Die lateinischen Osterfeiern , Munich
3. Les développements qui vont suivre reposent sur l’étude des textes connus d’offices de Noël ou de la nativité. J’ai naturellement et depuis longtemps (quoiqu’on ait imprimé le contraire ; voyez Vogt, G. G. Anz. 1900, p. 77) lu le travail de M. W.Kôppen, Beitrâge zur Geschichte der deutschen Weihnachtspiele, Paderborn, 1893. Mais j’en ai tiré peu de clartés et moins de profit, d’abord parce que la critique de M. K. est sujette à caution,
M. WILMOTTE
Du jour où, dans l’église et en latin, il y a déjà place pour un tel déploiement, il ne faut pas être surpris si Ton se hasarde à d’autres licences, si un élément de gaieté inoffensive, nullement réfléchie, s’insinue entre deux répliques sérieuses, conformes à l’esprit des textes sacrés. En voulezvous la preuve? Un texte de Benediktbeuer, conservé à la Bibliothèque royale de Munich1, va la fournir.
C’est un ludus de nativitate , dont le manuscrit est de la fin’ du xme siècle, mais qui remonte certainement à une date un peu antérieure ; l'influence cléricale y domine, et des préoccupations littéraires s’y trahissent dans les strophes virgiliennes que récitent plusieurs personnages; enfin, la scolastique, comme l’a déjà remarqué M. Froning, y a laissé un dépôt relativement considérable, et la discussion à laquelle se livrent Juifs et Chrétiens, les uns ayant à leur tête l’Archisynagogus, les autres guidés par saint Augustin, est un morceau intéressant et digne d’être comparé aux dispu tationes théologiques ou philosophiques du même temps2.
Or les adversaires de la vérité chrétienne sont représentés
ensuite parce que son information est incomplète; il a, notamment, ignoré l’existence du texte de Bilsen, dont l’importance est capitale pour une classification des spécimens conservés du drame liturgique de la Nativité. C’est ce que je démontrerai dans une communication destinée à l’Académie royale de Belgique.
1. Schmeller, Carmina Burana, 80; Du Méril, Origines latines du théâtre moderne , 287 ; Froning, Das Drama des Mittelalters , 877, sq.
2. Paul Weber, Geistliches Schauspiel und kirchliche Kunst, Stuttgart, 1894, p. 45. L’auteur se borne à résumer ici le travail de Sepet. En général il est assez mal inspiré dans ses déductions, et il obéit, visiblement, à une tendance regrettable, celle de vieillir à tout prix les manifestations du théâtre religieux au moyen âge pour les mettre en corrélation avec les produits des arts plastiques. Ce qu’il dit notamment, pp. 34-6 et p. 38, sur les origines dramatiques de ÏAltercatio Ecclesiæ et Synagogæ est sujet à caution; il est plus sage d’admettre encore avec M. Sepet que, liée intimement avec le développement organique de la liturgie dramatique de Noël, cette scène épisodique ne s’est constituée que lorsqu’on s’ingénia à donner au personnage d’Hérode une importance considérable ; or c’est ce qui n’a lieu dans aucun drame liturgique de la nativité antérieur au xme siècle ; le texte d’Orléans, qui date de ce siècle, renferme les premiers germes d’un débat doctrinal que Benediktbeuer a singulièrement développé.
dans le ludus sous un aspect vraiment comique. Quand ils font leur entrée, c’est à grand bruit ( Archisynagogus valde ohstrepet... movendo caput suum et totum corpus et percuciendo terram pede , haculo etiam imitando g est us Judei in omnibus ) et plus loin il prend la parole « cum nimio cachinno », dit la rubrique, ce que M. Sepet traduit ainsi : « d’un ton de mauvais bouffon » ; ses propos sont aussi plaisants que son allure ; il raille avec une rare liberté de termes la croyance en l’incarnation miraculeuse du fils de Dieu; et l’auteur inconnu de ce petit drame a pris la peine de recommander au clerc, chargé du rôle de saint Augustin, qui lui donne la réplique, de le faire « voce sobria et discreta » 1 . Quand le débat est épuisé, le chef des Juifs ne se tient pas pour battu « obstrepet movendo corpus et caput et deridendo prédicat », de sorte que nous avons ici à l’état embryonnaire tous les éléments d’une des scènes les plus goûtées du drame en langue vulgaire des xive et xve siècles.
Le personnage d’Hérode prêterait à des observations analogues. Peu à peu il se dégage et se précise; le langage qu’il tient, les indications des rubriques sur son attitude, nous aident à mieux comprendre la part prépondérante qu’il prend à l’action. Déjà dans le texte de Bilsen il parle d’un ton emphatique ( redundat ) : sa colère s’allume « ira tumens , gladios stringens (?) », et plus loin il s’adresse aux scribes « cum baculo cedri » ; il inspecte les Livres à son tour, puis les remet aux hommes de la Loi ( inspiciat libros ac illos reddat), enfin il chante « fuste minaci » en interpellant les mages, et il ordonne de jeter ceux-ci en prison ( jubet hos incarcéré trudi) ; en un mot il se conduit comme un véritable énergumène, et ne diffère en rien, dans ses
1. Le drame liturgiqne d’Orléans n’a pas encore des indications aussi précises; il innove en spécifiant que les symmistæ sont « in habitu juvenili » et les scribæ « barbati » (Du Méril, p. 167) ; la gesticulation de ces derniers est minutieusement réglée, de même que celle d’Hérode.
M.‘ WILMOTTË
attitudes du fantoche couronné que nous présentent les grandes Passions du xve siècle1.
M. Kôppen n’a pas connu le drame liturgique de Bilsen; mais il a étudié d’assez près celui de Benediktbeuer, et il a rapproché les vers rythmiques, dans lesquels Hérode exhale sa colère, de ceux dans lesquels elle est exprimée en allemand par l’auteur inconnu du jeu de Saint-Gall2; il a essayé de faire voir par quelle transition on avait, tout en changeant de langue, conservé et développé des thèmes identiques, et motivé, par l’addition d’un élément comique dans le drame de Saint-Gall, l’intimation qui est déjà dans le tond’Hérode, parlant à ses nuntii dans Benediktbeuer. Le messager de Saint-Gall tient le même emploi que ces nuntii ; mais c’est déjà l'insupportable fanfaron des textes postérieurs ; il fait des réflexions irrespectueuses sur le changement qui s’opère sur le visage de son maître, très effrayé des nouvelles qu’il lui apporte :
der red erschrack der herre mîn, won er der Juden Künig sol sîn...
et quand, plus tard il vient annoncer que les trois mages ont échappé, en prenant un autre chemin, à la curiosité soupçonneuse d’Hérode, il le fait d’une manière qui excite la colère de celui-ci. C’est d’un comique très observé, qui ne doit rien à des sources extérieures ; le germe a simplement fructifié.
Dans le drame d’Erlau 3, dont la parenté avec celui de Saint-Gall a été reconnue par l’éditeur, M. Kummer, puis par M. Kôppen4, le messager est un personnage tout à fait grotesque. Il se plaint de tiraillements d’estomac, se déclare