LES VILAS
(c Ils honorent les fleuves et les nymphes», dit Procope* dans le passage que nous avons cité plus haut. Nous trouvons en effet dans les textes anciens et dans le folkore des personnages mythiques qui répondent aux Nymphes de l'antiquité classique.
Les textes slavons-russes (réunis par M. Krek, p. 314) que nous avons cités plus haut à propos de Perunû, de Chorsû, de Mokosï, de Rodû et des Ro- ^anicas parlent également des Vilas (au pluriel). L'un d'eux donne même un datif masculin singulier vilu^ qui suppose un nominatif v/iû. C'est probablement une distraction ou une ignorance du copiste. Les textes sont en général du xiv* ou xv* siècle, mais ils ont pour base des rédactions antérieures. Dans une traduction slavonne de Georges Hamartolos, le nom des Sirènes est traduit par Vily{l). Chez les Bulgares un manuscrit religieux du xvm* siècle, reproduction de manuscrits antérieurs, flétrit ceux qui honorent les Samovilas et qui sont les renégats
{[) Y eseioYski} y Recherches..., p. 295 ; Sreznevskij, Afaterjaly sub voce Vila.
du Christ. Chez les Serbes le mot Vila n'apparaît pas, que je sache, dans les anciens textes. Il ne figure pas dans le Dictionnaire paléoserbe de Danicic, mais on trouve le mot Samouiia dans un texte du xiv* siècle (Mikloéich, Lexicon). Une charte de Terapereur Constantin Asen (xiii* siècle) mentionne aux environs de Skoplje un Vilskij Kladezû (Puits des Vilas). Un texte du xv* ou xvi* siècle {ArchiVf tome I, p. 609) est intitulé : a Comment commença, où fut conçue la Samovila. d
On a longtemps considéré la Vila comme propre aux Slaves du midi, aux Serbes en particulier. Des recherches plus récentes prouvent qu'elle a été connue chez tous les Slaves, sauf les Slaves baltiques. Kollar Ta retrouvée chez les Slovaques (Spéranfey, I, 4 1 2). Dans le comitat de Trencsin les Vilas sont considérées comme les âmes des fiancées mortes après les accordailles. Elles ne peuvent trouver la paix et sont condamnées à errer la nuit. Si elles rencontrent un homme, elles l'entraînent dans leurs danses et le font danser jusqu'à ce qu'il ait rendu l'âme. On a trouvé leurs traces en Pologne. Dans les environs de Sieradz les Wilas sont les âmes de belles jeunes filles condamnées, à cause de leurs péchés, à flotter entre le ciel et la terre. Elles rendent aux humains le bien ou le mal qu'elles en ont reçu pendant leur vie. M. Mâchai a cité, p. 114, deux textes qui semblent prouver l'existence de la Vila en Bo-
hême. AuxenvironsdeZamberklesAUcmandsdisent
en parlant d'une personne qui s'est égarée dans les bois : Die Wile hat ihn verfûhrt. Dans le pays de Hradec on dit que les bludichy ou feux follets sont les âmes de ceux que la Vila a fait périr.
Qu'est-ce que le mot Vila ? Il n'est réellement usité que dans les langues balkaniques, le bulgare, le serbo-croate et leur congénère, le slovène. L'Académie de Saint-Pétersbourg dans son récent Dictionnaire russe le signale avec raison comme un mot étranger. Miklosich en ignore l'étymologie. Mais il propose avec raison, selon moi, de lui rattacher les mots suivants bulgares : vilnêiq^ je suis soumis à l'influence des Vilas, je deviens fou ; tchèque : vila^ fou. Ce mot très ancien figure déjà dans la Chronique dite de Dalimil (xiv* siècle) ; vilati^ mener une vie débauchée, forniquer ; vilil jest lid se dcery moabshymi, le peuple forniqua avec les filles deMoab; vilny, voluptueux, débauché; vilost^ folie, etc. En polonais, nous avons : wila, fou, sot; wilowac^ faire des folies; szalawila^ fou, écervelé. La première partie de ce dernier mot appartient à la racine sa/, fureur.
Tous ces mots paraissent bien se rattacher à l'idée païenne de la vila (idée de dieu païen, de possession démoniaque, cf. les dérivés de bêsù). Mais il ne nous explique pas l'étymologie de Vila (1).
(i) Si le mot Vila a disparu en russe, c'est probablement qu'il a été remplacé par Rusalha. (Voir p. 177 et suiv.)
M. A. Yeselovskij suppose que la forme ancienne de Vila est Vêla ; il la compare au lithuanien wêlia qui veut dire les ancêtres et au grec fihç qui vou-drait dire mânes, défunt et d'où viendrait riXiiio; ; le tout se rattacherait à une racine indo-européenne vel = périr ^ qui se retrouverait dans ValhoU (Walhalla). Je rapporte cette hypothèse sans m'y asso* cier. Elle me parait singulièrement audacieuse.
A défaut de cette étymologie on en propose une autre purement historique. Des fêtes en l'honneur des morts étaient célébrées au printemps dans la saison des roses et des violettes. On les appelait dies rossBy rosalia (nous y reviendrons à propos des Rusalkas), on les appelait aussi cites violae. Ce xuoIsb se retrouverait dans le nom des Vilas. En somme, nous restons dans la région des hypothèses.
Les textes que nous avons cités plus haut nous attestent le culte des Vilas, chez les païens (ce sont les Nymphes de Procope) et chez les Slaves encore mal convertis au christianisme. Il a persisté dans les campagnes, particulièrement chez les Slaves méri^ dionaux. La littérature orale des Serbes, des Croates et des Bulgares répète sans cesse le nom de Vilas. Il a même été adopté par la langue littéraire; les anciens poètes dalmates traduisent par leur nom celui des Nymphes.
Nous pouvons retracer d'après les chants populaires toute la vie de la Vila (1). Une Vila 8*en prend
(1) Recueil de Karadzié, 1. 1, p. 65.
à un jeune homme qui a dit : c Personne n'est plus beau que ma bien-aimée, pas même la Vila de la forêt. » La Vila Tentend et devient jalouse. Elle se présente au jeune Pierre : « Amène un peu ta bienaiméc. » Pierre Tamène vêtue de splendides vêtements. La Vila est obligée de s'avouer vaincue et s'écrie avec dépit : « Si ton amie est plus belle que moi, c'est qu'une mère l'a mise au monde, c'est qu'elle Ta enveloppée dans des langes de soie et nourrie de son lait maternel. Et moi, Vila de la montagne, c'est la montagne qui m'a mise au monde, elle m'a enveloppée dans du feuillage vert ; c'est la rosée du matin qui m'a nourrie ; c'est le vent de la montagne qui m'a bercée. »
Suivant d'autres textes serbes la Vila naît de la rosée qui se dépose sur le colchique d'automne. En Slavonie, on raconte qu'elle naît quand il pleut et que le soleil brille (1), ou quand rarc-on-cicl apparaît.
Les Vilas sont représentées comme de belles femmes, éternellement jeunes, vêtues de blanc et de bleu ; leurs cheveux d'or flottent sur leurs épaules. Ces cheveux renferment le secret de leur vie. La Vila qui s'en laisse arracher un meurt immédiatement. Elles ont parfois des ailes; leurs yeux brillent
(!) Quand il pleut et que le soleil brille, tes Bulgares racontent que les Samovilas prennent leur bain (Karavelovii, Mémoires f p. 241).
comme réclair; leur voix est d'une douceur exquise; qui Ta entendue une fois ne Toublie jamais.
Elles vivent dans les nuages^ sur la terre, dans Teau, et même dans la mer. Elles construisent dans les nuages des châteaux fantastiques. Une chanson monténégrine décrit un de ces châteaux ;
€ La blanche Vila construisait un château — ni dans le ciel, ni sur la terre, mais sur un groupe de nuages. — A son château elle fait trois portes. La première est toute en or — la seconde en perles — la troisième en étoffe de pourpre. — Là où sont les portes d'or massif — la Vila marie son fils, — là où sont les portes de perle — la Vila marie sa fille, — là où sont les portes de pourpre — la Vila elle-même est assise. Elle est assise et regarde l'éclair qui joue avec la foudre » (Karadzié, t. 1, p. 151, 152).
Il y a les Vilas des forêts (gorni), des montagnes (planinkinje). Elles jouent un rôle comme saint Élie dans tous les phénomènes atmosphériques. Elles rassemblent les nuages, produisent les tempêtes, préservent de la grêle ; elles habitent dans les étoiles. Les Vilas des montagnes pénètrent dans les cavernes, se changent en serpents. Les Vilas de l'eau vivent dans la mer ou dans les rivières. Quelques-unes d'entre elles — comme les Sirènes — sont moitié femmes, moitié poissons; elles se changent encore en cygnes ou bien elles ont un corps de femme et des pieds de cygne. La Samo-
vila bulgare chevauche sur un cerf sauvage, elle a pour bride un serpent, pour fouet une vipère.
Les Yilas parcourent les forêts, tuent le gibier à coups de flèches. Elles dansent dans les nuages ou dans les forêts. Leurs chants sont délicieux; mais ceux-là seuls peuvent les comprendre qui sont admis dans leur commerce familier. Elles ont le don de prophétie, elles guérissent les maladies: elles peuvent même ressusciter les morts ; certaines sources qui portent leur nom sont particulièrement efficaces. Ce détail, notons-le en passant, confirme le nom Vilinû Kladezu (Puits des Vilas) que nous avons cité plus haut.
Les Yilas sont d'une force extraordinaire ; elles luttent contre les héros, elles luttent parfois entre elles et leurs mouvements ébranlent la terre. Elles frayent avec les mortels ; plus d'un héros a choisi une Vila pour posestrima ou sœur d'adoption (1). Elles deviennent également les sœurs d'adoption de certains animaux favoris (cerfs, biches, chamois).
Elles épousent parfois des mortels et en ont des enfants; mais ces hymens ont généralement une fin tragique. A un moment donné la Vila disparait. Elles enlèvent aussi les enfants des hommes et les nourrissent de miel; ou bien encore elles confient
(1) Les Vilas jouent un grand rôle dans la vie de Marko Kra- Ijevié. Voir outre les textes de pesmas les commentaires de M. Chalanskij, Jouzno-slavjanskie Skazanija o Kralevicë Markëy Varsovie, 1894.
leurs propres enfants à des mortelles. Ces fils des déesses sont remarquables parleur mémoire et leur intelligence.
Les Yilas sont parfois méchantes et se vengent cruellement des offenses que les hommes leur ont faites. Elles percent leurs ennemis de leurs flèches, les estropient, les font mourir ou les rendent fous. L'homme possédé d*un démon s'appelle Vilovniak (cf. wii^ohinroç^ transporté dedélire, et les mots tchèques et polonais cités plus haut). Elles noient les jeunes gens qui se baignent dans leurs cours d'eau, font périr ceux qui troublent leurs sources ou se permettent d'y puiser sans permission. Elles soulèvent les tempêtes sur la mer, détruisent les navireSy aveuglent ceux qui se permettent d'écouter leurs chants, de troubler l'eau de la source où elles boivent, ou d'assister à leurs bains.
On leur offre encore aujourd'hui des sacrifices. Sur le littoral croate et dans l'ancienne frontière militaire les jeunes filles déposent à l'entrée des grottes, sur des pierres, des fruits, de la terre, des fleurs, des ceintures de soie en disant : « Prends, ô Vila, ce que tu voudras. »
Les Bulgares offrent aux Samovilas des lambeaux d'étoffes suspendus aux arbres, ou bien encore ils mettent auprès de leurs sources des gâteaux. Certaines fleurs leur sont particulièrement consacrées, c Dans la Srednagora, dit M. Jireëek(l), comme
( i) Cesty po Bulharshu (Voyages en Bulgarie), Prague, 1888.
dans le pays de Trnovo, de Kotel et de Kustendyl , on m'a montré le Samodivsko Choro^ ou Choriste^ où, dit-on, les Samodivas, Samovilas ou Yilas dansent pendant la nuit. Au milieu d'une prairie on aperçoit un cercle ou un demi-cercle d'herbes ou d'autres plantes, de fraises par exemple, plus fortes que les autres. Ces plantes proviennent de graines semées par un tourbillon. On signale un grand cercle de cette espèce sur la frontière de Serbie et de Bulgarie entre Kustendyl et Vrania. Il s'appelle Vilino Kolo (Cercle des Vilas) . Les paysans n'osent pas se risquer la nuit dans ces cercles ; ils ne les fauchent pas et n'en labourent pas le sol. »
Certaines plantes sont, d'après M. Jirecek, particulièrement consacrées aux Samodivas, notamment la riganina, du grec ôpeyavov, origan, le thymus serpillum et le resenû (Dictamus albus).
Les Vilas portent en bulgare le nom de Samovilas, Samodivas, Divas, Judas. Sous des noms divers, tous ces personnages ont les mêmes attributs. Leur source possède une eau d'une vertu merveilleuse. Celui qui en boit devient fort comme une Samovila; il jette une pierre pesant un million d'ofeas(l), il arrache des arbres entiers, il engendre des enfants avec des ailes aux bras, une chevelure blanche, des yeux de flammes.
Leur divertissement favori est la danse ; elles se
(1) Poids turc qui vaut 1 kil. 250i
plaisent parfois à venir au secours des héros, elles les épousent même, mais en général elles sont dangereuses pour les hommes; elles punissent les jeunes filles qui se permettent de travailler les jours défendus. Cîelui qui épouse une Samovila ouSamodiva n'a pas chance de la garder longtemps; elle s'envolerait par le tuyau de la cheminée. Quelquesunes ont des noms particuliers. Elles construisent des édifices dont les fondations réclament des vie* times humaines (1).
Les noms bulgares des Vilas ne sont guère plus faciles à expliquer que le mot Vila Que signifie le préfixe Samo? En composé il veut dire aufo (airoç). Y a-t-il entre les Vilas et les Samovilas le même rapport qu'entre les mots grecs dpyjxç et «fxa^puaç ?
Le mot diva peut être d'origine orientale ou slave. Il peut se rattacher au persan div, turc dev = démon (2), àla racine slave dii?=sauvage (3). C'estainsi qu*on Tinterprète dans le pays de Sistovo, où Ton croit à l'existence de gens samodivi (sauvages) qui vivent dans les forêts. A Karaesen (arrondissement de Sistovo) les vieillards racontent que le jour de la Saint-Georges (23 avril) on offrait autrefois un
(i) Voir dans le Dictionnaire bulgare de Duvernois, les articles Vila, Samovila^ Samodica, etc. Le mot Samodiva a pénétré en grec sous la forme aai^ov-naa {Sbomikûj t. IX, p. 80), cité par Matovû dans ses Études grecques bulgares).
(2) Miklosich, Tûrkische Elemente, Supplément.
(3) éiSmanovu, Contributions à Vétymologie populaire bulgare (Sbomikû, t. IX, p. 553).
sacrifice parce qu'un saint homme avait délivré le pays de la domination d'hommes samodivi auxquels il était autrefois soumis. On constate chez les Tchèques et les Polonais une croyance très répandue en Texistence des personnages sauvages, divi lidé^ divé ieny, dzivozony^ etc. (1). Par suite de l'identité absolue des sons, le départ est très difficile à établir, ici, entre les éléments purement slaves et les éléments adventices.
Le nom de juda est spécial à la langue bulgare et ne se rencontre pas dans les idiomes congénères; on le rencontre soit seul, soit associé au mot Sa* movila. Ne serait-il point apparenté au personnage mythique que le folklore russe appelle Jaga baba et que le polonais appelle jçdza^ jçdzinay jçdzi baba (racine qzûy serpent, monstre)? Je me permets de proposer cette hypothèse qui, je crois, n'a jamais été mise on avant. Elle me parait plus vraisemblable que celle qui rattache juda à unda (si. voda) pour la raison que les Yilas fréquentent les eaux de préférence. M. Jagié, dont Topinion ne doit jamais être négligée, a proposé de rattacher Samovila et Juda, tout simplement au latin, Sibylla Judœa. Les légendes polonaises sur une princesse mythique Wanda qui se serait jetée dans la Vistule rappellent peut-être un personnage analogue à la Juda des Bulgares.
(\) Mâchai, p. i26-130,!135, 144, etc.
M. Veselovskij rattache (1) le culte des Vilas au culte des Mânes. Mais il s'agit de savoir si les Nymphes de Tantiquité, les Dryades, les Oréades et êtres similaires se rattachent au culte des ancêtres. C'est là une question qui sort de ma compétence.
Chez les peuples convertis au christianisme ces personnages mythiques, dont le souvenir n*a pu s'effacer, sont considérés parfois comme représentant les âmes des trépassés. Mais cette identification a dû se produire sous l'influence des idées chrétiennes.
LES RUSALKAS
Les Rusalkas jouent dans le folklore des Russes un rôle analogue à celui des Vilas chez les Slaves méridionaux. Elles ne sont pas, comme on l'a cru longtemps, propres à la seule Russie. Nous les retrouverons en Bulgarie. Leur nom est relative* ment récent ; il ne se rencontre pas dans les anciens textes et il n'est pas d'origine slave. Il ne se rattache — comme on l'a longtemps soutenu, mais à tort — ni au substantif ruslo^ ruisseau, ni à l'adjectif rusû, blond : ces deux mots ont cependant contribué à fixer le caractère des Rusalkas, en vertu de rétymologie populaire.
(1) Razyskania, {Mémoires de VAcad. des Sciences de Pg,, Section russe, t. XLVI, p. 181-485).
Ce nom se rencontre pour la première fois dans rhistorien TatiàcevO (xvin* siècle) dont la critique est assez médiocre.
Après les recherches de Mikioâich, de Tomaschek et de Veselovskijy il n'est plus permis de trouver au nom des Rusalkas une étymologie slave et il faut bien se résigner à lui attribuer une origine étrangère (1). II vient du mot byzantin ^ovffaXia, latin ro^ sariàf rosatia, pasca rosata^ pascha rosarum. Il désigne une fête chrétienne qui, comme beaucoup d^autres, s'est confondue avec une fête païenne: la Pentecôte, la Pâque des roses. La fête des Rusalia vient donc en somme du latin rosa (allemend Rosentag). Ce nom de Rusalia a passé dans la plupart des langues slaves, dans Tancien russe (par ex. dans la Chronique dite de Nestor), dans le Slovène* le serbe, le slovaque, chez les Russes et particulièrement ceux de la Russie Blanche, chez les Bulgares.
La fête des Rusalia avait un caractère païen.
(1) Si Ton veut se rendre compte des progrès accomplis par nos études, il suffit de comparer le mémoire de Safafik sur les Rusalkas (écrit en 1833, et réimprimé dans les Sebrané spisy (Prague, 1865) et les quatre ou cinq pages qui leur ont été consacrées par M. Sismanovû (de Sofia) au tome IX du Sbomikû. — Consulter sur cette question : Miklosich, Die Rusalien, ein Beitrag zur slavischen Mythologie (SitzungsbC' richte der Kais. Akad. der Wiss., Vienne, 1869); Tomaschek, Ueber Brumalia und Rusalia (ib., 1869); Veselovskij dans le Journal (russe) du Ministère de Vinstruction publique^ 1885, et les Mémoires de la Section russe de V Académie de Pg., t. XLVI, 1890.
D*après M. Miklosich, l'Église l'aurait maudite et les Rusalkas seraient devenues la personnification de cette fête. L'étymologie populaire {rusloj ruisseau, cours d'eau) les aurait particulièrement rattachées au culte des eaux. Une foule de noms de fêtes sont devenus, comme on le sait, des noms de personnages légendaires: Beffania par exemple, chez les Italiens (chez nous le petit Noël est, dans l'imagination populaire, identifié au petit Jésus) ; sainte Srieda (saint Mercredi), sainte Petka (saint Vendredi), sainte Nediela (saint Dimanche) chez les Slaves orthodoxes.
M. Milicevié raconte dans sa Description du royaume de Serbie (p. 25) une curieuse anecdote: « Une église des environs do Nia est appelée par les paysans la Sainte-Mère de Dieu Rusalia. Un voyageur faisait remarquer à un paysan que la Mère de Dieu ne s'appelait pas Rusalia. Alors, répliqua le paysan, ce sera la Sainte-Trinité Rusalia. »
On signale en diverses localités de Bulgarie des tombeaux de Rusalkis (Rusalskia Grobiàta). C'est peut-être un souvenir des combats sanglants qui accompagnaient la fête païenne des Rusalia.
Quelle que soit d'ailleurs leur origine, les Rusalkas jouent dans le folklore russe un rôle considérable (1). Leur nom s'est évidemment substitué
(i) Les Rusalkas ont donné lieu à une littérature considérable. Outre les ouvrages ci-dessus désignés, on pourra consulter Mâchai, p. 115 et suivantes» et, dans une langue plus
à celui des Vilas. Comme les VilaSi elles vivent dans les eaux, les champs et les bois ; le peuple les redoute surtout dans la semaine qui suit la Pentecôte. Dans certaines régions leur culte se rattache à celui des morts. On croit que ce sont des âmes do jeunes filles mortes avant le mariage.
Les Tchèques, les Polonais, les Serbes de Lusace connaissent aussi des Naïades ou des Nymphes des eaux. La Chronique bohème de Cosmas raconte (F, 4) que la princesse légendaire Teta instruisit le peuple à adorer les Oréades, les Dryades, les Hamadryades. Aujourd'hui encore, dit-il : ccMultivillani, vel pagani, hic latices, seu ignés colit, iste lucos et arbores aut lapides adorât, ille montibus, sive collibus litat, alius quse ipsa fecit ydola surda et muta rogat et orat ut domum suam et se ipsum regant, d au début du livre III, Cosmas fait encore allusion aux paysans qui, à Tépoque de la Pentecôte, c offerentes libamina super fontes mactabant victimas». C^est précisément la fête des Rusalia.
Aujourd'hui le paysan tchèque connait les Vodni Panny ou zeny (Vierges ou femmes des eaux), le Slovaque les Vodopanenky (même sens). Elles demeurent sous les eaux dans des palais de cristal, se plaisent à sortir de leurs demeures et à prendre part aux divertissements de la jeunesse. En Lusace
accessible que le tchèque, Ralston, The songs of the Russian people (Londres, 1872), p. 139-146.
on les appelle Wodne jungfry (de rallemandJungifrau).
En Pologne, elles attirent dans les profondeurs des eaux les imprudents. On les appelle aussi Bogunki (petites déesses); celui qui les épouse s'appelle Boginiarz {\).
En Bohème et en Moravie on les appelle encore Nemodliki (ne, non; modlitU prier). Elles punissent les enfants qui ne font pas leur prière, entraînent les jeunes gens dans les profondeurs des eaux et les obligent à les épouser.
(i) Voir les textes cités par Mâchai, p. 149.