AMERIQUE
La plupart des nations américaines étaient abandonnées au polythéisme , et admettaient une fouie de dieux. Presque toutes adoraient le soleil , qui est la plus belle image de T Éternel.
Lorsque Pizarre arriva au Pérou, les peuples de ce vaste empire honoraient diverses divinités, dont voici les noms : Punchao était TÊtre-Supréme; la Trimourti, ou Trinité, qui se trouve encore là, comme chez presque toutes les nations un peu civilisées, était formée des trois dieux Virakotcba , Patcbakamak et Mamakotcha. On voyait à Cusco la statue d'interrapa, qui tenait d'une main la foudre, el, de r autre, la pluie, la grêle et les autres météores. De jeunes enfants étaient immolés sur son autel. La lune, appelée Gilla, avait aussi des temples; et, semblables aux oracles des Grecs, certains prophètes étaient réputés infaillibles. Rimak, le plus célèbre de tous , élait adoré dans la vallée du même nom.
Les Astèques, plus avancés que les Péruviens dans les arts et la civilisation, avaient aussi porté plus loin le raflinement de T idolâtrie. Sous le nom
LA MYTHULOGIR.
de Tonatiuuh , ces maîtres de In poétique ville de Mexico révéraient le soleil ; mais ils croyaient à l'existence de Téoth, l'ôtre irrévélé, auquel nul temple ne fut pourtant consacré. Leur mythologie
parle d'une Vénus, Ichtoiiixa, qui, avec ses quatre sœurs Tiacapan , Teigou, TIaco et Choucosti, présidait aux amours. Ilamateuchtli était la déesse de la vieillesse, et on lui rendait de grands honneurs. On immolait chaque année , sur son antel , une femme que l'on forçait n danser en présence de l'idole. Le soir, les prôtres couraient dans les rues en frappant les jeunes filles et les femmes avec de petits paquets de foin. La déesse des moissons, Tsintéoll, se conlentail, pour offrande, de fruits et de fleurs. Une prophétie annonçait que son culte t'emporterait mi jour sur celui des dieux sanguinaires , Goaatouzaka , Teskatlibochlli et Quctsalocatl. Ce dernier était surtout honoré dans la
vallée de Gholula. L'air, le commerce, la guerre, la divination étaient sous son empire. Il avait prédit l'arrivée des Espagnols et la chute de la monarchie des Astèques. Les cérémonies de son culte étaient cruelles', et on lui sacrifiait un grand nombre de victimes humaines. Gholula était la Mecque de ce faux dieu ; et , pour recevoir les pèlerins qui s'y rendaient en foule , on y comptait autant de temples qu'il y a de jours dans l'année. Le Téocalli principal était une immense pyramide de i,355 pieds à sa base, sur 172 d'élévation. A la fête d'inauguration de ce temple, on sacrifia soixante raille prisonniers. Chaque année , plusieurs milliers d'infortunés subissaient le môme sort. Le grand sacrifica-
teur avait seul le droit de frapper la victime. On arrachait son cœur encore palpitant, et les membres divisés étaient offerts aux assistants. Gortez trouva dans un vaste édifice les crânes de tous ceux qu'on avait égorgés, et qui étaient au nombre de plus de 150,000. Pour la fête solennelle, on faisait choix d'une jeune et belle esclave, qu'on lavait dans le lac des Dieux ; on la parait du plus riche costume de Quetsalocalt , et on lui rendait les mêmes honneurs pendant quarante jours : plaisirs, festins , concerts , volu|>tés , tout lui était donné. Neuf jours avant ceUii du sacrifice , les prêtres venaient se prosterner devant elle en lui disant :
ir, vous avez encore neuf jours à vivre. Un ;e fermenté soutenait son courage. Le jour ite arrivé , elle était égorgée ; son cœur était
la Lune , et son corps précipité du haut de i-forme du temple, au milieu des cris saut des hurlements des prêtres et de la roulti- .es adorateurs se blessaient souvent avec des ranchantes, comme les Corybantes. La porte id temple était taillée en gueule de ser|>ent. tre dieu, révéré par les Mexicains, était ibochtii, vengeur des crimes et dispensa- I tous les fléaux. Son temple principal fut
Mexico, six ans après l'apparition de Coia fête la plus célèbre avait lieu le 19 mai. 'ots venaient en foule verser des larmes dans pie. Dès Taurore de ce jour, les portes
ouvertes ; le prêtre , armé du cor et tourné
i quatre parties du monde, semblait inviter
iieurs à la cérémonie purificatoire. L'idole,
lit noir, parée de rubans et de plumes, cou- .^
; chaînes et d'anneaux d'or, tenait dans ses s
[uatre flèches et un miroir. Parfois, elle por-
(si une espèce de bouclier sur lequel cinq
s de pin , entourées de quatre flèches , imi-
par leur disposition , la forme d'une croix ulaire à branches égales. Placée sur un pa- ^i
, et portée par les prêtres, elle s'avançait ^^5
entourée de jeunes vestales qui lui présentaieni des mets et un bassin rempli de sang humain. Au printemps et h r époque de la moisson , on lui sacrifiait des esclaves. Enfin , le dieu dont la légende offre le plus d'intérêt est peut-être Vitslibochtli. Il préside à la guerre et à la divination. Ses oracles, rendus par la bouche des prêtres, tenaient lieu de conseil militaire. Suivant la légende, il conduisit en personne ses adorateurs , jadis errants et pillards, sur le plateau du Mexique, et leur en facilita la conquête. Le pays , avant l'arrivée des Mexicains, était au pouvoir des Navaltèques. Vitslibochtli , porté par quatre prêtres dans une arche iissue de roseaux, traversa six cents lieues de déserts avant d'atteindre cette espèce de terre promise. Plus d'une fois , la colonie guerrière , qui marchait derrière l'arche sainte , fit entendre ses murmures; mais d'éclatants miracles raffermirent sa foi. Enfin, il fut déclaré par le prêtre que le dieu ordonnait de s'arrêter au lieu où ils trouveraient un figuier planté sur le roc , et , au milieu des rameaux du figuier, un aigle qui tiendrait dans ses serres un petit oiseau. Là fut fondée la fameuse ville de Mexico, et c'est là que fut élevé plus tard le temple magnifique dont on lit la description dans Antoine de Solis. Au milieu d'une enceinte qui ne le cédait pohit en grandeur et en majesté aux monuments
LA HYTHOLUGIE. 33:1
graDdioscs de l'Egypte, sur le hant d'une pyramide immense, se voyait l'image de Vïtslibochtli. C'était uoe 6gure humaine assise sur un trône souteiin par un globe d'azur. Des deux côtés de ce globe sortaient quatre bAtous dont le bout était taillé eu tête de serpent. Elle avait un casque de plumes de diverses couleurs. Son visage, aOreux et sévère, était traversé par deux raies bleues. Enlin elle avait de
vastes ailes de chauve-souris, des pieds de chèvre, et, au milieu du ventre, une tOle de lion.
On retrouve au Mexique des vestiges de monuments dont les proportions gigantesques , ta forme et les liiéroglyphtts contribuent à faire penser que
la plupart des légendes religieuses de ces peuples viennent de T Egypte. Ne peut-on pas supposer que, dans des temps reculés, des navigateurs de b Phénicie furent jetés par la tempête sur ces plages inconnues, d'où ils ne revinrent jamais?
Nous dirons les noms de quelques-unes des divinités qu'adorent les peuples des }les et les sauvages des forêts américaines. Chez la plupart d'entre eux, le Manitou est le Grand Esprit, ou rÉtre-Supréme, et ils semblent le confondre avec le soleil divinisé. Puis , par extension , ils ont donné le nom de Manitous à leurs fétiches. Ils leur immolent le chien, parce qu'ils sont persuadés que l'espèce humaine fut procréée par un grand quadrupè^le de ce genre. Leurs prêtres, qui reconnaissent Texistence et hi transmigration des âmes , sont des sorciers et des jongleurs. Les Zémès étaient les idoles du peuple des Antilles. Leurs statues , de forme hideuse , recevaient pour offrandes des gftteaux , des fruits , des fleurs et du tabac. Les prêtres rendaient des oracles. Avant de paraître devant le dieu , tout homme pieux devait s'enfoncer une baguette dans le gosier et se faire vomir. Niparaîa est l'esprit bienfaisant chez les Californiens.
Le commerce des Européens avec le Canada a permis de connaître les dieux des durons et des Iroquois. Ilarakouennentaktou , dont le nom veut
dire : // a suspendu le soleil , était le diea suprême des Iroquois. Us croyaient que chaque iudi- TÎda avait son fétiche spécial , le Oiarou et son Totam bienfaisant. Ce dernier prend souvent la forme d'un animal 9 et il s'agit de le reconnaître; car, s'il arrivait qu'un homme blessât ce précieux gardien , ce serait un sacrilège irrémissible. Les Marakas sont au Brésil les dieux protecteurs des maisons. Leurs images sont ornées de plumes et fichées sur des perches , que les prêtres plantent dans la terre en ordonnant aux habitants des huttes de leur apporter des vivres et des provisions. Les sauvages de cette même contrée , presque étrangers au nom de Dieu , tremblaient devant Toupan , l'esprit du tonnerre.
Dans les Florides et la Virginie , on révère Oki , déesse qui veille à la garde des morts, et Toia, le dieu du mal. \u Paraguay, les idolâtres croient à l'existence de Tatousio. Ce vieillard garde jour et nuit un pont de bois jeté sur un grand fleuve où se rendent les âmes quand elles ont quitté les corps. Il purifie les unes avant de les laisser passer au séjour céleste et précipite les autres dans l'abime. Au Darien et dans l'isthme de Panama, on n'entreprenait rien sans consulter Khiappen, le dieu de la guerre. Les prêtres chargés de l'interroger devaient s'abstenir deux mois de l'usage du sel et conserver la chasteté. Les prisonniers de guerre étaient sacrifiés
sur son autel. Messon est , chez presque toutes les peuplades de T Amérique septentrionale, le réparateur du monde. C'est lui qui , après le déluge, 6t une partie de chasse sur notre globe , et ordonna à ses gigantesques chiens de laper Teau afin que rhomme pût habiter les îles et les continents. Matchi-Manitou, dieu malfaisant, préside aux tempêtes; et, quand l'orage gronde, les sauvages, pour Tapaiser, jettent au fond des eaux leurs objets les plus précieux. Les Garalibes regardaient Maboïa cr)mme le mattre du tonnerre. Il commandait aux éclipses et aux maladies. Pour conjurer ses colères, ils portaient au cou de petites images, et accomplissaient en son honneur d'hicroyables pénitences. On les voyait se lacérer la chair à coups de couteau et faire couler de leur corps des ruisseaux de sang.
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