Les drames liturgiques de la cathédrale de Rouen, p
M. W1LM0TTE
se mettent à parler un langage qui ressemble fort au turc cle Molière, et dont voici un échantillon :
0 some tholica lama ha asome tholica la ma chenapi ha thomena.
C’est là un intermède comique bien caractérisé. Or on le découvre dans une scène strictement traditionnelle, et dont les éléments sont pris dans l’Evangile même. Quand plus tard l’idole Tervagan proférera, dans le jeu de saint Nicolas de Jean Bodel, des mots de prophétie incohérents; quand, dans le Théophile de Rutebœuf, le sorcier Salatin conjurera le démon dans un argot inintelligible, ces deux auteurs ne feront que reproduire un procédé qui a, en quelque sorte, été comme le jaillissement nécessaire et direct du génie dramatique, déjà inclus dans les bégaiements de la liturgie.
J’ai parlé des pastores. Dans son étude, citée à maintes reprises par moi, M. Kôppen a essayé, comme on l’a vu, de classer les offices des mages et ceux des bergers ; il a cru reconnaître, entre plusieurs des premiers et l’œuvre déjà plus développée de Benediktbeuer, des traits d’étroite parenté. Plusieurs des offices des mages sont, en effet, des drames en miniature ; ils se composent de toute une série de scènes allant de l’Annonciation à la fuite en Egypte ; dans ceux-là les bergers paraissent à deux reprises : la première fois ils sont avertis par l’ange (ou les anges) que le Sauveur est né, et qu’ils peuvent lui rendre visite et lui offrir leurs hommages ; la seconde fois, ils rencontrent les mages qui se dirigent vers Bethléem, guidés par l’étoile du Seigneur. Interrogés par ceux-ci, ils leur révèlent le spectacle qu’ils ont eu sous les yeux.
Voici, dans le texte le plus ancien de Frisingue (xie siècle) le passage relatif aux bergers : 1