AFRIQUE
Notre intention étant de donner un aperçu des idées religieuses de tous les peuples du monde, nous dirons quelques mots sur le culte que rendent à la divinité les habitants de l'intérieur de TAfrique.
Les Hottentots ont pour dieu suprême Goundja- Tikoa. Ils supposent que c'est un être à forme humaine qui réside par delà la lune. Il ne fait ni bien ni mal. Parfois il se rend visible aux mortels , et il emprunte alors les traits et la parure du plus beau Hottentot. Jamais ils ne l'adorent, et ils expliquent <^tte absence de religion en affirmant que Goundja '^ a maudits et leur a ôté le désir de le servir. Ce ?u'il y a de certain , c'est que ces peuples ont la Sorcellerie en grande vénération , et ils regardent ^mme dieu une espèce de mantis.
Dans le royaume de Bénin , Ovisara est TÉtre ^Uprôme. Invisible , présent partout , créateur du ^iel et de la terre, infiniment bon , il n'est pourtant jamais invoqué. Plus il est bon, disent les nègres, et plus il est inutile de le prier. Du reste, ils croient i\\x démon, aux ombres, à la divination. Un pot percé par le fond en trois endroits est l'organe es-
sentiel des oracles que rendent les prêtres. C'est au son tiré du vase que les adeptes reconnaissent la volonté du dieu ; ce son s'explique toujours à la fantaisie du jongleur, dont l'adresse n'est jamais en défaut. Les prêtres prennent peu de part aux affaires publiques ; il leur est défendu , sous des peines très-sévères , de mettre les pieds dans la capitale. Cependant de temps à autre les rois empruntent leur ministère pour mettre k mort en cérémonie les prisonniers. Ces auto-da-fés ont lieu devant les grossiers fétiches, qui , au dire des nègres, représentent les mauvais esprits. Les victimes doivent être aa nombre de vingt-cinq. Du reste , elles peuvent racheter leur vie avec de l'argent. Un trait curieoi des habitants de Bénin , c'est qu'ils placent dans la mer leur paradis et leur enfer.
Les nègres du Sénégal adorent une rivière, des arbres, des serpents et une foule d'idoles informes dont les légendes n'offrent ni intérêt ni poésie.
Au Sénégal , je trouve une rivière ,
Un arbre antique aux rameaux étendus,
Et (les serpents de venin dépourvus.
Je tourne à gauche, et soudain j'aperçois
Un ridicule et grotesque assemblage D'objets mêlés sans dessein et sans choix. D'un peuple noir ils se disent l'ouvrage. Dans ce pays chaque homme est créateur. lx)rsqu'au matin, d'une main diligente,
Ouvrant sa butte , il reprend son labeur, Ce qui d^abord à ses yeux se présente Devient son dieu, son gris-gris, son sauveur. Durant le jour, dans le ciel il le niche; La fin du jour est celle du Fétiche.
Le lendemain . autre opération , Nouveau gris-gris, môme adoration.
Pendant la nuit, tout ce peuple est athée.
Parny.
Plus loin , au Monomotapa , on honore les Ames es morts, un Être suprême appelé Molongo et les ois j auxquels on prodigue les titres magniOques e souverain de la nature , seigneur du soleil et de I lune , roi de la terre et de la mer. La fête des mes se nomme Musimos. Les peuplades voisines ëvèrent des singes , qui sont élevés avec soin et ombles d'hoaneurs.
De ce pays des singes sont les dieux.
De leur laideur je fus d'abord frappé ; Mais, à leurs traits accoutumant mes yeux , Je saluai ces compères étranges, A leur beauté je donnai des louanges , Et je finis par les prier pour vous.
Avec sang-froid ils m' écoutèrent tous.
Au dernier mot ils firent deux grimaces , Deux gambades et trois sauts périlleux ; Puis, reprenant un air majestueux, Le plus âgé me dit : (( Dans vos disgrâces » Aucun de nous ne peut vous secourir. » Nous n'avons pas un instant de loisir ;
» Dès le malin au lomplc il faut descendre,
') Et rester là cloués sur notre autel
» Jusques au soir : c'est un ennui morteL
n Par le sommeil nous laissons-nous surprendre,
» On nous secoue , on nous force d'entendre
» Des oraisons le refrain éternel.
» Le dîner vient : de plats on nous entoure,
» Et de bonbons sans pitié Ton nous bourre.
» 11 faut manger, ou le peuple dévot
» Aux médecins livrerait aussitôt
» Notre santé qu'il croirait affaiblie.
» Voyez un peu la misérable vie! »
En finissant, la cabriole il fait,
Et d'un seul saut il descend sur la terre.
.le m'en allais répétant ma prière
A d'autres dieux , mais toujours sans effet.
Dans un recoin laissant les deux principes
Courbés par l'âge et toujours languissants ,
Je vis ailleurs mille objets indécents.
Parny.
Les deux principes dont il est ici question sont ceux du bien et du mal. Musucca est le nom du premier. Chez les nations du Congo et de la Cafrerie, le peuple est adonné à des superstitions grossières. \u centre et au sud de F Afrique, le fétichisme est généralement répandu. En Abyssiuie et au Cap sont quelques lueurs de christiaoisme mêlées à d'impures légendes que leur ont fournies les mythologies de la Grèce et de l'Inde. EnGn le mahométisme est en vigueur chez toutes les nations qui habitent au delà du Niger.