‹ La naissance de l'élément comique dans 1e théatre religieuxChapitre 9 sur 10 · Voyez mes Passions allemandes du Rhin , p · texte numérisé non relu

Voyez mes Passions allemandes du Rhin , p

2. Voyez Weinhold, Jahrbuch f. Lilleraturgeschichte , I, 19 ; Wieck, Die Teufel auf der mittelalterlichen mysterienbühne Frankreichs ; E. Soens, De roi van het booze beginsel op het middeleeuwsch toonel, Gand, 1894.

LA NAISSANCE DE l’ÉLEMENT COMIQUE

et Ève, chassés de l’Eden, auront ahané à la sueur de leur front; il reparaît avec des compagnons, lorsque le moment est venu de s’emparer de nos premiers parents ; il leur passe des chaînes aux mains ; il les entraîne vers la porte de l’enfer « alii vero diaboli , ajoute la rubrique, erunt juxta infernum obviam venientibus et magnum tripudium inter se facient ; et singuli alii diaboli illos venientes monstrabunt et eos suscipient et in infernum mittent , et in eo facient fumum magnum exsurgere et vociferabuntur inter se in inferno gaudentes , et collident caldaria et lebetes suos , ut exterius audiantur. Et facta aliquantula mora , exibunt diaboli, discurrentes per plateas...

Vous voyez que rien ne manque à cette scène bouffonne, contemporaine de l’époque où l’abbesse de Ilohenbourg se plaignait du mélange de sérieux et de comique toléré dans l’Eglise ; il ne manque ici aucun élément grotesque, ni les gestes, ni les cris frénétiques, ni la fumée opaque sortant du gouffre infernal, ni le bruit de casseroles qu’on entendra de loin. Et détail typique et que signalait récemment M. Vogt, ce même bruit de casseroles est indiqué dans les pièces allemandes de la fin du moyen âge, comme devant produire l’effet de comique désirable. Si l’on veut bien se souvenir, d’autre part, que dans la nativité latine de Benediktbeuer, un diabolus alterne avec Y angélus qui annonce aux pâtres la naissance de Jésus, on aura une fois de plus la preuve irréfutable que, pareillement à ce que nous avons noté pour d’autres endroits, l’élément comique, réaliste ou fantastique, fourni par des hommes ou des démons, a jailli tout naturellement du tronc liturgique, sans qu’il puisse être question d’un apport extérieur.

Remarquez d’ailleurs, que nous ne sommes pas encore en 1200, qu’il reste deux siècles à parcourir avant l’âge des grandes compilations dramatiques françaises ou allemandes ou anglaises. Fallait-il tout ce temps-là pour inspirer aux clercs, auteurs de mystères et de miracles, l’idée de déve-

M. WILMOTTE

lopper, parallèlement aux scènes comiques que j’ai analysées, d’autres scènes comiques de même ordre? Evidemment non, puisque, en France comme en Allemagne, l’impulsion était donnée, et que la vogue, attestée par des témoignages certains, allait à ces déviations de la scène chrétienne.

J’ai cité Jean Bodel et le Jeu de saint Nicolas. Le dialogue des voleurs, qu’on peut y lire, et qui est d’un comique si intense, est-il pure création du célèbre trouvère artésien ?

Vous savez comme moi où celui-ci a pris la matière de son drame. Il a connu et .utilisé le poème de Wace. Mais Wace, qui conte en quatre-vingts vers le miracle de la statue, s’animant sous la verge du barbare à qui elle appartient et allant sommer les voleurs de restituer le trésor confié à sa garde, Wace n’a pas introduit de dialogue entre les larrons. Et c’est dans le miracle latin, conservé dans le manuscrit d’Orléans 178, que nous trouvons le germe de la scène de Jean Bodel 1 :

Intérim reniant fures et post recessum ejus sic dicant omnes insimul:

Quid agemus ? Quid tendamus ? Quae captamus consilia ?

Ad hoc dicat unus ex eis :

Oporteret ut impleret nostra quisquam marsupia.

Audite, socii, mea consilia :

Vir hic est Judaeus, cujus pecunia,

Si vultis, jam erit nostra penuria relevata.

Un autre lui répond sur le même ton; un troisième, non sans finesse, les engage à ne pas faire tant de bruit :

ite suavius.

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