RYTHMES DUS A DES VARIATIONS D'ÉCLAIREMENT
Le rijthme des marées n'est qu'un cas particulier des rj'thmes vitaux.
« La nature entière, dit Wallace, dans son livre : la Place de Vhomme dans l'univers, est pleine de mouvements rythmiques de toute espèce de degrés et de durées. Tous les mouvements et toutes les fonctions des êtres vivants sont périodiques : la croissance et la réparation, l'assimilation et la déperdition se succèdent alternativement. Tous nos organes sont sujets à la fatigue et exigent le repos. Toutes sortes de stimulants doivent être de courte durée, sous peine d'être funestes. De là, l'avantage de l'obscurité, alors que les stimulants de la lumière et de la chaleur sont supprimés en partie... Les plantes, comme les animaux, bénéficient de ce repos nocturne; les uns et les autres profitent également des périodes plus longues qui se nomment l'été et l'hiver, les saisons sèches ou pluvieuses... »
Le rythme dû à la succession du jour et de la nuit, dit rythme nycthéméral, est présenté par la plupart des plantes terrestres et par les animaux qui vivent parmi elles, tels que les insectes. Mais
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j'ai montré que chez beaucoup d'animaux du littoral marin, ce rythme peut se superposer à celui de la marée. Il est souvent masqué par ce dernier, mais, en aquarium, alors que celui-ci s'affaiblit, il peut devenir apparent.
A cet égard, il y a de grandes différences entre les habitants des mers du Nord et ceux des mers du Midi, entre le Pas de Calais, par exemple, et le bassin d'Arcachon.
Sur les fonds du bassin d'Arcachon, la lumière solaire est excessivement vive, et l'on conçoit toute l'importance de l'épaisseur de l'écran d'eau qui est interposé entre l'air illuminé parles rayons de l'astre et le fond de l'eau.
A mer haute, les animaux du littoral sont protégés par l'épaisse couche d'eau qui les recouvre, et ils craignent beaucoup moins la lumière qu'à mer basse, même quand ils restent recouverts par l'eau. Il est une période de la journée où les animaux doivent particulièrement éviter la lumière et la chaleur qui accompagne celle-ci, c'est celle comprise entre midi et six heures; à trois heures, il y a maximum d'insolation des eaux du bassin dans le voisinage du débarcadère d'Arcachon. Or, près de ce débarcadère, la mer est précisément haute, de midi à six heures, pendant les périodes de vive eau, et elle est basse, par contre, aux mêmes heures, pendant les périodes de morte eau. Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que les animaujc se promènent sur le fond pendant les périodes de vive eau, où l'écran d'eau croît avec l'intensité de
l'insolation et atteint une grande épaisseur vera trois heures de l'après-midi, et qu'au contraire ils se cactient pendant les périodes de morte eau, où la protection par l'eau au moment de l'illumination solaire est très imparfaite.
C'est précisément ce qu'a constaté Anna Drzewina en faisant connaître chez les pagures dits misanthropes une curieuse périodicité de quinzaine, qui se manifeste par le changement de signe du phototropisme. '
Les animaux avaient été recueillis près du débarcadère d'Arcachon, et placés dans des cuvettes en verre, dont la moitié, dirigée du côté de l'ombre, était recouverte d'un voile noir. Pendant plusieurs jours, les pagures avaient un phototropisme positif très marqué, c'est-à-dire que toutes les fois qu'on les plaçait sous le voile, ils se dirigeaient immédiatement du côté de la lumière. Au bout de quelques jours, le signe du phototropisme s'est renversé : les crustacés se tenaient dans la partie obscure de la cuvette, et dès qu'on les plaçait dans la partie éclairée, ils se mettaient en branle pour revenir sous le voile. Ceci durait une huitaine de jours; après quoi le phototropisme était de nouveau devenu positif. En comparant les variations périodiques du signe du phototropisme avec l'horaire des marées, il & été facile de constater que ces variations sont sensiblement parallèles aux oscillations de quinzaine de la marée : pendant la période correspondante à la morte eau, les pagures ont un phototropisme négatif marqué et très
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constant; à mesure que les marées deviennent plus fortes, le phototropisme tend à changer de signe et devient franchement positif pendant la période correspondant à la vive eau.
Ces faits ont un réel intérêt pour la biologie générale.