour le trouver. Ti-Kang préside aux Enfers et a sous ses ordres huit ministres et cinq juges. Pour être pur , il suflit de prier mille fois devant son autel , d'enrichir ses pagodes et de donner aux bonzes. Sur les portes de son temple on lit cette devise pleine d'espoir : « Celui qui priera sera délivré de ses » peines. » Cependant il frappe sans pitié les méchants, et ne laisse passer au séjour de la béatitude que ceux qui sont munis d'un certificat des bonzes. Tsoui-kouan est le dieu de la mer et l'un des membres de la Trinité que les Chinois reconnaissent et qui est soumise à l'Être suprême, Tien ou Kang-I.

La déesse de la lune, Tchangno, a donné son nom aux sourcils fins et taillés en arc qui distinguent les belles Chinoises et que les poètes comparent au croissant.

Us ont aussi divinisé des héros , des empereurs ou même des hommes célèbres dans les sciences et les arts. De ce nombre est Qoanti-Gong , le premier empereur et le civilisateur de l'empire. Son idole est d'une dimension colossale. A ses côtés est toujours l'écuyer Lin-Tchéou. Poussa , honoré comme dieu, était un simple ouvrier; il inventa la porcelaine. La tradition rapporte que cet homme, déses* péré de ne pouvoir obtenir un vase assez beau pour l'empereur, se précipita dans une fournaise ardente. Son corps, fondu à l'instant, devint une matière merveilleusement souple et blanche. Ils croient aux esprits, qu'ils nomment les Géi , et aux bons génies, qu'ils appellent Xin ou Tchin. Enfin ils ont aussi leurs divinités allégoriques : tel est Djosic , célèbre idole qui préside aux émigrations et aux lointaines traversées. Sa statue est dans l'île de Java. Chaque fois que l'on débarque des marchandises, on pose à terre son image , que toutes les jonques portent sur leur poupe, et devant laquelle on entretient sans cesse une flamme brillante. Le soir on brûle devant Djosic une feuille de papier argenté.

Après ce court aperçu de la religion et des superstitions de l'un des plus grands peuples du monde, nous sommes conduits naturellement à parler des doctrines religieuses de la nation voisine, le Japon.

Les insulaires de ce pays et des îles environnantes

reconnaissent deux cultes principaux, le sintoïsme et le bouddhisme, auxquels on ajoute une religion qœ les savants nomment le naturalisme mythologique. Le sintoîsme est le plus ancien; le bouddhisme, plus moderne , a été importé par les étrangers. Les divinités indigènes se nomment les Kamis ; ce sont, comme chez les Romains, les héros et les grands hommes divinisés. Leurs temples n'ont presque jamais de statues , et un grand miroir, emblème de pureté , en est le principal ornement. Le sintofone prescrit beaucoup de pratiques superstitieuses, et autorise les pèlerinages, les confréries et les couvents des deux sexes. Le grand-pontife se nomme dafri et est aussi vénéré que le dalaî-lama du Thibet.

Les Japonais croient à un Être suprême placé bien au-dessus des autres dieux qu'ils adorent comme les Chinois. Le plus grand de ces dieux est Ten- Sio-Dai-Tsin. On ne peut l'implorer que par l'entremise des divinités secondaires. Tous les ans , à la fin du neuvième mois, on célèbre sa fête dans toutes les villes et dans tous les villages de l'empire. Il a un temple magnifique à Yedo. On y voit sa statue avec ses deux chiens koma et Inou. A Ycé se trouve un temple fameux , mais fort petit et recouvert en chaume. To|)an préside au tonnerre et aux orages. Ils le représentent armé, coiffé d'un casque et tenant une massue à la main. Pour l'apaiser, ses prêtres se

couvrent la tête d'un feuillage sacré. Maristin est l'un des dieux de la guerre. Jebicon, protecteur des matelots et des poissons , commande aux flots et aux vents. Assis sur un rocher, il tient de la main droite une ligne , et de la gauche le poisson Taî. Le dieu de la médecine se nonune labouski. Il a sous ses ordres les esprits malfaisants , qui émanent de lui et président à la magie, aux maléfices et aux infirmités, lène règne sur les âmes des jeunes mariées et des vieillards. On le représente avec quatre visages et quatre bras. Dans ses mains sont un sceptre , une couronne de fleurs , une verge et une cassolette remplie de parfums. Les Enfers ont un roi nommé Jemma, dont le temple principal est à BouDgo.

Enfin Amida , le suprême roi des cieux et des régions de la félicité , est le sauveur et le médiateur des hommes. Il s'est incarné, il y a des myriades d'années, et, sous cette forme humaine, il étonna, durant plusieurs siècles, ses contemporains qu'il rachetait par d'innombrables pénitences et par des miracles. Enfin il se tua parce que la mort était sans pouvoir sur lui. Outre plusieurs préceptes de saine morale, ses adorateurs recommandent le suicide dont le dieu leur donna l'exemple. Plusieurs d'entre eux se condamnent à d'incroyables tortures pour mériter ses bonnes fjrAces, et on en voit qui vont jusqu'à se

laisser mourir de faim et de soif. D'autres se noieuC soleiiuellement en présence de tout le peuple.

Ils divinisent aussi des bornes et des héros. Fondo est un saint personnage placé au rang des dieux. On le regarde comme le vérificateur des serments. Une conjuration faite par le grand-prêtre esl la première épreuve que doit subir un accusé. S'il n'y a pas de résultat , on fait , à trois reprises difllëreutes , marcher l'accusé pieds nus sur des charbons ardents. S'il se brûle, il est condanmé; s'il n^éprouve point de douleur, il est acquitté. Devant rimage de Fondo brûle perpétuellement une lampe pleine d'huile d'inari, espèce de lézard qui passe pour venimeux. Fanna , autre saint fameux , est représenté dans ses temples debout sur une fleur de tarata , la t^te entourée d'un cercle doré, ayant sur la tête une coquille à moitié pleine de graines de riz. Sa main gauche soutient un sceptre. Si quelque cloche, quelque vase , vient h retentir pendant qu'on l'implore , on doit lui adresser une prière en ayant soin de se tenir les mains devant la bouche.

Les Thibétains et les peuplades de l'Hymalala ont une foule de superstitions analogues à celles dont nous venons de parler. Ils croient à l'existence des Lases , anges bons et mauvais : les premiers sont beaux et radieux ; les autres , noirs et horribles.

LA UyTHOLUtilB.

L'Edds, célèbre recueil myth<>lo(;ique des ancien!» peuples du Nord, est plutôt un livre de poésie qu'une histoire. Une Touie d'ouvrages sur les arts, les sciences et la littérature contiennent des noms et des détails pnisés dans ces brillantes léfçendes , et il est utile de connaître les principnles divinités de cette religion.

Nous n'essaierous point de recliercher la source où puisèrent les fondateurs de ces cultes si long-temps suivis, et qui ont tout à fait disparu depuis. (Ju'csl-il

besoin de savoir si vers ces époques reculées les législateurs obéirent aux dérèglements de leur imagination excitée par les grands et sinistres tableaux qu'offrait à leurs regards une nature sauvage , on s'ils reçurent de Tlnde, par quelque voyageur égaré, ou des Romains , qui les attaquèrent , les éléments de ridolfttrie ! Contentons-nous de faire remarquer que beaucoup de ces fables se rapprochent de celles des Hindous, des Égyptiens et des Grecs.

Les Scandinaves habitaient les pays les plus reculés du Nord , la Suède et la Norwége. Le plus grand de leurs dieux était Odin, qui fut, suivant toute apparence , un de leurs rois. Autour de lui se groupaient douze Ases, dieux secondaires. Il eut pour |)ùre Bor, surnommé Alfader ou le père de tous. Il préside , soit par lui-même , soit par ses fils, ses émanations, à tout ce qui se passe dans Tunivers, mais plus particulièrement aux naissances, aux mariages , à la mort , à la guerre , aux arts et à la magie. Ses amours, aussi nombreuses que celles de Jupiter, donnèrent lieu à une foule de légendes consif^nées dans la Volupsa , qui est la partie la plus poétique de TEdda. Une tradition le montre privé de Tempire pendant dix ans. Une autre raconte sa lutte contre le roi Gilfe. Il épousa Fréia, sa fille. Les livres sacrés lui donnent jusqu'à cent vingt-six épithèles, toutes magnifiques. Deux corbeaux plac^^

sur Sfs épiiules, HougJn, l'esprit , et Muuiiiii , la mémoire, lui révèlent sans cesse le passé et l'nvenir. C'est de lui que les dieui reçoivent l'hydromel , boisson des immortels. Protecteur des poètes, il

leur a dicté les strophes de l'Havomaal. Par son fils Heimdatl, il enfanta toutes les tribus du Nord. L'ensemble de ses aventures se reflète sur toute l'histoire des Scandinaves. Profondément sacerdotale d'abord, elle devint ensuite plus laïque et plus guerrière. Quelques écrivains ont , à tort , selon nous, soupçonné qu'Odin était , sinon Bouddha , du moins un des sectateurs de Bouddha. Votan , dieu américain ,

:m LA MYTHOLOGIE.

présente aussi, tant par le nom que par l'idée, un singulier rapport avec ce prince des dieni du Nord.

Frigga, épouse d'Odiu, est la plus puissante des déesses qui habitent le palais de Valholl. Cette Nome souveraine , que Ton a souvent assimilée à la Terre , prévoit Tavenir. Assise sur le même trdne que son époux, elle préside avec lui l'assemblée des Dieux réunis dans Vingolf , futur séjour des âmes des justes. Quand les- braves volent aux combats , elle leur envoie Lina , qui préserve de la mort ses favoris. S'ils succombent, c'est elle qui s'incorpore leur sang et leur chair, tandis que leurs âmes s'exhalent vers les cieux.

Un des fils de Frigga et d'Odiu, Tbor, présidait aux orages et aux variations de l'atmosphère. Les tempêtes et les météores ne sont autre chose que la lutte |)erpétuelle qu'il soutient contre le fameux serpent lormoungandour , dont les anneaux gigantesques embrassent l'orbe de la terre. Ce monstre vit dans le Niflheim, le plus bas des neuf mondes. Thor ne parviendra à le tuer qu'au moment de la destruction de l'univers ; mais le courageux Ase tombera lui-même asphyxié par les venins empestés du monstre. On représentait Thor la tête couronnée d'étoiles. De neuf ans en neuf ans on lui sacrifiait, au mois de janvier, des hommes, des coursiers, des chiens et des coqs. Plus tard on se contenta de l'ho-

norer par des festins. Son palais céleste se compose de cinq cent quarante salles. Deux boucs traînent son char. Des gantelets cachent ses mains nerveuses. Il est armé de la massue lolner, qui brise les têtes des géants , et il porte le bouclier de vaillance.

Balder, autre fils d'Odin et de Frigga, est le plus beau et le meilleur des Ases. De son visage étincelant partent mille rayons. Plein d*éloquence et de sagesse, il est sensible et miséricordieux. L'I^lddn nous raconte sa mort prématurée. Avertie par un songe de la destinée funeste qui menaçait son (ils , Frigga, alarmée, fit prêter serment à tous les objets de la nature de ne point blesser le beau Baldcr : les pierres, les arbres, les poissons, les quadrupèdes, les maladies même, jurèrent de respecter les jours de T Ase. Aussitôt ses frères, pour s'assurer de la vérité, essayèrent successivement sur Balder les divers moyens de mort. L'un lui lançait une pierre , Tautre le frappait de son épée.Tout à coup le méchant Loke , instruit que Tarbuste Mistilteir avait été excepté de tous les êtres de la création , courut vers un Ase aveugle nommé Hoder et l'engagea à imiter les autres dieux. 11 lui mit dans la main Tarbrc Mistilteir en guise de javelot , et dirigea cet énorme dard , qui s'enfonça en sifflant dans le bras de Balder. Odin et tous les Ases voulurent en vain

arracher le jeune dieu au trépas... La mort avait été instantanée. On plaça son corps sur un immense bûcher élevé au milieu du grand navire Ringhorn. Nanna , son épouse , Tut brûlée avec lui , et Odin jeta dans les flammes son anneau d'or, Drupner. Les Funérailles terminées, l'Ase Hermode partit sur le rapide cheval SIeipner pour aller redemander

Ralder a la noire déesse Hel. Elle répondit que Bnider serait rendu il la vie si tous les êtres de U création versaient une larme sur lui. Tous s'empressùrenl de répondre aux vœuK de Prigga, excepté une sorcière nommée Thock , et Balder resta soi Enfers. La vie et la mort de ce jeune dieu forment un des myles les plus gracieux et les plus élégants de l'Edda.

Ileimdnil, fils d'Odin , eut pour mères les neuf

filles du géant Geirrendorp. Ses fonctions consistent à garder le pont Bifrost , arc-en-ciel , placé à l'entrée de l'Hiroinbiorg, ville du ciel, pour s'opposer au passage des Géants des montagnes. Sa vue est si perçante qu'il voit la nuit comme le jour; son oufe est si fine qu'il entend le bruit de l'herbe croissant sous la terre et le frôlement de la laine qui forme les molles toisons des brebis. C'est lui qui sonnera la grande trompette , Giallharhorn , dont les sons feront trembler le monde , lorsque les fils de Muspell escaladeront le ciel. Son épée se nomme Goldtoppour, et son cheval Hoiïoud. Ase dans les cieux , Heimdall est presque homme par les liens qui le rapprochent de l'espèce humaine. Gomme son père, il a une foule de surnoms.

La déesse de l'amour se nomme Fréia ; mais , bien différente de Vénus, elle est la plus belle, la plus sage et la plus vertueuse des déesses. Portée sur un char que traînent deux chats , elle parut ainsi aux funérailles de Balder. Elle a le pouvoir de métamorphoser ceux qui l'en prient, eu leur donnant des masques d'oiseaux. On la confond quelquefois avec Frigga , car elle reçoit aussi les guerriers tombés sur le champ de bataille. Lovna, sa fidèle compagne, est chargée du soin de réconcilier les amants, et Vara, son élève, châtie l'infidélité. Elle pare les Valkyries, charmantes divinités de l'Edda.

Lorsque sonne Theure des batailles, on voit s'oovr les portes du palais céleste, et

Du Valhalla ces belles messagères

Planent sur nous brillantes et légères;

Un casque blanc couvre leurs fronts divins,

Des lances d'or arment leurs blanches mains.

Et leurs coursiers ont l'éclat de la neige.

Du brave Ornof préparez -le cortège ,

Filles d'Odin. Cet enfant des combats

Porte partout le trouble et le trépas.

Ces feux subits qui dans la nuit profonde

Fendent les airs et traversent les cieux

Somblont moins prompts. Ornof s'éteint comme eux.

Scakies sacrés, élevez son tombeau; En brave il meurt. Les belles Valkyries, Du grand Odin confidentes chéries, En les touchant rouvrent soudain les yeux ; Un sang plus pur déjà gonfle ses veines; Du firmament il traverse les plaines, Et prend son vol vers le séjour des Dieux. Du Valhalla les cent jwrles brillantes S'ouvrent; il voit des campagnes riantes. De frais vallons, des coteaux fortunés.

D'arbres, de fleurs et de fruits couronnés; Là, des héros à la lutte s'exercent.

D'un pied loger franchissent tes torrent?. Chassent les daims sous le feuillage errants. Croisent leurs fers, se frappent, se renversent; Mais leurs combats ne sont plus que des jeux: La pâle Mort n'entre point dans ces lieux. D'autres, plus loin, sont assis sous l'ombrage; Des temps passés ils écoutent la voix :

LA MYTHOLOGIE. 3t5

Le scalde chante, et chante leurs exploits; Un noble orgueil colore leur visage.

L'heure s* écoule, et celle du festin Les réunit à la table d'Odin :

Sur des plats d'or Vérista leur présente Du sanglier la cliair appétissante.

Leur voix commande , et les fîUes du ciel , Qui du palais gardent les avenues.

Belles toujours et toujours demi-nues , Versent pour eux la bière et l'hydromel.

Parny.

Tels étaient les plaisirs des héros au céleste séjour. Ils rencontraient parfois Fro, dieu de Pair et des tempêtes, qui poussait dans les nuages les âmes des daims et des ours. Alors commençaient leurs chasses merveilleuses. Luno, qui surveillait les forges divines , préparait leurs arcs , leurs flèches et leurs épieux . Souvent , au sein des nuits brillantes , que la déesse Nor embellit d'étoiles, les héros, guidés par lord , protectrice de la terre, descendaient dans les bois sacrés de Die de Rugen. Ils poursuivaient, avec rhabile archer Vali, fils d'Odin, Télan de ces forêts antiques et péchaient au sein des eaux du lac d'Ârkoua les poissons noirs qui , avec le sanglier Sœrironer, sont servis sur les tables du Yalholl. Les plus heureux de ces guerriers recevaient d*Odin Timmortalité : alors on les nommait Einhériar. Gardes fidèles et hôtes du Yalhalla , ils se nourrissaient des mets sacrés que préparait Àndhrimner et sa-

vonraient les coupes remplies du lait de la chèvre

Heidrouii. Entouré de ces'hôtes radieux,

Le roi du Destin , Le dieu des Dieux, le redoutable Odin, Était assis sous cet antique fréoe.

Arbre sacré dont le front immortel S'élève et touche à la voûte du ciel.

Sur le sommet un aigle aux yeux avides, Aux yeux perçants, aux yeux toujours ouverts.

9ulr<

Odin reçoit ses messages rapides.

Incessamment un léger écureuil Pari et revient. La voix du dieu l'anime. Soudain du tronc il s'élance à la cime.

Et de la cime au tronc en un clin d'œil 11 redescend : Odin, lorsquMl arrive, Penche vers lui son oreille attentive.

« Allez, dit-il, charmantes Valkyries, » De leur trépas adoucissez Fhorreur, » Et conduisez leurs âmes rajeunies B Dans ce palais ouvert à la valeur. »

Parny.

Près du trône d'Odin, les bardes font entendre les accords que leur inspire Kombda, la déesse de l'harmonie, et les Liosalfar, Alfes ou génies lumineux qui gardent le coursier aux huit jambes , Sleipner, plus rapide que les vents. À ses ordres obéissaient les Nomes, sortes de Parques, et Hel, la reine du Nillheim. Cette sombre divinité habitait un palais environné d'étroites grilles. Elle avait pour table Houngour, la Faim; pour lit Keur, le Souci; et pour servante Gangleur, la Paresse. Son aspect et ses regards sont terribles. C'est au Niflheim que sont destinées les Ames des enfants, des femmes et des hommes auxquels le glaive n'a point donné une glorieuse mort.

Jamais la mort n'étonna leur courajj;o ; Ils rinsuUaient par un souris mo<]ueur.

Le faible qui l'évite,

Par la frayeur à demi désarmé.

D'un coup plus siir est percé dans sii fuite Pour lui d'Odin le palais osl fermé ; Du Valhalla îcs charmantes déesses

3lg LA HVTHOLUUIE.

Ne vers«mt poinl au lâche l'bydromel.

QueU droiU a-l-il au banquol soleiiaell' Du froid NiQlieim les lënëbrea épaisses Engloutiront l'esclave de la peur Oui recula dans les champs de l'bonneur.

Les iTo'i» grandes racines du chétie Iggdracil pèsent sur l'ouverture de ce monde ténébreui et le maiutiemieni immobile. Des racines de cet arbre immense s'échappe lo fontaine Ilonergelmer, qu'habitent une foule de serpents. Au-devaut du Miflheim

coule le Gioll, que l'un passe sur un |Kint d'or. Une forte grille, la Valgrind, se présente entre le pont et la porte des Enfers. Lorsque les Ases franchissent ce pont (lour se rendre sous le chône Iggdracil , on ils tiennent conseil, ils montent les coursiers GisI, Gladr et Goull. A ce conseil divin assiste Vidar, dieu du silence , dont les chaussures de buffle effleurent sans bruit le ciel et les eaux. Il vengera le

LA MVi iI()L(m;ik n!)

Dieu (les Dieux, qui doit un jour périr sous la dent de Feiiris.

Ce dernier est un loup gigantesque, tils de Loke et de la géante Ângourboda. Il naquit en même temps que Hel et lormoungandour. Les Ases , effrayés de celte menaçante Trimourli , voulurent enchaîner Fenris après s'être débarrassés de son frère et de sa soeur; mais ils ne pouvaient le tuer, et ils se contentèrent de le retenir dans le Valholl, où Thor fat chargé de lui porter sa nourriture. Fenris eut bientôt la conscience de sa force , et deux fois il brisa sa chaîne. Les Âses, désespérant de s'en rendre maîtres , eurent recours aux Âlfes noirs , génies élémentaires dont T action gouverne les forces de la nature. Ces Alfes étaient d* habiles mages et d'astucieux forgerons. Ils tressèrent ensemble six choses : le pas d'un chat , de la barbe de femme , la racine d'un rocher, un soupir d'ours, une Ame de poisson et de la Bente d'oiseau. Ainsi formé, ce lien était à la fois souple et indestructible. Mais il s'agissait de saisir Fenris , dont la déBance était excitée par ce qui s'était déjà passé. On l'invita à venir dans l'ile d'Amsvartner, et là on le pria d'essayer un nouvel ornement; ii s'y refusa. Les Ases iusîstèreut et, appelant le mensonge à leur aide, ils s'engagèrent par serment à le délivrer s'il ne pouvait , grâce à sa force sans pareille , briser cette

3i0 LA MYTHOLOGIE.

chaîne. Rassuré par le souvenir de ses premiers succès, le loup déclara qu'il se rendrait k leurs désirs si Tun d'eux consentait à placer, pendant l'opé ration, son bras dans sa gueule. L'aventureux Thor se sacriGa. Ou lia Fenris, qui , bondissant de fureur, ne put se dégager, et se dédommagea en coupant le poignet de Thor. Sûrs de la victoire, les Ases s'emparèrent d'un câble gigantesque pendu au rocher Gelgin , et enfoncèrent dans le gosier du patient un glaive dont, le pommeau plongeait dans Tabdomen, tandis que la pointe ressortait à l'intérieur du palais. De sa gueule s'échappait une écume qui forma le fleuve Yam.

La captivité de Fenris se prolongera jusqu'à l'époque Gxée pour la destruction du monde. Alors, au milieu des astres éteints , des sphères bouleversées , Fenris verra la roche scellée par les Ases quitter la place où elle doit rester des milliers de siècles; il brisera sa chaîne, engloutira Odin et périra lui-même étouffé par Vidar ou, selon la Volupsa, par le fils de Sigsodour.

C'est Fenris qui doit un jour engloutir le soleil. Skol , autre loup, son compagnon , cause les éclipses en poursuivant sans cesse Munna , la Lune , qu'il finira par dévorer. Les tremblements de terre sont la conséquence des efforts que fait Loke pour échapper à la dure captivité où le retiennent les

Àses eu courroux. Ce dieu, plutôt astucieux que méchant , avait une jolie figure , les lèvres minces et une belle taille. Nul homme, nul dieu ne l'égalait en science ; mais il usait de tous ses dons pour égarer et séduire. Les Ases, indignés de ses perfidies et de la noire trahison qui avait occasionné la mort de Balder, voulurent le punir. Pour se dérober à leurs recherches, il se changea en saumon; mais Thor le saisit par la queue, on Tenchaina, et, depuis lors, il est livré aux plus cruels tourments.

Un autre dieu , Ymer, encourut la haine des Dieux. 11 se nourrissait des quatre fleuves de lait que versent les mamelles fécondes de la vache Aoudourobla, quand Odin et les autres Ases songèrent à se servir de lui pour faire la terre. Les eaux et les fleuves furent formés de son sang ; ses os firent les montagnes ; ses dents , les pierres ; son bassin plein de sang forma la mer; son crâne, le ciel ; ses sourcils dessinèrent Néidgard, citadelle qui ceint le monde et doit à jamais le mettre à Tabri des entreprises des Géants; enfin sa cervelle composa les nuages. Les torrents de son sang noyèrent les Géants, qui président aux frimas.

A ces grands mystères de l'Edda se rattachait un nombre infini de légendes populaires, qui toutes sont riches et variées. Sur la mer en fureur, au milieu des éclairs , dans les flammes des volcans , les

pdeheurs et les chasseurs voyaienl errer Nîord , le premier des Vanes. Ce roi des Vents avait dans son empire le fe^i central du monde. Sur les rochers, dans les antres reculés, vivaient des magiciens, tels que Mithothin , qui s'empara un jour du trône d'Odin ; des géants, comme Mimir , habile à fondre les métaux ; des géantes , telles que Menglade ; e( en6u des devins et des propbétesses. Parmi ces dernières nous citerons Vola , qui a donné son nom è Tune des plus importantes parties de TEdda , h Volupsa. Dans ce livre fameui , trois cents vers servent à décrire les fonctions des Dieux, leurs grandes actions, la destruction et la rénovation de Tuoi* vers et les destinées futures des bons et des méchants. Les cérémonies du culte se réduisaient à peu de chose. Il n existait pas de temples , mais des lieux consacrés : une vaste clairière au milieu d'une forêt, les rivages de la mer agitée , les bords d'un torrent, servaient aux prêtres de temples et d'autels. Ils j convoquaient les guerriers. Les bardes alors chantaient des hymnes sauvages ou le mépris des dangers et le désir de la mort étaient commandés aux adorateurs des Dieux.

Le jour bientôt va reparaître , et moi Je vais passer dans la nuit éternelle.

La Nuit! que dis-je? Isnel, reviens à toi. Du Valhalla le grand festin t'appelle ;

C'est là qu*on boit la vie et le bonheur. En m*ai^rochant de ce palais auguste Dois-je trembler? Non : je fus brave et juste. Aux yeux d'Odin je peratlrai sans peur.

PARffY.

Des victimes humaines tombaient sous le cooteau ou étaient précipitées dans les ondes ; puis on volait au combat.

On a donc eu tort de prétendre que les préceptes de cette religion sanguinaire et belliqueuse avaient été puisés dans le sivaîsme ou dans le bouddhisme. Odin , cruel comme le paganisme romain , n'a pas eu d'autre origine ; mais cette erreur vient peutêtre de la confusion qu'on a faite si souvent de la religion des Scandinaves avec celle des druides. Ceux-ci , en gardant lés sacrifices nécessaires pour frapper les esprits d'une race intrépide, émirent des doctrines pacifiques. Leurs préceptes se rattachaient aux jouissances de l'âme, et non aux choses matérielles.

Les druides, dont le nom vient des Drottar, avaient des fonctions semblables à celles de ces parèdres d'Odin, qui étaient tout à la fois juges et pontifes. Ils vinrent de la Transoxane s'établir dans les Gaules, ou ils eurent à vaincre et à refouler dans l'ombre une race sacerdotale dont ils usurpèrent l'autorité tant spirituelle que temporelle. Divisés en

druides , vates et bardes , ils unirent leur système religieux aux anciennes croyances gauloises et fondèrent , à côté de celle des rois et des chefs militaires , une puissance que Tibère eut plus de peine à renverser que César et Germanicus n*en avaient eu à faire la conquête de la Gaule et de la Germanie.

Tentâtes , le plus célèbre de leurs dieux , était comme le principe vital et actif du monde. Ils lui attribuaient une partie des fonctions que Ton donnait à Mars, à Hercule et à Mercure. On Tadorait soos la forme d'un javelot quand on lui demandait h victoire, et sous celle d'un chêne lorsqu'on voulait s'inspirer de ses avis. Ses fêtes se célébraient sur des lieux élevés ou dans les sombres forêts , pendant la nuit, aux clartés de la lune et à la lueur des flambeaux. Le champ où les cérémonies saintes avaient été célébrées était semé de pierres et ne devait plus être labouré. De là ces amas de pierres que l'on rencontre dans plusieurs endroits de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre. On l'honorait en cueillant le gui. Cette cérémonie s'accomplissait à minuit précis, à l'heure du renouvellement de l'année, au milieu des cris : « Au gui^ l'an neuf! » Dans les circonstances décisives , on lui sacrifiait des victimes humaines , et d'ordinaire des chiens. Tibère abolit les écoles de druides et prohiba ces

cruelles pratiques. Les sacrifices sanguinaires étaient fort répandus,

France, dans tes déserts il habita long-temps; A Taffreux Tentâtes on offrait cet encens.

Voltaire.

Un diea non moins fameux , Irminsul , était surtout adoré par les Germains. Il avait un temple ma^ifique dans la ville d'Éresberg. Une statue vénérée le représentait , selon quelques traditions , avec la figure d*un guerrier, selon d'autres, sous une forme qui se rapprochait de ces blocs grossièrement équarris que Tlnde et T Egypte consa* craient à leurs divinités. Un grand nombre de prêtres des deux sexes desservaient le temple. Les femmes étaient les prophétesses , les hommes s'occupaient des sacrifices et du choix des victimes. Ses prêtres avaient une grande importance dans les affaires publiques. Ils enlevaient la statue de leur dieu de dessus sa colonne et la portaient à la tête des combattants ; puis , après la victoire , ils lui sacrifiaient les prisonniers. Dans certaines solennités , les guerriers armés faisaient des évolutions autour de Tidole. Le sanctuaire d'Éresberg contenait d'immenses trésors en armes et vases précieux.

Charlemagne , vainqueur des Saxons , détruisit la statue et fit égorger les prcUres sur les marches

LA MVTHULOGIË

de l'autel. Le l«m|tle fut renversé ; mais une coloiioe resiée debout devint bientdt , aux yeux da

Saxons, plus sainte et plus chère que ne l'avait (M la statue même. L'empereur la fit jeter dans le Wcser, ce qui n'empêcha pas les nénphvtes, coovertis eu apparence au christianisme, de rendre aa lieu possesseur de celte relique les mêmes honaeun qu'au temple d'Éresberg. Louîs-le-Débonnaire fnt obligé (l'envoyer un corps d'armée pour dissiper cm païens, et il lit transporter la colonne à Hildesbeim, où elle evistc encore aujourd'hui. Elle a trois mdtrei soitante-dix centimètres de hauteur. Chaque année le peuple célèbre des fêtes burlesques en mémoire de la destruction de la statue d'Irminsul.

Les druides avaient peu favorisé le culte de* idoles particulières, car ils s'attachaient à concentrer en eux et sur quelques autels toute l'adoration dei peuples. Le nombre des divinités allégoriques o<i des mythes spéciaux est donc infiniment moindre

te religion que dans celle des Romains. On rtant quelques-uns de leurs dieux. Ainsi ,

régnait aux Enfers^ mais il est surtout ir les hymnes des bardes, et ce n'est peutune création poétique. Tarvos-Triganaros , té 80US la forme d'un taureau , était le dieu leurs 9 qui , pour se ménager sa faveur, lui

des gâteaux. Hésus, dieu Mars des Celtes,

avec Tentâtes. Symbole de la guerre et ige, il fallait que le sang humain inondât b* 11 était surtout honoré a Lutèce. On I statue, armée d'une hache, ou tenant une or recueillir le gui. Hysis, géant terrible, it ceux qui attaquaient les bétes féroces rs repaires. Destructeur des loups et des tes, il était, aux yeux des habitants de nde, le type d'une race de géants quils par crainte ou par respect. EnGn , à ces i sombres et sanguinaires, se rattachaient

légendes fort gracieuses que les Slaves , s eux , les Germains et les Gaulois se pluccueillir. Telle est celle de la jeune déesse , qui , en dansant sur les vertes prairies ou eant dans les airs, laisse après elle le parfum

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