INTRODUCTION IX
purement et simplement empruntées aux livres apocryphes, c'est-à-dire à la littérature chrétienne.
Pour que la mythologie slave entrât définitivement dans le domaine de la science, il fallait que le terrain fût déblayé des matériaux apocryphes qui Tencombraient. Les progrès de la critique dans ces dernières années ont enfin permis de réaliser cette condition préalable. Sans doute le domaine de la mythologie slave est devenu fort étroit, mais l'on sait au moins d'où Ton doit partir — si l'on ne sait pas toujours où Ton va.
Le grand ouvrage russe d'Afanasievû : Vues poétiques des Slaves sur la nature (3 vol., Moscou, 1866-69) constitue encore aujourd'hui un répertoire des plus précieux, mais l'auteur veut tout ramener aux théories mythologiques en faveur à l'époque où il écrivait et la mythologie s'y noie dans le folklore (1). Il est d'ailleurs fort peu critique.
(1) Voir sur Afanasievû la notice très juste de M. Kirpicnikovû dans l'ouvrage de Vengerovû : Kritiko bibliografiàeskij slovarï russkichû ptsa£e2ej (Dictionnaire des écrivains russes, tome I, p. 860 et suivantes) C'est en grande partie à Afanasievû que feu Ralston a emprunté les matériaux de ses deux ouvrages sur les chants et les contes du peuple russe : The songs of the Russian people (Londres, 1872); Russian folktaies (ib., 1873).
Il y a aussi de sérieuses réserves à faire sur le livre de feu Kotljarevskij : Les usages funéraires des Slaves païens {Moscou y 1868). J'avais lu ce livre dans le temps en compagnie de mon regretté ami Bergaigne. Il était fort enthousiaste et m'avait proposé d'en faire à nous deux la traduction ; malgré tout mon respect pour la mémoire de Bergaigne et de Kotliarevskij qui furent tous deux pour moi des amis très chers, je crois pouvoir dire que notre travail eût été du temps perdu. Sur les deux cents pages qui composent le volume (1) il n'y en a plus aujourd'hui qu'une cinquantaine à retenir. Kotliarevskij mettait à profit des textes apocryphes — et bien qu'il s'en défendit, — les textes arabes qu'il cite me paraissent beaucoup moins se rapporter aux Slaves de Russie qu'aux Varègues, c'est-à-dire aux immigrés Scandinaves.
Il n'y aurait pas dix pages à utiliser dans le livre de M. FamincynO (Famintsyne) sur les divinités des anciens Slaves {Bozéstva drevnichû Slavjanû, Saint- Pétersbourg, 1884).
(1) Le titre russe de l'ouvrage est : pogrebaljnychû obycajachû jazyceskichû Slavjanûf Moscou, 1868. Une seconde édition a été publiée par TAcadémie de Saint-Pétersbourg (dans l'édition générale des œuvres de Kotljarevskij^ 1891).