‹ La MythomanieChapitre 14 sur 25 · ART. À · texte numérisé non relu

ART. À

que serrait entre ses dents la victime. De plus, le désordre qui régnait dans la chambre était singulier : tous les sièges, sans exception, et tous les meubles maniables étaient renversés la tête en bas, mais en conservant à peu près leur place respective. ;

Devant les objections qui lui furent faites, la jeune bonne, vers la fin de la journée, déclara que la scène qu'elle avait décrite n'avait pas dù avoir lieu. L'examen médical révéla chez elle des antécédents et des stigmates hystériques, du surmenage récent, de l'oppression anxieuse et de l’amnésié confuse de la scène de l'attentat. L'enquête établit que la malade, un ou deux ans auparavant, avait fait croire à son amant qu'elle était morte et qu'un médecin appelé en toute hâte l'avait trouvée calme et souriante. Le juge d'instruction déclara que le mobile auquel avait pu obéir la fille X... dans ce pseudo-attentat lui

échappait complètement.

Ces simulations, tout en révélant des aptitudes mythopa-

thiques constitutionnelles, ont surtout pour but d'occuper

l'attention de l'entourage, d'intriguer et de créer un mouve-

ment de sympathie et d'intérêt autour de ces fabulants

simulateurs. - Observation XX (Résumé) ViBErRT. —, Société de médecine légale, 1893.

N... porteur de stigmates histériques, loquace et emphatique, qui a toujours mené une existence errante et bizarre est transporté un soir à l'hôpital où il raconte qu'un fiacre, dont il donne le numéro et la couleur des verres, l’a écrasé et que le cocher l’a irjurié et frappé de son fouet. Il s’est relevé, vomissantle sang à pleine bouche, s'est traîné à un poste de police et a réclamé du secours. La laparotomie est pratiquée d'urgence.

Pas de renseignements sur l’état des organes abdominaux.

Guérison. Interrogé par la police le cocher désigné par N... reconnaît avoir passé dans la rue au Jour et à l'heure indiqués, mais qu’il n’a connaissance d'aucun accident causé ni par lui, ni par une autre voiture ; il fait remarquer, de plus, qu'une telle scène n’aurait pu passer inaper-. çue en ce lieu et à cette heure et met N... au défi de trouver un seul

témoin. On n’en trouva pas en effet, et l'instruction, après une minutieuse enquête, fut clause par un non-lieu.

- Or, le D' Vibert avait déjà vu le même N... un an auparavant, à l’occasion d'une simulation presque semblable. N.. avait prétendu avoir été victime de l'accident de chemin de fer de Saint-Mandé, avoir vomi plusieurs cuvettes de sang, ete... Transporté à Saint-Antoine, il en sortit au bout de quelques jours, prétendant toujours souffrir de graves lésions internes, Il réclamait à la Compagnie une grosse indemnité et au Ministère de l'Intérieur une récompense, pour avoir contribué au sauvetage des victimes en oubliant ses propres blessures.

L'enquête ne put prouver que N... se trouvait dans le train, ni même à Saint-Mandé au moment de la catastrophe.

L'affaire n'eut pas de suite.

fci, outre les caractères énumérés plus haut, intervient l'intérêt qui met en jeu toute cette activité mythique.

Cette observation montre aussi que l’acceptation de graves opérations chirurgicales peut faire partie.chez certains malades du plan de l’œuvre mythopathique.

L'observation d’un malade que nous avons suivi avec M. Dupré, dans son service de lHôtel-Dieu annexe, et dont l’histoire avait été publiée par MM. Thoinot et Mosny sous le titre de : « Un laparotomisé par persuation », nous fournit un,exemple frappant de ce genre de manifestation mythopathique :

Le sujet s’est fait trois fois ouvrir le ventre pour une prétendue péritonite tuberculeuse qu'il simule avec du tympanisime abdominal, des douleurs, des troubles digestifs, ete. Tout le monde s'accorde à considérer cet homme comme un hystérique ; or nous l’avons vingt fois surpris en flagrant délit de mensonge intentionnel et lui avons fait simuler à notre gré non seulement toutes les formes classiques de l’hystérie, telle qu'une hémianesthésie complète mais qu'une piqûre imprévue pratiquée sous les draps surprenait en défaut, etc..…, etc.…., mais encore des syn-

dromes atypiques et contradictoires qu’il organisait, suivant

les pièges qu'on lui tendait, pour le plaisir de nous tromper et de se rendre intéressant aux yeux du service. L'existence des quelques phénomènes organiques autour desquels gravite le plus souvent toute cette symptomatologie mythique montre la connaissance profonde de ces états exprimée dans cet aphorisme de Lasègue : «On ne simule bien que ce que l’on a ». C’est en effet le plus souvent sur une épine organique, réliquat parfois d’une affection ancienne, que le mythopathe organise tout le processus observé. À cette catégorie appartiennent les fausses polyuries, les fausses hyperhidroses, les douleurs sciatique ou autres, les hématémèses ou hémoptysies simulées avec tant d’art et sans intérêt direct. Beaucoup de ces sujets sont taxés d’hypochondrie par des médecins qui n’aperçoivent pas la cause objective de leurs souffrances. Certains de ces malades se-recrutent parmi les infirmiers et surtout les infir-

mières.

Ces simulations mythopathiques de maladies, allant jusqu’à une véritable folie opératoire, ne sont pas-inspirées au sujet par les nécessités pressantes ou majeures de l’intérêt personnel mais par le besoin inhérent à cette variété de malades d'occuper l'entourage et d’être plaints.

Le degré de malignité dont ils font preuve ainsi constitue

un nouveau caractère de cette simulation. Il est en effet

remarquable de voir combien ces sujets sont heureux de tromper le personnel soignant ; c’est là pour eux une véritable jouissance dont 1l leur arrive de faire partager les charmes à ceux de leurs camarades qu'ils choisissent pour confidents. Mais que le sourire de quelque étranger, survenant au cours d’un examen pratiqué sur ces malades, leur fasse soupçonner que l'entourage n’est pas dupe de leurs manœuvres, et que, dépistés, ils servent en quelque sorte de sujets d'expérience, ils disparaissent immédiatement.

Ce besoin de duperie et de mystification inhérent à ces

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