‹ La naissance de l'intelligenceChapitre 21 sur 56 · DU SYSTÈME NERVEUX DANS LES RÉACTIONS · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME NERVEUX DANS LES RÉACTIONS

mais ils distinguent nettement : les « antilypics » ou réactions se faisant par les voies proloplasmiques et présentées parles plantes et les animaux unicellulaires, et les « antikinèses » ou réactions consécutives à une excitation et transmises par les voies nerveuses des animaux pluricellulaires. En réalité, ces derniers animaux présenteraient également des antitypies.

En effet, pour Loeb, chez des animaux relativement élevés en organisation, beaucoup d'actes, même compliqués el coordonnés, sont indépendants des propriétés spécifiques du système nerveux et sont tributaires des propriélés générales de toute matière vivante, à savoir l'excilabiliié, la conductibilité de l'excitant; il suffit que ces deux propriétés soient accusées chez un animal pour que ses réactions soient nombreuses et complexes, et pour que sa faculté d'adaptation aux conditions extérieures soit grande.

D'après Loeb, on aurait beaucoup exagéré l'importance du système nerveux central, du moins chez les invertébrés. Chez une ascidie [Ciona intestinalis), Loeb a extirpé le système ganglionnaire tout entier, et l'animal a continué à effectuer ses différents actes habituels. L'ascidie n'est, il est vrai, qu'un animal fixé, dégradé,se rattachant à la source originelle des vertébrés. Mais il en serait de même chez des vers, des mollusques, des articulés, etc. Les tropismes, si fréquents chez les animaux inférieurs, ne sont que des réponses directes de la matière vivante vis-à-vis des influences diverses du

04 LA NAISSANCE DE l'iNTELLIGE\CB

milieu extérieur, et, pour les expliquer, il n'est pos nécessaire de tenir compte de la différenciation en tissus musculaire et nerveux. L'acte réflexe ne nécessiterait pas chez les animaux un agencement spécial d'éléments nerveux ; tant qu'il subsiste un lien protoplasmique entre les éléments cutanés et les éléments musculaires, les irritants périphériques peuvent engendrer des réactions appropriées. Loeb considéré la « théorie des centres nerveux » comme une « erreur scientifique ayant poussé la physiologie sur la voie de la psychologie métaphysique ». J'ajoute que tous les physiologistes ne sont pas de l'avis de Loeb.

Pour ma part, j'ai vu des choses bien extraordinaires : entre autres, chez une sangsue, j'ai pu détruire la plus grande partie de la chaîne ventrale, et les mouvements sont restés ce qu'ils étaient. Quand on songe que des centaines de cellules entrecroisent de multiples prolongements ramifiés pour former l'édifice complexe du système- nerveux et que parfois on peut détruire la plus grande partie de cet édifice sans supprimer l'harmonie des mouvements... on reste devant les faits étonné, troublé. Le système nerveux central ne serait-il donc chez les animaux inférieurs qu'un luxe inutile?

Dans ce système, tout est d'ailleurs mystère ; les réaclifs chimiques les plus délicats, les verres les plus grossissants... resteront certainement toujours impuissants à nous révéler ce qui se passe dans les cellules des centres nerveux; on est obligé

DU STSTKilE KEnVELX DANS LES RÉACTIONS 95

de se contenter de formules vagues, de dire, par exemple, que « les centres nerveux sont formés par l'asiociation de cellules nerveuses qui sont le siège de l'élaboration interne des excitations externes ».

Dans ce livre, je suivrai la classification des actes des animaux donné par Loeb : tropismes, sensibilité différentielle, phénomènes associatifs... Nous reconnaîtrons facilement l'importance du système nerveux central pour la formation des associations. Chez les êtres inférieurs, qui n'ont encore que des ébauches de centres nerveux, les associations de sensations sont au second plan. Pour la sangsue, les ganglions nerveux de la chaîne ventrale seraient un luxe, comme pour l'homme la richesse des circonvolutions cérébrales €t le génie.

Page 1