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INTERPRETATIONS PSYCHOLOGIQUES DES RYTHMES VITAUX

J'ai insisté longuement sur les rythmes vitaux : rythmes de marée, rythmes nycthéméraux..., — dont l'étude précise ne date que de quelques années, — afin de rejeter les interprétations psychologiques, anthropomorphiques, de phénomènes qui doivent rester dans le domaine de la biologie pure.

Comme je le faisais remarquer, avec Wallace, il n'est pas d'organismes, pas d'organes, qui ne présentent une ou plusieurs périodicités vitales. Chacun de nos organes, après avoir fonctionné et s'être fatigué, se repose. La périodicité fonctionnelle du rein est bien connue des médecins : presque fermée vers neuf heures du soir, cette glande est ouverte au maximum aux premières heures du jour, et cela même quand les habitudes de vie ont été modifiées passagèrement.

Dans la variabilité, périodique, de la sécrétion de l'urine, on n'a jamais vu une manifestation du psychisme. Dans la variabilité, périodique, des réac-

tioQS des animaux soumis au flux et au reflux de la marée, ou des animaux soumis à la succession du jour ou de la nuit, nous ne verrons pas non plus une manifestation du psychisme.

Or, certains auteurs ont vu dans les phénomènes des rythmes vitaux l'intervention de certaines facultés psychiques : la mémoire, la faculté de prévoir l'avenir.

En se servant du mot mémoire^ on ne précise pas plus qu'en parlant de rythmes vitaux ; on risque simplement de provoquer des confusions fâcheuses. Ce mot a été, en effet, employé dans bien des sens différents.

Forel rapporte l'observation suivante faite sur les abeilles, et que certains ont cru devoir rapprocher de celles que j'ai faites sur les Convoluta. Une abeille d'un rucher voisin de la maison est venue, par hasard, visiter la table au moment où s'y trouvaient des confitures. Le lendemain, elle fut suivie de plusieurs de ses compagnes, et dès lors, les insectes ailés venaient constamment aux heures des repas. Les confitures furent supprimées au repas de midi : alors, les abeilles cesserait entièrement de venir à cette heure, ne visitant la table que le matin vers sept heures et l'après-midi entre quatre et cinq. Forel parle d'une « mémoire du temps ». A-t-il raison ou tort? Je ne veux pas examiner cette question pour le moment. Ce que je sais, c'est que bien lointains, les uns des autres, sont ces faits et ceux présentés par les Convoluta. Chez les abeilles, il s'agit de phénomènes de « mémoire

associative» très complexes; chez les Convolula, il n'y a qu'un rythme vital.

D'ailleurs, de simples plantes, sans système nerveux, présentent les mêmes phénomènes que les Convoluta. Fauvel et moi, nous avons décrit le rythme des marées chez des diatomées littorales, les Pleurosigma xstuari. Ces algues microscopiques se comportent comme les vers ciliés : quand la mer se retire, elles sortent du sable et forment, à sa surface, une épaisse couche brune; quand la mer revient, elles disparaissent de nouveau dans le sable. Ceci persiste également en aquarium. Mais ici, la h'.mière a une influence très nette : à l'obscurité, la sortie ne s'effectue pas; aussi, quand il fait jour les deux fois que la mer est basse en vingt-quatre heures, il y a deux sorties; il n'y en a qu'une, mais plus prolongée, quand il ne fait jour qu'une fois à mer basse.

Il nous a paru extrêmement intéressant de retrouver chez un végétal un phénomène qui n'était connu, jusqu'ici, que chez les animaux. On se rappelle les rapprochements établis par Loeb enli;.e une algue, le Volvox, et les animaux d'eau douce. On conçoit toute l'importance, au point de vue de la biologie générale, de pouvoir montrer l'identité de certaines réactions chez les animaux et les plantes.

C'est en m'appuyant sur ces faits, que je ne crains pas de protester contre l'intervention, dans les phénomènes étudiés, d'une prétendue faculté de prévoir V avenir.

Les Covvoluta, les diatomées, qui rentrent dans le sable avant môme le retour des vagues, ne prévoient pas; elles obéissent au rythme vital. Elles ne présentent aucune habileté, tout au contraire. Or, un auteur, Henri Piéron, voit dans des faits presque identiques l'apparition, chez les animaux inférieurs, d'une faculté qui caractérise essentiellement l'intelligence de l'homme, celle de prévoir ce qui va se passer! Des actinies se fermeraient, prévoyant le manque d'oxygène dans l'eau. Le plus curieux de l'histoire, c'est que, en réalité, il n'y a pas appauvrissement en oxygène dans les conditions où l'auteur s'est placé.

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