CHAPITRE VII
Le culte; sacrifices. — Lieux des sacrifices. — Temples. — Idoles. — Bois sacrés. ^ Sources. — Sorciers. — Oracles.
Dans les textes que nous avons cités à propos des diverses divinités nous avons rencontré des allusions à divers détails du culte païen. Il n'est pas inutile d'en donner ici la synthèse et de les compléter, s'il y a lieu.
Évidemment on adressait aux dieux des prières. Les textes n'y font point d'allusion directe. Il suffît de constater ici le rapprochement qui s'établit nécessairement entre le mot modla qui veut dire en tchèque « idole » et des verbes comme modliti se (prier) en tchèque, modlic sic (même sens) en polonais (1).
Les sacrifices nous sont attestés par de nombreux textes. D'après Procope(De bell. golh.j III, 14) les
({) Mikloâich, Etym. Wœrterbuch, sub voce.
Slaves offraient au dieu de la foudre des bœufs et toute espèce d'offrandes (fioiç rt mal Uptïa Snœyxa).
D'après Helmold (I« 52), c les hommes et les femmes se réunissent avec les enfants et offrent à leurs dieux des bœufs et des moutons et aussi des chrétiens ; ils affirment que les dieux aiment surtout le sang de ces victimes. Après le sacrifice le prêtre fait une libation avec du sang pour mieux comprendre les oracles. Car au dire de beaucoup de Slaves les démons sont plus facilement invités par le sang. Les sacrifices ayant été accomplis suivant l'usage, le peuple se livre aux festins et aux divertissements ». D'après le passage déjà cité de Helmold, « dans leurs festins et leurs orgies ils font circuler une coupe sur laquelle ils prononcent des paroles je ne dirai pas de consécration (t), mais plutôt d'exécration au nom des dieux, du bon et du méchant, déclarant que toute bonne fortune est due au dieu bon, toute la mauvaise au dieu mauvais... »
Un peu plus loin, à propos de S vantovit, Helmold nous apprend que, pour lui rendre un hommage particulier, on lui offre chaque année un chrétien désigné par le sort et que de toutes les provinces slaves on envoie chaque année les contributions établies pour les sacrifices.
Cette assertion se retrouve au chapitre vi du même livre : a Les marchands, ajoute Helmold, qui
(1) Helmold pense évidemment ici à la consécration de la messe.
viennent dans Tile de Rûgen n'ont pas la faculté de vendre ni d'acheter sMls n'ont d*abord offert au dieu quelques objets de prix, d
Jean, évêque de Mecklembourg (ch. xxiii), fut fait prisonnier par les Sorabes. Après avoir été promené par toutes les villes slaves et tourné en dérision, il fut mis à mort. On lui coupa les pieds et les mains et sa tète fichée à une lance fut offerte au dieu Radigast. Les Slaves (ch. lxix) immolaient aux démons et non à Dieu. Au chapitre lxxxiii Helmold décrit le temple de Proven, sanctuaire de toute la contréefOÙ s'accomplissaient les rites dedivers sacrifices. Saxo Grammaticus nous apprend (1) que tous les ans après la moisson les habitants de l'ile de Rugen sacrifiaient à Svantovit du bétail et faisaient ensuite un festin religieux où les viandes consacrées au dieu servaient à satisfaire la gloutonnerie des fidèles. Les historiens d'Otto de Bamberg racontent les sacrifices offerts à Triglav (Ebo, II, 13, 15, ; 111,1, 18). Nous avons chez les Slaves baltiques tout un culte organisé, des prêtres, des sacrifices, des offrandes, des pèlerinages.
Il n'est pas sûr qu'il y ait eu des temples en Russie. Rien n'atteste l'existence d'une caste sacerdotale, les idoles paraissent avoir été généralement érigées sur des lieux élevés. On leur offrait en sacrifice des victimes humaines, a Yladimirtk, dit la
(1) P. 565, édition Holder.
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Chronique (1), alla à Kievû offrir aux idoles des sacrifices avec son peuple et les anciens et les idoles dirent : Tirons au sort un jeune homme et une jeune fille et celui sur qui le sort tombera sera immolé aux dieux. » Le sort tomba sur le fils d'un Varègue chrétien ; le père refusa de livrer son enfant et s'enferma avec lui dans sa maison ; ils furent tués tous les deux. »
VladimirA, dit ailleurs la Chronique (2), établit sur une éminence plusieurs idoles, Perunû, Chorsû, Dazbogtk, StribogO. On leur offrit des sacrifices; le peuple offrit ses fils, ses filles au démon ; ils souillèrent la terre russe de leurs sacrifices... »
A Novgorodû Dobrynia éleva une idole de Perun& et les Novgorodiens lui offrirent des sacrifices comme à Dieu.
VladimirO une fois converti fit élever une église de Saint- Basile sur la colline où était l'idole de Perunû (3), là où le prince et le peuple faisaient des sacrifices. Ces sacrifices s'appellent tréby, les lieux de sacrifice trébisca.
D'après la Chronique des églises de Novgorodn (p. 172), révèque Joachim en 988détruisit les lieuxde sacrifices. Dans la vie de Constantin deMuromûqui date du xvi* siècle mais qui se fonde évidemment sur des textes plus anciens (4), le biographe rappelle
(1) Dite de Nestor^ année 983, p. 67 de ma traduction.
(3) Voir le chapitre consacré à Perunû.
(4) Cité par Kotliarevskij, Pogr. Obyb., p. 124.
la conversion de cette ville et demande : c Où sont ceux qui faisaient des sacrifices aux rivières et aux lacs, ceux qui égorgeaient les chevaux sur les morts ? »
Dans le passage que nous avons déjà cité, Dlugosz, seul parmi les annalistes polonais, dit quelques mots des temples, des sacrifices des fêtes annuelles qui s'appelaient stado, station, réunion. Il a probablement beaucoup inventé.
Parmi les chroniqueurs tchèques Cosmas est le seul qui insiste sur les rites païens : mais toujours en termes académiques. Il ne fait aucune allusion à des sacrifices humains, « Celui-ci, dit-il (1, 4), faisant allusion aux rites païens qui existaient encore de son temps, apporte des offrandes aux montagnes ou aux collines (litat)^ cet autre invoque les idoles qu'il a faites lui-même et les prie de gouverner sa maison. » Plus loin (IIF, 1) il raconte comment le prince Bretislav III supprima en 1092 un certain nombre de restes du culte païen ; par exemple les fêtes qu'on célébrait vers l'époque de la Pentecôte où l'on apportait des offrandes aux sources, où Ton immolait des victimes au démon, et les
jeux funèbres sur lesquels nous reviendrons plus loin.
J'ai étudié plus haut les mots qui désignent l'idée de sacrifice (voir p. 3). Elle est le plus souvent exprimée par une racine tréb^ qui veut dire exiger : sacrifier, c'est offrir aux dieux ce qu'ils exigent.
Il existe dans les pays slaves un grand nombre de localités où se retrouve cette racine tréb, depuis Trebinia en Herzégovine, jusqu*à Tfebova en Bohème et Terebovl en Galicie. Ces noms désignent-ils d'anciens lieux de sacrifices ou viennent-ils simplement d'une racine treft, « détruire» ? Désignentils des lieux de sacrifices ou des localités où l'on a détruit les forêts : la question vaudrait la peine d'être étudiée de près.
On rencontre des bois et des arbres sacrés.
Thietmar mentionne le bois sacré de Zutibure, c ab accolis ut Deum in omnibus honoratum » (VI, 38). Zutiburct c'est en slave baltique sventibor^ exactement le bois sacré. Le nom existe toujours sous la forme Schkeitbar (entre Lûtzen et Zwenkau). dette forme barbare suffit à donner une idée de la façon dont l'allemand a défiguré la toponomastique slave (1).
Un des historiens d'Otto de Bamberg nous parle d'un noisetier ou noyer sacré (2). En Bohême le nom de Raj (paradis) désigne un certain nombre de bois.
(1) Kollar dans son Commentaire sur Slavy Dcera (livre II, Sonnet 28) a relevé un texte curieux dans la Chronique de Merseburg de Brottulf : d'après ce texte personne ne pouvait dans ce bois couper un arbre ou une branche sous peine de mort : les Wendes païens s'y réunissaient pour certaines fêtes. Le chroniqueur allemand prend Zuttiberus pour le nom d'un démon.
(2) Ebbo, II, 18.
Au témoignage d'un savant tchèque, M. B. Jelinek (Revue Cesky lid^ III, p. 78), on trouve dans ces bois des cendres, des ossements qui permettent de supposer que ces bois étaient des lieux de sacrifices. L'auteur du travail en question a relevé dans la toponomastique tchèque un certain nombre de noms qui paraissent se rattacher à des idées religieuses Svatà, S vatépole, Svatà hora (svat=saint) Vyseboha, Nizebohy, Boharne, Bozna, Zbozna, Zboznice, Svetice, Svatobor, Modlany, Modlenice. Dans tous ces noms en effet on trouve une idée religieuse, mais pour chacun d'eux il y aurait lieu de discuter si cette idée a ses origines dans la religion païenne ou dans la légende chrétienne. Cosmas (I, 4 ; III, 1) fait allusion à des bois sacrés. Il fait aussi allusion à des fontaines sacrées {super fontes mactabant). Thietmar (livre 1,3) mentionne dans le district des Glomaci (aujourd'hui Lommatsch en Saxe, aux environs de Meissen) une source miraculeuse. Elle donne naissance à un marais. Lorsque la paix et l'abondance doivent régner, la source est pleine de blé, d'avoine et de glands et les indigènes tirent de ce phénomène un heureux présage. Aux approches de la guerre la source se remplit de sang et de cendres. Au temps de Thietmar les chrétiens avaient encore plus de vénération pour cette source merveilleuse que pour les églises du voisinage.
Au xii* siècle, en Bohême, les prédicateurs mettaient encore les fidèles en garde contre le culte
des arbres et des sources (1). <^ Âlii solem, alii lunam et sidéra colebant, alii flumina et ignés, alii montes et arbores sicut et adhuc pagani multi faciunt et plurimi etiam in hac terra nostra adorant dœmonia et tantum modo christianum nomen habentes pejores sunt quam pagani. »
Thietmar mentionne (VIII, 59) une montagne située dans le pagus silensis (en Silésie), montagne très haute qui à cause de ses dimensions était un objet de culte pour les païens.
J'ai déjà, dans le chapitre sur Perunû et saint Élie, signalé les textes relatifs au culte du chêne chez les Russes. Afanasievb a relevé des locutions russes relatives à ce culte des arbres. « Ils naissaient dans les bois, ils priaient les troncs ; ils vivaient dans le bois, ils priaient un tronc ; vivre dans le bois, prier les troncs comme Dieu, dit le paysan en parlant de ses ancêtres païens d (2). Le folklore russe croit au lèàij ou démon des bois.
Nous avons à diverses reprises parlé des temples des dieux bal tiques : ces temples étaient le théâtre de rites plus ou moins compliqués. D'après Helmold (1, 53): c les hommes et les femmes se réunissent avec les enfants et offrent à leurs dieux des bœufs, des moutons et aussi des chrétiens ; ils affirment
({) Voir les textes cités par Zibrt, Seznam Povért p. 37. Le folklore russe croît au Icsij ou démon des bois. (2) Afanasievû. Tome II, p. 325.
que le Dieu aime surtout le sang de ces victimes. Après le sacrifice le prêtre fait une libation avec le sang pour mieux comprendre les oracles. Car, au dire de beaucoup de Slaves, les démons sont plus facilement invités par le sang. Lessacrifîces une fois accomplis, le peuple prend part à des festins et à des divertissements. Dans leurs festins ils font circuler, etc. » (voir plus haut, p. 154, la suite de ce texte).
Un peu plus loin à propos de Svantovit il est question de sacrifices humains. On lui offrait annuellement un chrétien tiré au sort, a De toutes les provinces des Slaves on envoyait dans ce temple les taxes établies pour les sacrifices . » Ailleurs (§ 38) Helmold déclare que les Rugiens n'avaient point de monnaie ; tout ce qu'ils pillaient d'or et d'argent ils l'employaient pour faire des ornements à leurs femmes ou le versaient dans le trésor de leur dieu, a Les peuples qu'ils ont soumis par les armes, dit encore Helmold (§ 36), ils les font tributaires de leur temple. »
On peut citer encore les témoignages de Helmold : 1* Sur le temple de Rhetra établi dans une ville qui est fermée par neuf portes et entourée d'un lac de tous côtés (I, 13). c On y entre par un pont de bois sur lequel on ne laisse passer que ceux qui viennent sacrifier ou consulter les oracles, x)
2* Sur le temple de Svantovit dont nous avons déjà parlé (I, 6).
3* Sur le meurtre rituel de Tévèque Jean de Mecklembourg dont la tète fichée sur une lance fut offerte au dieu Radigast (I, ?3).
Au chapitre lxix de la Chronique il est question de sacrifices en Thonneur des démons.
Il est égalementquestion des bois sacrés détruits parl'évêque Gérold.
En étudiant le culte de Svantovit nous avons cité les textes de Saxo Grammaticus relatifs aux temples appelés continœ, aux sacrifices de bétail, au gâteau sacré. Le biographe d'Otto de Bamberg (Ebbo, II, 13, 15; III, 1, 18) nous apprend également qu*on offrait du bétail en sacrifice notamment au dieu Triglav.
D'après les historiens des Slaves baltiques, certains de leurs temples auraient été parfois des édifices richement ornés et dignes d'appartenir à des peuples très avancés en civilisation. Il y a lieu, je crois, do faire de sérieuses réserves sur des témoignages assez suspects.
Le principal temple de Stettin (voir les textes cités à propos de Svantovit et de Triglav) était construit avec un art merveilleux ; sur les murailles au dedans et au dehors s'étalaient des bas-reliefs représentant des hommes, des enfants, des oiseaux et peints de couleurs si excellentes que ni la pluie ni la neige ne pouvaient les altérer. A Gostkov s'élevaient des temples somptueux ornés d'idoles colossales d'un art merveilleux, si lourdes que plu-
sieurs paires de bœufs pouvaienti au dire d*Ebbo» à peine les traîner ; les habitants consacraient à leur entretien des sommes d'argent considérables (1).
Le temple de Radigast à Rhetra était en bois ; il était orné de statues des dieux et des déesses de même nature. Il servait de lieu d'assemblée, on y faisait des divinations. Thietmar (VI, 17) décrit dans la ville de Riedgost (peut-être Rhetra) un temple construit en bois et qui est supporté sur des cornes d'animaux. Les parois extérieures sont revêtues d'images de dieux et de déesses merveilleusement sculptées ; à l'intérieur s'élèvent des dieux faits à la main, portant leurs noms gravés (2), revêtus de casques et de cuirasses ; la principale idole est celle du dieu Zuarasici. Nous avons déjà discuté ce nom.
Saxo Grammaticus décrit le temple d'Arkona (voy. plus haut) orné d'après lui de sculptures et de peintures assez grossières.
c Autant il y a de régions dans ces parties, dit encore Thietmar (VI, 18), autant il y a de temples et les images des démons sont adorées par les infidèles ; c'est au temple qu'ils viennent au moment de faire la guerre, c'est là qu'ils rapportent des présents après une expédition heureuse et, ainsi que je l'ai dit, c'est par le sort et notamment par la divination du cheval qu'ils apprennent quelle victime
(1) Ebbo, III, 9; Herb., III, 7.
(2) On a beaucoup discuté sur ce témoignage. Jusqu'ici rien ne prouve qu*il y ait eu des runes slaves.
194 MYTHOLOGIE SLÂYS
doit être offerte aux dieux. Le peuple appelé les Lutices ne reconnaît pas de divinité spéciale. »
Les Slaves construisaient-ils eux-mêmes ces temples ? Appelaient-ils pour les édifier des artistes étrangers? Nous manquons de documents à ce sujet. Le géographe arabe Masoudi (x* siècle) avait entendu parler des temples des Slaves : il ne les avait pas visités ; il n'en parle que par ou!-dire et avec toute la fantaisie d'une imagination orientale. Le lecteur n'aura pas l'idée d'aller chercher ce qu'il en dit au chapitre lxvi (tome IV) des Prairies d'or. Je reproduis ici cette description fantastique, en faisant y bien entendu, toutes les réserves de droit :
c II y avait chez les Slaves plusieurs monuments sacrés : l'un était bâti sur une des montagnes les plus hautes de la terre, au dire des philosophes. On vante l'architecture de ce monument, la disposition habile et les couleurs variées des pierres qu'on y avait employées, les mécanismes ingénieux placés sur le faite de l'édifice de façon à être mis en jeu par le soleil levant, les pierres précieuses et les œuvres d'art qui s'y conservaient, lesquelles annonçaient l'avenir et mettaient en garde contre les calamités de la fortune avant leur accomplissement ; on cite enfin les voix qui se faisaient entendre du haut du temple et l'effet qu'elles produisaient sur les assistants.
c Un autre temple avait été construit par un de
leurs rois sur la Montagne noire. Il était entouré de sources merveilleuses dont les eaux différaient de couleur et de goût et renfermaient toutes sortes de propriétés bienfaisantes (1). La divinité adorée dans ce temple était une statue colossale, représentant un vieillard tenant un bâton avec lequel il évoquait les squelettes hors de leurs tombeaux; sous son pied droit on voyait des espèces de fourmis ; sous son pied gauche des oiseaux au plumage noir tels que des corbeaux et d'autres oiseaux et des hommes d'une forme qui appartenait à la race des Abyssins.
ce Un troisième temple s'élevait sur un promontoire entouré par un bras de mer (2) ; il était bâti en blocs de corail rouge et d'émeraude verte. Au centre se dressait une haute coupole sous laquelle on avait placé une idole dont les membres étaient formés de quatre pierres précieuses, de béryl, de rubis rouge, d'agate jaune et de cristal de roche. La tète était en or pur (3). Une autre statue placée en face représentait une jeune fille qui lui offrait des
(i) A la rigueur, cette description pourrait s'appliquer aux montagnes de la Bohème ou aux Carpathes. Un orientaliste russe, M. Fr.Westberg, dans un travail en allemand publié au Bulletin de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg (1899. Tome XI, n« 5, p. 212)9 s'est occupé de ce passage de Masoudi. 11 croit qu'il ne s'agit point de Slaves et que les temples en question devaient être situés dans le Caucase.
(2) Arkona (?). M. Westberg croit qu'il s'agit de la presqu'île de l'aman.
(S) Cf. La barbe d'or de Peruuiu
sacrifices et des parfums. Les Slaves attribuaient Torigine de ce temple à un de leurs sages qui vivait à une époque reculée. • . >
Nous avons constaté l'existence d'une caste sacerdotale chez les Slaves de la Baltique et de TElbe. Cette caste ne parait pas avoir existé chez les Slaves de Russie, ni chez les Slaves balkaniques très rapidement convertis au christianisme.
En revanche, chez les Slaves occidentaux et chez les Russes on voit également figurer des sorciers, des magiciens. Le sorcier s'appelle en ancien russe vlûchvûf la magie vlûéba. Ce mot n'existe qu'en russe et parait se rattacher à une racine velSf d'oùvlûsn^ti^ balbutier, murmurer des paroles magiques. Cette étymologie parait être du même ordre que celle du russe moderne vracû qui veut dire aujourd'hui le médecin, mais qui probablement voulait dire jadis celui qui charme le mal par ses paroles (1).
L'enchanteur s'appelle encore carodéecû^ celui qui fait des cary, tchèque carodéjniky polonais czarodziej (en kaschoube c&recel). Le sens primitif du mot carù n'est pas connu. En tchèque et en wende, le mot cara veut dire raie, barre. Le carodéecù ne serait-il pas celui qui dessine des caractères magiques ? Le tchèque et le polonais connaissent en-
(i) Le serbe a vrabar au sens de sorcier.
core cémokniznikf czamoksiçznikf celui qui se sert de livres noirs, c'est-à-dire démoniaques. Nous avons bien en français la magie noire.
Chez les Slaves baltiques, les magiciens n'apparaissent pas nettement à côté de la caste sacerdotale. On les rencontre au contraire en Bohême et en Russie. Cosmas fait de la princesse légendaire Libuâe une pythonisse et une prophétesse (III, 8). Il rapporte sous l'année 1093 comment le prince Bfetislav II fit chasser de ses États les devins et les magiciens (II, 136). Us revinrent bientôt naturellement; rhomiliaire de l'évêque de Prague (xn* siècle) y fait de nombreuses allusions (1).
La Chronique russe dite de Nestor raconte, sous l'année 1091, des exploits de magiciens. Je renvoie les curieux à ma traduction (p. 148-149).
Certains sanctuaires étaient célèbres par les oracles qu'on venait y consulter. < Svantovit, dieu des Rugiens, était, dit Helmold (I, 52)^ celui dont les oracles étaient les plus certains... » Le prêtre prédisait l'abondance ou la disette d'après la quantité de liquide restée dans un vase, d'après la hauteur d'un gâteau (2).
(1) Cité par Zibrt, Seinàm, p. 85.
(2) Aux textes que j*ai cités dans le chapitre sur Svantovit relativement à cette croyance dans le folk-lore moderne peut s'ajouter celui-ci : c Le maître de la maison se cache derrière les blinis (crêpes) et demande : Ma commère, me vois- tu? — Elle répond : Je note vois pas. — Dieu fasse, reprend le maître de maison, que tu ne me voies pas non plus Tannée pro-
198 MYTHOLOGIE 8LAYB
Il prédisait aussi Tavenir d*après la manière dont un cheval passait à travers des lances disposées d'une certaine façon. Nous avons cité plus haut les textes. (Voir Tindex sub voce Cheval.)
Thietmar (VI, 24) parle assez vaguement d'oracles dans lesquels un cheval sacré joue un rôle. Ce cheval passe sur deux lances fichées à terre. Parfois aussi, diMl, un sanglier énorme sort de la mer et apparaît aux croyants épouvantés.
La Chronique dite de Dalimil signale le hibou (vyr) comme un oiseau sacré.
D'après Saxo Orammaticus (XIV, p. 567, éd.
Holzer), les Rugiens, avant de tenter quelque entreprise, tiraient des présages des animaux qu'ils rencontraient, de morceaux de bois blancs ou noirs, de lignes paires ou impaires tracées dans la cendre par des devineresses. Les biographes d'Otto de Bamberg (Herbord, II, 32, 33; Ebbo, II, 12; Priefling, II, 11) parlent encore en termes assez vagues de divinations par les coupes et par les sorts. On ne sait exactement ce qu'était cette divination par les coupes. . . Une fête annuelle était célébrée à Pyris; elle avait un caractère tout ensemble rustique et guerrier; une autre à Volyn (Ebbo, II, 12, 13).
chaîne» (Seinû, Materialy dlja izuàenija byta Sev. Zap, Kraja, t. II, p. 601).