‹ La MythomanieChapitre 13 sur 25 · NS NES Z · texte numérisé non relu

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vent prolongées ou compliquées, toujours pénibles. Gardant l'anonyme ils jouissent, en secret ou avec leurs confidents, des effets de leurs machinations.

C’est ainsi qu’un grand nombre de ces sujets sont les organisateurs conscients et malicieux de séances de spiri-

tisme, de faits d’occultisme, de miracles ou d'histoires de mai-

sons hantées :

Observation XV Résumé de l’histoire d'une Maison hantée publiée dans « Le Spiritisme devant la Science », de GRASSET.

La scène se passe dans une ville de moyenne importance du grand duché de Gérolstein que Grasset appelle Daïmonapolis pour fixer les idées.

Dans un des faubourgs habite une famille composée :

du grand-père un peu superstitieux, journalier ;

du père âgé de 31 ans, cultivateur, timide et doux;

de la mère, 40 ans, mariée en secondes noces, intelligente, vive, méridionale, très exhubérante ;

de six enfants : deux du premier lit :

Jean 20 ans, journalier, paisible, caractère enfantin ;

Jeanne 15 ans, soignée en 1903 dans le service de M. Grasset pour hystérie convulsive ; physionomie ouverte, moralité détestable ;

Quatre du second lit : 8, 6, 4 et 2 ans.

Tous les jours le grand-père etle fils aîné Jean partent le matin pour le travail.

Le 4 décembre 1901 Jeanne, après leur départ, va chercher du linge dans la chambre du grand-père et ne remarque rien d’anormal, dit-elle. Dans l'après-midi la mère M° A... va faire la chambre et est étonnée, en entrant, de trouver le lit bouleversé. i

Le grand-père interrogé le soir, se disculpe et voit dans ces phénomènes une intervention surnaturelle; il demande de faire dire une messe à l'intention des âmes de son fils et de sa fille.

À partir de ce jour se succèdent une série de fait inexplicables dont la maison est le siège ; ses habitants en parlent aux voisins, la population s’émeut et un coiffeur de la localité écrit à Géralstein au rédacteur en chef du journal : le Messager de l'Occulte, la lettre suivante qui résume les faits:

« Je crois bien faire en portant à votre connaissance un fait qui doit « vous intéresser. E « Une famille presque pauvre, composée du père et de la mère, du « grand père et de six enfants, habite Daïmonopolis, sur la colline, «une petite maison de campagne qu'elle loue. Depuis vingt-quatre « jours, îl se passe des choses vraiment extraordinaires : dès que ces « personnes ont tourné les talons, les couvertures, draps et matelas, « sont jetés au milieu de Ja chambre, les chaises, tables, renversées, « les couvertures portées au milieu du terrain qui entoure la maison. « Un voisin a tendu une sorte de piège : il a ficelé les matelas, les « espagnolettes des fenêtres, apposé des scellés, répandu de Ja sciure « tamisée dans les appartements; pendant les quatre jours que les 1« appartements sont restés dans cet état, rien d'anormal ne s’est « produit. ; | « Mais deux jours après, cela a recommencé de plus belle; le chien « enfermé s’est trouvé dehors sans qu'on ait vu'ouvrir la porte; il y a « trois Jours la fillette de 15 ans a eu, au lit, les cheveux coupés. Des « chrysanthèmes, des lys, des giroflées, des échalottes ont été. « dévastés, Les enfants de 15, 5 et 4 ans affirment avoir vu briser les « plantes, sans voir personne; ils ont vu aussi une armoire s'ouvrir et

le linge tomber à leurs pieds; la nuit des coups sont frappés aux

« murs et sur les meubles...

« Est-ce du spiritisme ? Je ne sais. M. le Curé ne s’est pas pro- « noncé... Je me tiens à votre disposition pour tous renseignements « complémentaires... Si vous voulez bien m'indiquer quelques données r pour arriver à éclaircir cela, je vous en serai très obligé... Recevez, « Monsieur, »

Le rédacteur du journal demande alors de nouveaux détails et donne dans une lettre quelques indications sur les causes probables des faits rapportés :

« Il ya, en général, dans les maisons ou les lieux dits hantésun être, « une jeune femme ou une jeune fille le plus souvent, qui, à son insu « joue le rôle du médium. Le médium est une sorte de pile humaine « qui produit une sorte d'électricité, etc... Y a-t-il parmi les enfants « qui habitent la maison une jeune fille sur le point d'être nubile? On « a remarqué que, presque toujours, cela était ainsi dans les maisons « hantées, » {

Sur ces entrefaits Jeanne maigrit, perd l'appétit, prend mauvaise mine et le docteur E.. , qui la voit en passant, conseille de la mettre à l'hospice. D'ailleurs son éloignement permettra d'apprécier son in-

NO

fluence sur les phénomènes actuels. Entrée à l'hôpital la malade y fait une crise d'hystérie.

Pendant l'absence de Jeanne rien d’anormal ; au bout de huit jours elle rentre chez elle et les phénomènes antérieurs se reproduisent.

Mais Jeanne a maintenant des crises d'hystérie très fréquentes.

Sa mère va consulter une somnambule qui n'hésite pas et prononce que Jeanne est poursuivie par quelqu'un qui lui a jeté un sort.

Elle place devant la jeune fille un verre rempli d'eau reposant sur une assiette blanche et lui persuade qu'elle doit y voir une figure. Jeanne la décrit alors et jure qu'elle la reconnaîtra désormais : cest une vieille femme. Mme A...se rappelle alors qu'à la mort de sa mère,

comme celle-ci agonisait longuement, l'entourage de la malade pensa.

que par vengeance quelqu'un l'empéchait de rendre le dernier soupir: Ace moment une voisine conseilla une pratique occulte qui désigna comme la cause de tout le mal une amie de la mourante entrant au même instant, celle-ci fut jetée à la porte par la famille de la moribonde. C'est encore elle qui évidemment les poursuit de sa haine.

Pour s'en assurer on décide d'interroger les esprits frappeurs, et un matin on entend des coups frappés contre la cloison qui sépare la chambre de Jeanne de celle de ses parents. L'esprit est là, on s'entend avec lui et on lui dit de répondre en frappant deux coups pour dire : oui ; trois pour dire : non.

(Les coups répondant aux questions sont frappés près du lit où Jeanne est couchée, Les parents sont de l’autre côté du mur dans leur lit). L'esprit désigne la vieille femme en question, qui, dit-il, en veut à Jeanne,

À quelques jours de là celle-ci reconnaît dans un groupe de femmes la vieille qu'elle a vue dans le verre et qui n’est autre que la personne incriminée.

De nouveaux phénomènes viennent s'ajouter aux anciens :

Bougies allumées, couronnes et croix faites avec des herbes sèches

et posées sur le Hit du grand père; différents objets disparaissent et sont retrouvés parfois loin de la maison ; Jeanne couchant avec sa mère se sent piquée et on trouve dans les draps des épingles, des fourchettes, etc..., un jour le lit est pris de tremblements impossibles

à expliquer.

Mine À... désireuse d'avoir une explication avec « la vieille » va con-

sulter la somnambule qui conseille de s’enférmer et vers 11 heures du soir de brûler un chat vivant, mais elle recommande de ne sortir sous

aucun prétexte.

Au moment où on brûle le chat on entend un grand roulement, de grands coups à la porte et sur la cloison ; on s'attend à voir apparaître « la vieille » lorsque tout à coup Jeanne, qui était couchée, pousse un grand eri, se sent serrée à la gorge et entre en pleine crise d’hystérie qui dure plusieurs heures.

On l'envoie à l'hôpital de Montpellier où elle entre le 20 février 1902.

Du jour où Jeanne a quitté la maison de ses parents, les phénomènes extraordinaires ont cessé et il ne s'est rien produit d’anormal.

Pendant son séjour à l'hôpital elle a eu trois grandes crises d'hystérie et de nombreuses petites crises convulsives.

Pas d'hallucinations.

Anesthésies variables et étendues.

Rétrécissement du champ visuel.

Sens moral très affaibli : elle court après les jeunes malades de Vhôpital, dérobe de l'argent et différents objets à ses camarades. Effrontément menteuse elle invente de toutes pièces des histoires scandaleuses dont elle‘se fait l'héroïne; s'amuse la nuit à frapper contre le bois de sa table de nuit pour faire croire à la présence « d’esprits » disant à la veilleuse : « As-tu entendu ? On a frappé ».

Lotions tièdes, traitement électrique, repos. Les crises disparaissent. Le caractère se modifie en bien.

La première impression évidente, comme le dit Grasset, est qu'il y a là un mélange de jonglerie ou de fumisterie, d'hystérie ou de névrose et enfin de crédulité ou de bêtise. K

Toute la famille ne paraît pas être complice.

Jeanne est l'actrice principale.

Les aventures de ce genre plus ou moins savamment machinées sont l’œuvre, enrichie et compliquée par la crédulité et la suggestion de l'entourage, de mythomanes malicieux, exploiteurs de la foi au merveilleux, tourmentés par le désir de paraître et de semer chez autrui l’étonnement, le trouble et l'intrigue.

Une seconde manifestation Ste de la mythomanie maligne est représentée par l’hétéroaccusation calomnieuse, La lettre anonyme constitue un procédé courant qui montre bien l'absence de tout élément vaniteux dans les formes purement malignes ; elle met bien par contre en lumière

le caractère de lâcheté et de sournoiserie de ces manifestations morbides. Mais il existe aussi de nombreux cas d’hétéroaccusation calomnieuse avec dénonciation formelle, orale ou écrite, aux autorités, du prétendu coupable. Le mobile incitateur est le plus souvent haine, jalousie ou désir de vengeance. Un des principaux caractères de ces épiso-., des est la disproportion frappante qui existe entre l'insignifiance des griefs accusés et l'importance des manœuvres

dirigées contre la victime.

Observation XVI

P. Garxier.— Les hystériques accusatrices. Bulletin Médical, 1903.

Louise H..., âgée de dix-neuf ans, fille d'une mère hystérique et nièce d’un aliéné, a eu une enfance maladive : à sept ans fièvre typhoïde, deux ans plus tard, chorée, et à dx ans, premières attaques d'hystérie. = L'intelligence était d’ailleurs assez vive bien qui il yeût plus d’ apparences que de fonds.

A dix-sept ans, à la suite de l'avortement d’un projet de mariage, Louise H..., mettant à profit certaines circonstances mystérieuses dans lesquelles était mort le père de son ex-fiancé, porta contre le jeune homme et la mère de celui-ci, ainsi que contre l’un de leurs employés,’ des accusations qui eurent pour résultat de faire prononcer contre ces

trois personnes une condamnation à six mois d'emprisonnement pour

coups el blessures...

Après la revision du procès qui réduisit enfin à néant les alléga-

- tions de Fhystérique, ce fut son propre père que Louise H...

dénonça comme étant le vrai coupable. Pourtant la jeune fille eut une défaillance dans son rôle d’accusatrice. Lorsqu'elle vit son père, arrêté sur sa dénonciation, entrer entre deux gardes dans le cabinet du chef de la sûreté, elle eut une crise convulsive, et sous le coup de l émotion qui s'était emparée d’ elle, elle avoua que cette fois encore, elle avait cédé au besoin de calomnier.

Son'exaltation fut telle, dès ce moment, qu'il fallut la faire conduire à l’Infirmerie spéciale. Louise H... s'était affirmée suffisamment dange- | gereuse par sesmensonges morbides, pour rendre nécessaire la mesurede l’internement.

Dans les commentaires dont il accompagne cette observaton, P. Garnier dit fort judicieusement : la suggestion ici n'a rien créé, elle n'a fait qu'utiliser des éléments innés (propension au mensonge, amour-propre, besoin de nuire), Joints à une rancune actuelle et violente, en un mot, tous les éléments de cette même tendance accusatrice, qui souvent entre en jeu d'elle-même. |

L’hétéro-accusation génitale est une fréquente manifestaüon de la fabulation, maligne : viol, attentat à la pudeur, adultère dramatique, grossesse ou avortement criminels.

Un curieux cas d’autohétéroaccusation rentrant dans cet

ordre est le suivant :

Observation X VII Observation prise dans le Service de M. Garnier. MaxerT. — L'autohétéroaccusation chez les hystériques, 1903.

BI... D..., âgée de 30 ans, sans profession.

Dénonce une sage-femme, la Vve B..., âgée de 58 ans, qui, sur ses instances, a exercé sur elle des manœuvres avortives.

Ses aveux sont recueillis, et une inculpation d’avortement etde complicité d’avortement-est lancée contre Bl... D... et la Vve B.

Comment l'attention du juge d'instruction fut-elle mise en éveil ? Nous l’ignorons, mais Bl... D... est envoyée au D" P. Garnier à fin d'examen médical.

Devant M. Garnier, BL... D... recommence son récit, semblable de tous points à la dénonciation primitive, inclase au dossier. Nous y relevons les phrases suivantes : « Une dame de mes amies, à laquelle j'avais avoué mon état de grossesse, et la situation délicate où je me trouvais, n'étant pas mariée, me donna l'adresse de la veuve B..., coutumière de ce genre d'opérations. Je m'y rendis sur-le-champ. Après une longue attente, je fus introduite auprès d'elle, lui exposai mon cas et Je désir d’être débarrassée de mon enfant. Quand J'eus accepté le prix demandé pour ses soins, la veuve B... consentit, et, séance tenante, procéda à l'opération. » .

Là s'interpose une description noble. destinée à Ctayer ses

dires, de l'appartement de la sage-femme, depuis les meubles disposés

dans l’antichambre, jusqu'à l'emplacement du canapé rouge où elle s’étendit. L'orientation et lenombre des fenêtres de la pièce, la couleur des rideaux, rien n'est passé sous silence. De même, tous les outils ayant servi à l'intervention, sont minutieusement énumérés et décrits. Le mode opératoire, la durée de l'intervention, les recommandations de discrétion de la sage-femme qui l'accompagne jusque dans l'escalier, sont l’objet de longues dissertations. Bref : « Cinq jours plus tard, prise de douleurs, j'expulsai un fœtus de trois ou quatre mois, que j'ai jeté dans les fosses d’aïsances. Bourrelée de remords et craignant à tout moment que mon secret ne soit découvert, je suis venue me dénoncer, dans l’espoir qu’on tiendrait compte de mon repentir. Il me semble d’ailleurs, que tout le monde est au courant de mon crime; j'entends partout qu'on m'appelle : avorteuse, avorteuse. »

Bl... D... appartient à une famille des plus honorables. Rien de particulier à noter dans ses antécédents héréditaires.

Antécédents personnels.— Fièvre typhoïde à l'âge de 6 ans. Réglée vers l’âge de 12 ans; a toujours été irrégulièrement menstruée.

Semble avoir une disposition au mensonge. Vers 14 ans, elle a échafaudé déjà tout un roman : un Monsieur, bien mis, âgé, décoré, l'ayant attiré dans un endroit écarté des Champs-Elysées, lui aurait montré ses parties génitales.

Vers 17 ans a présenté des attaques nettement hystériques.

Ce serait sa première grossesse.

Au point de vuede l’état mental, on peut noter actuellement une tendance aux idées de persécution, des interprétations délirantes, quelques hallucinations auditives.

Examen physique. — Rétrécissement du champ visuel surtout marqué à droite; abolition du réflexe pharyngé, pas de troubles de la sensibilité, pas de signes d’éthylisme.

L'aspect objectif des organes génitaux internes ne semble pas en rapport avec un avortement de quatre mois si récent. .

L'information judiciaire aboutit à la mise à néant des allégations de BI... D... La sage-femme, dont l'adresse seule était exacte, put sans peine démontrer le mal fondé de la dénonciation dont elle était victime.

Comme on le voit ici la fable se présente a priori, dans sa forme et dans son fond, comme dans son encadrement, avec une telle apparence de vraisemblance que l'entourage s’émeut, qu’une enquête judiciaire s'ouvre et que la victime est interrogée.

Tout met en lumière les caractères classiques, décrits par M. Dupré, de ce genre d’accusations : apparence lucide, sincère et désintéressée de l’accusateur, vraisemblance du crime rapporté; caractère précis, détaillé, luxueusement descriptif, presqueinvariable dans les termes du récit accusateur; le plus souvent affaire dramatique entourée d’un certain mystère.

Les exemples abondent dans la littérature médico-légale de ces romans criminels, à caractère génital, inventés par les mythomanes et qui sont imputés à l'hystérie parce qu'on les observe souvent en effet chez des sujets qui présentent des stigmates ou des accidents hystériques. ?

Le viol est presque toujours le crime de choix dénoncé par les accusatrices. P. Garnier a montré qu'il fallait chercher les raisons de ce choix dans le caractère particulièrement odieux de ce crime, la sympathie, la curiosité et lintérèt qu'il suscite dans l'entourage et le public; l’auteur est heureuse d’être plainte, flaittée d’être remarquée, mettant bien en évidence vanité, malignité et amoralité.

Dans d’autres cas il s’agit de tentative d’assassinat, de violences graves exercées dans un but de vol et de vengeance. Quel que soit le genre de ces manifestations, elles sont le plus souvent provoquées par une femme. Contrairement à l'œuvre mythopatique simplement vaniteuse elles comportent l’hétéroaccusation par insinuation, par dénonciation, ou par reconnaissance du prétendu coupable, ou enfin par collaboration ultérieure à l'erreur judiciaire.

Tout ce processus de fabulation peut aussi être mis en œuvre pay une mentalité amorale, obéissant à des mobiles vicieux tels que la cupidité ou la lubricité. C'est la m#ythomante perverse, rarement simple, presque toujours associée à l'élément vaniteux et surtout à l'élément malin. La mythomanie perverse de nature cupide est celle que repré-

sentent les grands escrocs, chefs de grandes entreprises

frauduleuses qui déploient un talent si extraordinaire dans l'échaffaudage de leur roman intéressé. Telssont les escompteurs de fortunes qui, par des phénomènes successifs de suggestion analogues à ceux dont nous avons décrit l'influence pathogénique, arrivent à donner une existence judiciaire et en quelque sorte légale à des fables sur le néant desquelles s’édifient des fortunes.

L'affaire Humbert en est un exemple fameux qui montre les classes les plus considérables et les plus éclairées de la société gravitant autour d’une Simple débile intellectuelle et morale, mais imaginative et fabulante, douée d’aptitudes véritablement créatrices.

Certains débiles pervers puisent dans le domaine de la lubricité, de la tromperie et du mensonge la règle de leur conduite amoureuse. Tels sont les polygames, les séducteurs professionnels. Ici encore la vanité s'associe à la perversité sous forme de titres imaginaires dont se parent le plus souvent ces escrocs. |

La fabulation peut revêtir une forme plus active, se carac-. térisant par lPassociation aux aptitudes mythiques d’une versatilité mentale, d’un appétit du changement et d’une excitation locomotrice qui aboutissent à la tendance continuelle au déplacement faisant de ces malades des mythomanes errants. Cette tendance est déjà ébauchée chez l'enfant avec les petits Robinsons, que l'on retrouve dans le bois voisin ou parfois dansles ports de mer qui exercent sur eux une attraction élective, vivant en quelque sorte leur rêve. Elle se retrouve, amplifiée par les éléments de l’éducation et de l’expérience, chez ces dégénérés migrateurs,bien étudiés par Pitres et par Tissier qui, lorsqu'ils racontent leur odyssée, font un mélange inextricable de vérités et d'erreurs, de sincérité et de mensonge. Ces malades sont du reste incapables de donner à leur genre de vie la moindre

raison plausible ; tel ce vagabond qui, errant depuis dix.

ans à travers! toute la France, l'Espagne, l'Algérie, donne comme raison qu'il voyage pour voir du pays; or il est aveugle depuis l’âge de vingt mois! Lorsqu'on lui fait observer le peu de bénéfices qu'il doit retirer, à ce point de vue, de ses périgrinations, il semble réfléchir, puis, dit errer ainsi dans lespoir de trouver une femme ressemblant à celle qu'il avait dù épouser dix ans auparavant.

Kraepelin a rapporté l’histoire d’un psychopathe fabulant et migrateur dont il a toujours été impossible de reconstituer la carrière et de déterminer l'identité.

Notre maitre, M' Dupré, a développé, dans les leçons, encore inédites, qu'il a faites cette année à Sainte Anne, les rapports de la Mythomanie et du Vagabondage. Il a relaté plusieurs observations de vagabonds mythomanes, débiles, dont la biographie représente l'illustration vivante et par

conséquent, la meilleure démonstration clinique de l’as-

- sociation chez certains dégénérés de la tendance à la fabu-

lation et à la simulation qui fait le mythomane et de l'instabilité constitutionnelle qui fait le vagabond.

Avec ces fabulateurs actifs, nous arrivons à une manifestation non moins active du syndrome morbide, la simulation. Une des formes les plus fréquentes de la mythomanie, elle est toujours associée à la fabulation dont elle’ représente soit le thème principal, soit le développement complémentaire.

Elle frappe par la systématisation de son exécution qui nécessite la mise en jeu de multiples énergies physiques et psychiques chez les sujets prédisposés à ce node d’activité mythopathique. Certains simulateurs font preuve d’un talent d’une complexité vraiment extraordinaire où entrent

comme principaux éléments une grande aptitude à l’imita-

tion, une présence d'esprit constamment en éveil, une

ténacité particulièrement développée et enfin une rare

domination volontaire de la plasticité organique. Tout cet

NAT ee

ensemble de conditions, en quelque sorte indispensables à ce syndrome, explique qu'on le rencontre rarement chez

l'enfant où elles ne se trouvent qu ’exceptionnellement réu-

nies.

Aux manifestations d'autoaccusation que nous avons.

vues précédemment, correspondent chez les mythomanes vaniteux celles d’automutilation qui équivalent dans le domaine de l’action, aux premières dans le domaine du langage. On en trouve déjà des exemples chez l'enfant :

Un garçon de huit ans se couvre de coups lui-même pour prouver, par ses contusions et ses ecchymoses, la réalité d’une soi-disant aggression par des voleurs et d’une lutte dont il serait sorti vainqueur.

Mais c’est surtout avec l'adolescence que ces faits entrent dans une phase intéressante. Tel le cas cité par Brouardel :

Une jeune fille disait avoir été l'objet d’une attaque en wagon et présentait une petite plaie au-dessus du sein gauche. L'enquête judiclaire fut négative, malgré les détails donnés par la prétendue victime. On finit par découvrir que le couteau de l’assassin avait été acheté un mois auparavant par la victime elle-même.

Dans cette catégorie de simulation d’attentats criminels sans désignation de coupable, done sans malignité inten-

tionnelle, rentrent les cas suivants :

Observation X VIII

Dupr£é.— Cours de Médecine légale et de Psychiatrie. Bulletin Médical, 1905.

Le Baron de X..., rentrant chez lui un soir, fut fort étonné et ému de trouver, gisant dans un fauteuil du salon, sa femme sans connais- Sance apparente et le cou étranglé par une ficelle. Toute lumière était éteinte et un grand désordre régnait dans l'appartement : les bibelots jonchaient. le sol, etc... L’alarme fut donnée, on s'empressa

autour de la victime, qui, reprenant ses sens, raconta que deux ban-

dits masqués avaient pénétré dans l'appartement, l'avaient terro-

risée, s'étaient emparés de son trousseau de clefs, et s'étaient enfuis après avoir dérobé dans un secrétaire deux mille francs et des bijoux de grande valeur.

L'enquête établit que personne n'avait vu ni entrer ni sortir les voleurs, et qu'aucune trace d’effraction n'existait nulle part. La fille de la victime, M‘le de X.., couchant dans une chambre voisine du salon, n'avait rien entendu de la soirée, et n'avait été réveillée que par les

cris de son père, appelant au secours à la vue de sa femme évanouie La porte de la chambre de la jeune fille avait été fermée à clef du côté du salon. De plus, le soir du drame, la domestique avait reçu l’ordre de préparer le dîner de bonne heure et la permission de sortir ; et ce soir était précisément celui où le maitre de la maison dine ie ment au dehors.

Interrogée à plusieurs reprises par le commissaire de police, la baronne de X... maintint énergiquement ses déclarations. Quelques jours après, elle finit par avouer qu'elle n'avait été victime d’äucun attentat, et que, pour des raisons qu'elle ne s’expliquait pas, elle avait simulé l'agression et le vol.

Les journaux avaient publié quelques jours auparavant le récit d’un cambriolage d'appartement par des hommes masqués, en Belgique. Il est probable que la lecture de ce fait divers avait ému Mr: de X... et avait ainsi amorcé chez elle l’autosuggestion de simu-

ler le dramatique attentat.

Observation XIX

ViBERT. — Soriété de médecine légale, 1893, Résumé.

Rentrant chez elle après une demi-heure d'absence, une dame Z.….. trouva la porte de son appartement ouverte, et, dans la chambre, sa bonne, une demoiselle X... agée de vingt-huit ans, étendue à terre bâillonnée, les mains et la figure en sang. La victime raconte qu'en rentrant dans la chambre à coucher, elle a surpris un homme, dont elle donne le signalement, occupé à fouiller dans l'armoire à glace; cet homme s'était jeté sur elle, l'avait terrassée, bâillonnée, puis avait disparu. :

L'enquête établit l'impossibilité de l'attentat et l'absence du vol ; une trentaine de louis, enfermés dans une bourse, furent retrouvés éparpillés au milieu du contenu bouleversé de l'armoire. Le sang venait du nez et de quelques égratignures. Le soi-disant bäillon était un linge

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