‹ La naissance de l'élément comique dans 1e théatre religieuxChapitre 8 sur 10 · Édition Grœneveld, Marbourg · texte numérisé non relu

Édition Grœneveld, Marbourg

LA NAISSANCE DE l’ÉLEMENT COMIQUE

blement son sort peu enviable, et qui, inconscient, ne songerait point à le décrire et à le vanter :

Est-il, dit le héros de Gréban

Est-il lyesse plus série

Que de regarder ces beaux champs,

Et ces doux aignelets paissans,

Saultant en la belle prairie?

Un autre berger, Pellion, célèbre alors les plaisirs rustiques, et, si je ne craignais d’allonger démesurément ma communication, je vous lirais, en les confrontant, les passages des deux œuvres, et j’attirerais de plus près votre attention sur leur frappante analogie. Il est jusqu’à des mots faisant rime, qui sont communs à Griselidis et à Gréban 1 , et pour comble un des bergers s’appelle Rifïlart des deux côtés. Je ne conclus pas de là que Gréban a mis à profit la médiocre compilation dramatique de 1395 ; mais je suis porté à croire que les deux auteurs ont puisé à la même source. Cette source devait être ancienne, et elle-même remontait vraisemblablement au temps où Adam de le Haie a vécu. Car il existe entre Robin et Marion et notre bergerie des analogies certaines; l’épisode du mouton enlevé par un loup, que content le poète du xme siècle et le poète du xve, des identités de nom, etc., tout cela suppose une très vieille tradition, ininterrompue du xie au xve siècle, et peut-être jusqu’à nos Noëls populaires, dont il serait intéressant de rapprocher le texte de celui des « entrejeux » où figurent les bergers de l’époque de Gréban 2 3.

Nous voilà bien loin des pastores 3 de nos premières litur-

1. Voyez Gréban 4640-41 et Griselidis, 1228-29 ( raison : saison ); Gréban, 4647-50, et Griselidis , 1201-10, ouest exprimée, dans des termes quasi identiques, la modestie des ambitions de l’un des bergers.

2. J’ai fait ce rapprochement pour les Noëls wallons et compte en publier le résultat quelque jour.

3. Il serait intéressant de poursuivre ailleurs une enquête sur les « bergeries » et de se demander si le goût n’en passa point les monts au xvi*

M. WILMOTTE

gies, et il est temps de revenir en arrière. Après Ilérode et son armiger et son messager , après les magi, après les bergers, croyez-vous que ce soit fini des éléments comiques du drame religieux? Non, certes. Car, à mesure que celui-ci se développe, nous voyons se multiplier dans son sein même les personnages épisodiques. C’est la servante de Cayphe, c’est l’aveugle guéri par Jésus et qui est escorté de son valet à Arras et en Allemagne 1 ; ce sont surtout, dans la liturgie de Pâques, les trois Marie qui en font partie essentielle et y introduisent le marchand de parfums, bientôt escorté de sa femme et d’un serviteur.

Les deahleries , dont j’ai dit quelques mots plus haut, mériteraient une étude particulière, à commencer par les noms que la fantaisie 2 des auteurs de passions a imposés aux personnages infernaux. Déjà, dans le drame tout liturgique d'Adam , dont les rubriques sont encore latines, les diables jouent un rôle bouffon, destiné, dans la pensée de l’auteur, à distraire l’auditoire. Avant la tentation ils se mettent à courir dans l’espace resté libre qui sépare la décoration du public : Interea demones discurrant per plateas , gestum facientes competentem. Quand l’un d’eux a essayé, en vain, de décider Adam à cueillir le fruit défendu, il s’éloigne tristement et va jusqu’aux portes de l’enfer et il engage un colloque avec ses compagnons, puis il se mêle à la foule: Postea vero discursum faciet per populum. On devine qu’il s’agit de culbutes, de grimaces, de cris, de gestes désordonnés, qui faisaient rire jusqu’aux larmes. Plus tard, un diable viendra semer des ronces sur le champ qu’Adam

siècle (j*ai tantôt nommé Guarini, qui aurait pu se déclarer l’auteur de l’entre-jeux du miracle de Gr.iselidis) pour nous revenir, légèrement métamorphosé, au siècle suivant; il y a là, j’en ai la conviction, tout un champ d’exploration pour de nouveaux chercheurs.

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