CHAPITRE II
Le Dieu suprême.
Les anciens Slaves connaissaient-ils un dieu suprême qui dominait leur Panthéon comme Zeus dominait le Panthéon hellénique et Jupiter le Panthéon latin? Procope de Césarée (vi* siècle), dans un célèbre chapitre consacré aux guerres contre les Gk)ths, décrit les mœurs des Slaves et dit quelques mots de leur religion. Nous les citerons une fois pour toutes : nous aurons plus d'une occasion d'y revenir.
« Les Slaves, dit-il, estiment qu'il y a un dieu producteur de la foudre et seul maître de l'univers ; ils lui sacrifient des bœufs et toute espèce de victimes. Ils ne connaissent pas le destin et n'admettent pas qu'il joue aucun rôle dans les affaires humaines. Quand ils se voient menacés de la mort
par la maladie ou dans le combat, ils promettent s'ils échappent de faire aussitôt un sacrifice Ils lo font dès qu'ils ont échappé et ils pensent avoir racheté leur vie par cette offrande. Ils adorent en outre les fleuves et les nymphes et d'autres divinités et pendant ces sacrifices ils font des divinations (1). »
Ce témoignage s'applique aux Slaves voisins de l'empire byzantin. En ce qui concerne les Slaves du nord nous avons un texte presque similaire chez Helmold (I, 83). « Parmi les dieux divers auxquels ils attribuent les champs, les forêts, les tristesses et les plaisirs, ils ne contestent pas qu'un Dieu domine les autres du haut des cieux. Ce dieu tout-puissant ne s'occupe que des affaires célestes. Les autres ont chacun leurs fonctions et lui obéissent; ils procèdent de son sang et sont d'autant plus éminents qu'ils sont plus proches de ce dieu des dieux. » Malheureusement ni Helmold, ni aucun autre texte, ne confirme ce qui est dit ici de la généalogie et de la parenté des dieux slaves. Peut-être le chroniqueur s'est-il purement et simplement laissé influencer par ses souvenirs de l'antiquité classique. Parmi toute les divinités que nous connaissons il n'en est que deux dont le nom puisse à la rigueur trahir une filiation : Suarasici (qui serait un Svarozicû ou fils de Svarogû), Porenutius
(1) Ce bello golhico, livre III, obap. siv.