‹ La mythologie slaveChapitre 24 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les divinités du destin. — Les Vilas. — Les Rusalkas. — Les nymphes des eaux chez les Tchèques et les Polonais.

On a souvent cité le texte de Procope (De hello gothico^ III, 14) : « Les Slaves ne connaissent pas le destin et ils ne croient pas qu'il ait quelque pouvoir sur l'homme. Mais quand la mort les menace, soit pour cause de maladie, soit à la guerre, ils promettent, s'ils en réchappent, de faire un sacrifice à Dieu (ou au Dieu, rû Setù), et ayant échappé, ils le font et ils sont convaincus qu'ils ont dû leur salut à ce sacrifice. Ils adorent les fleuves et les nymphes et d'autres divinités (iaiiiovia) et ils leur font à toutes des sacrifices et ils font des divinations dans ces sacrifices. >

Les textes et le folklore nous permettent de commenter et de compléter ces lignes de Procope. Si les Slaves ne connaissent pas le destin qui régit les destinées des peuples ou des empires, ils connaissent

Ude8 personnages qui président à la naissance ou à Ala destinée de i*homrne. Attestés par les textes du ' Tnoyen âge, ces personnages vivent encore dans la tradition populaire. On les appelle Rodjenice^ Rozanice (derod, naissance), ou Sudjenice (de sud^ jugement, destin).

Afanasievûa cité {Vues poétiques des Slaves^ tome III, p. 416) un texte slavon-russe du xii* siècle connu sous le nom de Questions de Kyrikû : a Est-ce qu'on offre à la Naissance et à la Rozanica des pains, du fromage et du miel ? — Malheur, dit Tévêque, à ceux qui boivent à la Rozanica. » Afanasievû cite encore un fragment slavon-russe d'une traduction d'Isaîe (lxv, II, 12): € Vous qui abandonnez l'Ét ernel, dit r le prophète, qui oubliez la montagne de ma sainteté, qui dressez la table à Tarmée des cieux et qui four- / nissez l'aspersion à autant d'astres qu'on en peut î compter, je vous compterai aussi avec Tépée. » (Il s'agit des Juifs qui pratiquent des rites païens.) Une traduction slavonne d'Isale qui porte la date de 1 271 dit ceci : « Vous qui m'avez,a,bandonné et qui préparez une table aux Rozanicas. »

D'autres textes attribués à saint Jean Chrysostome développent celui que nous venons de citer et mettent en scène Jîodù et Rozanicas^ c'est-à-dire la Naissance et les êtres mythiques qui y président. Dans le recueil (Sbornikû) dit de Paisii on voit figurer encore Rodû et les Rozanicas. Il nous fait connaître les fêtes qui accompagnaient la naissance

et dans lesquelles on invoquait Rodû et les Rozanicas en faveur du nouveau-né, en leur offrant des aliments, notamment du pain, du fromage et du miel. Un autre texte cité par A. Vcselovskij (1) dit : « Les fidèles sont ceux qui servent Diei: et non les Rozanicas. » Un texte du xv' siècle cité par Mikloâich dans son Dictionnaire slavon dit : ce Ils prient Perunû et la naissance (Rodû) et les Rozanicas. » Ces textes sont complétés par le folklore. Nous trouvons des Sudnice, Sudjenice, Sojenice, Sudicki, chez les Tchèques, les Croates, les Slovènes, une Dolja (destinée) chez les Russes, une Sreéa (Ventura. Fortune) chez les Serbes. Les Bulgares connaissent les Urisnici ou mieux Orisnici. Leur nom vient d'un verbe orisam (du grec ioéÇw^ déterminer). ^Elles déterminent les destinées de Tenfant. Il y en a trois bonnes et trois mauvaises. D'après un texte cité par Colakovtk, la première Or isnica donne à l'enfant l'intelligence et lui apprend à lire, la seconde lui donne la santé et la beauté, la troisième l'accompagne dans toutes les circonstances de sa vie, lui apprend à exercer un métier et à s'enrichir. Tout homme a trois bonnes Orisnicas et trois méchantes. Le mot orisnica a fini par désigner en bulgare le destin, la fortune.

Eu somme, si les Slaves n'avaient pas connu l'idée abstraite du destin, le faturriy ils connaissaient des

(1) RazyskanJRy 6* livraison, Mémoires de la section russe de l'Académie de Saint-Pélersboxirg, 1892, p. 168.

personnages mythiques qui présidaientàla naissance et à la vie de l'homme. Ces personnages, comme les Parques et les Fées, sont toujours du sexe féminin.

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