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CHAPITRE IX

Parallélisme entre les théories de l'évolution organique et celles du psychisme.

En parcourant les grandes étapes de la psychologie animale, nous avons vu que les noms des deux évolutionnistes Lamarck et Darwin en marquaient deux importantes.

D'une façon générale, on peut trouver beaucoup d'analogies entre l'évolution psychique et révolution organique, ce qui n'est pas surprenant puisque, comme l'a déjà bien montré Lamarck, l'évolution psychique résulte du perfectionnement progressif du système nerveux, qui ne diiïère pas essentiellement des autres systèmes d'organes du corps. L'évolution dite psychique et l'évolution organique présentent des l^'*fs communes, et les

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théories qui ont été appliquées à celle-ci peuvent fort bien être appliquées à celle-là. Depuis cinquante ans, on s'est livré à des controverses transformistes : des malentendus ont été dissipés, les problèmes ont été posés nettement, sinon résolus. Je crois que, dans les controverses psychologiques qui sont plus récentes, on doit profiter de toute cette expérience passée.

Ainsi, il est facile de se rendre compte que, de même que les idées de Lamarck et celles de Darwin, loin de se contredire, se complètent mutuellement, de même les idées de Loeb et celles de Jennings sont parfaitement conciliables.

Lamarck et Darwin ont envisagé l'évolution à deux points de vue différents. Lamarck a considéré les variations des êtres vivants comme des réactions directes des organismes vis-à-vis du milieu extérieur; Darwin a appliqué le principe de la sélection aux variations des êtres vivants : ces variations, sur l'origine desquelles il n'insiste pas, sont les unes avantageuses, les autres désavantageuses; les premières seules sont conservées, comme s'il se faisait dans la nature un choix, une sélection. •

Or, ces deux points de vue sont précisément ceux auxquels se sont placés J. Loeb et H. -S. Jennings lorsqu'ils ont envisagé l'évolution psychique des animaux. Loeb voit surtout dans les réactions des animaux inférieurs des réponses directes aux excitants du milieu extérieur ; Jennings applique le principe de la sélection aux mouvements des

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êtres vivants : parmi les mouvements de hasard, il y en a d'utiles, d'autres inutiles ou même dangereux ; ces derniers se présentent comme des essais qui sont vite abandonnés ; il y aurait un choix des mouvements, comme il y a un choix des formes.

Je ferai observer en passant que la notion de sélection, de choix, est une notion dangereuse pour un esprit non scientifique. Quand on parle de choix, on est tout de suite conduit à penser qu'il y a un auteur du choix. Dans la sélection artificielle, cet auteur apparaît immédiatement : c'est l'agriculteur, l'éleveur; en ce qui concerne la sélection naturelle, il ressort de la lecture de Darwin qu'il n'y a pas d'auteur : la sélection se ferait pour ainsi dire automatiquement ; malgré cela les esprits mystiques ont cherché l'auteur de la sélection naturelle. Il y a là une équivoque possible. Cette équivoque peut devenir fâcheuse quand il s'agit de la sélection des mouvements : on peut fort bien admettre que cette sélection se fait automatiquement comme la sélection des formes, mais on peut voir aussi dans l'animal lui-même l'auteur du choix. Or, pour beaucoup, le fait de choisir de la part d'un animal serait un des signes les plus certains d'une vie psychique. Ici nous aurons donc à éviter soigneusement d'être victimes des mots.

Le parallèle que j'ai commencé à esquisser peut se poursuivre. On sait que les idées de Lamarck et celles de Darwin ont dû être complétées respectivement par celles de l'Américain Cope, chef dos

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néo-lamarckiens et par celles de l'Allemand Weismann, chef des néo-darwiniens. Lamarck cherche la cause de la variation ; Cope, son mécanisme. Darwin et Weismann envisagent sa conservation^ l'un cherchant le rôle de la sélection, l'autre celui de l'hérédité. Or, d'une part les idées des néo-darwiniens doivent intervenir dans les discussions sur l'instinct : récemment Dahl et Ziegler en ont tenu compte ; — d'autre part les idées des néo-lamarckiens peuvent être précieuses dans la recherche des critères du psychisme ; personne, jusqu'ici, je crois, n'y avait songé.

Je vais tout d'abord exposer les idées de Cope, le chef de lécole néo-lamarckienne, idées que Le Dantec a beaucoup contribué à répandre en France.

Cope a considéré les êtres vivants de deux façons dilîérentes : ou bien comme des édifices construits avec des matières de diverse nature et dont -la forme varie nécessairement avec la nature de ces matières, on bien comme des machines composées d'organes et de systèmes d'organes (appareils) susceptibles de mouvements variés, mouvements qui doivent, tout en restant coordonnés, s'adapter à certains buts à remplir. Les plantes ne peuvent être guère envisagées que de la première manière : ce sont des édifices formés par la juxtaposition de petites chambrettes appelées cellules. Les animaux, au contraire, peuvent être envisagés des deux manières : on peut voir, même dans un

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animal très difTérencié, soit une simple masse de latière vivante qui possède une organisation par- -iculière, soit un ensemble de mécanismes consliaé avec le concours des tissus musculaire et ner- .eux.

Cope a reconnu que, lorsqu'un être vivant subit une modification, ou bien celle-ci porte sur la totalité de la matière vivante qui le constitue, ou bien elle porte sur les connexions entre les diverses pièces de la machine animale ; dans le premier cas, il y a une variation chimique de la matière vivante^ dans le second, une variation mécanique des divers appareils.

Pour Cope, les variations chimiques relèvent de ce qu'il appelle la physiogenèse, les variations des connexions de ce qu'il appelle la kinétogenèse ; les premières portent simultanément sur les diverses cellules de l'organisme, les secondes se transmettent d'un groupe de cellules à un autre. Cette distinction a été faite également par Edmond Perrier : ses allomorphoses sont les modifications physiogénétiques de Cope, ses automorphoses les modifications kinétogénétiques.

Cope, comme nous venons de le voir, compare l'être vivant, l'animal, à une machine; je me servirai de cette comparaison comme d'un moyen commode dexposition. Mais je ferai remarquer qu'il y a un abîme entre la machine vivante la plus simple et la machine la plus compliquée sortie des mains de l'homme.

Les machines employées dans l'industrie sont

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d'ailleurs de deux sortes : dans la plupart toutes les pièces sont constituées par une substance rigide, non déformable, et les mouvements ne dépendent que de l'agencement des organes ; dans certaines il y a des pièces de deux sortes, les unes rigides, non déformables, les autres élastiques {ressorts, courroies, etc.), et alors les mouvements dépendent non seulement de l'agencement des organes, mais encore des propriétés de ces organes (élasticité, compressibilité....). Dans ce qu'on appelle d'une façon trop simpliste la « machine animale ». il faut également tenir compte, en outre des connexions, des propriétés des divers organes (élasticité, excitabilité, contractilité. . .) En conséquence, la variabilité des réactions, que nous allons avoir à envisager, peut résulter, ou bien de "'variations dans les connexions entre organes, ou bien de variations dans l'état de la matière vivante.

Autrement dit, la variabilité des réactions chez les animaux peut résulter aussi bien de modifications physiogénétiques que de modifications kinétogénétiques.

Mais tant que la variabilité des réactions résulte uniquement des premières modifications, il ne saurait être question de psychisme. La variabilité d'origine chimique, purement organique, n'a rien à faire avec le psychisme. Au contraire, celui-ci apparaît comme lié aux connexions entre organes ; et il serait d'autant plus complexe que les connexions le seraient davantage. Or, le perfectionnement des

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connexions est en relation avec celui du système nerveux.

Il est bien évident que la distinction entre les modifications physiogénétiques et les modifications kinétogénétiques n'est pas absolue ; ces dernières se ramènent en dernière analyse à des processus chimiques qui se pronagent en changeant de nature d'une cellule à l'autre, d'un organe à l'autre.

Quoi qu'il en soit ce serait une utopie de « tenter à exprimer les réactions psychiques des animaux en un langage physico-chimique. »

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