LA NAISSANCE DE L’ÉLÉMENT COMIQUE
Angélus in primis.
Pastores, annuntio vobis gaudium magnum.
Pastores.
Transeamus Bethlehem ut videamus hoc verbum.
Angélus.
Gloria in excelsis Deo et in terra pax hominibus bonæ voluntatis.
Magi ad pastores.
Pastores, dicite, quidnam vidistis ?
Pastores.
Infantem vidimus pannis involutum.
L’office de Bilsen reproduit, vers le même temps, la même version empruntée à Saint-Luc ; seulement au lieu de angélus dans le premier passage, il a multitudo angelorum , et la rubrique ajoute que les pasteurs vont à Bethléem, ce qui rend plus intelligible leurchant : Transeamus B ethleem. Dans l’office de Strasbourg, contenu dans un manuscrit daté de 1200, donc postérieur d’un siècle au moins, la dramatisation est plus avancée ; car à l’endroit où l’ange s’adresse aux pastores , la rubrique porte : Pastores loquebantur ad invicem (d’après saint Luc, II , 15), ce qui permet de supposer qu’ils échangeaient entre eux, avecdes attitudes appropriées, les mots suivants : Transeamus , etc. Qu’il en soit ainsi, c’est ce que confirme l’office d’Orléans où le rôle des pastores est singulièrement allongé après le gloria in excelsis , etc. ; ils se lèvent comme les artistes des xive-xve siècles se levaient au moment de prendre parta l’action : tune demum surgentes : ils chantent alors intra se, et puis ils se dirigent vers la crèche... et sic procedunt usque ad presepequodadjanuas monasterii paratum est. Alors deux obstetrices vont à eux, les questionnent, jouant ici, par un procédé d’emprunt naïf, le rôle que tient l’ange, s’adressant aux trois Marie, dans la liturgie pascale : Quem queritis... dicite... ; puis lorsqu’on
M. WILMOTTE
leur a montré l’enfant divin, ils s’agenouillent et l'adorent: procedentes adorant infantem , ensuite se relèvent, et invitent ceux qui les entourent à l’adorer comme eux. Plus loin on les voit redeuntes a presepe , gaudentes et cantantes in eundo... jusqu’à l’endroit où les mages les interrogent à leur tour.
Sans doute il n’y a pas encore d’élément comique, et à proprement parler1, comme l’a observé jadis M. Weinhold, il n’y en aura jamais dans cette scène du petit drame de Noël; les auteurs n’ont jamais cherché à jeter le ridicule sur les humbles paysans qui eurent l’honneur insigne, et réservé à des rois, d’être avertis par le ciel de la naissance d’un Dieu. Mais à défaut de cela dans les œuvres de date postérieure, on aura recours à des moyens très simples pour développer davantage la scène où figurent les pâtres. Dès 1170, Herrade de Landsherg, abbesse de Hohenbourg2, se plaint que dans les jeux du cycle de Noël « on introduise un élément bouffon et une raillerie inconvenante ». Est-ce que déjà alors on aurait vu, comme aux xive et xve siècles les bergers, avant l’apparition des anges, se faire des niches innocentes, profiter du sommeil de l’un d’eux pour lui couvrir la main d’argile, dont il se barbouillera le visage en s’éveillant (c’est ce qui se passe dans la passion d’Arras) ou encore, comme dans les Towneley play s, nous donner un curieux avantgoût de la farce de Pathelin ?
Mais revenons au jeu latin et tout liturgique encore de Benediktbeuer ; nous avons vu le développement qu’y a pris la disputatio des juifs et des chrétiens ; nous avons noté l'introduction ingénieuse du personnage de Y archisynagogus, dont la gesticulation et le langage sont d’un comique très accusé. Dans le même ouvrage nous entendons les bergers échanger des réflexions, écrites dans une langue agréablement rythmée; c’est le loquebantur inter se de saint Luc,