IN
294 n\n t Islande.
— Qui peut le relcffir? répétait Ift même Tdix Kprès un moment de silence.
— Nous l'ignorons, seigneur Racket, répondait-on.
— Il a dû passer la ntiit cfaec sa tem* Maase BraaU, du Tlllage dé Surb , ajoutait une autte roii^
— Vous le Toyez , reprenait la première ; je tiens, moi^ tous mes engagements... Je devais tous amener Han d'Islande pour chef; je vous l'amène.
Un murmure, dont il était difiSciie de deviner le sens, répondit à ces paroles. La curiosité d*Ordener, déjà éveillée par le iiom de ce Kennybol , qui lui avait tant causé de surprise la veille , redoubla au nom de Han d'Islande.
La même voix reprit :
— ^ Mes amis, Jonas, Norbith, si Kennybol est en retard^ qu'importe ! nous sommes assez nombreux pour ne plus rien craindre ; sitez-vous trouvé vos enseignes dans \eB ruines de Crag ?
— Oui , seigneur Hacket, répondirent plusieurs voix. -^ Eh bien ! levez Tétendard , il eu est temps ! Voici de
For I voici votre invincible chef. Courage ! marchez à la délivrance du noble Schuniacker, de l'infortuné comte de Griiïcnfeld !
— Vive , vive Schumacker ! répétèrent une foule de voix, et le nom de Schumacker se prolongea d'échos en échos dans les replis des voûtes souterraines.
Ordencr, conduit de curiosité en curiosité, d'étonnement en étonnement , écoutait , respirant à peine. Il ne pouvait croire ni comprendre ce qu'il entendait. Schumacker mêlé à Kennybol , à Han d'Islande ! Quel était ce drame ténébreux dont , spectateur ignoré , il entrevoyait une scène? De qui défendait-on les jours? de qui jouait-on la tête?
— Kcoutez , reprit la même voix , vous voyez l'ami , le "onfident du noble comte de Griffenfeld...
u\\ n isi.\M»i:. 1\>'^
C'rlail In preiiîH'iT fois qu'Onlrjirr t'iiloiidail ccllo \u\\. Jlc* poursuivit :
— ... Accordes-moi Totre coiiGance, comme il m*ac- ^xirde la sienne. Amis , tout vous favorise ; vous arriverez S Orontheim sans rencontrer un ennemi.
— Seigneur Hackct , interrompit une voix , marchons, Teters m'a dit avoir vu dans les déGIés tout le régiment de Hnnrkholm en marche contre nous.
— Il vous a trompé, répondit Tautre avec autorités Le goovemement ignore encore votre révolte , et sa tranquillité est telle , que celill qui a repoussé vos justes plaintes » votre oppressetir« l'oppresseur de Tillustre et malheureux Schamacker^ le général Levin de Rnud a quitté Drontbelm pour aller dans la capitale assister aux fêtes du fameux mariage de son élève Ordener Guldeniew atcc (Jlrique d'Ahlefeld
Qu'on juge de l'émotion d'Ordener. Dans ce pays sauvage et désert, sous cette voûte mystérieuse , entendre des Idtonnus prononcer tous les noms qui l'intéressaient, et jusqn'ati sien propre ! Un doute affreux s'éleva dans son cœnr. Serait-il vrai? était-ce en eiïet un agent du comte de GHflenfeld dont il entendait la voix ? Quoi I Schumacker, ce vieillard vénérable , le noi)lc pérc de sa nolile Éthel , se rétoltirit contre le roi son seigneur^ soudoyait des brigands, allUmdit yne guerre civile ! et c'était pour cet hypocrite , pour ce rebelle , qu'il avait , lui , fils du vice-roi de Norwége 4 élève du général Levin , compromis son avenir, exposé Sa vie! c'était pour lui qu'il avait cherché et combattu ce brigand islandais avec lequel Schuniacker paraissait être dlnielligence I pùis(|u'il le plaçait à la tOtede ces bandits I Qui sait môme. si cette cassette, pour laquelle lui, Ordener^ avait été sur le point de donner son sang, ne contenait pas quelques-ims des indignes secrets de cette lT«m\&
-296 il\is d'i8l\kde.
odieuse? Ou plutôt le vindicatif prisonnier do Munckhota ne s'étail-il pas jou^^ do lui? Peul-Otro il avait décomnl son nom ; peut-ôtre , et combien cette pensée fut duulnoreuse ]X)ur le magnanime jeune homme ! n*a\ait-il désiré, en le poussant à ce fatal voyage, que la ))erte du fils d'« ennemi?...
Hélas! 1orsqu*on a long-temps porté le nom d*un nulheureux en vénériition et en amour; quand , dans le semf de sa pensée, on a juré à son infortune un attachement inviolable, c'est un moment bien amer que celui où Ton reçoit son salaire d'ingratitude, où Ton sent que Ton est désenchanté de la générosité , et qu*îl faut renoncer à a bonheur si pur et si doux du dévouement. On a vieilli m un instant de la plus triste des vieillesses , on est de^en vieux d'expérience ; et Ton a perdu la plus l)olle des iflosions de la vie , qui n'a de beau que les illusions.
Telles étaient les désolantes pensées qui se pressaieot confusément dans l'âme d'Ordener. Le noble jeune lioauM eiil voulu mourir dans ce fatal moment ; il lui semblait qw toute la félicité de sa vie lui échappait. Il y a\ail hiendafi> les assertions de celui qui parlait comme envoyé de Griffenfeld des choses qui lui paraissaient mensongères ou dov* teuses; mais, comme elles n'étaient destinées qifà dhoser de malheureux campagnards, Schumacker n'en était que plus coupable ù ses yeux : et ce Schumacker était le père de son Kthel!...
(les réflexions agitèrent d'autant plus violemment »« cœur (pi Viles s'y précipitèrent toutes à la fois. 11 chancdi sur les barreaux qui le soutenaient , et continua d'écoi»ter; r^r on entend parfois avec une impatience inexplicali et une alTrense avidité les malheurs que l'on redoute lepliis^
— Oui , |>oursuivii la voix de l'envoyé, vous êtes roramandés \>ar le formidable Han d'Islande, Oui osera vo»
combattre? Votre cause est celle de vos femmes, de tos enfants , indignement dupnuill^'S de votre héritage ; d'un noble infortuné, depuis vingt ans plongé injustement dans une infâme prison. Allons, Schumacker et la liberté vous attendent. Guerre aux tyrans!
— Guerre ! répétèrent mille voix'; et l'on entendit dans les détours du souterrain un long bruit d*armes se mêler aax sons rauques de la trompe des montagnes.
— Arrêtez! cria Ordener. II avait descendu précipitamment le reste de Féobelle. L'idée d'épargner un crime \ Scbuniacker et tant de malheurs h son pays s'était emparée* imp<Tieusement de tout son être. Mais , au moment où il était apparu sur le seuil du souterrain , la crainte de perdre, par d'imprudentes déclamations, le père de son Éthel , et peut-être son Kthel elle-même , avait remplacé tout autre sentiment en lui ; et il était resté là , pâle et jetant un regard étonné sur le tableau singulier qui s'offrait k sa vue.
C'était comme une immense place d'une ville souterraine , dont les limites se perdaient derrière une foule de piliers qui soutenaient les voûtes. Ces piliers brillaient comme des pilastres de cristal aux rayons d'un millier de torches que portait une multitude d'hommes bizarrement armés et répandus confusément dans les profondeurs de la place. On eût dit , à voir tous ces points lumineux et toutes ces figures effrayantes errer dans les ténèbres , une de ces assemblées fabuleuses dont parlent les vieilles chroniques de sorciers et de démons qui portaient des étoiles pour flambeaux, et illuminaient la nuit les vieux bois et les châteaux écroulés.
Vn long cri s'éleva : — Un étranger ! Mort! mort I Cent bras étaient déjà levés sur Ordener. H porta la main à son (oté pour y chercher son sabre... — \oble
298 n\\ D IRLANDE.
jcuno homme ! dans scm généreux élan , il aTait oublié qo'il était 8onl et d^*9arni^\
— Attendez, attendez! cria une Toix , la ?oîx de ccfaM en qui Urdener voyait FenToyé de Scburoacker. C*étaitH petit homme gras , velu de noir, h l'œil gai et faux. Il $h vaiiça Ters Ordener.
— Qui êtes- vous? lui dit-iL
Ordeiier ne répondit pas : il était saisi de toutes parts, et il n*y avait pas une place sur sa poitrine où ne s'appayài la pointe (lune épée ou le canon d*un pistolet.
— Kst-ce que tu as peur? demanda le petit boinme avec un sourire.
— Si ta main était sur mon cœur au lieu de ces épées, dit froidement le jeune iiomnic , tu verrais cpril ne bat|ias plus vile que le lien, en sup|)osant que tu aies un cœur.
— Ahl ah! dit le petit homme, il fait le lier! hé bien! qu'il meure. Et il tourna le dos.
— Donne-moi la mort , répliqua Ordener; c'est tout ce que je veux te devoir.
— Un instant, sc>igncur Hacket, dit un vieillanl k barbe toufTue qui se tenait appuyé sur un long mousquet. Vuus êtes ici chez moi , et j'ai seul le droit d^envoyer ce chK*ticn raconter aux morts ce qu'il a vu ici. —
Le seigneur Hacket se mit à rire : — Ma foi « mon cher Jonas, comme il vous plaira! Peu m'importe que cet espion soit jugé par vous, pounu qu'il soit condamné.
Le vieillard se tourna vers Ordener :
— Allons, dis-nous qui tu es , toi qui souhaitais si aadacieusement de savoir qui nous simunes.
Ordener garda le silence. Knlouré d<»s étranges |)artinns de ce Schumacker |)our lequel il aurait si vohmtiers donné son sang, il n'épmiivaii en ce moment qu'un désir infini de la mort.
IIAN D^18LAND£. 299
— Sa courioisie ne veut pas répondre, dit le vieillard. Quand le renard est pris, il ne crie plus. Tuez-lc.
— Mon brave Jonas , reprit Hacket , que la mort de cet honinie soit le premier exploit de Han d'Islande parmi vous.
— Oui, oui I crièrent une foule de voix. Ordener étonné, mais toujours intrépide , chercha des yeux ce Han dMslande, auquel il avait si vaillamment disputé sa vie le matin même, et vit, avec un redoublement de surprise, s'avancer vers lui un homme d'une stature colossale , vOtu du costume des montagnards. Ce géant fixa sur Ordener un regard atrocement stupidc et demanda une hache.
— Tu n'es pas Han d'Islande, dit Ordener avce force.
— Qu'il meure! qu'il meure! cria Hacket d'une voix furieuse.
Ordener vit qu'il fallait mourir. Il mit la main dans sa poitrine, afm d'en tirer les cheveux de son Éthel et de leur donner un dernier baiser. Ce mouvement fit tomber uu papier de sa ceinture.
— Quel est ce papier? dit Hacket ; Norbith, prenez ce papier.
Ce Norbith était un jeune homme dont les traits noirs et durs avaient une expression de noblesse. Il ramassa le |)apier et le déploya.
— Grand Dieu ! sNHria-t-il , c'est la passe de mon pauvre ami ChristophoruH Nedlain , de ce nialhonreux camarade qu'ils ont exécuté , il n'y a pas huit jours , sur la place piu blique de Skongeii , |K)ur fausse monnaie. —
— Hé bien ! dit Hacket avec Tacccnt d'une attente trom- |)ée , gardez ce chiffon de papier. Je le croyais plus important. Vous, mon cher Han d'Islande, ex^Kkliez votre homme.
Le jeune Norbith se plaça devant Ordener, et s'écria ;
300 llA3i D*1SLA^DE.
— Cet lionmic est sous ma protection. Ma tète tombera avant (|u*il tombe un cheveu de la sienne. Je ne souiïrirai pas que le sauf-conduit de mon ami Christopborus NedUm soit violé.
Ordcner , si miraculeusement protégé , baissa la tête et s*humilia ; car il se rappelait combien il avait dédaigneusement accueilli en lui-même le vœu touchant de raumôaier Athanase Munder : — Puisse le don du mourant être un bien fait pour ic voyageur!
— Bah! bah! dit Ilacket, vous dites là des folies, mon brave Norbith. Cet homme est un equon : il faut qu'il meure.
— Donnez-moi ma hache, répéta le géant.
— Il ne mourra pas, cria Norbith. Que dirait Tesprit de mon pau\re Nedlam, qu'ils ont indignement ]KMidu7 Jv vous assure qu'il ne mourra |)as; car Nedlani ne \eui pas qu'il meure.
— En eiïet, dit le vieux Jonas, Norbith a raison. Comment voulez-vous (|u'ou tue cet élranger, seigneur llackri? il a la passe de Chrislophorus Nedlam.
— Mais c'est un espion, c'est un espion, reprit llackti. Le vieillard se plaça près du jeune homme, devant Ur-
dener, et tous deux dirent gravement :
— Il a la passe de (Jirislophorus Nedlam , qui a rU I>cndu à Skongen.
Ilacket vit qu'il fallait céder ; car tous les autres ciMiimençaionl «i murmurer en disant que cet étranger ne |H)Uvait mourir, puisqu'il ]K)rtait le sauf-conduit de Nedijru le fau\-inonna\enr.
— Allons, dil-il entre ses dents avec une rage conroiitrée, (ju'il \ive donc. Au reste, c'est votre aiïairo.
— Ce serait le diable <iue je ne le tuerais |)oiii( , dit Nhbith triomphant.
En parlant ainsi, il se tourna vers Ordeiier.
— Écoute , poursuivit-il , tu dois èlrc un bon frère , puis(|ue tu as la passe de Ncdiam, mon pauvre ami. INous sommes les mineurs royaux. Nous nous révoltons pour qn*on nous délivre de la tutelle. Le seigneur Hacket, que tu vois, dit que nous prenons les armes pour un certain comte de Schumacker; mais moi je ne le connais pas. Étranger , notre cause est juste. Écoute , et réponds-moi comme si tu réi)ondais à ton saint patron. Veux-tu être des nôtres?
Une pensée passa dans Fesprit d'Ordener.
— Oui, répondit-il.
Norbith lui présenta un sabre, qu*il reçut en silence.
— Frère, dit le jeune chef, si tu veux nous trahir, lu commenceras par me tuer.
£n ce moment le son de la trompe retentit sous les ar^ ceaux de la mine , et Ton entendit des voix éloignées qui disaient : Voilà Kennvbol.